Pippa Bacca
artiste italienne
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Giuseppina Pasqualino di Marineo, née le et morte assassinée le , connue sous le nom de Pippa Bacca, est une artiste italienne et féministe. Elle se situe dans la mouvance de l'art conceptuel et réalise des performances artistiques parfois audacieuses[1]. Elle trouve tragiquement la mort en 2008 lors d’une performance où, vêtue d’une robe de mariée, elle traversait des zones de conflit pour promouvoir la paix. Son projet s’interrompt brutalement en Turquie, où elle est violée et tuée.
| Naissance | |
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| Décès | |
| Période d'activité |
À partir de |
| Nom de naissance |
Giuseppina Pasqualino di Marineo |
| Pseudonyme |
Pippa Bacca |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Parentèle |
Piero Manzoni (oncle maternel) |
| Site web |
(it) www.pippabacca.it |
Biographie
Origine
Pippa Bacca appartient à une famille noble et non conventionnelle, reconnue sous le royaume d'Italie avec le titre de Patricien de Bari, transmissible par les hommes. Elle est la fille de Guido Pasqualino di Marineo, originaire de Naples, et de sa première épouse Elena Manzoni dei Conti di Chiosca e Poggiolo, d'origine sicilienne, qui divorcent en 1986[2].
Pippa Bacca est a troisième de cinq sœurs et a également un demi-frère issu du remariage de son père[3]. Elle est également la nièce du frère d'Elena, l'artiste Piero Manzoni, engagé dans la voie de l'art de la performance et mort avant la naissance de Pippa.
Fin tragique
La dernière performance de Pippa Bacca est un voyage d'Italie au Moyen Orient, alors qu'elle est âgée de 33 ans. Arrivée à Gebze en Turquie, au sud-est d'Istanbul, Pippa Bacca est violée et assassinée par un homme, âgé de 38 ans, père de famille sans antécédents judiciaires[1], mais déjà connu de la police turque[4], qui l'avait prise en autostop dans sa Jeep à une station-service, le 31 mars 2008[1],[4],[5],[6].
Des tests ADN suggèrent que Bacca aurait été violée par plusieurs personnes[7]. Pour le meurtre de Pippa Bacca, Murat Karataş est définitivement condamné à 30 ans de prison par la Cour de cassation turque[8].
Les obsèques de l'artiste sont organisées par la municipalité de Milan et célébrées le 19 avril 2008 en la basilique San Simpliciano, en présence d'une foule nombreuse et de plusieurs personnalités[9].
Bacca est inhumée dans le caveau familial à Casirate d'Adda, vêtue de la robe qu'elle portait lors de son voyage fatal et au moment de sa mort[10].
Œuvre
Transformations d'objets
Aux alentours de 1995, Pippa Bacca se consacre pleinement à sa carrière artistique[11]. Elle explore différents media dont la photographie, le collage, le chant ou la broderie.
Le leitmotiv de l'art de Bacca est la transformation d'objets en d'autres objets, généralement à l'aide de simples ciseaux : par exemple, les photographies des personnes qui l'ont déposée en voiture sont découpées jusqu'à ce qu'elles prennent la forme d'un moyen de transport ; le crochet est utilisé pour créer des tricots aux formes phalliques ou sexuellement allusives ; l'œuvre Mutations chirurgicales est constituée de feuilles ramassées dans une forêt et découpées de manière à les transformer en feuilles d'autres espèces de plantes[12].
Performances
Les performances de Pippa Bacca tournent autour du voyage, de l'autostop. Pippa Bacca, sur des chemins défrichés par l'artiste française Sophie Calle, place au cœur de son travail et de son optique les inconnus, et la confiance inconditionnelle pour favoriser la rencontre[13]. Pippa Bacca choisit comme règle et défi de ne jamais refuser de monter dans une voiture même si « la tête de son occupant ne lui revient pas »[14] car la pratique du voyage en auto-stop fait partie de son expérience d'enfant, de jeune fille et d'artiste.
Voyage au Moyen Orient
Pippa Bacca avait l'expérience de voyages avec sa famille ou bien seule dans des pays comme les États-Unis, le Canada, l’Irlande, l’Espagne ou la Russie[15],[16].
Le voyage de 2008, intitulé « Brides on Tour » project[17], dont la destination était Jérusalem, est entrepris en compagnie d'une autre artiste, Silvia Moro, elle aussi vêtue d'une robe de mariée[18]. À propos de leur tenue, les deux jeunes femmes précisent sur leur site web : « C'est la seule robe que nous emporterons, avec toutes les taches accumulées pendant le voyage »[19],[17].
Le départ a lieu à Milan le 8 mars 2008 (Journée internationale des femmes). Après avoir traversé l'Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et la Bulgarie, les deux artistes arrivent en Turquie le 20 mars. Selon le programme, elles devaient ensuite poursuivre leur périple à travers la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Cisjordanie et Israël, pour arriver à Jérusalem à la mi-avril[20].
Dans cette performance, ce « principe absolu et non négociable de confiance dans l'autre, dans la rencontre avec des inconnu(e)s, — l'Inconnu comme une sublimation d'altérité »[21], est transposé dans ce que Sophie Calle appelle « une règle du jeu décidée au préalable », qui n'est pas « vraiment l'abolition de [sa] propre volonté [...] mais décision de [s]'abandonner dans quelque chose [une aventure] qu'[on] a entièrement dessinée »[22].
Principe, objectifs
Pour promouvoir la paix mondiale, avec une autre artiste, Silvia Moro, elle prévoit un trajet en auto-stop, fondé sur la confiance absolue en l'autre[1], de l'Italie du Nord jusqu'au Moyen-Orient, de mars à mai 2008, en portant symboliquement une robe de mariée tout au long du voyage[20]. La promotion de la paix dans le monde se fait sous le slogan « Mariage entre les peuples et les nations »[6]. Une exposition est prévue au retour dans une galerie de Vérone ; dans celle-ci, il est prévu que chaque robe de mariée ayant voyagé (et portant tous les stigmates du temps et des espaces traversés) soit confrontée avec son homologue à l'état neuf. Des souvenirs et des photos prises lors du voyage[1],[23] auraient dû être présentées.
Le projet repose sur un paradoxe : porter longtemps un vêtement qui est par nature éphémère, destiné normalement à n'être utilisé qu'une fois, la robe de mariée dont la blancheur connote la pureté virginale ; peut-être pour déconstruire un mythe patriarcal dans une optique néo-féministe[1]. Un autre but de l'artiste-performeuse est de faire « un mariage entre les différents peuples et nations » et de « porter un message de paix dans les pays en conflit ou en guerre »[24].
Dispositif
« Alors les deux artistes mettent au point un itinéraire précis, grâce à des associations locales, un itinéraire qui s'étend de Trieste jusqu'à Jérusalem »[25]. Plusieurs rendez-vous sont prévus avec des sages-femmes des pays traversés, où Pippa Bacca doit laver les pieds de ces praticiennes dans une bassine de cuivre et les essuyer avec sa robe de mariée ― geste d'inspiration biblique, appartenant à la culture du Moyen-Orient et reproduisant le geste de Jésus-Christ dans le Nouveau Testament[1]. Silvia Moro prévoit pour sa part de demander aux femmes croisées sur sa route de coudre des motifs sur sa robe de mariée à elle[26].
« Le départ est prévu, toujours pour le symbole, le 8 mars 2008, journée internationale de lutte pour les droits des femmes »[27]. Le périple croise plusieurs objectifs artistiques et plusieurs symboliques : le statut de l'art dans la société ; la mystique du pèlerinage à Jérusalem ; la paix dans le monde ; la réparation symbolique des blessures et dommages de la guerre par la candeur virginale de la robe de mariée, que la traîne est censée effacer et consoler par la confiance a priori en l'Autre, par l'amour, par l'union et le métissage ; l'enfantement comme renaissance ; la place enfin de la femme dans la société, et son rôle particulier dans la reconstruction civilisationnelle[1].
Interruption
Le voyage s'interrompt près d'Istanbul, après s'être séparée de sa compagne de voyage qu'elle devait retrouver quelques jours plus tard à Beyrouth, avec la disparition de Pippa Bacca, le 31 mars 2008[28].
Après des recherches, son corps est retrouvé, le 11 avril, dans un fossé, nu, étranglé et en décomposition, près de Gebze, à environ 60 km au sud-est d'Istanbul[6]. Un conducteur l'y a violée puis tuée. Des photographies du coupable se trouvent dans l'appareil de l'artiste.
Réactions
Le meurtre de Pippa Bacca choque l'opinion publique en Italie et en Turquie. De nombreux journaux publient également des titres en italien : « Pardonne-nous, Pippa », « Nous sommes profondément attristés »[29]. Le président de la République de Turquie, Abdullah Gül, et le ministre de la Culture, Ertuğrul Günay, présentent leurs regrets et leurs condoléances à l'ambassadeur d'Italie à Ankara et à la famille de Bacca[9]. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, se dit « profondément attristé » par ce crime et déclare qu'il « ne trouvait pas les mots pour décrire ce meurtre brutal », tout en réaffirmant l'engagement de la justice turque à punir le coupable[30]. De nombreux observateurs associe cet événement tragique à d'autres crimes et à des problèmes internes en Turquie, relançant le débat sur les violences faites aux femmes, sur des traditions ancestrales impitoyables et sur le prétendu « désintérêt de la justice et de la société »[31]. L'un des principaux quotidiens du pays propose même qu'une artiste turque reprenne – vêtue de blanc et consciente des dangers – le périple interrompu de Pippa Bacca, le transformant en une « marche pour la liberté » des femmes turques[32].
Postérité
Son histoire fait l'objet de deux films, le pamphlet Pippa'ya Mektubum (« Ma lettre à Pippa ») par la réalisatrice turque Bingöl Elmas en 2010, et le documentaire La Mariée[33], réalisé en 2012 par le cinéaste Joël Curtz, qui a restauré avec son équipe les images tournées dans la caméra de Pippa, lesquelles avaient été effacées par le meurtrier ou la police turque[34], ainsi que d'un roman de Nathalie Léger, La Robe blanche (2018), inspiré par les images du film[35].
Le , sur la version italienne de la chaîne américaine Crime & Investigation, est diffusé Sono innamorato di Pippa Bacca, un documentaire réalisé par Simone Manetti qui raconte l'histoire de Pippa Bacca et de son voyage[36].
Le , sur France Inter, dans Affaires sensibles, Fabrice Drouelle raconte le voyage sans retour de Pippa Bacca avec Nathalie Léger comme intervenante (deux diffusions)[1].