Pierrot (commedia dell'arte)
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Pierrot (en français : [pjɛʁo] ⓘ) est un personnage type de la pantomime et de la commedia dell'arte dont les origines remontent à la fin du XVIIe siècle au Théâtre italien de Paris.
Au théâtre et dans la culture populaire contemporaine, le personnage de Pierrot est celui d'un clown triste épris de Colombine qui lui préfère Arlequin. Sans masque, le visage enfariné, il est vêtu de larges vêtements blancs à gros boutons. Il porte parfois une fraise et un chapeau, plus rarement un bonnet d'âne, mais depuis son interprétation par Jean-Gaspard Deburau, il est généralement coiffé d'une calotte noire. Pierrot est défini par sa naïveté : il est candide et badin mais digne de confiance.
Il est parfois dit que Pierrot est une variante française de l'italien Pedrolino, mais les deux personnages n'ont en commun que le nom (« petit Pierre ») et la situation sociale[1]. Les deux personnages ont une visée comique, mais Pedrolino est considéré comme un zanni de premier rang, qui agit avec ruse et courage et qui est un moteur de l'action du scénario dans lequel il apparaît, tandis que Pierrot est un zanni de second rang qui « se tient dans la périphérie de l'action »[2].
Domenico Biancolelli, premier Arlequin de la Comédie-Italienne, écrit que Pierrot est plutôt une réinterprétation du personnage de Polichinelle[3] :
« La nature de ce rôle est celle d'un Polichinelle napolitain revisité. En effet, les scénarios napolitains, à la place d'Arlequin et Scapin, présentent deux Polichinelles : le premier est coquin et intrigant et le deuxième est naïf et stupide. Pierrot tient le rôle de celui-ci. »
La première apparition claire de Pierrot dans le théâtre français se trouve dans la pièce de Molière Dom Juan ou le Festin de Pierre, où il est présenté comme un paysan[4]. En 1673, à la suite du succès de la pièce de Molière, le Théâtre italien de Paris présente une nouvelle version de leur pièce Il Convitato di pietra (« L'Invité de pierre ») avec le personnage de Pierrot[4]. Parfois paysan mais surtout zanni, il sera joué par Giuseppe Giaratone jusqu'à la dissolution de la troupe par décret royal en 1697[5].
La personnalité distincte de Pierrot est mise en lumière par les dramaturges français comme Jean de Palaprat, Claude-Ignace Brugière de Barante, Antoine Houdar de la Motte et Jean-François Regnard[6]. Il paraît alors comme une anomalie auprès des créatures sociales qui l'entourent[7]. Sa voix solitaire et son isolement, bien que comique, portent le pathos.
XVIIIe siècle
France
En 1716, sur l'ordre du Régent Philippe d'Orléans, une nouvelle compagnie italienne est appelée à Paris et Pierrot est de nouveau incarné, cette fois-ci par Pierre-François Biancolelli, puis par Fabio Sticotti et Antoine Jean Sticotti[8]. Toutefois, l'importance de son personnage semble être survolée de par son absence dans la plupart des nouvelles pièces de théâtre.
Durant le XVIIIe siècle, Pierrot est surtout utilisé au Théâtre de la foire dans les spectacles de marionnettes et de divertissement populaire pour assurer le monopole de la Comédie-Française sur les tragédies dans les théâtres parisiens[9]. Ses répliques ont peu d'importance, comme lors de « pièces à la muette », ou sont récitées par le public pendant les « pièces à l'écriteau ». Par conséquent, ce Pierrot est dénué des nuances qu'il a su acquérir lors du XVIIe siècle, même lors des dramaturges comme Alain-René Lesage, Jacques-Philippe d'Orneval ou Louis Fuzelier commencent à écrire des pièces de foire sophistiquées[10].
« Lesage assigne à Pierrot les rôles les plus divers et parfois les plus opposés à sa personnalité. En le faisant valet, spécialiste de la rôtisserie, chef cuisinier, cantinier de gargote, aventurier, il le change en quelqu'un d'autre. (...) Dans tous ses rôles, le personnage est plutôt peu défini. » — Vincent Barberet[11].

La généralisation du personnage de Pierrot s'opère également par la diversité de ses interprètes : de nombreux acteurs, mais également des acrobates et des danseurs, accaparent le rôle, qui se mélange rapidement, de par ses manières et son costume, avec le personnage de Gille (voir le tableau d'Antoine Watteau ci-contre)[12].
Dans les années 1720, Pierrot retrouve un intérêt dans le théâtre avec la publication du volume final des Mille et Une Nuits d'Antoine Galland en 1717. Les dramaturges de l'époque trouvent de l'inspiration dans ces histoires exotiques : ainsi, en 1728, Pierrot apparaît dans la pièce Achmet et Almanzine de Lesage et d'Orneval comme le confident du grand-vizir[13]. Il est également exploité dans les pièces d'Alexis Piron comme L'Antre de Trophonius ou L'Âne d'or d'Apulée[14],[15].
Jean-Baptiste Hamoche, comédien au Théâtre de la foire de 1712 à 1718, reprend le rôle de Pierrot de 1721 à 1732, où il « obtint, grâce au naturel et à la vérité de son jeu, de nombreux applaudissements et devint l'acteur favori du public »[16]. Mais le triomphe de Pierrot n'est que de courte durée : « Le départ en retraite de Hamoche en 1733 est fatale à Pierrot. Après cette date, il n'apparaît plus que dans les anciennes pièces. »[17]
Toutefois, alors qu'il semble s'éclipser au théâtre, Pierrot trouve une nouvelle dimension dans d'autres formes d'art. Comme ses camarades de la commedia dell'arte, il devient non seulement le sujet de chansons populaires (Au clair de la lune), mais aussi des tableaux de Claude Gillot, Antoine Watteau, Nicolas Lancret, Jean-Baptiste Oudry, Philippe Mercier et Jean-Honoré Fragonard[18].
- Le tombeau de Maître André, Claude Gillot, 1716–1717. Huile sur toile, 100 × 139 cm, musée du Louvre, Paris.
- Les Comédiens italiens, Antoine Watteau, 1720. Huile sur toile, 63,8 × 76,2 cm, National Gallery of Art, Washington.
- Les acteurs de la Comédie italienne, Nicolas Lancret, 1716–1736. Huile sur toile, 260 × 220 cm, musée du Louvre, Paris.
- Comédiens italiens dans un jardin, Jean-Baptiste Oudry, 1725. Huile sur toile, 65,5 × 83 cm, musée des Beaux-arts de Bordeaux.
- Pierrot attrape une mouche, Philippe Mercier, 1740–1750. Huile sur toile, 58,6 × 74 cm, Art Institute of Chicago.
- L'Enfant en Pierrot, Jean-Honoré Fragonard, 1776–1780. Huile sur toile, 60 x 50 cm, Wallace Collection, Londres.

