Philippe Brunet (helléniste)

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Philippe Brunet
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Biographie
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Yuko Brunet (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Distinction

Philippe Brunet, né le , est un helléniste et un metteur en scène français. Il enseigne le grec ancien à l'université de Rouen[1].

Philippe Brunet est né à Paris en 1960. Il est l'aîné d'une famille de trois enfants, dont le père meurt en 1967. Leur mère, professeur de japonais à Jussieu, les élève seule[2]. Dans la famille de celle-ci il y avait des samouraïs : son aïeul Nagamochi Gorôji fit partie de la première délégation japonaise en Europe occidentale, envoyée par le dernier Shôgun, Tokugawa Yoshinobu et reçue le par Napoléon III[3]. Le voyage retour de son arrière-grand-père Haga Eijirô par la Sibérie inspirera à Philippe Brunet un poème intitulé Retour à Fukushima, repris sous le titre Le retour d'Eijirô en 2025 aux éditions de L'Escampette. Il passe un bac C, lit les poètes allemands, Goethe et Hölderlin, découvre les poètes grecs et latins. Il entre au lycée Louis-le-Grand où un professeur, M. Fortassier, lui fait découvrir la scansion des vers antiques. Reçu à l'École normale supérieure, il fait la connaissance d'André Markowicz, qui est en train de faire une traduction de Catulle rythmée en français[4]. A l'invitation d'André Markowicz, traducteur de Pouchkine, et disciple d’Efim Etkind, il décide alors de se consacrer à la traduction d'Homère et de Pindare. Il entame des recherches sur la métrique grecque sous la direction de Jean Irigoin[3].

Au retour de deux ans de coopération en Bolivie, il croise un professeur américain invité par Jean Irigoin, l'helléniste Stephen Daitz, spécialiste de la prononciation restituée du grec ancien. Il va étudier, à la British Library, les papyrus de Pindare, et en revient, en 1991, avec une traduction de Sappho.

Il soutient en 1992 à l'université Sorbonne-Paris IV, sa thèse de doctorat sur Le vers dactylique lyrique dans la tragédie grecque[5]. Enseignant alors à Tours, il poursuit ses recherches sur la phonologie du grec ancien, la scansion de cette langue et la musique grecque antique. Il étudie et pratique ainsi la restitution orale du grec ancien auprès de Stephen G. Daitz.

Il est professeur de grec ancien à l'université de Rouen[6]. Depuis [7][Quand ?], il enseigne les Humanités numériques dans cette même université.

L'aventure théâtrale

Avec Daitz, Philippe Brunet monte des récitals, crée la 14e Ode Olympique de Pindare – dédiée à un dénommé Asôpichos qui donne son nom à une première éphémère compagnie.

En 1995, il fonde la compagnie théâtrale Démodocos (nommée d'après l'aède aveugle Démodocos, personnage de l’Odyssée) dont les spectacles sont des adaptations pour la scène de textes antiques grecs[8]. Il monte Le Retour d’Ulysse, d’après Homère, avec un autre Américain, Robert Ayres, puis en 1996 Les Amours d’Arès et d’Aphrodite à partir du Chant VIII de L’Odyssée[3].

En , à Tours, dans À quand Agamemnon ? d’après Eschyle, il crée sa première mise en scène de la tragédie grecque, dans laquelle il bascule du français vers le grec, scandant les trochées dans un passage récitatif. Il renouvelle avec succès l'expérience au Grand amphithéâtre de la Sorbonne.

Il a depuis mis en scène Orphée en 2000 et Les Perses en 2001 avec la musique de Jean-Baptiste Apéré et les décors peints de Li Wen Ts'ien, la trilogie de L'Orestie en 1998 avec la musique de François Cam dans Les Choéphores et Les Euménides, puis Les Amours de Catulle en 1999, Les Grenouilles avec la musique de Stéphane Vilar, Antigone, avec la musique de François Cam, et Circé, ces trois derniers spectacles dans des décors d'Emmanuel Collin[9], mais aussi Amphitryon en 2011, Les Bacchantes en 2012, Oedipe roi et Les Sept contre Thèbes en 2014, Lysistrata en 2015, Les Suppliantes en 2016, Prométhée enchaîné en 2017, Médée en 2025, Philoctète en 2026, et de nombreuses adaptations de L'Odyssée, notamment au théâtre du Nord Ouest, à Avignon, au Festival européen Latin Grec, qu’il inaugure en 2005 avec une première version de son Antigone, au Festival de langues classiques de Versailles. Démodocos a participé chaque année à la Semaine de Théâtre Antique de Vaison-la-Romaine (2000-20) et au festival des Milliaires dans le théâtre antique du Virou et la Fontaine Monumentale d'Argentomagus à Saint-Marcel depuis 2006.

En Grèce, il a fait jouer Les Amours d'Arès et d'Aphrodite, Les Perses, Circé, toute L'Iliade, Les Bacchantes, Oedipe roi, Prométhée, Antigone, et en 2024, il a fait chanter et danser par le chœur de la troupe Démodocos le premier Hymne de Delphes à Apollon et la Première Olympique de Pindare, à Olympie, en écho aux JO 2024 de Paris, dans le grec ancien mis en musique par F. Cam et dans sa traduction, selon la métrique de Pindare chorégraphiée par Fantine Cavé-Radet.

Il est directeur d'un festival de théâtre antique, les Dionysies, fondé en 2006, où les spectacles, lectures, chants et représentations théâtrales, reposent sur des écritures rythmiques en traduction, une mise en scène bilingue langue ancienne-français, et un jeu de masques associé à la danse[10]. Les « aèdes » qui composent la troupe sont les jeunes traducteurs eux-mêmes qui ont fait leurs premières armes avec Les Perses, comme Guillaume Boussard (traducteur d'Agamemnon, Prométhée, Lucrèce), Yann Migoubert, Aymeric Münch (Euménides, Philoctète, Virgile), ou Nicolas Lakshmanan (Chanson de Roland, Sarae Durest et Raphaël Durville (Lysistrata), des musiciens : Jean-Baptiste Apéré, Stéphane Vilar et surtout le compositeur François Cam ; des musiciens interprètes Gaspard Brunet, Maël Bailly ; des comédiens et danseurs, comme Yohann Grandsire, Daniel Rasson, Fantine Cavé-Radet, Anne-Iris Muñoz, Yanis Cleret, Diane-Iris Ricaud, François Trublereau, des étudiants, des professeurs et des comédiens et artistes de tous horizons assurant les rôles des personnages, souvent masqués, et celui du chœur[11].

Il commande des masques à Cristina Uribe, Yves Leblanc, Guillaume Le Maigat, Fantine Cavé-Radet, et au facteur de Java Jamhari qui, grâce à Elisabeth Inandiak, les réalisa sur des dessins d'Anahita Bathaie[12].

En , sa mise en scène des Suppliantes d'Eschyle qui devait se faire dans l'amphithéâtre Richelieu, à la Sorbonne, est empêchée de manière virulente par des associations étudiantes, parmi lesquelles la Ligue de défense noire africaine (LDNA), la Brigade anti-négrophobie, et le Conseil représentatif des associations noires (CRAN)[13],[14], qui soulignent que des acteurs apparaissaient grimés en noir, rappel inopportun des blackface pour ces associations. La pièce a pu être jouée sans incident quelques semaines plus tard, les acteurs apparaissant cette fois masqués, conformément à la grande tradition du théâtre antique[15]. Ici des masques dorés pour signifier les Argiens (des Grecs) et des masques sombres pour signifier les filles de Danaos (les Danaïdes de la légende, venues d'Égypte). Philippe Brunet s’est expliqué sur sa page facebook. « Désolé d'avoir heurté ou blessé quelqu'un si je l'ai fait. […] En mettant en scène la pièce des Suppliantes d'Eschyle, avec son texte, et rien que son texte, je dois mettre en place une opposition entre des Grecs d'Argos, supposés plus ou moins blancs, et les Danaïdes, venues d'Egypte, à la peau noire et au costume bariolé. » Cette censure a suscité un vif émoi dans la presse[16].

En 2022, il a réalisé le film Le double destin du roi Oedipe (1h52', montage Sophie Brunet, mixage Mathieu Deniau), qui fut projeté à l'Auditorium du Musée du Louvre.

L'Odyssée des aèdes fut donnée en 2023, avec le texte d'Homère traduit par lui en hexamètres et publié sous une forme intégralement mémorisée par une quarantaine d'aèdes.

Publications

Références

Voir aussi

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