Raymonde Rose Perrier
résistante française
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Raymonde Rose Perrier, née Pillot le à Lyon[1] et morte le dans la même ville, est une résistante française à l'occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale[2].
Biographie
Elle fut agent de liaison au sein du réseau franco-hollandais Dutch-Paris[3],[4] et secrétaire personnelle de son chef Jean Weidner. Dès 1941, son action a permis l'évasion, vers la Suisse et l'Espagne, de plus de 200 personnes, selon les estimations, parmi lesquelles une majorité de familles juives françaises, belges et hollandaises mais aussi des membres de la Résistance ou des soldats alliés[5].
Arrêtée par Klaus Barbie le 28 février 1944, elle est incarcérée au fort Montluc (actuel Mémorial national prison de Montluc[6]) puis interrogée à l'école de santé militaire de Lyon (actuel Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation) avant d'être transférée à la prison de Fresnes (Val-de-Marne), le 2 mars 1944. Le 18 mai 1944, elle est déportée en Allemagne au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück avant d'être transférée un mois plus tard au Kommando de Zwodau (Tchéquie), dépendant du camp de Flossenbürg. Elle est libérée le 7 mai 1945 par les soldats de la 9e Armée américaine.
Dès la fin de la guerre son action est distinguée par de nombreuses médailles françaises et étrangères, de la Medal of Freedom (1941) à celle de Commandeur dans l’Ordre National du Mérite (1991). Yad Vashem, Institut International pour la Mémoire de la Shoah, lui a décerné le titre de Juste parmi les Nations en juillet 2025[7].
Jeunesse et engagement dans la Résistance 1941-1944
Raymonde Rose Pillot est la benjamine d'une famille lyonnaise de cinq enfants dont elle devient en 1939 l'unique survivante avec son père. Déjà profondément marquée par la guerre franco-prussienne de 1870, la famille perd ses deux fils aînés morts au combat pendant la Première Guerre mondiale. Sa sœur décède de la grippe espagnole en 1919 et son dernier frère meurt sur le front le 20 octobre 1939. Anéantie par la mort successive de quatre de ses enfants, Félicie, la mère de Raymonde Rose, meurt d'une crise cardiaque à la suite de la déclaration de guerre, le 10 octobre 1939. La jeune fille a alors seize ans et demi et se retrouve seule avec son père. Ce contexte familial et historique sera décisif dans son engagement à venir.
Secrétaire, depuis 1940, de l'industriel d'origine néerlandaise Jean Weidner, Raymonde Rose Pillot entre d'abord en résistance en tapant des tracts pour remonter le moral des troupes avant d'adhérer pleinement au réseau d'évasion Dutch-Paris fondé par Weidner et Herman Laatsman en octobre 1941. Dès la fondation de l'organisation clandestine et sous couvert de ses fonctions de représentante de l'entreprise de textile de Weidner, implantée à Paris, Lyon et Annecy, elle assure régulièrement des liaisons visant au transport de documents et de fonds auprès de membres du réseau[8].
Fils de pasteur au séminaire adventiste de Collonges-sous-Salève (Haute-Savoie), Weidner rallie le réseau Dutch-Paris à la résistance spirituelle œcuménique initiée localement par Gilbert Beaujolin, fondateur, aux côtés de l'abbé Pierre Chaillet, du réseau lyonnais Amitiés chrétiennes[9] et de Témoignage Chrétien. Issue elle-même d’une famille protestante, Raymonde Rose Pillot s'engage naturellement aux côtés de ce « grand Front de résistance spirituelle contre la dictature hitlérienne, le Front invisible et invincible des âmes[10] ». Les différents sièges du réseau que sont Amsterdam, Paris et Lyon organisent peu à peu la mise en place de sauvetages jusqu'à Genève pour lesquels Raymonde Rose Pillot devient un acteur majeur du dernier tronçon de l'itinéraire entre Lyon, Annecy et la Suisse[11], bénéficiant notamment du soutien du pasteur Willem Visser‘t Hooft, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises à Genève[12].
Ayant très vite gagné la confiance de Jean Weidner, elle se voit confier la gestion de son magasin La Maison du coupon à Annecy, au 8 quai Eustache-Chappuis, face à l'Hôtel de ville. Cette boutique, comme celle de Collonges-sous-Salève, ouvertes toutes deux après celles de Paris et de Lyon que Weidner comptait déjà à son actif, sert de couverture aux activités de résistance et de sauvetage du réseau, permettant de justifier notamment les nombreuses allées et venues entre Lyon et Genève. Les personnes convoyées y sont régulièrement cachées le temps nécessaire avant leur départ pour la frontière. Les derniers faux-papiers y sont aussi parfois préparés, visés si nécessaire par les employés de la mairie et de la préfecture d'Annecy, membres du réseau, avec lesquels Raymonde Rose Pillot est en relation.
Le séminaire de Collonges-sous-Salève, face au poste frontière de la Croix-de-Rozon, est le point névralgique du réseau Dutch-Paris. Par cette seule route de Lyon vers la Suisse, Raymonde Rose Pillot réalise le sauvetage de plus de 200 Juifs (220 à 228, selon un recensement effectué par Jean Weidner dans l'immédiate après-guerre). Hormis le cas de quelques pilotes alliés ou de résistants des maquis du Salève, la route Paris-Lyon-Annecy-Le Salève-Genève sert essentiellement à l'évasion de familles juives, parmi lesquelles peuvent être documenté les cas des familles Goldstein[13] et Smit[14], exfiltrées par Raymonde Rose Pillot. La jeune résistante peut s'appuyer sur tout un réseau d'hommes de bonne volonté à l'image d'Edmond Solomon Chait qui l'épaulait l’hiver notamment lorsqu'il n’y avait pas de car pour Genève[15].
Il existe également une deuxième route vers la liberté par Toulouse et l'Espagne, que la résistante emprunte à plusieurs reprises entre 1941 et février 1944 pour assurer le sauvetage d'aviateurs alliés, ainsi que des résistants poursuivis par la Gestapo. De l'Espagne, les évadés regagnent ensuite l'Angleterre d'où ils peuvent continuer à servir les alliés.
À partir de l'automne 1943, suite aux arrestations et évasions successives de Jean Weidner, toujours activement recherché par la Gestapo, il est décidé que les réunions des chefs régionaux de Dutch-Paris se dérouleraient au domicile paternel de Raymonde Rose Pillot, 11 rue de la Monnaie, dans le 2e arrondissement de Lyon, là- même où la jeune femme sera arrêtée par Klaus Barbie.
Arrestation par la Gestapo et déportation
Au début de l'année 1944, 150 membres du réseau Dutch-Paris sont arrêtés à la suite d'une dénonciation et beaucoup sont déportés, à l'image de Maurice Jacquet, consul honoraire des Pays-Bas à Lyon, proche de Raymonde Rose Pillot. Le 28 février 1944, cette dernière est arrêtée à son domicile par Klaus Barbie[16] et transférée au fort Montluc (cellule 25). Interrogée pendant trois jours par Barbie à l'école de santé militaire de Lyon (actuel Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation), elle ne livre, malgré la torture, aucune information. Dès lors, elle est transférée à la prison de Fresnes le 2 mars 1944[17], avant d'être à nouveau interrogée par la Gestapo, rue des Saussaies. Du 10 au 13 mai, elle est incarcérée au fort de Romainville[17], puis déportée en Allemagne, le 13 mai 1944, au camp de concentration pour femmes de Ravensbrück[17] (matricule, 39050[18]). C'est alors qu'elle fait la connaissance de la résistante Geneviève Anthonioz de Gaulle, avec laquelle elle partagera une profonde amitié sa vie durant. Elle fait partie d'un convoi de 300 Françaises transférées un mois plus tard au camp de travail de Zwodau[17] (actuel Svatava en Tchéquie) où elle sera contrainte de travailler pour la firme Siemens[19]. Elle est affectée à la fabrication des moteurs de mitrailleuses d'avions qu'elle décide, avec quatre autres détenues, de trafiquer afin de les rendre inutilisables. Le 20 avril 1945, le camp est évacué vers l'Est pendant une semaine avant d'être de nouveau dirigé vers Zwodau suite à la progression de l'armée russe[20].
Raymonde Rose Pillot est finalement libérée par les soldats de la 9e Armée Américaine le 7 mai 1945[21].
Distinctions
Raymonde Rose Pillot est récipiendaire de nombreuses médailles françaises et étrangères :
Officier de la Légion d'honneur (3 septembre 1985) ; chevalier du 13 novembre 1978 ;
Commandeur de l'ordre national du Mérite (14 mai 1991), remise par Denise Vernay, sœur de Simonne Veil ;
Croix de guerre -, palme de bronze (13 novembre 1978) ;
Médaille de la Résistance française (décret du 31 mars 1947)[22] ;
Croix du combattant volontaire de la guerre de - (2 avril 1951) ;
Croix du combattant volontaire de la Résistance (12 décembre 1952) ;
Médaille de la déportation pour faits de Résistance (27 décembre 1950) ;
Médaille de la Liberté (Medal of Freedom) (Etats-Unis), remise par le général américain John Taylor Lewis (22 octobre1946) ;- Médaille de la Reconnaissance des Pays-Bas (23 août 1947) ;
- Médaille de la Résistance des Pays-Bas (4 juillet 1984) ;
- Juste parmi les Nations (juillet 2025), reconnaissance à titre posthume.
Engagement mémoriel
De 1983 à 1999, Raymonde Rose Pillot est membre du jury du Concours National de la Résistance et de la Déportation (CNRD).
De 1983 au début des années 2000, elle est également représentante pour le Rhône de l'Association nationale des Anciennes Déportées et Internées de la Résistance[23],[24] (ADIR), qui mène de front travail de mémoire et aide sociale auprès des survivantes des camps. Au cours de ces années, Raymonde Rose Pillot collabore activement avec son amie Geneviève Anthonioz de Gaulle, présidente nationale de l'ADIR de 1958 à 2002.
Sollicitée par les associations d'anciens combattants et de déportés lors du procès de Klaus Barbie pour crime contre l'humanité, elle refusera de témoigner mais assistera à l'ensemble des audiences. Ce n'est qu'après la mort du « boucher de Lyon » le 25 septembre 1991, qu'elle accepte de témoigner auprès du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation, tout juste créé sur le site de l'ancienne école de santé militaire où elle fut torturée[25].
Au printemps 1992, sur les conseils de son amie Denise Vernay, elle accepte de témoigner auprès de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (créée en 1990).
Raymonde Rose Pillot reste jusqu'à sa mort le 31 mars 2014, un membre actif de différentes associations du souvenir de la Résistance et de la déportation, ainsi que des associations d'entraide aux survivantes malades ou isolées, parmi lesquelles l'Association nationale des Anciennes Déportées et Internées de la Résistance, le Mouvement d’union et d’action des déportés et internés de la Résistance (MUADIR), les Anciens rescapés de Montluc, les Amis du CHRD, etc.
L'itinéraire et l'engagement de Raymonde Rose Pillot sont évoqués à l'occasion de l'exposition « Des protestants à Montluc, prison de la Gestapo 1943-1944 » présentée au fort Montluc du 24 août au 23 décembre 2022[26].
