Raphaël Mapou

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PrédécesseurAukusitino Manuohalalo
SuccesseurCorinne Fuluhea
Date de naissance (69 ans)
Raphaël Mapou
Fonctions
membre du gouvernement chargé du secteur de la Protection sociale et de la Santé

(9 mois et 12 jours)
Gouvernement 2e gouvernement de Nouvelle-Calédonie
Prédécesseur Aukusitino Manuohalalo
Successeur Corinne Fuluhea
Maire de Yaté

(5 ans)
Biographie
Date de naissance (69 ans)
Lieu de naissance Yaté, Nouvelle-Calédonie
Parti politique FLNKS-Palika (1975-1998)
FCCI (1998-2002)
Comité Rhéébù Nùù (2001- )

Raphaël Mapou est un homme politique indépendantiste et coutumier kanak, né à la tribu d'Unia à Yaté le . Ancien porte-parole du Parti de libération kanak (Palika) de 1989 à 1998, maire de Yaté de 1990 à 1995, il est ensuite membre fondateur de la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI) de 1998 à 2002. Sous cette étiquette, il participe au 2e gouvernement de Nouvelle-Calédonie issu de l'Accord de Nouméa, présidé par Pierre Frogier, du au , chargé des affaires coutumières. Il est le secrétaire général depuis sa création en 2001 du Comité Rhéébù Nùù.

Raphaël Mapou est natif de la tribu d'Unia, au nord de Yaté, sur la côte Est de la Grande Terre. Un de ses frères, Louis Mapou, fait également une carrière politique.

Il fait l'essentiel de sa scolarité dans des établissements privés catholiques, avec la perspective étant jeune de devenir prêtre : à l'école d'Unia puis au petit séminaire Saint-Tarcissius de Canala pour le primaire puis au séminaire Saint-Léon de Païta pour le début du secondaire.

Il abandonne toutefois sa vocation et quitte le séminaire pour le lycée technique de Nouméa où il obtient son baccalauréat professionnel de technicien en génie civil en 1975. Il se rend ensuite en France métropolitaine pour parfaire sa formation à l'École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l'industrie (ESTP, ou « école Eyrolles ») de Paris. Mais, ayant alors fondé une famille avec une étudiante néo-calédonienne, Paulette Takara, il abandonne rapidement ses études pour entrer dans la vie active.

Il est embauché comme conducteur de travaux par une PME de la région parisienne, avant de revenir à Yaté au début des années 1980. Il y est d'abord employé municipal (adjoint technique puis faisant office de secrétaire de mairie entre 1984 et 1989), puis crée sa propre petite entreprise en bâtiment et travaux publics (BTP), la « Société tous travaux et constructions horizon 2000 » (STTCH 2000).

Cadre du Palika

Raphaël Mapou commence à militer au sein du Parti de libération kanak (Palika), mouvement indépendantiste d'inspiration marxiste-léniniste, peu de temps après sa création en et, étant alors étudiant à Paris, il est l'un des membres fondateurs du Groupe des Kanak en France (GKF). Après son retour en Nouvelle-Calédonie, il s'implique activement durant les « Évènements » qui opposent violemment partisans et opposants de l'indépendance entre 1984 et 1988, en étant un militant du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) au sein duquel le Palika apparaît comme l'aile gauche et radicale, favorable à la lutte sociale sur un modèle marxiste et au boycott des institutions.

Après la signature des accords de Matignon en 1988 et le rétablissement de la paix civile, le Palika accepte le compromis trouvé et modère sa position. C'est à partir de cette date que Raphaël Mapou devient l'un des cadres dirigeants du mouvement. Il est ainsi à partir de 1989 son porte-parole, et en est de fait à partir de cette date le numéro 2, derrière le maire de Poindimié Paul Néaoutyine, devenu président unitaire du FLNKS en 1990. Cette même année, à l'occasion d'une élection municipale partielle, Mapou devient maire de Yaté au détriment de l'autre composante importante du FLNKS, l'UC, et le reste jusqu'en 1995, étant battu en retour par l'UC de Hubert Newedou. Et lorsque le Palika, de plus en plus en opposition interne au sein du FLNKS avec l'Union calédonienne (UC), décide de monter des listes dissidentes aux élections provinciales du , baptisées « Union nationale pour l'indépendance » (UNI), Raphaël Mapou mène celle au Sud. Il l'ouvre à la section locale du Parti socialiste (PS), avec son secrétaire fédéral et fondateur Max Chivot en troisième position. Il s'oppose ainsi non seulement au parti majoritaire sortant, le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) anti-indépendantiste du député Jacques Lafleur, mais également à la liste officielle du FLNKS menée par le grand-chef de Saint-Louis (au Mont-Dore) Rock Wamytan, membre de l'UC. La candidature Mapou n'arrive alors qu'en septième position parmi 10 listes présentées, avec 1 940 voix (4,3 %) et aucun des 32 sièges à pourvoir. Il arrive loin derrière le RPCR (47,12 %, 18 élus) ou le FLNKS de Wamytan (9,82 %, 3 élus)[1].

La dissidence et la FCCI

La question d'ouvrir de nouvelles négociations avec les anti-indépendantistes et l'État afin d'éviter que le référendum d'autodétermination soit tenu aussi tôt que 1998 (date prévue par les accords de Matignon, la certitude qu'une telle consultation se solderait par la victoire du « non » à l'indépendance et la déception des militants du FLNKS qu'occasionnerait un tel résultat font craindre la réouverture des blessures causées par les « Évènements » et donc un retour de la violence) se font jour dès le début des années 1990. Le , le FLNKS, désormais présidé par Rock Wamytan, pose un « préalable minier » avant toute discussion sur l’avenir institutionnel du pays. Il demande en effet l'obtention du massif minier de Tiébaghi pour alimenter la future usine du Nord de la Société minière du Sud Pacifique (SMSP, propriété de la Province Nord). Cette décision cause de nombreux désaccords internes, que ce soit au Palika (qui souhaite à partir de la fin 1997 reprendre les négociations sans préalable, même si lui-même est divisé entre un Palika-Nord mené par Paul Néaoutyine plus favorable au préalable et un Palika-Sud qui, derrière Raphaël Mapou, souhaite reprendre les négociations au plus vite et sans condition) ou de l'UC (Rock Wamytan, à l'origine pour les pourparlers, s'est rangé au préalable qui a surtout été défini par une nouvelle direction du parti mise en place en 1996 et menée par Bernard Lepeu, à quoi s'oppose l'ancien exécutif qui était présidé depuis 1989 par François Burck ainsi que le président de la Province Nord Léopold Jorédié). Finalement, dès , Burck, Jorédié et Mapou s'allient avec d'autres figures indépendantistes modérées non membres du FLNKS (Nidoïsh Naisseline du mouvement Libération kanak socialiste, dit LKS, et Cono Hamu du Front pour le développement des îles Loyauté, ou FDIL) au sein de « Comités de coordination indépendantistes » chargés de commencer à discuter avec le RPCR, sans préalable minier. Ce dernier étant finalement levé par le FLNKS, qui a obtenu gain de cause de l'État, en , l'accord de Nouméa est finalement conclu le .

Le 30 mai suivant est créée la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI), nouveau parti indépendantiste qui décide de coopérer dans les institutions avec le RPCR. Raphaël Mapou en devient le porte-parole, formant avec François Burck (président) et Léopold Jorédié (commissaire politique) un véritable triumvirat, et mène la liste de ce nouveau mouvement aux premières élections provinciales organisées dans le cadre du nouveau statut transitoire créé par l'accord de Nouméa, le , dans le Sud. Baptisée « Un chemin pour la vie », et ouvert à la petite formation « accordiste » (neutre sur la question de l'indépendance et voulant se concentrer sur la construction d'une identité commune inter-ethnique néo-calédonienne) « Citoyens pour construire » d'Isabelle Ohlen (présente en troisième position)[2], elle obtient le cinquième score sur huit avec 2 852 voix, soit 5,75 % des suffrages exprimés mais 4,3 % des inscrits. Il n'obtient encore une fois aucun élu, à moins de 500 votes près (le seuil minimal étant fixé à 5 % des inscrits)[3]. La FCCI obtient toutefois 4 élus sur 22 à l'Assemblée de la Province Nord et 2 sur 14 aux Îles Loyauté, et donc 4 sur 54 au Congrès où ils forment un groupe commun avec le RPCR, totalisant à eux deux 28 sièges, soit tout juste la majorité absolue.

Lors des élections municipales de 2001, Mapou mène la liste de la FCCI à Yaté, qui obtient la deuxième place avec 6 sièges sur 19, derrière les 9 élus du Palika désormais mené dans la commune par Adolphe Digoué. Mais surtout, le score cumulé de la FCCI et du RPCR (493 voix) dépasse celui des deux listes issues du FLNKS (489). Mais la logique de la répartition des sièges (3 pour le RPCR de Robert Attiti, 1 pour l'UC de Marc Homou) les maintient dans l'opposition et permet à Adolphe Digoué d'être élu avec le soutien de 10 conseillers municipaux. Cette élection est toutefois annulée par le tribunal administratif de Nouméa, du fait de la distribution par une association d'« enveloppes » de 15 000 F CFP alimentées par des subventions municipales à un certain nombre d’habitants, officiellement pour les aider à payer leur facture d’électricité mais considérées par l'instance judiciaire comme étant de nature à vicier les résultats du vote. Un nouveau scrutin est ainsi organisé le , avec les mêmes principaux acteurs en présence[4]. Le résultat aboutit à la même répartition des sièges qu'en 2001 : 9 pour le Palika d'Adolphe Digoué, 6 pour la FCCI de Raphaël Mapou, 3 pour le RPCR de Robert Attiti et 1 pour l'UC de Marc Homou. Or, ce dernier, en désaccord avec le maire sortant, apporte son soutien à Attiti et donne la possibilité de voir se former une majorité RPCR-FCCI. Mais les querelles de personnes et familiales empêchent Attiti de se mettre d'accord avec Raphaël Mapou, qui maintient sa candidature aux trois tours de scrutin, permettant finalement à Adolphe Digoué de rester premier magistrat à la majorité relative (9 voix pour lui, 6 pour Mapou et 4 pour Attiti)[5].

Raphaël Mapou est avancé en 8e place sur la liste RPCR-FCCI menée par Pierre Frogier pour l'élection des 11 membres du 2e gouvernement issu de l'accord de Nouméa, du . La répartition des sièges initialement annoncée en donne alors 7 à la liste Frogier, contre 3 au FLNKS (Palika, RDO et minorité de l'UC menée par Rock Wamytan) et 1 à l'UC. Raphaël Mapou et la FCCI contestent alors ce résultat, le scrutin proportionnel selon la règle de la plus forte moyenne sans adjonction ni suppression donnant, pour l'attribution du onzième et dernier siège, un coefficient égal pour le huitième de l'alliance RPCR-FCCI (Mapou) et le troisième du FLNKS (Aukusitino Manuohalalo du RDO). Ce dernier a à l'origine été élu au bénéfice de l'âge, étant l'aîné de 8 ans de Raphaël Mapou, mais celui-ci et son parti estiment que c'est au candidat de la liste ayant obtenu le plus de votes en général d'être désigné et saisissent donc le , conjointement avec le Haut-commissaire de la République Thierry Lataste qui partage leur analyse, le Conseil d'État. Dans son jugement rendu le , la plus haute juridiction administrative française leur donne raison, estimant que « les dispositions précitées de la loi organique du ne prévoient pas les modalités de répartition du dernier siège en cas d’égalité des moyennes des listes ; que toutefois, dans un tel cas et dans le silence des textes, il y a lieu de retenir le principe dont s’inspirent notamment l’article L. 338 du code électoral pour l’élection des conseillers régionaux, l’article L. 262 du même code pour les élections municipales dans les communes de 3500 habitants et plus et l’article 192 de la loi organique du relative à la Nouvelle-Calédonie pour l’élection des membres des assemblées de province, et selon lequel si, dans un tel scrutin, plusieurs listes ont la même moyenne pour l’attribution du dernier siège, celui-ci est attribué à la liste qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages »[6]. L'élection d'Aukusitino Manuohalalo est donc annulée (sa démission est effective le 16 octobre) et Raphaël Mapou est déclaré élu à sa place (prenant officiellement ses fonctions le 17 octobre).

Il hérite dans un premier temps du secteur d'animation et de contrôle laissé vacant par Aukusitino Manuohalalo, à savoir la Santé et la Protection sociale, mais, celui-ci retrouve l'exécutif local dès le 31 octobre local grâce à la démission en sa faveur de Rock Wamytan. À compter de cette date, Mapou prend donc en charge les dossiers jusque-là gérés par ce dernier, soit les Affaires coutumières et les Relations avec le Sénat coutumier et les Conseils coutumiers. À ce poste, il organise notamment les manifestations de la Journée internationale de la langue maternelle du et engage les travaux pour la création d'une Académie des langues kanak prévue par l'accord de Nouméa (qui va finalement être effective en 2007)[7].

L'éloignement avec le RPCR

Soucieux de rendre son mouvement plus visible sur la scène politique locale par rapport aux deux blocs traditionnels, Raphaël Mapou se présente aux élections législatives de dans la 2e circonscription (soit l'ensemble de la Grande Terre à l'exception de Nouméa, ainsi que les îles Belep) face au sortant du RPCR (et président du gouvernement) Pierre Frogier. Il justifie sa candidature en estimant que la FCCI n'est « ni le Rassemblement ni le FLNKS mais un jeune parti politique qui se doit de défendre lui-même ses idées et ses projets ». Il prend pour suppléant le conseiller de la Province Nord et du Congrès et ancien maire de Pouébo (de 1995 à 2001) Jean-Marc Pidjo[8]. Il indique que, s'il était élu, il siégerait comme « non inscrit » à l'Assemblée nationale, et met en avant tout particulièrement son opposition à l'attribution, alors voulue par le RPCR, d'un permis de recherche sur le gisement minier de Prony, dans le Grand Sud, à Goro Nickel, filiale du groupe canadien Inco, pour un montant qu'il juge insuffisant. Ainsi, il déclare : « Quand, en plus, le président de la Province sud et le président du gouvernement cèdent gratuitement le gisement de Prony, représentant environ 200 millions de tonnes de minerais latéritiques dont la valeur estimée avoisine les 30 milliards de francs, nous nous demandons quels sont les intérêts ici défendus »[9]. Il obtient au premier tour 1 172 voix (4,4 %), arrivant quatrième sur sept candidats[10].

De plus en plus en porte-à-faux avec le RPCR sur le dossier minier, il commence à animer un « comité de développement », unissant coutumiers et hommes politiques du Grand Sud et qui va finir par prendre le nom de « Comité Rhéébù Nùù », qui organise des journées d'action et de rassemblement sur le site de Goro Nickel. Désavoué sur la forme plutôt que sur le fond par les autres dirigeants de la FCCI, François Burck lui adresse au mois de une lettre lui demandant de démissionner du gouvernement. Puis, devant son refus de s'exécuter, c'est le groupe RPCR-FCCI au Congrès qui adresse, conformément aux dispositions de la loi organique, une requête au président de l'exécutif Pierre Frogier pour démettre Mapou de sa fonction. Ce qui est décidé lors de la réunion collégiale du gouvernement du [11]. Raphaël Mapou réagit à son éviction en s'interrogeant : « Fallait-il capituler devant le bradage des intérêts calédoniens en ce qui concerne le domaine minier et industriel du Sud qui remet en cause aujourd’hui la construction de l’usine du Nord ? », et en estimant « qu’il aurait été préférable d’attendre la convention de la FCCI, le 3 août, qui devra statuer entre autres sur mon cas. Il est regrettable, écrit-il, de constater que certains responsables de la FCCI, sans attendre cette réunion, ont préféré anticiper en s’alignant sur le diktat du RPCR ». Il reçoit le jour même le soutien de deux des quatre élus de la FCCI dans le Nord, Paul Kasarhérou et Jean-Marc Pidjo[12]. Quoi qu'il en soit, la convention du mouvement réunie le à Poya, tout en entérinant la décision de le faire partir du gouvernement, a décidé de soutenir Mapou dans son combat contre l'usine du Sud et de redéfinir les cadres de son alliance avec le principal parti anti-indépendantiste de Nouvelle-Calédonie[13]. Raphaël Mapou finit par quitter le parti pour se concentrer sur le Comité Rhéébù Nùù et la lutte contre Goro Nickel.

Dirigeant du Comité Rhéébù Nùù, du Caugern puis de l'ICAN et d'USUP

Références

Voir aussi

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