Promesse électorale

From Wikipedia, the free encyclopedia

Une promesse électorale est un engagement électoral formulé publiquement  en complément de la promesse de respecter une constitution  par un candidat, ou un parti politique, lors d'une campagne électorale. Elle énonce les actions, les réformes ou les orientations qu'un candidat s'engage à mettre en œuvre s'il est élu.

Bien que souvent perçues avec scepticisme par l'opinion publique, les promesses électorales sont l'un des socles des programmes électoraux ; et dans les régimes démocratiques, elles sont un élément essentiel de la préparation, puis de l'évaluation, d'un mandat politique. Des études rétrospectives, montrent que — contrairement à une idée reçue — ces promesses sont souvent tenues (leur taux de réalisation atteint 80 % dans certains cas), mais il arrive aussi que des élus fassent le contraire de ce qu'ils avaient promis. Depuis quelques décennies, un champ émergent des sciences politiques et sociales étudie les mécanismes et les enjeux de ces promesses.

Éléments de définitions

Pour dépasser les difficultés liées à l'hétérogénéité des programmes électoraux, et pour distinguer, en leur sein, les véritables engagements de ce qui relève du simple commentaire ou de l'expression de valeurs, un groupe d'une trentaine de chercheurs (CPPG) a proposé une définition de la promesse électorale (pledge dans la littérature anglophone) :

« Une promesse électorale correspond à un engagement à réaliser une action ou à produire un résultat, pour lesquels il est possible d'évaluer objectivement si l'action a bien été accomplie ou si le résultat a été obtenu[1]. »

Katryn Schermann et Laurenz Ennser-Jedenastik, en 2012, distinguent (2012, p. 8) :

  1. les promesses vagues (soft pledges), qui […] « comprennent toutes les déclarations dans lesquelles les partis font effectivement des promesses à leurs électeurs, mais dont la vérification nécessiterait des jugements de valeur »
  2. les promesses fermes et précises (hard pledges), dont la formulation permet une évaluation objective de la mise en œuvre effective de la proposition ou de l'obtention du résultat promis.

Bouillaud et al. (2017) distinguent les promesses portant sur des moyens, de celles qui portent sur des résultats ; constatant que les premières sont bien mieux réalisées (par exemple dans 60 % des cas en France pour le corpus des promesses de Nicolas Sarkozy, contre seulement 28 % des cas pour ses promesses de résultats) ; ce qui peut s'expliquer par la difficulté structurelle à prévoir les effets réels des politiques publiques[2].

L'« accountability démocratique » est le principe selon lequel les élus et dirigeants doivent répondre de leurs actions devant les citoyens et électeurs, qui peuvent, selon qu'ils aient ou non tenus leurs promesses électorales, les sanctionner ou les récompenser lors des élections suivantes. Les dirigeants, une fois élus et lors de leurs bilans rétrospectifs, seront jugés au vu de leurs priorités budgétaires, et de l'efficacité de leurs initiatives géostratégiques, environnementales, sociales, économiques, etc., telles que traduites dans l'exécution de leurs agendas politiques (locaux, régionaux, nationaux ou supra nationaux (ex. : européens, ONU...). Contrairement à une idée reçue, les études faites dans les pays démocratiques montrent que les partis politiques tiennent un grand nombre de leurs promesses électorales.

Historique du concept

Les Poires d'Honoré Daumier publié par Le Charivari qui reprochait au roi de n'avoir pas tenu sa promesse de 1830, incluant la liberté de la presse (il « promettait la liberté et nous donne les bâillons »).
Tract électoral ancien, anglais, pour Jim Simmons (alors candidat du Parti travailliste à Birmingham, vers 1919), en forme de poème intitulé La récompense des héros :
1 Les riches d'Angleterre avaient promis une terre « digne des héros ». Oh là là ! Quelle splendeur ! Des fruits « rares et rafraîchissants » devraient y être offerts, mais les héros constatent maintenant que cette supercherie ne leur convient pas ! Ils ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour que leurs foyers soient plus prospères, mais maintenant ils peuvent mourir de faim, tandis que les riches se reposent sur leurs lauriers !
2 Les riches d'Angleterre chassent le renard, les héros d'Angleterre secouent leurs coffres. Les riches d'Angleterre perçoivent des millions de loyers, les héros d'Angleterre mendient quelques centimes. Ils ont combattu pour « LEUR » pays, animés d'une foi glorieuse, mais maintenant, par milliers, ils demandent de l'aide !
Vous avez déjà été dupés, ne vous faites plus avoir ! Cette fois, pour que justice soit faite, votez pour Simmons, candidat du parti travailliste
.
Texte : Les promesses de l'administration ont été tenues (période 1896-1900). « Le drapeau américain n'a pas été planté en terre étrangère pour acquérir plus de territoire, mais pour le bien de l'humanité » (Mc Kinley, 12 juillet 1900).
Cette affiche de campagne électorale présidentielle (républicaine, de 1900) contient les portraits du président William McKinley et de son candidat à la vice-présidence Theodore Roosevelt.
À gauche, la mention « Gone Democratic » (Passage aux démocrates) montre les États-Unis en crise économique et Cuba sous domination espagnole ; à droite, la mention « Gone Republican » (Passage aux républicains) montre les États-Unis prospères et Cuba bénéficiant d'une éducation sous tutelle américaine.
Nota: Donald Trump s'est comparé au « grand président William McKinley » dont il a fait mettre un portrait dans le bureau ovale, ce dernier ayant été (mais uniquement lors de son premier mandat)[3] particulièrement protectionniste (via les tarifs douaniers) et expansionniste.

L'idée que les gouvernants doivent tenir leurs promesses, puis rendre compte de leurs engagements ou de leur gestion est ancienne.

Ainsi, sans que l'on parle de promesse électorale et d'élection, sous le retour de la monarchie, plusieurs numéros de 1834–1835, du journal Le Charivari publient des caricatures (d'Honoré Daumier (série Les lois de septembre) et des textes accusant le roi d'avoir renié sa promesse de liberté de la presse (de 1830) ; En 1830, Louis‑Philippe avait promis une monarchie constitutionnelle « libérale », fondée sur le respect des libertés publiques — notamment la liberté de la presse — et sur un pouvoir royal limité par la Charte révisée après la Révolution de Juillet.

La forme actuelle des promesses de campagne est liée à l'émergence des partis politiques et des programmes politiques écrits, du XIXe siècle à nos jours[4].

Au XIXe siècle, la vérification ou la critique de l'application des programmes électoraux, et celle de leur traduction en engagements programmatiques puis en résultats concrets était principalement assurée par des journalistes spécialisés de la presse politique. Cette information était accessible pour le grand public via certains éditoriaux ou articles de la presse généraliste (en fin de mandats en général), mais aussi indirectement via la presse satirique politique qui, à grand renfort de caricatures, pamphlets, humour corrosif et critique sociale, jouait un rôle important dans la formation des opinions politiques de leurs lecteurs. Ces journaux ont notamment été Le Charivari et La Caricature (en France) ; Punch (au Royaume‑Uni) ; Puck (aux États‑Unis) ou Kladderadatsch (en Allemagne). Ces analyses étaient utilisées dans les débats et interpellations dans les parlements et  plus marginalement  par certains pamphlétaires ou des associations civiques, qui jouaient un rôle de surveillance de l'action des gouvernants.

Au début du XXIe siècle en France, Jacques Bouyssou déplore que « personne ne s'intéresse à la mécanique des promesses électorales »[5]. Par ailleurs, dans un contexte de « volatilité électorale » (où les électeurs changent plus souvent de vote), voire de manipulation des électeurs par de fausses informations construites et diffusées algorithmiquement, à l'aide de l'intelligence artificielle (ex. : plate forme Ripon)[6],[7],[8] et où les idéologies des partis (qui se déclarent parfois ni de gauche ni de droite ni du centre) peuvent évoluer rapidement, on ne peut plus comprendre l'effet des promesses électorales et des élections sur les décisions publiques, simplement en observant si un gouvernement est de gauche ou de droite[9],[10]. Mais l'apparition du Web 2.0 et de nouveaux outils d'analyse statistique a ensuite permis une multiplication des blogs ou de sites évaluant l'activité des députés ou sénateurs, ainsi que la mise en œuvre des promesses électorales ; période qui s'est accompagnée d'un essor de recherches en sciences politiques sur les liens entre promesses électorales et politiques publiques. Selon Bouillaud et al. (2017), « l'observation de contrastes importants dans l'application des programmes électoraux (Thomson et al., 2017)[11] appelle une approche conditionnelle visant à identifier les facteurs susceptibles de favoriser la réalisation des promesses, mais cet agenda de recherche commence à peine à être exploré »[12].

Antiquité gréco-romaine

Dans la démocratie athénienne, le concept de programme électoral tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existe pas, car de nombreux magistrats sont tirés au sort. Mais, pour certaines fonctions électives (comme celles des stratèges), un contrôle rigoureux passe par :

  • la dokimasie : avant de prendre leurs fonctions, les élus subissent un examen devant le Conseil (la Boulè) ou un tribunal pour vérifier leur aptitude et leur loyauté ;
  • l'euthynai : à la fin de leur mandat, tous les magistrats doivent rendre des comptes financiers et moraux. Tout citoyen peut porter plainte si l'élu n'a pas agi conformément aux intérêts de la cité ou à ses engagements initiaux.

À Rome, la période de la République voit l'apparition de véritables campagnes électorales. Dans le « Petit manuel de campagne électorale » (Commentariolum petitionis, attribué à Quintus Cicéron, et destiné à aider son frère cadet Cicéron dans sa candidature comme consul), l'auteur conseille à son frère de faire des promesses à tout le monde, même s'il sait qu'il ne pourra pas toutes les tenir. Quintus y estime que l'électorat préfère un candidat qui promet quitte à décevoir, plutôt qu'un candidat qui se présente en refusant des choses. Il n'y a à cette époque aucune procédure juridique prévoyant de sanctionner une promesse non tenue, mais la perte de réputation (fama) et le risque de procès pour corruption (ambitus) étaient des régulateurs sociopolitiques.

Du mandat impératif au mandat représentatif

Sous l'Ancien Régime en France, les députés étaient souvent liés par un « mandat impératif ». Les électeurs rédigeaient des cahiers de doléances et les représentants avaient l'obligation de défendre ces points précis. S'ils s'en écartaient, leur mandat pouvait être révoqué.

Lors de la Révolution française (1789), ce système est abandonné au profit du mandat représentatif, théorisé notamment par l'abbé Sieyès : le député n'est plus le porte-parole d'une circonscription, mais le représentant de la nation tout entière. Cette transition historique pourrait en partie expliquer pourquoi, dans les démocraties modernes, la promesse électorale n'a pas de valeur juridique contraignante : l'élu doit rester libre d'agir selon l'intérêt général, qui peut évoluer selon le contexte, après l'élection.

Selon la « théorie du mandat démocratique » et la « théorie de la responsabilité démocratique », dans une démocratie (où les citoyens élisent leurs représentants), les électeurs doivent juger, sanctionner (par le vote suivant), leurs dirigeants (et parfois leurs partis) selon qu'ils ont tenu ou non leurs promesses de campagne. Une personnalité politique devrait donc être davantage soutenu si elle respecte ce qu'elle a annoncé. Ceci est supposé encourager les élus à tenir leurs promesses et garantir que les élections influencent vraiment les décisions prises une fois au pouvoir[13]. La théorie ROV (abréviation de « retrospective pledge voting ») veut que le résultat électoral d'un parti au gouvernement dépend de sa capacité à tenir ses promesses, en articulant une approche prospective fondée sur les préférences des électeurs et une approche rétrospective centrée sur la sanction de la performance gouvernementale[14].

Un électorat « responsable » devrait ainsi contrôler ses gouvernants en sanctionnant ou en récompensant la réalisation des promesses électorales, et une étude expérimentale faite en 2025, auprès de 841 participants, a conclu qu'une information, claire et crédible, sur des promesses tenues accroît la confiance dans un gouvernement et que des promesses rompues la diminuent... mais seulement chez les citoyens déjà satisfaits de l'action gouvernementale ou attentifs au respect des engagements, ce qui éclaire les mécanismes d'« accountability démocratique », tout en soulignant l'intérêt des mesures répétées pour analyser les variations individuelles[15].

Dans le premier quart du XXIe siècle, des chercheurs en sciences politiques ont commencé à étudier plus finement les engagements électoraux et surtout les relations entre ces promesses électorales et l'action publique réelle (Thomson, 2001 ; Mansergh, Thomson, 2007 ; Naurin, 2014). Ils se sont regroupés dans une entité baptisée Comparative Political Pledges Group (CPPG). Ce groupe s'est demandé « quel est le périmètre des promesses électorales ? Dans quelle mesure ce qui a été promis a-t-il été effectivement réalisé ? Peut-on identifier des types de promesses mieux tenues ? » ; il a pour cela collecté et analysé « des promesses dans les programmes de 12 pays, au cours de 57 élections (Thomson et al., 2017) »[16].

Typologie et formes

En science politique, les chercheurs distinguent plusieurs types d'engagements selon leur précision et leur nature :

  • Les promesses programmatiques (ou spécifiques) : il s'agit de mesures précises et quantifiables. Elles sont facilement vérifiables par les observateurs, comme la création d'un nombre défini de postes dans la fonction publique ou la modification d'un taux d'imposition ;
  • Les promesses d'objectifs (ou de résultats) : le candidat s'engage sur une finalité sans toujours détailler les moyens, comme l'atteinte de la neutralité carbone ou la réduction du taux de chômage ;
  • Les promesses symboliques (ou de rhétorique) : elles visent à affirmer des valeurs ou une identité politique, sans mesure concrète immédiate.

La forme d'une promesse électorale module aussi la perceptions immédiates des électeurs : une étude expérimentale (2019) a conclu que l'électeur juge plus contraignants les énoncés du type « nous ferons A » que « nous voulons faire A » ; cette étude laisse aussi penser que l'électeur assimile facilement les messages vagues à des promesses, même si la distinction entre engagements spécifiques et vagues est contestable[17].

Études sur la tenue des promesses

Dans le domaine des sciences politiques, « la recherche sur la prise, la rupture et le respect des engagements électoraux est devenue, ces dernières années, plus explicitement comparative, théoriquement informée et reconnue comme un domaine d'investigation distinct ». Ces études rétrospectives, montrent que  contrairement à l'idée reçue d'un non-respect systématique  montrent un taux de réalisation significatif (jusqu'à plus de 80 % dans certains cas) des promesse électorales (ex. : travaux de recherche menés au Canada ou en Europe par des politologues via le Comparative Party Pledges Project ou CPPP, qui était en 2020 un « réseau international en pleine expansion de trente chercheurs qui ont aligné leurs procédures de recherche et ont à ce jour publié des recherches comparatives sur la réalisation de plus de 20 000 engagements électoraux spécifiques dans douze pays », lors de 57 campagnes électorales)[18],[19],[20].

Plusieurs facteurs peuvent affaiblir la possibilité de transformer une promesse électorale (un programmes électoral) en politiques effectivement mises en œuvre : ce sont par exemple les inerties des décisions antérieurement décidées ; des chocs externes tels que guerre, catastrophes naturelles ; des crises économiques ou énergétiques ; des pandémies ; des influences externes (ex. : influence de l'Europe sur ses états membres, ou d'un gouvernement fédéral sur les états qu'il fédère) ; des experts ; les actions de lobbies ou d'autres groupes d'influence, des contraintes démographiques et matérielles, ou encore les ressources limitées des élus et gouvernants, ou une non adhésion de la population aux réformes proposées ou des révélations ayant suscité un scandale (pouvant parfois induire la chute d'un gouvernement).

Il a été montré que les réactions des électeurs aux promesses tenues ou rompues dépendent non seulement du contenu des engagements, mais aussi du contexte dans lequel ils sont formulés (ainsi, une expérimentation menée auprès de 2 465 personnes montre que, contrairement aux attentes issues de la théorie de la « disconfirmation », les électeurs tendent surtout à renforcer leurs jugements initiaux lorsque l'information confirme leurs attentes — révélant un biais de confirmation qui, combiné à la tonalité souvent négative de la couverture médiatique des promesses, contribue à expliquer la faible estime portée à la capacité des gouvernements à tenir leurs engagements et éclaire les mécanismes d'accountability démocratique[21].

Les études comparatives ont d'abord été effectuées dans des démocraties occidentales et elles ont toutes montré que les gouvernements (y compris de coalition) respectent de 60 % à 80 % de leurs promesses électorales ou parfois le contexte fait qu'elles sont respectées[22],[23]. L'étude souligne que les promesses électorales occupent une place centrale dans la représentation politique et qu'elles ont été largement étudiées, mais surtout dans les démocraties occidentales.
Le respect des promesses électorales par les partis de l'Inde, (démocratie non-occidentale, et la plus grande au monde) a aussi été étudié, pour la période 1999-2019, et comparé à celui de grands partis occidentaux, tout en tenant compte des spécificités de la compétition partisane en Inde qui diffère fortement des modèles occidentaux)[note 1] ; les analyses quantitatives et qualitatives montrent que les promesses électorales indiennes présentent des caractéristiques propres[24].

Selon les résultats des analyses faites par le CPPG, les partis accédant à l'exécutif gouvernemental se distinguent généralement par une propension nettement plus élevée à respecter leurs engagements électoraux, par rapport à ceux qui demeurent dans l'opposition. Cette capacité à accomplir les promesses électorales varie toutefois selon la configuration du pouvoir au sein du gouvernement. Les exécutifs dominés par un seul parti, qu'ils disposent ou non d'une majorité parlementaire, présentent les taux de réalisation des promesses les plus élevés, ce qui s'explique par une maîtrise accrue de l'agenda politique et d'une moindre nécessité de compromis.
Inversement, dans les gouvernements de coalition, la concrétisation des engagements dépend davantage de la position occupée par chaque parti : la probabilité de mise en œuvre est maximale quand le parti concerné détient la direction de l'exécutif (ce qui lui confère un contrôle stratégique sur les priorités gouvernementales), et quand un autre partenaire de coalition a formulé un engagement similaire, favorisant ainsi la convergence programmatique et la coopération interne[25].

La réalisation de ces engagements dépend de plusieurs variables :

  • Le système institutionnel : un système présidentiel ou majoritaire facilite l'application du programme, tandis qu'un système proportionnel impose des coalitions qui peuvent diluer les promesses initiales ;
  • La situation économique : des crises imprévues peuvent rendre certaines promesses irréalisables pour des raisons budgétaires ;
  • Le type de promesse : les engagements visant à maintenir une politique existante sont statistiquement plus souvent tenus que ceux impliquant des changements radicaux .

Promesses budgétaires

Selon Rory Costello, auteur d'une étude (2024) des programmes de partis politiques, dans 20 pays, de 1945 à 2017 : la compétition électorale peut parfois fonctionner comme une sorte d'enchère dans laquelle les partis cherchent à attirer les électeurs en promettant des dépenses publiques nouvelles. C'est souvent le cas quand les partis sont idéologiquement proches (s'ils sont plutôt d'accord sur l'environnement, le social, l'immigration, l'économie, la santé, etc., alors l'idéologie ne les distingue plus vraiment et ils pourront se différencier en promettant plus de dépenses, plus d'avantages, plus de mesures populistes).
Quand les partis s'attendent à être vraiment élu, ils se montrent cependant plus modestes et prudents dans leurs promesses électorales budgétaires, car ils savent que trop promettre peut ensuite être difficile à assumer une fois au pouvoir. Costello montre que sur près de 70 ans (de 1945 à 2017), les partis de gauche ont ajusté leurs promesses de dépenses en fonction de leurs chances électorales : plus leurs perspectives de sièges sont favorables, plus leurs promesses deviennent prudentes sur le plan budgétaire, et inversement[26].

Rôle de certains think tanks et de programmes externes

Depuis quelques décennies, surtout dans les partis de droite ou d'extrême droite, les think tanks et des groupes d'idéologues jouent un rôle croissant, parfois obscur, souvent majeur, dans la préparation et la rédaction des programmes électoraux, en fournissant aux partis et à leurs candidats des diagnostics, des propositions clés en main, des éléments de langage, et parfois des feuilles de route complètes pour un ou plusieurs mandats.

Le phénomène est particulièrement marqué aux États‑Unis, avec l'influence croissante de la Heritage Foundation qui a notamment coordonné le Projet 2025 (programme détaillé visant à structurer l'action du second mandat de Donald Trump, illustrant la manière dont certains centres d'idées passent du conseil à la conception directe de politiques publiques). De même au Royaume‑Uni, des entités comme l'Institute of Economic Affairs et le Policy Exchange orientent fortement les plateformes des partis conservateurs.

Dans le monde, le réseau Atlas, fondé en 1981 par Antony Fisher, fédère près de 600 think tanks dans plus de 100 pays, et dispose d'un budget annuel important (environ 28 millions de dollars en 2023, essentiellement issus de dons d'entreprises et de milliardaires)[27], pour largement diffuser les idées libertariennes, conservatrices ou illibérales dans les programmes électoraux, et d'influencer les débats programmatiques dans de nombreux contextes nationaux. Le réseau Atlas et ses entités financent la professionnalisation et une partie des campagnes des élus conservateurs et qui s'engagent dans le libertarianisme de droite ; elles prennent en charge une partie de la production des programmes et priorités électorales, tout en renforçant le poids idéologique d'organisations privées dans la compétition électorale.

L'influence des think tanks (et du réseau Atlas) sur les promesses électorales aux États-Unis

L'exemple de Donald Trump et de son parti MAGA illustre cette « externalisation » de la programmation politique financée par des milliardaires de droite. Lors de son premier mandat, son programme s'est en effet largement appuyé sur les travaux de la Heritage Foundation, notamment à travers le document Mandate for Leadership. Puis pour préparer sa seconde élection en 2024, le Projet 2025 a été conçu par un collectif de think tanks conservateurs et libertariens de droite afin de fournir un catalogue de promesses et de mesures administratives prêtes à l'emploi dès l'investiture. Ces documents servent de base programmatique détaillée, sous-jacents derrière le caractère impulsif et structuré des discours de campagne du candidat. Les promesses électorales des partis de droite aux États-Unis sont par exemple préparées par le Manhattan Institute ; et au Canada par l'Institut Fraser ; à Hong Kong par le Lion Rock Institute ; au Royaume-Uni par l'Adam Smith Institute, le TaxPayers' Alliance (TPA) et environ une dizaine d'autres groupes de pression et laboratoires d'idées installés (ou l'ayant été) à Londres au 55 Tufton Street, un groupe qui, avec l'assistance de Cambridge Analytica, d'AggregateIQ et de financements américains a joué un rôle majeur dans le processus qui a conduit au Brexit)[28],[29].

Méthodologies d'évaluation en science politique

Une étude parfois systématique des promesses électorales s'est peu à peu structurée, autour de protocoles standardisés, pour permettre des comparaisons (y compris internationales et temporelles).

Identification et unité d'analyse

La première étape consiste à extraire des programmes électoraux (manifestes) des énoncés répondant à des critères précis. Pour être comptabilisée, une phrase doit contenir un engagement à l'action et être assortie d'un critère de preuve (un indicateur mesurable) permettant de vérifier son exécution. Les chercheurs excluent généralement les déclarations d'intentions trop vagues.

Échelles de codage

Le degré de réalisation d'une promesse peut être évalué en consultant les « journaux officiels », les textes de lois et les rapports budgétaires. Les chercheurs utilisent généralement une échelle à trois niveaux :

  • promesse réalisée : la mesure a été adoptée telle qu'annoncée ;
  • promesse partiellement réalisée : une action a été entreprise, mais avec une ambition moindre ou des délais non respectés ;
  • promesse non réalisée : aucune action législative ou réglementaire n'a été constatée. Peuvent alors être distinguées des engagements simplement non tenus, et des réalisations qui sont l'inverse de la promesse faite.

Déconnexion entre tenue des promesses et la popularité des élus dans l'opinion publique

Le cas de la France

À titre d'exemple, une étude, par Grossman et Guinaudeau (2025), de 921 promesses électorales faites lors de mandats présidentiels entre 1995 et 2022, et croisant aussi des mesures de popularité mensuelle, a conclu que la réalisation des engagements ne produit aucun effet mesurable sur l'approbation publique[30] portant sur les mandats présidentiels français entre 1995 et 2022 (Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron) a mis en lumière un paradoxe : le respect des promesses électorales ne semble pas avoir eu d'impact significatif sur la popularité des présidents : leur cote de popularité suit une courbe descendante quasi systématique après une courte « lune de miel », indépendamment du nombre de réformes entreprises ou du respect du programme initial[31].

Selon Grossman et Guinaudeau (2025) et d'autres auteurs, plusieurs facteurs expliquent cette déconnexion[31] :

  • La focalisation médiatique : les médias et notamment les médias sociaux apparus avec les GAFAM et le développement du Web 2.0, tendent à privilégier la couverture des échecs, des scandales ou des crises, ce qui peut contribuer à un désenchantement à l'égard du politique, et à la « détestation » des grands élus portés au pouvoir par les élections, plutôt qu'à un suivi objectif, technique et rigoureux de l'exécution des réformes ou actions promises ;
  • Le surinvestissement présidentiel : dans le système de la Cinquième République, dont l'histoire est jalonnée de promesses présidentielles non tenues selon Halimi et al. (1978)[32] et Fuligni (2017)[33], les citoyens et les médias semblent surtout concentrer leurs analyses, attentes et frustrations sur la personne du président[34] ;
  • L'asymétrie de perception : les électeurs perçoivent plus durement une promesse non tenue qu'ils ne créditent l'élu pour une promesse réalisée.

Ce constat interroge sur la pertinence du modèle actuel de jugement de l'action politique par l'opinion publique, et invite à de nouvelles formes d'évaluation et de gouvernance des engagements électoraux et démocratique[31].

Le cas particulier du Brexit

Certains responsables politiques (ou partis) pas encore au pouvoir construisent leur stratégie électorale sur la promesse de résoudre ce qu'ils présentent comme un problème ou une « crise » grave à impérativement traiter. Ce faisant, s'ils veulent perdurer au pouvoir, ils se mettent en situation de dépendance vis à vis de la persistance de la crise ou du problème ; et s'ils se sont trompés dans l'identification des causes qu'ils ont désignées comme source de la crise (ex. : impôts, immigration et technocratie européenne dans le cas des partis pro-Brexit au milieu des années 2010), alors ils dépendent leur capacité à mobiliser les électeurs via l'émotion et la colère. Ces élus peuvent se retrouver piégés dans une situation d'injonction paradoxale : s'ils suppriment ce qu'ils prétendaient être la cause du problème.

Ce cas a notamment été étudié (2025)[35] en s'appuyant sur l'exemple du Brexit, qui était une promesse électorale du Premier ministre anglais David Cameron et du Parti conservateur. Ce travail a montré que certaines promesses  dites « issue‑eclipsing pledges »   peuvent affaiblir les stratégies de mobilisation, car leur réalisation ferait disparaître l'enjeu qui unit et motive les électeurs. Les partis anti-européens pro-Brexit se sont retrouvés dans ce type de paradoxe : durant des décennies, les dirigeants conservateurs ou ultra-conservateurs anglais, appuyés par divers think-tanks d'inspiration libertarienne de droite, ont utilisé l'Union européenne et sa législation comme repoussoir électoral. Mais le Référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne de 2016 a subitement obligé le parti à « tenir sa promesse » et à mettre en œuvre le Brexit, ce qui a mis au jour de fortes contradictions internes. Selon les deux universitaires Monika Brusenbauch Meislová et Benjamin Martill (2023) ayant étudié le cas des engagements politiques pro-Brexit, ce type de promesse crée des dynamiques cycliques : les dirigeants au pouvoir tentent de présenter leur action comme une réalisation de la promesse, tandis que leurs rivaux — internes ou externes — réinterprètent cette promesse de manière à mobiliser les électeurs contre eux. Cette logique conflictuelle particulière s'est répétée sous les différents gouvernements britanniques depuis 2016, contribuant à une escalade des exigences et à une radicalisation progressive du débat politique[35] (quand une promesse ne peut être tenue par exemple par ce qu'elle concernait un problème mal posé ou mal cerné, ceux qui l'ont faite peuvent être tentés de ne pas reconnaitre leur erreur d'appréciation et prétendre que s'ils n'ont pas résolu le problème qu'ils avaient promis de résoudre, c'est parce que les moyens mis en œuvre n'étaient pas suffisants, ce qui peut conduire à des radicalisations avec risque de division, de violence, de guerre civile ou de guerre).

Cas des dirigeants populistes

Les promesses électorales ou programmes des dirigeants populistes et/ou illibéraux incluent souvent un engagement à sortir d'institutions, instances et/ou accords internationaux. Ainsi, début 2026, Donald Trump, conformément au Projet 2025, a signé un décret promulguant l'arrêt du soutient des USA à 66 organisations, agences et commissions y compris celles affiliées aux Nations Unies, selon un communiqué de la Maison Blanche, le pays quitte 31 institutions et organismes liés à l'ONU et 35 organisations non onusiennes)[36].

De tels élus populistes peuvent aussi promettre de renégocier des accords internationaux antérieurement signés pour obtenir de nouveaux accords, « meilleurs » (pour leurs électeurs, supposément) que ceux obtenus par leurs prédécesseurs. C'est le cas par exemple de Boris Johnson qui a promis de sortir le Royaume-Uni de l'Union européenne (ce qu'il a fait). Rien n'indique que les nouveaux accords soient globalement plus favorables aux Anglais. D'autres élus, de petits pays, alors même qu'ils ne disposent souvent pas d'une position de négociation plus favorable que leurs prédécesseur, et que les partenaires étrangers n'ont pas de raison d'accepter un accord qui leur serait défavorable, font de même. Pour expliquer ce paradoxe, Martill (2025) montre que ces dirigeants redéfinissent généralement discrètement leurs objectifs à la baisse, pourvu qu'ils obtiennent une « victoire symbolique » et médiatique (ils réduisent en réalité leurs exigences initiales, mettent en avant des gains surtout symboliques et insistent dans leurs discours sur les tensions rencontrées durant les négociations pour donner l'impression d'avoir lutté fermement voire héroïquement)[37]. Ainsi, Boris Johnson, conformément à ses promesses, a renégocié avec Michel Barnier et l'Union européenne l'Accord de retrait entre le Royaume‑Uni et l'Union européenne, puis un Accord de commerce et de coopération post-Brexit, mais selon les données analysées par Martill, notamment basées sur des entretiens avec des acteurs politiques impliqués, ces négociations ont été beaucoup plus coopératives que ce que le discours populiste de Johnson laissait entendre. Selon Martill, ce type de recherche d'un « meilleur accord » se traduit souvent par l'obtention de concessions limitées, mais présentées comme des victoires majeures auprès du public national[37].

Exemples historiques notables

Certaines promesses sont restées célèbres soit par l'ampleur de leur mise en œuvre, soit par les conséquences politiques de leur abandon.

George H.W. Bush et la fiscalité (1988)

Lors de la convention républicaine de 1988, George H.W. Bush prononce la phrase : « Read my lips: no new taxes » (Lisez sur mes lèvres : pas de nouveaux impôts). Une fois élu, confronté à un déficit budgétaire croissant, il accepte finalement une hausse des impôts en 1990. Ce renoncement a été considéré comme une cause majeure de sa défaite en 1992[38].

L'étude de promesses électorales néolibérales faites par Ronald Reagan et Margaret Thatcher et leurs partis conservateurs ont été mieux appliquées en Grande-Bretagne qu'aux États-Unis[39].

François Mitterrand et le tournant de la rigueur (1981-1983)

En France en 1981, François Mitterrand met en œuvre les 110 propositions pour la France (abolition de la peine de mort, nationalisations). Mais en 1983, face à la crise monétaire, son gouvernement opère le « tournant de la rigueur », mettant entre parenthèses certaines orientations économiques du programme initial.

Il est à noter que durant cette période, le nombre de promesse faites par les futurs présidents n'a pas cessé d'augmenter avec le temps.

« Si l'on s'intéresse aux promesses visibles qui ont débouché sur l'inverse de ce qui avait été promis, on trouve un grand nombre de promesses de résultats (outcome), comme la réduction de la dette et du déficit et la réduction du chômage à moins de 5 %, où « le réel a résisté » » ; Concernant le mandat de Nicolas Sarkozy, « les promesses les plus visibles sont également celles qui ont plus de chances de mener à des politiques publiques allant dans le sens inverse de celui qui a été annoncé (décision contraire) » ; comme ces revirements sont très relayés par la presse, ils nourrissent fortement l'impression dominante que les promesses électorales sont rarement tenues (les déceptions marquant souvent plus l'opinion que les réalisations)[16].

Cadre juridique international et respect des promesses électorales

La plupart des démocraties libérales ne sanctionnent pas juridiquement le non-respect d'une promesse (car le contexte post-électoral peut changer et imposer, pour le bien commun, une évolution des priorités).

Cependant dans les années 2010, les systèmes électoraux de plusieurs grandes démocraties ont été victimes de manipulations de millions d'électeur ; plusieurs de ces manipulations à large échelle ont été secrètement menées par Cambridge Analytica et son officine jumelle AggregateIQ (basé au Canada, mais créée et financée par des soutiens de Donald Trump et des financeurs de la droite libertarienne américaine), à l'instigation du Groupe SCL et de Steve Bannon[40]. Ces manipulations visaient notamment à porter au pouvoir Ted Cruz[41] puis Donald Trump, lors des primaires présidentielles du Parti républicain américain de 2016[42],[43],[44],[45], puis elles ont visé à soutenir Nigel Farage et quatre groupes de campagne pro-Brexit (qu'étaient Vote Leave, BeLeave, Veterans for Britain et le Parti unioniste démocrate ou DUP pour Democratic Unionist Party d'Irlande du Nord et qui ont selon leurs comptes de campagne dépensé au moins 3,5 millions de livres sterling pour manipuler l'opinion publique via les réseaux sociaux, en faveur du Brexit. L'un d'eux a reconnu que « sans Cambridge Analytica, il n'y aurait pas eu de Brexit », ce qu'a clairement démontré le lanceur d'alerte Christopher Wylie à partir de 2018[46]. Ces pratiques ont été permises par l'émergence de nouveaux moyens (psychographie associée à l'intelligence artificielle) utilisés pour produire et rapidement diffuser  de manière algorithmiquement ciblée et intelligente  de fausses informations), qui ont modifié le comportement de nombreux électeurs lors des primaires présidentielles du Parti républicain américain de 2016. Elles ont été dévoilées au public à l'occasion de la mise au jour du scandale Facebook-Cambridge Analytica / AggregateIQ grâce à plusieurs lanceurs d'alerte[42].

Pour tenter de contrer ce type de dérives, et les officines qui les orchestrent ou les mettent en œuvre, ainsi qu'une éventuelle désinformation proférée lors des campagnes électorales, ou concernant — ensuite — le respect des promesses électorales, quelques outils de vérifications ont été créés, et des pays ont mis en place des législations encadrant la véracité des informations et la propagande ou publicité électorale, interdisant les fausses nouvelles susceptibles d'altérer la sincérité du scrutin[47] :

  • en Australie-Méridionale, la loi électorale de 1985 (section 113) interdit les publicités électorales contenant des affirmations factuelles trompeuses ou mensongères ;
  • au Canada : la loi électorale interdit de faire de fausses déclarations sur le passé ou le caractère d'un candidat, mais ne punit pas le non-respect des promesses futures ;
  • au Brésil : le code électoral prévoit des sanctions pénales pour la diffusion de fausses informations (« fake news ») susceptibles d'influencer le vote.

En France

En France, le principe juridique fondamental est celui de l'interdiction du mandat impératif, inscrit à l'article 27 de la Constitution de 1958 : « Tout mandat impératif est nul »[48].

Cela signifie qu'un élu est très peu lié juridiquement par ses promesses devant ses électeurs ; il dispose d'une liberté d'action durant son mandat pour privilégier l'intérêt général. Mais le Code électoral (article L97) punit ceux qui, par de fausses nouvelles, des rumeurs calomnieuses ou toute autre manœuvre frauduleuse, ont influencé illégalement un vote. Il vise les personnes qui ont obtenu ou détourné des suffrages, ou qui ont poussé des électeurs à s'abstenir. Ces actes constituent une infraction pénale (sanctionnée d'un an d'emprisonnement et d'une amende de 15 000 euros)[49].

Alternative : un système démocratique sans promesses électorales ?

La lottocratie est un système politique où les responsables publics sont tirés au sort plutôt qu'élus par un vote basé sur des promesses ; sur le modèle des jurys citoyens ou de certaines pratiques de la démocratie athénienne. L'idée moderne a été relancée dans les années 1970‑1980 par des penseurs comme Robert Dahl, puis développée par des auteurs comme Bernard Manin, Yves Sintomer ou David Van Reybrouck. C'est un système de gouvernance basé sur le consensus et la négociation et non sur des promesses électorales. Ils estiment que cela rendrait la démocratie plus juste et limiterait les querelles de pouvoir ainsi que le pouvoir des élites[50]. Elle a été — partiellement — testée dans plusieurs pays, sous forme d'assemblées citoyennes en Irlande, Colombie‑Britannique, de conférence ou convention citoyennes en France (ex. : Convention citoyenne pour le climat), mais jamais pour remplacer entièrement une élection.

D'autres, comme D. Hutton Ferris, estiment qu'un tel système fonctionnerait en réalité moins bien que le système démocratique actuel, ou qu'il faudrait qu'au moins une partie des représentants soit élue, car selon lui les citoyens doivent comprendre facilement la politique et pouvoir y participer sans que cela leur coûte trop, et les dirigeants doivent être compétents et soumis à la pression du vote pour rester responsables. Pour lui, au lieu d'abandonner les élections, il vaudrait mieux chercher à rendre le système électoral plus démocratique[50].

En 2006, Ségolène Royal a provoqué une vive polémique en proposant que des jurys citoyens tirés au sort évaluent régulièrement les élus. L'idée fut vivement rejetée par de nombreux responsables politiques (Nicolas Sarkozy la jugea « scandaleusement populiste », et d'autres élus, l'assimilèrent à des « tribunaux populaires » rappelant Pol Pot, Mao ou Robespierre, certains allant jusqu'à suggérer qu'elle s'inspirait de Jean‑Marie Le Pen ou de Mao Zedong. Pourtant, un sondage a ensuite montré que cette idée était largement approuvée par une majorité de Français[51]. Bruno Leipold en 2025, propose, lui, qu'un jury de citoyens tirés au sort soit créé dans chaque circonscription électorale, et chargé de veiller à ce que son élu respecte, dans la mesure du possible, ses promesse et l'intérêt général. Ce jury pourrait contrôler et éventuellement sanctionner son élu, pour renforcer la responsabilité démocratique et limiter les dérives oligarchiques[51].

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI