Programme gateway

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Le programme Gateway, dit le processus de la passerelle, est un programme d'entraînement mené par l'Institut Monroe depuis les années 1970, et ayant fait l'objet d'une étude confidentielle du commandement du renseignement et de la sécurité de l'Armée de terre des États-Unis en 1983, dans le cadre de la guerre froide. Cette étude a été sujette à une déclassification par l'agence centrale de renseignement des États-Unis en 2003.

Faits en bref Type, Créateur ...
Processus de la passerelle
Perspective holographique de la conscience humaine, inspirée des théories du physicien David Bohm et du neuroscientifique Karl Pribram sur le modèle holographique tridimensionnel de l'univers et du cerveau. (page 7 du rapport Analysis and Assessment of Gateway)
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Le cœur du programme repose sur un phénomène neurologique ; la synchronisation des hémisphères cérébraux. L’objectif est d’explorer les expériences de hors-corps et à induire des états modifiés de conscience échappant aux contraintes du temps et de l'espace et favorisant le voyage astral.

Origine

Le programme trouve son origine dans les expériences de l'écrivain et producteur de son Robert Allan Monroe[1]. En 1950, il démontre que certains modèles sonores ont des effets sur les capacités humaines, notamment la vigilance et la somnolence. Il finira par fonder un département de recherche au sein de sa société de production RAM Enterprises en 1956. L’objectif est d’étudier l’effet du son sur l'humain. Il est obsédé par le concept d’hypnopédie, c’est-à-dire l’apprentissage en dormant[2].

En expérimentant l’hypnopédie, Monroe découvre un phénomène inhabituel, qu’il décrit comme des sensations de paralysie et de vibration. Cela se produit neuf fois au cours de ses six semaines d’expérimentation et culmine d'après lui par une expérience de hors-corps. Persuadé que ces phénomènes peuvent être reproduits et enseignés, il fonde en 1962 le Monroe Institute of Applied Sciences à Faber (en), en Virginie, à partir de sa société RAM Enterprises, rebaptisé plus tard Institut Monroe.

En 1971, il publie son premier premier ouvrage relatant ses expériences, Journeys Out of the Body[3], dans le but de populariser le concept de sortie du corps. L'Institut Monroe met au point et brevette la technologie Hemi-Sync en 1975[4], diminutif de synchronisation hémisphérique. Le futur programme de la passerelle, initialement M-5000, sera basé sur cette même technologie et est lancé vers 1973 sous forme de séminaires résidentiels d’une semaine et de cassettes audio progressives.

Description du processus

Principe de base

Le principe de base consiste en l'exploitation de la technologie audio Hemi‑Sync, conçue pour entraîner une synchronisation des hémisphères cérébraux[5],[6].

Il s’agit de faire écouter à chaque oreille des fréquences légèrement différentes, par exemple 400 Hz dans l’oreille gauche et 404 Hz dans l’oreille droite. Cette différence induit dans le cerveau des battements binauraux[7] et le pousse à produire des ondes thêta et delta de forte amplitude, consistant en une réponse de suivi de fréquence (en)[8]. Ainsi, la synchronisation des ondes du cerveau par hémisynchronie mène à des états modifiés de conscience, se manifestant par une relaxation profonde, un état de méditation, et une perception non ordinaire de l'environnement. L’expérience combine cette stimulation audio avec des techniques telle que la respiration holographique et l'autohypnose[9].

L’idée sous-jacente, présentée dans le rapport de Wayne McDonnell en 1983, mais aussi reprise par l’Institut Monroe[10],[11], est que la conscience pourrait dans certaines conditions se libérer des contraintes ordinaires ; comme celle d'un corps physique, d'un espace préconçu, et d'un temps linéaire. Le protocole viserait donc non seulement la relaxation ou la méditation, mais potentiellement l’accès à des réalités non conventionnelles, accompagnées de perceptions extrasensorielles[12],[13].

Étapes

Le processus est structuré en plusieurs stades successifs et progressifs. Chaque niveau, appelé Focus Level (niveau de Focus), correspond à un état de conscience particulier, de plus en plus éloigné de l’état normal de celle ci[14],[15].

Davantage d’informations Focus Level, Description / Visée ...
Focus Level Description / Visée
Focus 10 — Esprit éveillé, corps détendu Le corps est profondément détendu, tandis que l’esprit reste pleinement éveillé et lucide. C’est la fondation pour tous les états ultérieurs, permettant une relaxation profonde sans perte de conscience.
Focus 12 — Conscience élargie Perceptions subtiles accrues. Les barrières mentales (peurs, blocages) commencent à se dissoudre, favorisant la créativité et les pensées intuitives.
Focus 15 — État de non-temps (No time) L’expérience de la perception du temps est modifiée, le temps linéaire, tel que perçu habituellement, s’estompe.
Focus 21 — Frontière temps-espace Niveau le plus avancé, possibilité théorique de projection au-delà des limites ordinaires.
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La structure progressive en niveaux de Focus du programme Gateway vise à permettre aux participants une maîtrise graduelle des états de conscience altérés, en commençant par une simple relaxation profonde pour progresser vers des perceptions plus avancées et, théoriquement, une transcendance des limites ordinaires du temps et de l'espace. Cette approche séquentielle est conçue pour éviter les potentielles surcharges psychiques.

Depuis la pandémie de Covid-19, une grande partie du programme est accessible à domicile via l’application officielle de l’Institut Monroe, Expand (anciennement appelée Expand: Beyond Meditation). Un programme complet en résidentiel dure 6 à 7 jours, tandis que la version autodidacte s’étale sur plusieurs semaines ou mois, selon le rythme personnel[16],[17],[18],[19],[20].

Pertinence et limites

Bien que cette structuration progressive soit présentée comme un atout pour une exploration sécurisée, l'absence d'études scientifiques indépendantes confirmant les effets spécifiques attribués à chaque niveau de Focus limite la portée du programme à un cadre expérientiel et non clinique. La progressivité, même si elle vise à minimiser les risques, n'élimine pas les variations individuelles dans les réponses aux exercices, ce qui rend les résultats hautement dépendants de l'interprétation personnelle des participants.

Analyse du programme et contexte historique

Implication de l'Armée de terre des États-Unis

Au début des années 1980, les États-Unis s’intéressent aux techniques de manipulation de la conscience[21]. Le 9 juin 1983, Wayne McDonnell, lieutenant-colonel au sein l’armée américaine, est mandaté par celle-ci à travers le commandement du renseignement et de la sécurité. Sa mission est de se renseigner sur la projection astrale et les expériences de hors-corps. Le programme de l'Institut Monroe attire alors son attention et est sélectionné comme sujet d'étude principal.

Il remet un rapport interne de 29 pages nommé Analysis and Assessment of Gateway Process[22]. Ce document, déclassifié en 2003 par la CIA, examine les fondements théoriques et les mécanismes présumés du programme Gateway, en s'appuyant sur des concepts issus de la physique quantique, de la neuroscience, de la parapsychologie, et de la science biomédicale, tout en évoquant diverses théories scientifiques. Wayne McDonnell s’est entouré d’une équipe de chercheurs, avec parmi eux Itzhak Bentov, un scientifique américano-israélien qui a été le pionnier du génie biomédical.

L'objectif de cette étude était d'analyser, à travers le programme, les potentiels de la conscience humaine à des fins d'espionnage, de craintes que l'Union soviétique finançait des recherches similaires sur les capacités psychiques et la psychokinésie[23],[21]. Il était question de déterminer si le programme permettait de voir à distance, par projection de la conscience[24], mais également d'évaluer son utilité pour augmenter les performances cognitives.

Rétrospective du rapport d'analyse et d'évaluation du programme

Représentation en anglais des oscillations d’énergie pure entre l’infini et la longueur de Planck (10⁻³³ cm). Les portions hachurées désignées clicked-out indiquent les parties de l’onde qui quittent le temps-espace pour traverser des dimensions intermédiaires, formant ainsi la base holographique de la réalité. (page 25)
Schéma stylisé d’un torus spiralé complexe représentant l’hologramme universel. Selon McDonnell, cette structure en spirale illustre comment les flux d’énergie et de matière, évoluant à travers toutes les phases du temps (passé, présent et futur), génèrent par interférence l’hologramme cosmique reflétant le développement multidimensionnel de l’univers. (page 24 ; inspiré des travaux d'Itzhak Bentov, avec Stalking the Wild Pendulum, et de Jill Purce, The Mystic Spiral).

L'étude pose les bases ontologiques en introduisant le concept de l'Absolu. Inspiré de la théorie des cordes et du principe holographique de David Bohm, McDonnell théorise que la conscience émerge d'une matrice d'énergie, où espace et temps sont illusoires. Le diagramme à droite illustre cette idée sous forme d'une grille représentant des ondes d'énergie qui oscillent entre des échelles infinies (de la longueur de Planck, 10⁻³³ cm, à l'infini). Il dépeint des portions d'énergie oscillante en dimensions intermédiaires, reliant l'énergie pure à des motifs en temps-espace. Ces motifs forment la base de la réalité perceptible, où la conscience humaine interagit via des fréquences vibratoires.

La nature de la conscience est décrite comme un spectre électromagnétique, analogue à une onde porteuse modulée par l'intention. McDonnell intègre des éléments de physique quantique, comme la non-localité des particules, pour argumenter l'idée que la conscience n'est pas confinée au cerveau mais étendue à l'Absolu. Le processus Gateway est alors présenté comme un moyen de découpler la conscience du corps physique.

L'univers est illustré sous un modèle toroïdal, comme un hologramme projeté depuis un noyau central, avec des trous noirs et trous blancs comme portails dimensionnels. Les flèches circulaires indiquent l'évolution cyclique du temps-espace, avec un point où le flux temporel s'inverse vers un pôle opposé, représentant la transcendance dimensionnelle. (page 24)

Afin d'appuyer ces théories, des potentiels mécanismes neurologiques sous-jacents sont examinés. Le cerveau est alors modélisé comme un récepteur-transmetteur, avec les hémisphères synchronisés pour produire un corps d'énergie isolant la conscience des distractions sensorielles. McDonnell aborde le sujet des ondes cérébrales et de leur rôle dans l'induction d'états hypnagogiques.

Schéma représentant la Voie lactée vue de profil, avec un trou blanc central, deux bras spiraux formant un tore. McDonnell utilise cette analogie cosmologique pour décrire le cerveau humain : le trou blanc correspond au tronc cérébral et le tore aux hémisphères. (pages 10–11 et 24)
Schéma en anglais de l’homoncule sensitif et du cortex cérébral humain, accompagné des boucles de rétroaction entre matière grise et matière blanche. Selon McDonnell, la stimulation de ces boucles par Hemi-Sync expliquerait l’apparition de sensations corporelles, de plaisir ou de douleur. (page 29)

L'étude corrèle les sorties du corps à une évolution de l'espace-temps. Inspiré de la relativité générale, cette théorie propose que la conscience est capable d'influencer la courbure gravitationnelle à petite échelle et spécule sur le remote viewing, où la conscience transcende l'espace-temps pour accéder à des données distantes.

Wayne McDonnell évalue les utilisations pratiques du programme Gateway, incluant l'entraînement militaire pour le renseignement psychique, la thérapie pour le stress post-traumatique, et l'exploration scientifique de la conscience. Un diagramme complémentaire dépeint les ventricules cérébraux et les gyrus (précentral pour le moteur, postcentral pour le sensoriel), avec des flèches reliant les lobes à un aqueduc cérébral. Un autre schéma montre un disque d'accrétion éjectant de la matière, symbolisant l'émission de conscience depuis le subconscient (voir les deux dessous).

Coupe sagittale médiane du cerveau humain en anglais, montrant les ventricules cérébraux (troisième ventricule, quatrième ventricule, ventricules latéraux, aqueduc cérébral), le gyrus précentral et le gyrus postcentral. (page 11)
Photographie astronomique d’un jet de matière éjecté perpendiculairement depuis le disque d’accrétion d’un trou noir. Utilisée par McDonnell comme analogie visuelle du trou blanc par lequel la conscience, une fois détachée du corps, serait projetée dans d’autres dimensions. (page 11)

Controverses et théories

Interprétation confuse des internautes

Depuis 2021, le document d'analyse et d'évaluation du programme est largement partagé sur les réseaux sociaux (TikTok, YouTube, Reddit)[25],[26], où de nombreux mythes et théories du complot le présente comme une méthode ésotérique secrète de la CIA pour voyager dans le temps ou dans d'autres dimensions, interprétations très éloignées du contenu réel[27],[21]. Également, contrairement à l'idée reçue, la CIA n'a ni commandé ni rédigé le rapport. Cela s'inscrit simplement dans le contexte plus large des programmes américains de recherche parapsychologique de la guerre froide comme le projet Stargate, où l'armée et la CIA ont parfois collaboré[24] . Son implication se limite à sa déclassification via une demande Freedom of Information Act. Finalement, le rapport en lui-même reste une initiative militaire de l'INSCOM, et le programme Gateway est associé à l'Institut Monroe uniquement.

Un rapport et un programme controversé

Le rapport de McDonnell combine des éléments scientifiques avec des hypothèses métaphysiques, ce qui rend une validation empirique très difficile (il s'appuie par ailleurs sur beaucoup de théories partiellement prouvées). En conséquence, l’essentiel de ce qui est produit à la suite de ces expériences reste subjectif en l'état[28],[27], car aucune étude publiée dans un cadre scientifique rigoureux ne confirme que des sorties du corps via Hemi-Sync sont objectivement reproductibles[8],[29],[30]. De plus, le programme est classé par la grande majorité de la communauté scientifique comme relevant de la pseudoscience pour ses aspects paranormaux, et plusieurs analyses insistent sur le fait que ces expériences dépendent en réalité fortement de l'interprétation de la personne[27],[30].

Notes et références

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