Period room
technique muséographique consistant à présenter dans une salle d'exposition un décor représentatif d'une époque
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Une period room est une forme de présentation muséographique qui consiste à exposer des œuvres d’art et des objets dans un espace conçu pour évoquer un intérieur historique. Elle se caractérise par la volonté de restituer un intérieur à l’aide d’éléments authentiques issus d’époques antérieures. Le but de la period room est de reconstituer un type d’intérieur – à partir de l’architecture, du mobilier et des arts décoratifs - tel qu’il peut avoir existé à un moment donné. Ce type d’exposition s'inscrit ainsi dans un travail à la fois historique mais également ethnologique dans la mesure où il permet la reconstitution et la mise en valeur de pratique socioculturelles à travers leur environnement matériel.
Apparition et diffusion

L’un des premiers cas de ce qui est considéré comme étant une period room est réalisé en au sein de l’Empire allemand par Wilhelm von Bode avec le Kaiser-Friedrich Museum (actuel Bode-Museum). Soucieux du propos didactique que le musée se doit d’entretenir avec le spectateur, il imagine des regroupements d’œuvres d’art, non plus selon la technique comme l’usage le voulait mais par des thèmes précis en lien avec une époque donnée[1]. C’est notamment le cas des salles consacrées à l’art sacré italien du XVe siècle, celles consacrées à Donatello ou à la production artistique liée à la ville de Florence sous Laurent de Médicis. Les œuvres sont contextualisées par leur rapprochement. Peintures, sculptures et objets d’art ne sont plus classés par technique mais rassemblés dans le but de faciliter la vision significative de l’art par période. Wilhelm von Bode pousse ce principe de contextualisation des œuvres en faisant réaliser, lorsque l’espace le permet, des plafonds à caissons factices, reproduisant les types de plafonds caractéristiques de la Renaissance[2].
Le rapport de l’objet à l’environnement prend alors davantage de sens, ce qui permet au visiteur une meilleure compréhension d’un contexte historique, social ou stylistique. Ce propos est à nuancer car la présence de la verrière zénithale, systématisée à l’intérieur du musée dès lors qu’aucune autre source lumineuse et naturelle n'est possible, vient rompre avec la volonté de redonner du contexte aux œuvres, ces dernières étant ramenées à leur valeur esthétique et non plus leur valeur d’usage. Au sein de ces espaces, il ne s’agit pas de recréer des reconstitutions précises mais d’essayer de restituer une ambiance dans une volonté d’appréhension à la fois chronologique et stylistique.
Metropolitan Museum of Art
Ce sont ces mêmes idées qui guident le travail de l’ancien assistant de Wilhelm von Bode, William Reinhold Valentiner (en), lorsque celui-ci devient le premier conservateur du département des arts décoratifs du Metropolitan Museum of Art de New York. De ces concepts nouveaux résulte la création d’une série de sept salles dédiées aux arts décoratifs français du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle. Ces salles furent inaugurées en et présentèrent la production des arts décoratifs sous les règnes successifs des rois Louis XIV, Louis XV et Louis XVI[3]. La même démarche est mise en place dans la présentation muséographique des salles. Réaménagées au cours des années par les époux Wrightsman – Jayne Wrightsman (en) et Charles B. Wrightsman (en) - ces salles, désormais appelées Wrightsman Galleries, voient l’arrivée d’un ensemble de boiseries provenant d’une pièce de l’hôtel de Varengeville (7e arrondissement de Paris) en . Faute de contexte suffisamment précis pour réinstaller la pièce dans de bonnes proportions, les boiseries doivent s’adapter aux dimensions de l’espace muséal[4]. Elles sont également complétées par un ensemble de neufs panneaux nouveaux réalisés par l’atelier Jansen à Paris afin de permettre au mobilier d’évoluer dans un milieu favorable à sa compréhension[5]. Le parti pris pour cette pièce consiste donc de partir de l’espace disponible pour y placer des boiseries. De manière générale c’est l’ensemble des objets et du mobilier qui est mis en valeur au détriment des ensembles de boiseries[6]. Par exemple, pour la salle consacrée au Palais Paar (de) de Vienne, plusieurs ensembles issus de différentes pièces du même bâtiment sont restitués au sein du même espace. L’idée qui prévaut ici est la restitution d’une ambiance et non pas la restitution précise d’une pièce dans ses proportions originales.

Period room en France
En France, l’implantation des period rooms est plus difficile. Il est notamment reproché à ce mode d’exposition son caractère simpliste et son absence de rigueur scientifique[7]. Germain Bazin estime que ce mode de présentation « ankylose le musée, rendant difficiles et coûteuses les transformations futures » et au sein desquelles « la circulation du public malaisée, à cause de l’étroitesse des issues »[8]. Le musée Carnavalet, inauguré en , décide de faire remonter les boiseries de l’Hôtel de Fersen (anciennement dans le 8e arrondissement de Paris) au musée vers tandis que le musée des Arts décoratifs n’en installe pas avant la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le musée du Louvre ne présente pas de period rooms au sens strict du terme, telles qu’elles se développent dans les musées anglo-saxons au début du XXe siècle. Néanmoins, depuis les réaménagements successifs de Pierre Verlet dans le département des objets d’arts dans les années 1960[9], certaines salles adoptent des dispositifs muséographiques apparentés, fondés sur le remontage et la présentation de décors intérieurs historiques. C'est le cas des boiseries de la chambre de parade du duc de Luynes de l’ancien hôtel de Luynes-Chevreuse (situé rue Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement de Paris)[10].

Plus récemment, lors du chantier de réaménagement des collections XVIIIe d’arts décoratifs du département des objets d’arts, entre et , plusieurs ensembles de boiseries provenant d’hôtels particuliers ou de demeures aristocratiques ont été intégrés au parcours. Ces décors sont associés à un ensemble d'objets, mobilier et tapisseries contemporains de leur période de production, permettant une lecture contextualisée des œuvres[11]. Contrairement aux period rooms anglo-saxonnes, ces dispositifs privilégient une présentation analytique et historique des objets. Le parcours muséographique demeure fondé sur une logique chronologique et stylistique au sein de laquelle ces espaces sont disposés de manière à proposer au spectateur une expérience immersive.
Le cas du musée du Louvre illustre ainsi la réticence persistante des institutions muséales françaises à adopter pleinement le modèle de la period room, au profit de formes de contextualisation plus mesurées, conciliant restitution du décor et exigences scientifiques[12].
