Musée, jardin et bibliothèque de Winterthur
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| Type |
Jardin botanique, bibliothèque de recherche (en) |
|---|---|
| Ouverture | |
| Surface |
4 M m2 |
| Site web |
(en) www.winterthur.org |
| Architectes |
Divers |
|---|---|
| Protection |
Inscrit au NRHP () |
| Adresse |
Musée, jardin et bibliothèque de Winterthur. 5105 Kennett PikeWinterthur, Delaware 19735 comté de New Castle, Delaware |
|---|---|
| Coordonnées |
Le musée, jardin et bibliothèque de Winterthur (Winterthur Museum, Garden and Library) est situé sur le domaine historique de Winterthur, dans la vallée du Brandywine, dans l’État du Delaware, aux États-Unis. Établi au XIXe siècle comme résidence privée et exploitation agricole, le domaine est aujourd’hui principalement connu pour accueillir ce musée, l’un des plus importants consacrés aux arts décoratifs américains. Il est étroitement lié à l’histoire de la famille du Pont, en particulier à Henry Francis du Pont, qui transforma la propriété familiale en musée ouvert au public à partir de [1].
Origines familiales et acquisition du site
À l’origine, le projet d’Éleuthère Irénée du Pont et de sa famille consiste à établir une manufacture de poudre noire dans la vallée du Brandywine, une entreprise qui se développe et prospère au cours du XIXe siècle. Afin de surveiller la production, la famille décide de s’installer à proximité des usines situés en contrebas. C’est alors que la première demeure familiale, Eleutherian Mills (en) , du même nom que la manufacture, est construite en 1802[1].
L’industriel français Éleuthère Irénée du Pont poursuit par la suite l’acquisition de terres dans les environs. La propriété sur laquelle s’élève aujourd’hui le domaine de Winterthur faisait partie des terrains acquis par Éleuthère Irénée du Pont entre et dans la vallée du Brandywine ; il s’agit alors de terres agricoles vallonnées et boisées, principalement destinées à l’élevage d’ovins.
En , ses héritiers cèdent environ 445 acres à Jacques Antoine Bidermann et à son épouse Evelina Gabrielle du Pont, afin qu’ils y établissent leur domaine.
La période Jacques Antoine Bidermann (1837-1867)

Jacques Antoine Bidermann est un homme d’affaires d’origine suisse et française, associé de longue date d’Éleuthère Irénée du Pont. Issu d’une famille suisse liée à une lignée implantée à Winterthour, il grandit dans cette ville, où il reçoit sa formation. Son père, Jacques André Bidermann, avait commencé à investir dans la société fondée par Pierre Samuel du Pont (Du Pont de Nemours, Père, fils, Cie) et réalisa de nombreux placements dans les entreprises de la famille[2].
Lorsque Éleuthère Irénée du Pont entreprend d’établir une manufacture de poudre aux États-Unis, Jacques Antoine Bidermann figure parmi les principaux actionnaires du projet. À la suite de difficultés financières rencontrées par l’entreprise, les actionnaires l’envoient aux États-Unis afin d’examiner la situation sur place, marquée par plusieurs échecs commerciaux et des soupçons de malversations. Son rapport contribue à lever les accusations pesant sur Éleuthère Irénée du Pont[2].
Bidermann demeure ensuite aux États-Unis, où il épouse en Evelina Gabrielle du Pont. Le couple s’installe alors à Hagley House[2]. Devenu associé d’Éleuthère Irénée du Pont, Jacques Antoine Bidermann joue un rôle central dans la gestion des entreprises de la famille. À la mort d'Éleuthère Irénée du Pont, en , il assure provisoirement la direction de l’entreprise, jusqu’à ce que les fils d’Éleuthère Irénée du Pont soient en mesure d’en prendre la responsabilité.
En , le couple se retire des affaires industrielles afin de fonder un domaine agricole et d’y établir sa résidence. À cette occasion, Jacques Antoine et sa femme acquièrent environ 450 acres de terres issues de la succession d’Éleuthère Irénée du Pont[2]. Le domaine est alors consacré à des activités agricoles, notamment la culture de la betterave à sucre et l’élevage de bovins de race Durham. Ils confient à l’architecte Nicolas Vergnaud la réalisation des plans de leur demeure, implantée sur l’une des parcelles connues sous le nom de Clenny Farm. Durant la construction, la famille réside dans une ferme aménagée à cet effet[2].
Entre et , les Bidermann font construire une maison de style néo-grec (Greek Revival), composée à l’origine d’un corps rectangulaire de trois étages en brique recouverte de stuc[2]. Le domaine est conçu à la fois comme résidence et comme exploitation agricole moderne, intégrant des méthodes expérimentales de culture et d’élevage.
Après la mort d’Evelina Gabrielle du Pont Bidermann en , puis celle de Jacques Antoine Bidermann en , la propriété revient à leur fils, James Irénée Bidermann qui réside en France. Celui-ci la vendit en à son oncle Henry du Pont, à la suite d’une offre formulée par ce dernier[2].
Winterthur sous Henry du Pont et Henry Algernon du Pont (1867-1926)
Henry du Pont ne résida jamais de manière permanente à Winterthur, mais il entreprend d’importantes acquisitions foncières qui permettent ainsi d’agrandir le domaine, lequel atteignit progressivement plus de 1 100 acres, tout en améliorant ses infrastructures. Son attachement à la propriété est à la fois patrimonial et familial : Winterthur a appartenu à sa sœur et à ses ancêtres, et il ne pouvait envisager que le domaine quitte le patrimoine de la famille. Il y voit également un lieu de résidence privilégié pour son fils, Henry Algernon du Pont, officier de carrière ayant servi durant la guerre de Sécession[2]. Passionné d’agriculture et d’horticulture, Henry du Pont considère l’étendue et la diversité des terres comme un cadre idéal pour l’expérimentation agricole et végétale, notamment par le développement de cultures à partir de boutures[1].

Henry Algernon du Pont s’installe durablement sur le domaine en , à la suite de son mariage avec Mary Pauline Foster et engage dès lors une série de transformations destinées à agrandir et à moderniser la résidence[1]. À la mort de son père, en , il hérite pleinement de la propriété. Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, la demeure fait l’objet de plusieurs campagnes d’aménagement (notamment en , et entre et ), menées sous la direction de différents architectes. Ces travaux transforment la maison d’origine, de style néo-grec, en une vaste résidence de caractère éclectique, mêlant des influences néo-Renaissance inspirées de l’architecture française sous François Ier et des éléments d’inspiration médiévale, comprenant de nouvelles ailes, des bibliothèques, des salons et de grands espaces de réception[2].
Parallèlement, le domaine poursuit son extension et demeure un centre agricole important, notamment pour l’élevage de bovins de race Holstein. Au début des années , Henry Algernon du Pont s’impose également comme un collectionneur de premier plan ; actif dans ce domaine depuis , il reçoit alors de nombreuses propositions d’acquisition de la part de particuliers et de marchands[1].

Henry Francis du Pont et la transformation en musée
Fils de Henry Algernon du Pont, Henry Francis du Pont naît à Winterthur en . Il poursuit ses études à l’université Harvard, où il développe un intérêt précoce pour les antiquités et commence à acquérir des objets anciens[1]. À l’issue de sa formation, il s’installe en dans la demeure de son père à Winterthur[1]. Très attaché à ce lieu, il déclara à ce sujet : « Je suis né à Winterthur et j’ai toujours aimé tout ce qui y est lié[1].»
Il réside également à New York, notamment à Southampton, sur Long Island, où il fréquente les musées comme le Metropolitan Museum of Art qui en a décidé d’ajouter une section d’arts américains[1]. Lors de ses visites, il découvre des collections d’arts décoratifs américains, une expérience qui contribue à orienter ses goûts de collectionneur[1]. Lorsqu’il entreprend la construction de sa propre résidence, qu’il nomme Chestertown House, il y intègre des antiquités et des éléments architecturaux américains, en particulier des boiseries acquises à Chestertown, dans le Maryland. La maison est conçue autour de ces éléments d’origine, selon un principe visant à restituer le plus fidèlement possible les intérieurs historiques[1].
Après le décès de sa mère, il assume progressivement la responsabilité des jardins du domaine de Winterthur, tout en travaillant en étroite collaboration avec son père. En , il prend également en charge la gestion des activités agricoles. Il poursuit la tradition d’agriculture expérimentale du domaine, notamment par l’amélioration du troupeau de bovins Holstein, qui acquiert une reconnaissance à l’échelle nationale[1].
Parallèlement à ces responsabilités, Henry Francis du Pont multiplie les voyages, en particulier en Nouvelle-Angleterre, au cours desquels il acquiert de nombreux meubles et éléments architecturaux américains. Sa collection connaît une croissance rapide et compte environ 12 000 objets dès . Son intérêt porte non seulement sur le mobilier, mais aussi sur les décors intérieurs, tels que des boiseries complètes et des pièces architecturales entières.
À la mort de Henry Algernon du Pont en , Henry Francis du Pont hérite de Winterthur. Collectionneur majeur d’arts décoratifs américains, il entreprend dès une transformation progressive de la demeure afin d’y installer des intérieurs historiques provenant de bâtiments américains des XVIIIe siècle au XIXe siècle. Ce projet débute par le transfert à Winterthur de panneaux et de boiseries initialement installés à Chestertown House, jugés trop sophistiqués pour cette résidence. Ces ensembles proviennent notamment de demeures situées à Chestertown et Centerville (Maryland), à Tappahannock (Virginie), de la maison Pickering dans le nord-est du Maryland, ainsi que de Belle Isle[1].
Dans ce contexte, Henry Francis du Pont confie en à l’architecte Albert Ely Ives (en) la conception d’une importante extension, qui double la superficie du bâtiment[1]. Cette intervention marque le point de départ d’une série de campagnes d’agrandissement et d’harmonisation architecturale menées entre et , puis reprises après la Seconde Guerre mondiale. En , il ouvre officiellement Winterthur au public en tant que musée[1], tout en continuant à résider sur le domaine dans une maison distincte.
Architecture
Au XIXe siècle
La maison d'origine ( 1839-1842)
La maison d’origine porte le nom de Winterthur, en hommage à la demeure de la famille de Bidermann située en Suisse. C’est donc à cette période que le domaine du Delaware adopte cette appellation. Les plans de cette demeure sont dessinés par l’architecte français Nicolas Vergnaud[1].
L’édifice présentait un style néo-grec alors dominant aux États-Unis. Il se composait d’un volume rectangulaire symétrique de trois étages, comprenant une dizaine de pièces. Les façades, enduites de stuc, étaient surmontées d’un toit plat, et l’entrée nord était marquée par une porte-cochère d’inspiration dorique[3]. Cet état primitif est notamment connu grâce à des photographies datant de la fin du XIXe siècle, qui témoignent de l’emploi d’un vocabulaire architectural classique, notamment par l’usage de colonnes en façade ou d’une corniche[3].
La maison était implantée sur une élévation dominant une vallée. Une véranda aménagée au sud offrait une vue dégagée sur la vallée de Clenny Run[2]. Avant la construction de la demeure principale, Bidermann fait rénover une ferme existante, qui servit de logement au couple pendant la durée des travaux[2].
Aujourd’hui, cette partie de l’édifice est intégrée à ce qui constitue le corps central du musée, au sein de la zone regroupant les salles chinoises et Empire[3].
Transformations au XIXe siècle
Sous l’impulsion d’Henry Algernon du Pont, la demeure fait l’objet de plusieurs transformations à partir de 1884. La toiture plate d’origine fut remplacée par une toiture pentue en tuiles, ponctuée de grandes lucarnes et de cheminées en brique, afin de conférer à l’édifice une apparence médiévale et d’accentuer sa verticalité[3].
Les façades furent également modifiées : la porte cochère d’inspiration grecque est supprimée et remplacée par une porte cochère de style gothique tardif, participant à l’évolution stylistique de la maison[3].
Les grandes extensions du XXe siècle
Sous Henry Algernon du Pont
Entre et , Henry Algernon du Pont poursuit le développement du domaine en entreprenant une transformation majeure de la demeure existante. Sous la direction des architectes Robeson Lea Perot et Elliston Perot Bissell, la maison est remaniée dans un style néo-Renaissance, alors très en vogue, avec une inspiration marquée pour l’architecture française de la Renaissance, et plus particulièrement le style du règne de François Ier[3].
Tout en conservant la structure de la maison d’origine, l’édifice est transformé en manoir. Un imposant frontispice est ajouté à la façade, agrémenté de balcons. L’ensemble est surmonté d’une corniche et d’un toit en tuiles, auquel est ajoutée une balustrade. Des lucarnes finement travaillées sont ajoutées, tandis que de hautes cheminées accentuent l’élan vertical de la construction. Un large porte cochère permet l’accueil des invités, qui accèdent ensuite à un vaste hall d’entrée revêtu de marbre[1].
Une grande salle de réception est également ajoutée dans un style Renaissance italienne, reconnaissable à son plafond à poutres apparentes et à ses revêtements muraux en damas rouge.
À l’intérieur, la salle à manger, le grand salon et le petit salon conservent globalement leur emplacement d’origine, mais sont agrandis et entièrement réaménagés pour répondre aux exigences de réception de la demeure. Ils sont dotés de lambris en bois peint et de cheminées en marbre italien, renforçant le caractère monumental et raffiné des espaces. Les travaux achevés modifient profondément le plan du rez-de-chaussée[3].
Le bâtiment est prolongé d’environ 6 mètres vers le nord afin d’accueillir la nouvelle façade et un vaste hall d’entrée, dont les boiseries, les lambris et le sol sont entièrement réalisés en marbre[3].
Au-delà de ce noyau central, une nouvelle extension est construite vers l’est pour accueillir des espaces destinés à l’étude et aux loisirs. Cette aile comprend un court de squash au sous-sol, une salle de billard au rez-de-chaussée et une bibliothèque au deuxième étage. Avec cet ensemble d’aménagements, la demeure se dote des attributs caractéristiques d’une résidence de grande noblesse terrienne[3].
Enfin, dans la partie la plus ancienne de la maison, deux pièces sont réaménagées en salons de style Louis XVI, préfigurant les futures salles d’époque du musée[1].
Sous Henry Francis du Pont
En , Henry Francis du Pont hérite officiellement du domaine de Winterthur. À l’instar de son père, il choisit de préserver la structure existante de la demeure, y compris le petit corps de bâtiment subsistant de la première résidence, tout en poursuivant son agrandissement. Son projet repose sur l’ajout d’une longue aile au sud du bâtiment principal, destinée à accueillir des salles dites « d’époque », conçues comme des intérieurs historiques[1].
Entre et , l’architecte Albert Ely Ives (en) conçoit une extension majeure qui donne à l’édifice un plan en T et permet de doubler la superficie consacrée aux salles d’époque. Cette nouvelle aile assure la liaison entre les parties anciennes et les constructions nouvelles. L’enveloppe architecturale est pensée avant tout comme un écrin destiné à recevoir des boiseries et des décors intérieurs provenant d’autres demeures américaines[1]. Les travaux, particulièrement ambitieux, s’échelonnent sur trois années.
L’architecture extérieure de cette extension est volontairement sobre afin de s’effacer au profit de la richesse des intérieurs historiques. La façade néo-Renaissance existante est simplifiée pour mieux s’harmoniser avec les éléments de style géorgien introduits dans la nouvelle aile. Les anciennes lucarnes sont supprimées et remplacées par de nouvelles, inspirées de celles de la maison de Port Royal. Les tuiles à surface texturée sont remplacées par des tuiles plates en terre cuite, tandis que la balustrade du toit est supprimée, contribuant à une silhouette plus unifiée et plus discrète[1].
À l’intérieur, la grande salle avec l’escalier en marbre construite au début du XXe siècle qui constituait alors l’entrée principale de la demeure, voit son escalier modifié. Ce dernier, passe d’un plan circulaire à un plan elliptique. De nouvelles marches sont réalisées à partir des colonnes monumentales en bois qui soutenaient autrefois le porche de Montmorenci, illustrant la pratique du remploi d’éléments architecturaux anciens. Une nouvelle entrée voit le jour, située au centre de l’aile sud[1].
À partir de , les ajouts extérieurs se limitent à l’intégration ponctuelle d’éléments d’architecture américaine ancienne (portes, fenêtres ou porches) placés à des emplacements stratégiques. Ainsi, les colonnes, l’entablement et les pilastres du porche de la salle à manger sont directement inspirés du vaste porche d’ordre toscan de la résidence de campagne de William Hamilton, située à Philadelphie[3].
Pour prévenir l’ouverture du musée, de nouvelles extensions sont réalisées entre et afin de répondre aux besoins croissants liés à la conservation des collections, au stockage et à l’accueil du public. Certains espaces existants font également l’objet de transformations majeures. Le court de badminton est profondément remanié entre et par l’architecte Thomas Waterman afin d’accueillir, à l’échelle réelle, des éléments architecturaux provenant de façades du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. Le mur est de cet espace est notamment adapté pour recevoir l’installation de la façade de l’auberge du Red Lion, dans le Delaware[3].
Thomas Waterman transforme également les anciennes pistes de bowling en « Shop Lane », une rue commerçante reconstituée de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, composée de devantures provenant de différentes régions de la côte est des États-Unis. L’intégration d’éléments architecturaux extérieurs dans un espace intérieur y crée une sensation d’ouverture, contrastant avec l’atmosphère plus intime et confinée des salles d’époque[3].
Six ans après l’ouverture du musée, il apparaît nécessaire de construire une nouvelle extension. Celle-ci doit accueillir une salle de conférences destinée aux manifestations publiques, une bibliothèque moderne, des bureaux, des ateliers d’entretien, un studio photographique ainsi que des installations améliorées pour l’accueil et la restauration des visiteurs. Les architectes Victorine Homsey et Samuel Homsey, basés à Wilmington, sont chargés de la conception de cette aile, dont la réalisation modifie très peu l’aspect général du bâtiment[3].
L’architecture de Winterthur résulte ainsi d’un processus additif continu. Le bâtiment actuel est le produit de plus d’un siècle de transformations successives, ce qui rend sa lecture extérieure complexe et reflète l’évolution de ses usages, de résidence privée à institution muséale.
Jardins et domaine
Le jardin de Winterthur s’étend sur une superficie d’environ 24 hectares et est entouré de près de 400 hectares de prairies, de terres agricoles et de cours d’eau[4].
Dès l’origine, le jardinage constitue une préoccupation centrale pour les propriétaires du domaine, encouragée notamment par Éleuthère Irénée du Pont. Passionné de botanique, celui-ci aménage peu après la construction de sa résidence, Eleutherian Mills (en), un vaste jardin et entretient une correspondance active avec d’autres botanistes[1].
Cette tradition horticole est poursuivie au XIXe siècle par le couple Bidermann. Jacques Antoine Bidermann conçoit des plans visant à prolonger le travail déjà engagé dans le domaine de l’agriculture scientifique, tout en améliorant la propriété par des aménagements paysagers. Parmi les constructions réalisées figurent une maison de gardien, une remise à voitures et des écuries. Il conserve également une ancienne ferme sur le domaine, qu’il équipe de machines agricoles dont une roue à eau destinée à alimenter un réservoir et un bain. La propriété comprend également des vergers, un jardin en contrebas, une petite serre et une laiterie. Son épouse, Evelina Bidermann, participe activement à la plantation de nombreux arbres[1].
Les jardins de Winterthur sont amorcés durant la période Bidermann, mais connaissent leur développement le plus important au XXe siècle sous l’impulsion de Henry Francis du Pont. À partir de , celui-ci prend en charge la gestion du domaine agricole et horticole assisté par l’architecte paysagiste Marian Cruger Coffin[1]. Dès son enfance à Winterthur, Henry Francis du Pont acquiert une première expérience en se liant d’amitié avec les ouvriers agricoles et les jardiniers du domaine, auxquels il prête son aide[1].

Lors de ses séjours à Boston, ville alors reconnue comme un centre majeur d’expérimentation horticole, il assiste à de nombreux événements spécialisés, tels que le Boston Flower Show de [1].
Après le décès de sa mère, Henry Francis du Pont revient à Winterthur et assume pleinement la responsabilité des jardins. Il entreprend alors des essais de plantations et élabore un nouveau plan d’aménagement pour des jardins à la française en terrasses situés au pied de la maison. Pour mener à bien ce projet, les serres sont déplacées et l’ancien jardin est entièrement remanié afin de créer plusieurs niveaux[1]. Chaque terrasse est pensée comme une unité distincte, associant par exemple pour l’une, des pelouses à massifs de coquelicots et de pivoines, ou accueillant des plantations de roses et de lys. Les plantations sont organisées de manière à offrir un intérêt visuel et à assurer des floraisons successives, selon des schémas de couleurs étudiés[1].
Afin d’enrichir ses connaissances, Henry Francis du Pont effectue aussi de nombreux voyages à l’étranger et entretient une correspondance régulière avec des horticulteurs et des spécialistes, sollicitant leurs avis sur ses recherches et ses boutures[1]. Il mène en parallèle des études approfondies et procède à des acquisitions méthodiques de spécimens végétaux, dans le but d’assurer une harmonie globale sur l’ensemble du domaine.
Il s’inspire également des écrits de William Robinson[Lequel ?], notamment pour l’introduction de plantes exotiques[4]. À partir de , il développe ainsi une importante collection d’azalées, qui comptera plus de 235 espèces et variétés, une démarche alors novatrice aux États-Unis, puisqu’il est le premier à importer cette espèce[5].
Parallèlement à ses activités horticoles, Henry Francis du Pont prend en la responsabilité des opérations agricoles de Winterthur, poursuivant la tradition familiale d’agriculture expérimentale initiée par ses ancêtres plus d’un siècle auparavant[1]. Il fait également construire une nouvelle résidence de style Régence au pied de la grande pelouse longeant le ruisseau Clenny Run, à l’emplacement d’une ancienne ferme devenue impossible à rénover. Cette demeure est meublée avec des pièces anglaises et françaises issues de sa première collection, auparavant conservées dans son appartement new-yorkais[1].
Malgré l’ampleur des travaux déjà engagés, Henry Francis du Pont continue à développer les jardins afin de prolonger les saisons de floraison et de permettre une ouverture du domaine aux visiteurs tout au long de l’année. Avec l’aide de Marian Cruger Coffin, il crée notamment un jardin à cadran solaire sur d’anciens courts de tennis et conçoit des itinéraires de visite destinés à mettre en valeur la succession des floraisons. Cette démarche se poursuit jusqu’à la fin de sa vie puisque qu'entre et sa mort, plus de 2 300 nouvelles espèces végétales sont introduites à Winterthur[1].
Le domaine comprend alors de nombreuses installations telles qu’une boucherie, une scierie, une tannerie et une laiterie pour l’élevage de la race Holstein. Le site compte également plus d’une douzaine de serres, un verger, un potager et plusieurs fabriques de jardin, éléments architecturaux ornementaux intégrés au parc. L’ensemble est accessible au public, notamment par des visites en tram organisées de mars à décembre[6].
En , une servitude de conservation est mise en place afin de garantir la préservation à long terme des paysages de Winterthur, interdisant toute exploitation commerciale du site[4].
Pour continuer la recherche et la formation en horticulture autour du domaine, un programme de stage au sein des jardins a été lancée en . L’objectif est ainsi de former la prochaine génération d’horticulteurs[7].
