Poterie de Sejnane
From Wikipedia, the free encyclopedia
Les savoir-faire liés à la poterie des femmes de Sejnane *
| |
Potière de Sejnane vendant sa production. | |
| Pays * | |
|---|---|
| Subdivision | Sejnane |
| Liste | Liste représentative |
| Année d’inscription | 2018 |
| * Descriptif officiel UNESCO | |
| modifier |
|
La poterie de Sejnane est un savoir-faire artisanal pratiqué dans la région de Sejnane en Tunisie. Transmis de grand-mère à petite fille, il se caractérise par un façonnage entièrement manuel, sans tour, et par l'utilisation exclusive de matériaux naturels.
En 2018, les savoir-faire associés à cette poterie sont inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Unesco.
À Sejnane (gouvernorat de Bizerte), située à environ 120 km de Tunis au cœur du massif des Mogods[1], la poterie s'insère dans un héritage artisanal ancien, dont l'origine est parfois rattachée à l'Antiquité, voire à la fin de l'Âge du bronze selon certaines recherches, soit au VIe millénaire av. J.-C.
Si la poterie modelée est répandue dans plusieurs régions de Tunisie, celle de Sejnane se distingue aussi par la continuité de procédés de fabrication demeurés largement fidèles aux pratiques héritées, aussi bien dans les techniques de modelage que la finesse de ses formes et l'originalité de ses décors[1].
Avec le temps, cette production connaît des transformations. D'abord orientée vers des usages utilitaires, notamment la confection d'ustensiles de cuisine, elle s'ouvre progressivement à des fonctions décoratives et à une reconnaissance d'ordre artistique, en particulier à partir du XXe siècle.
Transmission
Toutes les étapes de fabrication sont assurées par des femmes, qui vendent leurs produits au village, en bord de route, lors des marchés ou dans des salons artisanaux[1],[2]. Les hommes les appuient dans la chaîne de production ou de vente, ce qui contribue à la cohésion familiale[2].
Les techniques et les connaissances associées se transmettent de manière informelle, principalement dans le cadre familial[1], par observation et apprentissage progressif.

L'activité représente aussi un complément de revenus pour de nombreux ménages ruraux et contribue aux dynamiques communautaires. En , un groupement d'intérêt économique réunit une quarantaine de potières de Sejnane pour les accompagner dans la valorisation et la commercialisation de leurs produits[2]. L'Office national de l'artisanat tunisien propose également des formations destinées aux femmes souhaitant exercer cette activité[1].
Techniques de fabrication
L'ensemble du processus, de l'extraction de l'argile à la cuisson des pièces en passant par la préparation de la matière, le modelage et la décoration, est réalisé sans recours à des procédés mécanisés.
La production comprend des contenants à usage domestique (ustensile de cuisine ou vase), des poupées et des figurines animalières inspirées de l'environnement local[1],[2], voire des créations à vocation ornementale.
Extraction et préparation de l'argile
L'argile est extraite à partir de la terre des lits d'oueds de la Garâa Sejnane[2].
Celle-ci est lavée puis débitée en mottes, concassée, purifiée, pétrie puis malaxée avec les pieds et les mains pour obtenir la texture désirée[2]. De la poudre de brique ou du tafoun, obtenu par le broyage de tessons de poteries cassées, sont utilisés pour la dégraisser[2].
Façonnage et cuisson
Les pièces sont réalisées sans tour ni four moderne[1], selon des procédés traditionnels, en particulier le modelage direct et le montage par colombins. Elles sèchent à l'air libre puis sont polies avec des galets ou des coquillages[2].
La cuisson se fait généralement à même le sol[2]. Les pièces sont déposées sur un lit de branches et de la bouse séchée est utilisée comme combustible[2]. Pour obtenir une couleur noire, les objets encore chauds sont recouverts de débris de bois conduisant à leur carbonisation[2].
Décoration

Les motifs sont réalisés à la main et surtout composés de formes géométriques bicolores. Ils évoquent les tatouages traditionnels et les tissages berbères[1],[2] et s'inspirent de symboles locaux, d'éléments de la nature et de traditions décoratives propres à la région. Les couleurs utilisées sont d'origine naturelle : le noir est obtenu grâce au procédé de carbonisation pendant la cuisson alors que les pigments de couleur sont préparés à partir de feuilles de lentisque pilées et mélangées avec de l'eau[2].
Reconnaissance
Les potières sont représentées dans les peintures orientalistes d'Alexandre Roubtzoff alors que les chorégraphes Sofien et Selma Ouissi s'inspirent de leurs gestes pour produire un film chorégraphique en 2011[2].
En 2018, « les savoir-faire lié à la poterie des femmes de Sejnane » sont inscrits sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité de l'Unesco[3]. Cette inscription met en avant l'importance culturelle et historique de cette pratique, sa contribution aux activités économiques des femmes en milieu rural et l'enjeu de sa transmission et de sa sauvegarde dans un contexte de mutations économiques et sociales.
En 2025, Viviane Bettaïeb publie un ouvrage, Potières de Sejnane : sans tour, ni four, consacré à ces savoir-faire[1].
