Qurultay
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Le qurultay, kurultay ou khuriltai, parfois francisé en Kouroultaï (mongol : ᠻᠦᠷᠦᠯᠳᠠᠶ, VPMC : Qurultai, cyrillique : Хуралдай, MNS : khuraldai ; turc : kurultay ; kazakh : Құрылтай, tranlit. : Qurıltay ; tatar : Qorıltay; bachkir : Ҡоролтай, transl. : Qoroltay ; azéri : Qurultay ; turkmène : Gurultaý) est une assemblée politique et militaire de notables Mongols et Turcs. L'institution joue un rôle central dans la délibération des affaires politiques, la répartition des charges et des récompenses, l’organisation de cérémonies religieuses et culturelles, ainsi que dans l’examen de certaines affaires judiciaires. Elle est également connue pour intervenir dans la désignation des khans, notamment leur légitimation qui devient capitale sous l'Empire mongol. Le Qurultay se tient généralement au moins une fois par an, au printemps, lorsque les conditions de déplacement à travers l’empire deviennent favorables.
Terminologie
La racine du terme vient du proto-mongol *kura-, *kurija-, signifiant « collecter, rassembler »[1].
Composition et organisation
Le Qurultay est souvent décrit comme une réunion des membres « aînés » (aqa) et « cadets » (ini) de la communauté politique. Si cette distinction a d’abord été interprétée comme renvoyant uniquement à la famille impériale gengiskhanide, elle est aujourd’hui comprise de manière plus large comme englobant l’ensemble de la société politique mongole, sans distinction d’âge, de statut ou de richesse[2].
Les Qurultays se tiennent à des moments précis de l’année, notamment au Nouvel An lunaire, appelé « mois blanc », et au sixième mois lunaire, les assemblées estivales étant généralement les plus fastueuses. Les réunions d’été peuvent se prolonger sur de longues périodes, parfois jusqu’à deux mois. Les assemblées sont également marquées par des rituels festifs élaborés, comprenant banquets, chants et consommation de koumiss et de vin. Des règles vestimentaires spécifiques s’appliquent, les participants portant notamment des vêtements de couleurs variées lors des réunions estivales et du blanc lors du Nouvel An[3].
Les assemblées rassemblent un large éventail de participants. On y trouve notamment des princes gengiskhanides, des reines et princesses, des gendres de la famille impériale, des commandants militaires, des administrateurs, ainsi que des envoyés étrangers et des souverains vassaux. Chacun est accompagné de sa suite, ce qui porte parfois le nombre total de participants à plusieurs milliers de personnes[2].
L’organisation matérielle du Qurultay obéit à un protocole strict, qui règle la disposition des participants selon leur rang, la séparation entre hommes et femmes, ainsi que l’orientation des tentes et les modalités d’accès. Chaque participant est autorisé à se faire accompagner d’un nombre limité de suivants, contribuant néanmoins à l’ampleur de ces rassemblements. Certains groupes, comme les gouverneurs des territoires conquis ou les envoyés étrangers, ne participent pas pleinement aux délibérations et ne sont admis dans l’espace principal que sur invitation. La garde impériale, ou keshig, joue un rôle actif dans l’organisation, le service et la sécurité des cérémonies[3].
Avant la fragmentation de l’Empire mongol, les Qurultays se tiennent principalement en Mongolie, notamment dans la région de confluence des rivières Onon et Kerulen. Par la suite, avec la division de l’empire en plusieurs khanats, des assemblées concurrentes sont organisées dans différentes régions d’Eurasie[2].
Fonction
Rôle militaire

La pratique du Qurultay remonte au moins au XIIe siècle, où elle prend déjà la forme d’assemblées saisonnières associées à des rituels collectifs, incluant danses, sacrifices et serments[3].
Le Qurultay constitue un lieu de décision collective pour les grandes orientations politiques et militaires. Il sert à définir les stratégies pour les campagnes à venir et à organiser la répartition des ressources. Ainsi, certaines assemblées décident d’opérations militaires majeures, fixent les objectifs, désignent les commandants et déterminent les moyens humains et matériels engagés[2].
Il intervient également dans la redistribution des richesses issues des conquêtes et dans la réaffectation des troupes après les campagnes. À ce titre, il participe activement à la structuration administrative et militaire de l’Empire mongol[2].
Désignation des Khans
Elle pouvait ainsi choisir un nouveau Khan ou décider de lancer une guerre[4],[5]. L’absence de règle de succession clairement établie rend les délibérations particulièrement ouvertes et parfois conflictuelles, plusieurs candidats pouvant être envisagés. La décision repose en principe sur un consensus unanime, perçu comme l’expression de la volonté céleste, ce qui exerce une pression importante sur les opposants. Le candidat retenu exige fréquemment des engagements écrits d’allégeance de la part des autres membres de l’élite. Dans certains cas, les Qurultays controversés sont suivis de purges politiques ou, à l’inverse, organisés en excluant préalablement les opposants. Dans les États issus de l’Empire mongol, l’institution évolue : elle gagne en fréquence et en faste sous la dynastie Yuan, tandis que dans les khanats occidentaux, certaines pratiques se maintiennent malgré l’islamisation, parfois au prix d’une restriction de la participation féminine[3].
Cette pratique s’instaure notamment lors de l’accession d’Ögödei en 1228. Lors de ces assemblées, les participants prennent en compte à la fois les volontés du souverain défunt, les capacités des candidats et leurs propres intérêts politiques[2]. Les cérémonies d’intronisation incluent la participation de représentants religieux issus des différentes confessions présentes dans l’empire, qui prononcent des prières pour le souverain. Certains gestes rituels accompagnent l’élévation du khan, comme l’offrande d’une boisson cérémonielle et l’intervention de princes représentant différentes branches de la famille impériale[3].
Une fois le choix arrêté, une cérémonie d’intronisation est organisée au cours de laquelle les principaux dignitaires élèvent physiquement le nouveau khan sur le trône. L’ensemble des participants manifeste ensuite son allégeance par des gestes codifiés, incluant des inclinaisons répétées. Les dignitaires les plus importants apposent également leur nom dans un acte formel d’engagement, appelé mochalga. Le nouveau souverain confirme ensuite les lois et édits de ses prédécesseurs, affirmant ainsi la continuité de l’ordre politique, et accorde des récompenses à ses soutiens[2].
Les kurultays imposaient la présence des membres les plus âgés des familles nobles, ces aînés étant aussi responsables militaires. Ainsi les décès de Ögödei Khan en 1241 et de Möngke Khan en 1259, ont obligé les dirigeants mongols et leurs troupes de se retirer des abords de Vienne et de Venise (en 1241) et de Syrie (en 1259), paralysant leurs opérations militaires contre les Autrichiens et les Mamelouks.
Interprétations historiques
Le rôle du Qurultay a fait l’objet de différentes interprétations. Certains historiens ont vu dans cette institution un signe du caractère consultatif, voire démocratique, des sociétés nomades, en soulignant l’importance de la délibération collective et la nécessité pour les dirigeants de maintenir l’adhésion de leurs partisans[2].
Des analyses plus récentes nuancent cette vision en mettant en avant le fait que les décisions, notamment en matière de succession, sont souvent arrêtées en amont à travers des négociations, alliances et rivalités. Dans cette perspective, le Qurultay apparaît davantage comme un lieu de confirmation solennelle que comme un véritable organe de décision. Il conserve néanmoins une forte valeur symbolique en définissant et en mettant en scène les relations entre le khan et les élites de l’empire[2].
Évolution et usage actuel
Après la fragmentation de l’Empire mongol à partir de 1264, le rôle politique du Qurultay tend à diminuer. Le développement d’administrations plus structurées et de systèmes fiscaux stables modifie les équilibres de pouvoir, les souverains s’appuyant davantage sur des appareils bureaucratiques que sur les élites nomades. Dans ce contexte, le Qurultay perd progressivement ses fonctions consultatives et décisionnelles au profit d’un rôle plus cérémoniel. Il continue toutefois à servir d’instrument de légitimation du pouvoir, en consacrant publiquement l’autorité du khan[2]. Le Qurultay disparaît progressivement des sources après le XIVe siècle. Des assemblées ultérieures comme le Naadam présentent des similitudes saisonnières et festives, sans pour autant reprendre les fonctions ni la structure du Qurultay[3].
Les populations mongoles et turques l'utilisent dans des sens très divers de parlement, congrès, rencontre, conseil, assemblée délibérante ou encore conférence. Ainsi par exemple le Qoroltai Bachkir, le quatrième Qoroltay des Tatars, le Zhogorku Kengeshd du Kirghizstan, le Grand Khoural d'État de Mongolie, le Khoural de Bouriatie ou le Kurultáj de Hongrie ou le kurul de Turquie. Depuis la chute de l'Union soviétique, des qurultay sont organisés par les dirigeants du Kazakhstan et du Kirghizstan (Kurultai du peuple), afin d'annoncer des décisions de portée nationale.
Ils visent à conférer une onction populaire et traditionnelle aux grands projets étatiques. L'assemblée est composée de représentants des différentes régions et ethnies du pays.
De nos jours, l'Assemblée mongole est appelée grand Khoural d’État.