Néo-féminisme
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Le néo-féminisme est un terme qui a connu plusieurs définitions au cours de l'histoire.

De nos jours, il est principalement utilisé, souvent de manière polémique, pour désigner ou critiquer les courants féministes de la troisième et quatrième vague (post-#MeToo), qui mettent au centre du débat des thèmes comme l'intersectionnalité ou les questions queer[1],[2].
Histoire et usages du terme
Années 1920
L'expression est d'abord utilisée au Royaume-Uni dans les années 1920 pour différencier ce « néo-féminisme » du mouvement suffragiste général. Ses militantes, parfois appelées « féministes de la protection sociale » (welfare feminists), sont particulièrement préoccupées par la maternité, à l'image de leurs homologues allemandes de l'Union pour la protection des mères et la réforme sexuelle (Deutscher Bund für Mutterschutz und Sexualreform), fondée par Helene Stöcker en 1905[3],[4],[5].
Les néo-féministes de cette époque, dont Eleanor Rathbone (présidente de la National Union of Societies for Equal Citizenship) est une figure de proue, font campagne pour un système d'allocations familiales versées directement aux mères. Elles militent également pour une législation protégeant spécifiquement les femmes au travail.
Ce courant suscite alors une opposition : de jeunes femmes comme Winifred Holtby[6],[7], Vera Brittain et Dorothy Evans voient ce mouvement comme un retour à l'idéologie du XIXe siècle des sphères distinctes. Elles s'opposent aux lois spécifiques pour les femmes au travail, y voyant une législation restrictive limitant l'accès des femmes aux emplois mieux payés sous couvert de bien-être.
Années 1990, le « nouveau féminisme » catholique
L'expression a été reprise[Quand ?] par des féministes catholiques en réponse à l'appel du Vatican de promouvoir un nouveau féminisme dans une lettre encyclique intitulée Evangelium Vitae[8].
Le pape Jean-Paul IIs'appuyant sur ses enseignements antérieurs (la Théologie du corps), soutient une théologie de la complémentarité entre les sexes. Il affirme que hommes et femmes sontcomplémentaires. En 1988, il précise cette pensée dans la lettre apostolique Mulieris Dignitatem[9] puis réitère ce message lors de la Conférence mondiale des femmes de Beijing en 1995[10].
Cette approche du Vatican est analysée par des sociologues comme Sara Garbagnoli et Massimo Prearo comme une stratégie discursive s'inscrivant dans une « croisade anti-genre », visant à contrer les études de genre et les revendications féministes contemporaines telle qu'elle a pu se manifester durant la Manif pour tous[11].
Usage contemporain et critiques
Au tournant du XXIe siècle, le terme réapparaît, principalement sous la plume d'observateurs et d'essayistes, pour qualifier, souvent de manière critique, de nouvelles formes d'expression féministe.
Littérature des années 2000
Au début des années 2000, certains critiques utilisent le terme pour décrire une littérature féminine jugée provocatrice. Par exemple, l'essayiste Christian Authier (2002) évoque un « néo-féminisme » pour qualifier des œuvres mettant en scène une sexualité explicite ou une désacralisation du corps féminin, citant notamment La Vie sexuelle de Catherine M. de Catherine Millet ou Baise-moi de Virginie Despentes[12].
Le conflit politique actuel
En France, depuis les années 2010 et le mouvement #MeToo, le terme « néo-féminisme » est fréquemment utilisé par les tenants d'un féminisme dit « universaliste » pour marquer leur désaccord avec les nouvelles formes de militantisme.
Des tribunes, publiées notamment dans l'hebdomadaire Marianne, avancent que ce néo-féminisme « desservirait la cause des femmes ». Ces critiques reprochent aux mouvements contemporains de s'éloigner de l'universalisme républicain au profit d'une vision communautariste ou victimaire, qui diviserait hommes et femmes plutôt que de prôner l'égalité[13].
Dans une veine plus conservatrice, des articles du FigaroVox accusent quant à eux ce mouvement d'« indignation sélective ». Les auteurs y reprochent aux militantes de politiser la cause des femmes en ciblant prioritairement l'homme occidental tout en minimisant d'autres menaces par idéologie. L'article cite notamment le silence supposé des néo-féministes face au sort des femmes afghanes ou iraniennes, un silence qui serait motivé par la crainte d'alimenter l'islamophobie[14].
Sur le plan juridique, des auteurs libéraux comme Daniel Borrillo (dans une note pour le think-tank GénérationLibre) reprochent au néo-féminisme une dérive répressive qui menacerait l'État de droit. Il critique notamment le concept de « continuum des violences » qui, en effaçant les gradations juridiques entre une incivilité et un crime, favoriserait l'émergence de « tribunaux populaires » sur les réseaux sociaux au détriment de la justice pénale[15].
À l'inverse, certaines militantes comme Violaine de Filippis-Abate, porte-parole d'Osez le féminisme !, rejettent cette étiquette de « néo-féminisme » et dénoncent une « panique morale ». Dans une tribune publiée dans L'Humanité, elle analyse l'usage de ce terme comme une tentative de disqualification des luttes actuelles par une génération plus âgée, qui chercherait à opposer un féminisme historique jugé respectable à un militantisme contemporain qui serait excessif[16].
Analyse du discours et usage polémique
Dans un article paru dans la revue Esprit en 2025, la philosophe Martine Storti analyse l'usage du terme néo-féminisme comme un concept « fourre-tout » ayant une fonction idéologique précise. Selon elle, cette étiquette permet à des médias conservateurs ou réactionnaires (elle cite Causeur, Valeurs actuelles, ou Le FigaroVox) d'amalgamer des thématiques disparates (écriture inclusive, GPA, intersectionnalité) pour les rejeter en bloc.
Storti relève le paradoxe des critiques qui opposent ce néo-féminisme (jugé agressif et puritain) à un « ancien féminisme » (celui des années 1970 ou de Simone de Beauvoir) qui serait paré de toutes les vertus. Elle rappelle qu'à leur époque, ces figures historiques subissaient les mêmes accusations de misandrie, d'hystérie ou de volonté de déclencher une « guerre des sexes » que les militantes actuelles[17].
Cette dimension polémique est également relevée par la presse en ligne. Une enquête de Slate publiée en 2022 qualifie le terme de « mot-valise » instrumentalisé pour opposer les générations de féministes (celles du Mouvement de libération des femmes (MLF) contre celles de la quatrième vague). L'article souligne que cette étiquette sert à délégitimer la radicalité des plus jeunes en la présentant comme une rupture, alors même que les féministes historiques revendiquaient une radicalité similaire dans les années 1970[18].
Dans les ouvrages critiques parus dans les années 2020, le néo-féminisme est fréquemment associé au wokisme, dont il est présenté comme l'une des composantes majeures aux côtés de l'antiracisme ou de la lutte contre l'islamophobie[19]. Cette analyse est corroborée par l'observation des écrits de polémistes comme Michel Onfray. Sur le plan philosophique, ce dernier développe une critique frontale dans son ouvrage L'Art d'être français (2021). Il y oppose le néo-féminisme (qu'il qualifie de « structuraliste » et associe aux travaux de Judith Butler et de la French Theory) au féminisme existentialiste de Simone de Beauvoir. Il reproche à ce courant contemporain de nier la réalité biologique de la différence des sexes au profit d'une théorie du genre jugée nihiliste, et de s'attaquer à la langue française par l'usage de l'écriture inclusive, qu'il compare à une entreprise totalitaire[20]. Le sociologue David Chopin relève ainsi que dans cet ouvrage, Onfray intègre le « néoféminisme » dans une liste d'ennemis idéologiques, le plaçant au même niveau que l'islamogauchisme ou l'antispécisme comme des menaces supposées contre l'identité nationale[21].