Promiscuité enzymatique
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La promiscuité enzymatique est la capacité, pour une enzyme, de catalyser fortuitement une réaction chimique distincte de celle principalement catalysée par cette enzyme. Les enzymes sont des catalyseurs particulièrement spécifiques, capables de discriminer de façon très précise entre différents substrats structurellement très proches. Néanmoins, il arrive fréquemment qu'elles soient capables de catalyser d'autres réactions que celles pour lesquelles elles se montrent les plus actives. Ces réactions, dites « de promiscuité », se produisent généralement plus lentement que la réaction principale et sont neutres du point de vue de la sélection naturelle. Elles sont cependant susceptibles d'être sélectionnées sous l'effet de conditions nouvelles qui leur confèrent un intérêt évolutif, et de devenir ainsi l'activité principale d'une nouvelle enzyme[1]. C'est par exemple le cas de l'atrazine chlorohydrolase (EC ) de Pseudomonas souche ADP, qui a évolué à partir de la mélamine désaminase (EC ), laquelle présente une très faible activité de promiscuité envers l'atrazine[2], une triazine synthétique utilisée comme herbicide.
Les enzymes sont sélectionnées par l'évolution afin de catalyser une réaction précise à partir de substrats particuliers avec une efficacité catalytique kcat / KM élevée, où kcat représente la constante catalytique ou turnover number (TON), et KM la constante de Michaelis. Cependant, elles peuvent également catalyser d'autres réactions, qui ne sont pas sélectionnées et n'interviennent pas dans la compétitivité de l'organisme, avec une efficacité catalytique inférieure de plusieurs ordres de grandeur. Ce phénomène permet l'émergence de nouvelles fonctionnalités physiologiques lorsque de telles activités enzymatiques de promiscuité confèrent, à la suite d'un changement des conditions dans lesquelles l'organisme évolue, un avantage sélectif nouveau.
La promiscuité enzymatique est un phénomène très répandu. Elle a ainsi fait l'objet d'une étude systématique en vue de déterminer sa distribution parmi les enzymes d'E. coli : 21 des 104 knockouts testés (de la collection Keio[3]) ont pu être sauvés par la surexpression de protéines d'E. coli sauvage (à partir de plasmides de la collection ASKA[4]), illustrant la polyvalence des activités de promiscuité disponibles dans ce pool de gènes. On range en huit catégories les mécanismes par lesquels les cadres de lecture sauvages peuvent secourir les gènes knockout : surexpression d'isoenzymes (homologues), ambiguïté de substrat, ambiguïté de transport (élimination), promiscuité catalytique, maintenance des flux métaboliques (y compris la surexpression de la grande sous-unité d'une synthase en l'absence de la sous-unité amine transférase de cette dernière), contournement de voie métabolique, effets régulateurs, et mécanismes inconnus[5]. De la même façon, la surexpression de cet ensemble de gènes a permis à E. coli d'acquérir, par amplification de réactions de promiscuité opportunes, un surcroît de résistance à 86 des 237 environnements toxiques auxquels la bactérie a été soumise[6].
Les enzymes homologues sont connues pour parfois présenter entre elles des réactions de promiscuité correspondant à la réaction principale de certaines d'entre elles[7]. Cette promiscuité croisée a été intensivement étudiée au sein de la famille des phosphatases alcalines, qui catalysent l'hydrolyse de liaisons ester de sulfate, de phosphonate, de diphosphate ou de triphosphate de plusieurs composés[8].