Présidence de Petro Porochenko
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| Type | Président de l'Ukraine |
|---|---|
| Résidence officielle | Palais Mariinsky, Kiev |
| Système électoral | Scrutin uninominal majoritaire à deux tours |
|---|---|
| Mode de scrutin | Suffrage universel direct |
| Élection | 2014 |
| Début du mandat | |
| Fin du mandat | |
| Durée | 4 ans, 11 mois et 13 jours |
| Nom | Petro Porochenko |
|---|---|
| Date de naissance | |
| Appartenance politique | Bloc Petro Porochenko « Solidarité » |
| Législature | Élections législatives ukrainiennes de 2014 |
|---|---|
| Membres | 450 députés |
| Groupes politiques |
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| Iatseniouk II | Hroïsman |
| Voir aussi | Politique en Ukraine |
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La présidence de Petro Porochenko fait suite à la révolution de Maïdan et à la destitution de l'ancien président Ianoukovytch. Son mandat débute le 7 juin 2014 après sa victoire au premier tour de l'élection présidentielle anticipée[1].
Il remporte les élections législatives avec son parti mais n'obtient pas la majorité. Il décide de maintenir le premier ministre Arseni Iatseniouk à la tête d'une coalition.
Sa présidence est marquée par la guerre du Donbass à laquelle il tente de mettre fin tout en se rapprochant des pays occidentaux, sa politique d'austérité et des accusations de corruption qui font chuter sa popularité.
Son mandat prend fin le 20 mai 2019, à la suite l’élection présidentielle de 2019, qu'il perd face à son adversaire du second tour, Volodymyr Zelensky.
Contexte et élection de 2014
La présidence de Petro Porochenko s’ouvre sur la « Révolution de la dignité » (Euromaïdan), qui culmine début 2014 par la fuite du président pro-russe Viktor Ianoukovitch le 22 février 2014 et sa destitution par le Parlement[2]. Confrontée à la crise politique, à l’annexion de la Crimée par la Russie (mars 2014) et à l’insurrection prorusse dans l’est, l’Ukraine convoque des élections présidentielles anticipées le 25 mai 2014. Porochenko, milliardaire pro-européen et « roi du chocolat », remporte ce scrutin avec environ 54,7 % des voix au premier tour[3], témoignant du rejet du régime précédent. Il est investi le 7 juin 2014[4].
Mandat présidentiel (2014–2019)
2014
Après son investiture en juin 2014, Porochenko propose d’abord un cessez-le-feu dans le Donbass, mais la rébellion prorusse, soutenue par la Russie, continue de progresser. Le 14 juin, un avion militaire ukrainien est abattu près de Louhansk (49 victimes). Les forces ukrainiennes reprennent néanmoins la ville de Marioupol le 13 juin, et des pourparlers aboutissent le 27 juin à une trêve temporaire. Ce même jour Porochenko signe l’Accord d’association Ukraine–UE à Bruxelles, marquant l’orientation pro-européenne de sa politique malgré l’hostilité russe[4],[5].
Au fur et à mesure de l’été 2014 les forces ukrainiennes contre-attaquent (reconquête de Sloviansk, Kramatorsk[6]), mais les séparatistes disposent désormais d’armements plus lourds. Le 17 juillet 2014, le vol MH17 de Malaysia Airlines est abattu dans le Donbass (298 morts)[4]. Parallèlement, la coalition pro-gouvernementale subit des tensions : le Premier ministre Arseni Iatseniouk démissionne en juillet, puis reste en fonction, et le Président annonce la tenue d’élections législatives anticipées en octobre. Le 5 septembre 2014 un premier accord de Minsk (Paix de Minsk I) est signé à Minsk par l’Ukraine, la Russie et les séparatistes, mais les violations du cessez-le-feu se multiplient. Fin 2014, l’armée ukrainienne repousse plusieurs offensives (perte de Novoazovsk fin août puis stabilisation). En octobre 2014, les élections législatives renforcent les partis pro-européens (dont le bloc de Porochenko). Mais le conflit ne faiblit pas : en novembre 2014 des élections locales clandestines sont tenues en « Républiques populaires » (Donetsk/Louhansk), que le pouvoir ukrainien rejette. À la fin 2014, le cessez-le-feu est largement rompu et le bilan humain dépasse déjà 5 000 morts[4].
2015
La guerre se poursuit en 2015. En janvier, les combats font rage autour de Donetsk et Louhansk (arrivée de renforts russes dans Donbass). Le 12 février 2015, les dirigeants d’Ukraine, de Russie, de France et d’Allemagne signent à Minsk le Protocole de Minsk II, imposant le retrait des armes lourdes et la libération de prisonniers. Le cessez-le-feu tient partiellement et les lignes de front sont stabilisées jusqu’à l’été 2015. Les violations restent fréquentes : ONU et OSCE font état de plusieurs milliers de morts (plus de 9 000 tués au total depuis 2014, 20 000 blessés).
Parallèlement, la crise économique s’aggrave. En avril 2015 l’Ukraine renouvelle son programme d’aide international, obtenant en septembre un plan d’aide de 40 milliards de dollars mené par le FMI.
La hryvnia s’effondre, l’inflation culmine autour de 60 % en 2015, et le PIB connaît une forte récession (déficits jumeaux et hausse du chômage). Le gouvernement vote enfin, en décembre 2015, un budget conforme aux conditions du FMI[7]. Dans le même temps, la Russie réduit à zéro ses livraisons de gaz à l’Ukraine, qui importe désormais tout son gaz du marché européen via des « flux inverses » (depuis 2016)[8]. Le prix du gaz domestique est fortement relevé (hausse des tarifs de 6,6 fois entre 2014 et 2017)[8], ce qui réduit la subvention de Naftogaz et améliore la situation budgétaire (Naftogaz devient bénéficiaire en 2016).
Sur le plan politique intérieur, la fin 2015 est marquée par des élections locales (25 octobre) où le Bloc de Porochenko reste l’une des principales forces, aux côtés de partis alliés[9]. Porochenko initie quelques réformes : la décentralisation est lancée par amendement constitutionnel et lois en 2015, la gouvernance de Naftogaz est réformée (création d’un conseil de surveillance incluant des experts internationaux)[8], et les premières lois anti-corruption (déclarations de patrimoine, création de la NABU) prennent effet. Cependant, le rythme des réformes perçues comme lentes et la persistance de l’influence oligarchique suscitent des critiques. En novembre 2015, l’ONU avertit que le calme relatif pourrait basculer à tout moment (craintes de reprise des hostilités)[7]. Fin 2015, un cyber‑attaque attribuée à la Russie plonge le sud-ouest du pays dans le noir (décembre 2015, coupure d’électricité massive), signe d’une nouvelle forme de menace[7].
2016
En 2016 la paix reste fragile. Au printemps, le premier ministre Arseni Iatseniouk survit de justesse à une motion de censure (février) mais démissionne en avril. Porochenko fait alors monter son allié Volodymyr Groïsman à la tête du gouvernement[4].
La présidence mène une politique d’austérité budgétaire sous la pression des bailleurs internationaux (réformes des retraites, restructuration du secteur public). En juin 2016, Porochenko signe le plan d’action Ukraine–UE, en vue d’une adhésion à moyen terme. Le conflit dans l’est reste gelé : les élections locales séparatistes reportées en février 2016 après la pression de Minsk. Les violences en Ukraine diminuent pendant l’été 2016 (trêve relative), mais reprennent fin 2016 dans certaines zones (Marioupol notamment).
Côté économique, l’Ukraine sort lentement de la récession : le PIB commence à remonter en 2016, inflation et déficit baissent, mais la croissance reste faible (quelques pourcents). L’impasse politique avec la Russie sur la dette (prêt de 3 milliards de dollars de 2013) alimente les frictions financières[7]. Sur le plan institutionnel, la réforme des marchés de l’énergie et du système fiscal progresse modérément. Le président donne la citoyenneté ukrainienne à l’ancien président géorgien Mikheil Saakachvili en mai 2015, le nomme gouverneur d’Odessa (été 2015) pour relancer les réformes, mais leur collaboration connaît rapidement des frictions. De nouvelles manifestations et scandales (notamment les « Panama Papers » impliquant certains responsables) ternissent la vie politique.
2017
L’année 2017 voit l’Ukraine s’affirmer davantage comme État pivot vers l’Occident. Le 8 juin, le Parlement vote à l’unanimité l’objectif d’adhésion à l’UE et à l’OTAN comme priorité constitutionnelle de l’État[7]. Le 1ᵉʳ septembre 2017, l’Accord d’association UE–Ukraine entre pleinement en vigueur, ratifiant l’intégration européenne entamée sous Porochenko[7]. Sur le front intérieur, le gouvernement achève des réformes clés : la TVA sur l’énergie est alignée sur les normes européennes, la gestion du secteur bancaire est purgée de ses « banques zombies » (clôture de nombreuses banques insolvables)[8]. De grandes réformes de la gouvernance administrative continuent : loi sur la passation des marchés publics (système électronique Prozorro, adopté en 2015–2016) permet d’économiser environ 3–4 % des dépenses publiques[8], et une loi d’octobre 2017 réforme le financement des hôpitaux (création d’un Service national de santé) pour moderniser le secteur[10].
Cependant, Porochenko doit aussi gérer des tensions politiques et ethno-culturelles. En septembre 2017, la Rada adopte une loi « Éducation » imposant l’enseignement majoritairement en ukrainien dans les écoles, ce qui irrite notamment la Hongrie et d’autres voisins pour la question des minorités linguistiques[11]. Cet épisode conforte son image nationaliste (« armée, langue, foi ») à quelques mois de la campagne présidentielle. Sur le plan judiciaire, la création d’une cour anticorruption spéciale tarde à se concrétiser sous l’influence de la classe politique.
2018
L’année 2018 est marquée par un regain de tensions avec la Russie. Le 25 novembre 2018, la marine russe attaque des bâtiments ukrainiens dans le détroit de Kertch (mer d’Azov) et capture 24 marins ukrainiens. Porochenko réagit en proclamant le 26 novembre l’état de loi martiale dans plusieurs régions (10 oblasts frontaliers) pour un mois, mesure inédite depuis l’indépendance[4].
Par ailleurs, Porochenko intensifie sa rhétorique nationaliste en vue des élections : il met l’accent sur la réforme militaire et l’identité nationale (slogan « Armée, langue, foi »). Sous « foi », il pousse à l’indépendance de l’Église orthodoxe ukrainienne. Ainsi, en décembre 2018, l’Église orthodoxe d’Ukraine obtient l’autocéphalie de la part du Patriarche œcuménique de Constantinople, affranchissant l’Église ukrainienne du Patriarcat de Moscou[4]. Cette victoire diplomatique et symbolique, bien reçue en Ukraine, renforce son image patriotique avant l’élection.
2019
En 2019, Porochenko se présente pour un second mandat, mais la colère populaire contre la corruption et la morosité économique profite à un outsider. Le 21 avril 2019, le comédien Volodymyr Zelensky l’emporte au second tour avec 73 % des voix contre 24 % pour Porochenko[12]. Ce résultat net sanctionne notamment le bilan jugé insuffisant contre la corruption et la lenteur des réformes. Porochenko quitte le pouvoir en mai 2019, laissant un pays économiquement fragilisé (chômage élevé, inflation résiduelle) et toujours en guerre de basse intensité dans l’est.
Politique économique
Pendant les cinq ans du mandat de Porochenko, l’économie ukrainienne a subi un changement significatif, orientant ses échanges commerciaux vers l'Union européenne plutôt que vers la Russie. En 2018, 42 % des exportations ukrainiennes étaient destinées à l'UE, contre seulement 7,8 % à la Russie, alors qu'en 2013, les parts de marché étaient équivalentes à 30 % chacune. L'Ukraine exporte désormais principalement des produits agricoles et manufacturés vers l'UE, marquant une intégration économique notable malgré la faiblesse en valeur ajoutée des produits.
Ce rééquilibrage régional a vu le développement d'une petite industrie à l'ouest du pays, en réponse à la crise dans les régions industrielles de l'est, touchées par la guerre du Donbass et la perte de la Crimée. Le soutien des bailleurs internationaux, avec un paquet d'aide de 17,5 milliards de dollars en 2015, a été crucial pour stabiliser l'économie ukrainienne, permettant de surmonter une récession sévère et de retrouver une croissance positive de 3,5 % en 2018.
Des réformes importantes ont été entreprises, telles que l'assainissement du secteur bancaire, l'augmentation des prix du gaz et la simplification des procédures administratives. Cependant, la corruption demeure un problème majeur, l'Ukraine étant classée 120e sur 180 par Transparency International.
Malgré ces défis, l'Ukraine attire des investisseurs étrangers, et des entreprises comme Ikea et H&M qui ont ouvert des magasins à Kiev en 2019. Le pays continue de se tourner vers l'Europe, et les principaux candidats à la présidentielle de 2019 s'engagent à poursuivre cette orientation pro-européenne, indépendamment des résultats électoraux[13].
Lutte contre la corruption
Si la Révolution de la Dignité a été motivée par l’annonce du président Ianoukovytch de ne pas signer l'Accord d'association avec l'Union Européenne, mais un des problèmes sous-jacent était la corruption systémique, qui touchait tous les aspects de l'État. Plusieurs réformes anti-corruption ont été mises en œuvre, notamment dans des secteurs stratégiques comme l'énergie et la justice. Le secteur du gaz, autrefois miné par la corruption, a vu une transformation importante avec la réforme de Naftogaz, qui est devenue une entreprise rentable et un grand contributeur au budget de l'État. Le système bancaire a également été largement réorganisé, avec la fermeture de nombreuses banques corrompues et la modernisation de la Banque nationale d'Ukraine[14].
Cependant, ces réformes ont eu des résultats mitigés et sont restées incomplètes. Par exemple, la réforme de la police a amélioré le contact initial entre citoyens et forces de l'ordre, mais le système d’enquête reste corrompu. Par ailleurs, il existe un écart entre la perception internationale des réformes (généralement positive) et l'opinion publique ukrainienne, qui reste très sceptique. Les citoyens considèrent toujours au terme du mandat de Porochenko, que la corruption comme un obstacle majeur au développement du pays[14].