René-François Bescher
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René-François Bescher ou encore Bescher de la Gautraie Bescher de la Gautraie, dit Brutus, né le [1] à Château-Gontier (Mayenne) et mort le à Paris, est une figure de la Révolution française, journaliste, avocat, militant jacobin et écrivain français. Il est surtout connu pour son engagement radical, son rôle dans la presse révolutionnaire, et sa participation aux mouvements démocratiques et babouvistes sous le Directoire.
Origines et formation
René-François Bescher naît dans une famille de la moyenne bourgeoisie provinciale. Son père, marchand-teinturier[2], lui assure une éducation soignée : il fait ses humanités à Laval, puis sa philosophie au séminaire d'Angers[3]
« Né avec un caractère d'indépendance qui s'était manifesté, même dans le cours de mes études, lorsque je voyais l'équité fléchir sous le poids de la faveur, je saluai avec enthousiasmé l'ère nouvelle qui s'ouvrait pour la France.. Le Patriote de 1789[4]. »
Il devient praticien chez son cousin et homonyme[5].
Il s’engage ensuite dans le Régiment du maréchal de Turenne pendant 26 mois, avant de revenir à Château-Gontier. Il y travaille comme clerc d’avocat ans l'étude d'un autre avocat Mathurin-René Thoré[3]. Encore praticien, avant de devenir premier clerc, il se marie en 1788 avec Françoise-Renée Buisneau [6].
- Bescher
- François-René Bescher x Anne Perrine Gueslin
- René Bescher x Bernardine Maury
- René-François Bescher x Françoise-Renée Buisneau
- Pierre-Théophile-René Bescher (1790)
- Tell Bescher (1794)
- René-François Bescher x Françoise-Renée Buisneau
Engagement révolutionnaire
Dès 1789, Bescher s’implique activement dans la Révolution française. Il est nommé notable par ses concitoyens et lieutenant de la Garde nationale, puis procureur de la commune de Château-Gontier.
« Livré tout entier à mes fonctions civiles, je m'occupai à étudier les archives de la commune , à compulser, à déchiffrer de vieux titres, et je parvins à faire l'entrer la ville dans des propriétés importantes , usurpées par les seigneurs, mais que probablement elle aura perdues depuis.. Le Patriote de 1789. »
A la mort de Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau, il prononce au milieu du service divin, comme laïc, son oraison funèbre[4]. Il devient greffier du tribunal criminel de la Mayenne en octobre 1791[9]. Il s’installe à Laval à la même époque que les vicaires épiscopaux et l’administrateur du département. Bescher, bien que modéré au départ, se rallie à la République par nécessité et par patriotisme[4].
« J'étais loin alors, mon ami, de désirer la République ; je pensais que ce ne serait qu'avec des difficultés extrêmes que cette forme de gouvernement prendrait racine en France. Aussi dans l'assemblée électorale dont j'étais membre, j'avais proposé qu'on donnât à nos députés le mandat spécial de conserver la royauté, en changeant la dynastie. Ce vœu, qui ne devait se réaliser que quarante années plus tard , et que j'ai toujours conservé dans mon cœur, fut unanimement accueilli... Le Patriote de 1789. »
Débuts journalistiques
Il commence ses activités journalistiques avec Le Patriote du département de la Mayenne. Il écrit d'abord les articles judiciaires ; puis, devient l’idéologue du journal qui, en mars 1793, s’intitule Le Sans-Culotte de la Mayenne[10].
La défense de Laval et la guerre de Vendée
En 1793, Bescher joue un rôle clé dans la défense de Laval contre les Vendéens[4] lors de la Bataille de Laval. Il organise la résistance, mobilise la garde nationale, et tente de protéger la population. Malgré la supériorité numérique de l’ennemi, il parvient à limiter les dégâts et à organiser une retraite stratégique. Il est ensuite impliqué dans la répression des Chouans et dans la gestion des subsistances, ce qui lui vaut des inimitiés locales[4].
Rôle sous la Terreur
En 1793, il devient procureur général syndic du département de la Mayenne où il remplace René-Pierre Enjubault de la Roche[3]. François-Joachim Esnue-Lavallée et François le nomment administrateur du département et membre du Comité révolutionnaire de Laval (germinal an II)[3].
Ces fonctions lui conférèrent une influence majeure sur la vie politique et judiciaire de Laval. Bescher s’entoura de partisans partageant ses convictions politiques, auxquels il attribua des postes clés, renforçant ainsi son contrôle sur la ville[11]. Il utilisa sa position pour cibler ceux qu’il considérait comme ses opposants, notamment des citoyens influents qui s’étaient régulièrement opposés à ses propositions au sein de la Société populaire, du Conseil général de la commune ou de l’Assemblée des Corps Administratifs[11]. Il fut l'un des plus fougueux terroristes de Laval, et l'un des moins « incorruptibles ». Il est alors surnommé « le Marat de la Mayenne » pour son intransigeance et son soutien à la ligne montagnarde.
« « Les royalistes ont écrit l’histoire de la Révolution avec le sang des patriotes, mais ils ont oublié de dire que ce sang était le leur. » »
Se voyant procureur général, il se loge au Val-de-Mayenne[3], dans la maison Duchemin-Morinière[12]. Bescher est l’un des principaux artisans de la Terreur dans la Mayenne. Il est connu pour sa rigueur, parfois extrême, envers les suspects et les ennemis de la Révolution française.
Pour l'Abbé Angot, il est notamment impliqué dans des arrestations arbitraires, des confiscations de biens, et des mesures radicales contre les « riches égoïstes » et les opposants[9]. Les parents des détenus obtenaient facilement des faveurs de sa part en portant à sa femme des cadeaux en nature[3],[13]. Il était de ceux qui voulaient faire fusiller les prisonniers qu'on n'avait pu transférer à Angers au passage des Vendéens[3].
« Ma conduite franche et courageuse dans ces jours d'épreuve, m'avait valu le titre de Procureur-général. Je m'occupais avec une vive énergie à purger le département des bandes de Chouans qui l'infestaient encore. Ceux du pays commençaient à rentrer dans leurs foyers; leurs chefs et les étrangers qui les soulevaient se rapprochaient des côtes, et se disposaient à gagner quelques îles anglaises. Une disette moins réelle que factice nous causait aussi un malaise auquel il fallait remédier. Favoriser la circulation des subsistances, et assurer les approvisionnements, ce n'était pas la tâche la moins difficile que j'eusse à remplir.. Le Patriote de 1789. »
Il raconte dans son ouvrage autobiographique, son opposition aux Girondins, et son soutien à la Montagne[4]. Il justifie les mesures exceptionnelles prises pendant la Terreur par la nécessité de sauver la patrie, tout en reconnaissant les excès et les erreurs commises[4]
« Lorsqu’on parle des crimes qu’a occasionnés la révolution, pourquoi remonte-t-on toujours à 1792 ou 1793, sans jamais se reporter à d’autres époques? La raison la voici : à la fin de 1792 et au commencement de 1793 , le sang de la noblesse et de l’aristocratie ne fut pas épargné, c’est un grand malheur, sans doute ; mais aussi c’est le seul qui ait frappé nos historiens et nos peintres. Ils l’ont reproduit sous mille et mille formes ; et leurs tableaux, leurs livres se sont bien vendus. Les autres crises désastreuses où le sang plébéien a coulé sous le glaive des assassins, sous ce lui des bourreaux, sous les balles meurtrières des pelotons de vétérans, ont passé inaperçues. Personne ne les a rappelées, elles n’ont laissé aucun souvenir. Le Patriote de 1789. »
Brutalité et arbitraire
« « La Révolution n’a pas été faite par des brigands, mais par des patriotes qui ont cru en la justice et en la liberté. » »
Son action s’inscrit dans le cadre de la politique de Terreur, mais les témoignages et les archives montrent qu’il a souvent dépassé les instructions de la Convention et des représentants en mission, agissant avec une brutalité et une arbitraire qui ont marqué les mémoires locales[3]. Ces témoignages proviennent du procès-verbal de son interrogatoire, 22 frimaire et 4 floréal an III, et les dépositions faites contre lui[3].
Opposition politique
Dès son accession au pouvoir, Bescher prépara des dossiers contre ses adversaires, annotant les registres officiels avec des notes manuscrites désignant ses opposants comme responsables de propositions ou d’arrêtés favorables à l’insurrection. Ces annotations, destinées à servir de preuves en cas de procès, furent ultérieurement utilisées pour justifier des condamnations à mort[11]. Parmi ses cibles figuraient René Enjubault de la Roche, René-Pierre Enjubault de la Roche, Jean-François Defermon et Pierre-Jean Sourdille de la Valette, qui, après avoir fui Laval, furent arrêtés en janvier 1794 et transférés à Paris. Bescher intervint auprès des autorités parisiennes, notamment du Comité de sûreté générale et du représentant Didier Thirion, pour obtenir leur transfert à Laval, afin qu’ils y soient jugés sous son autorité. Il cherchait ainsi à assurer leur condamnation et à assister à leur exécution, motivé par des conflits personnels et politiques antérieurs[11].
Violence et arbitraire
Bescher est décrit comme ayant instauré une « terreur » telle à Laval que même entre amis, les habitants n’osaient plus se parler dans la rue. Il multiplie les arrestations pour des motifs futiles ou imaginaires, et use de son pouvoir pour humilier, persécuter, et éliminer ses adversaires ou toute personne suspectée de modérantisme ou de sympathie pour la contre-révolution[3] :
- Arrestations arbitraires : Il fait arrêter des personnes inoffensives, comme la femme Jagu et sa fille, pour avoir « craché devant lui »[3].
- Refus de la pitié : Il déclare suspect « tout individu qui sollicitera pour son parent » et refuse toute clémence. À Mlle Arthémise Duchemin, qui implore la liberté de son père, il répond : « Si ton père s’ennuie en prison, je l’enverrai à la Commission et je le ferai guillotiner. Du reste, je ferai guillotiner ceux qui croient en Dieu »[3].
- Violence verbale et physique : À Rose Trois, femme Delière, venue demander justice pour son mari, il déclare : « Qu’est-ce que la justice ? La justice, c’est la force et nous l’avons… Nous te f… à la porte de chez toi, toi et tes enfants ; tes biens m’appartiennent »[3]
Exécutions et cruauté
Bescher est directement impliqué dans des exécutions sommaires et des actes de cruauté extrême :
- Exécutions spectaculaires : Il est signataire d’un placard du 12 frimaire an II demandant que tous les Lavallois détenus à Angers soient fusillés sur-le-champ. Après l’exécution de René Enjubault de la Roche et de Charles-Michel Jourdain, il promène leurs têtes sanglantes sur la place du Palais et s’en fait un « jouet ».
- Cynisme et provocation : Rentrant chez lui après ces exécutions, il déclare à sa femme : « Je viens de tenir à deux mains la tête du scélérat Enjubault pendant que le chirurgien l’injectait. » À sa femme qui lui répond « Finis, tu me fais frémir », il rétorque : « Bah ! tu badines, je voudrais tenir ainsi la tête du dernier de mes ennemis »[3]
- Misogynie et persécution des femmes : Il déclare « Il y avait trop de femmes ; il fallait s’en défaire », car elles assistaient aux messes des prêtres insermentés. Il vise particulièrement les femmes de marchands et d’aristocrates, qu’il accuse d’accaparement et de complot[3].
Cupidité et enrichissement personnel
Bescher est aussi accusé d’avoir profité de sa position pour s’enrichir et spolier les habitants de Laval :
- Spoliation des prisonniers : Il s’installe dans la maison d’un riche bourgeois qu’il a fait jeter en prison, et en fait « une vraie boutique d’orfèvrerie » : montres, pendules, bijoux, objets précieux s’y entassent, extorqués aux familles venues implorer la clémence pour leurs proches[3].
- Corruption : Il se fait payer 40 000 livres pour « sauver » la tête de René Enjubault de la Roche, après avoir tout fait pour le faire condamner. Les témoignages (Favrolle, Bougrain, Quéruau) confirment qu’il monnayait sa clémence ou son intervention[3]
Dans son ouvrage autobiographique, Bescher donne une autre évocation de son rôle pendant cette période affectant pour lui une position modéree qui lui sera reprochée...
« Un des représentants, qui était à Angers lors de l’attaque, se trouvait à Laval. Bientôt je me vois appelé devant lui. Il m’accuse d’être un des ennemis du gouvernement révolutionnaire , de protéger les parents d’émigrés et d’affecter le modérantisme. Je me contentai de lui répondre qu’on pouvait être fort bon patriote et préférer l’établissement de la constitution à celui d’un gouvernement révolutionnaire, quelque provisoire qu’il fut. Quant aux parents d’émigrés, j’avouai que je ne voyais aucun motif pour prolonger la détention de mères de famille et d’enfants mineurs qui ne pouvaient en rien nuire à la République. Une commission militaire qui parcourait le département , reçut ordre de se rendre à Laval. Traduit devant elle, sous le poids d’une accusation dirigée et soutenue par un représentant du peuple, j’avais peu d’espoir de salut. Mais cette perspective ne m’effrayait pas. Je voyais la cause de la liberté compromise, j’étais disposé à n’y pas survivre. Le hasard conduisit l’événement. Un autre représentant, auquel je n’étais pas inconnu, venait d’arriver. Il ne fut pas de l’avis de son collègue; une vive altercation s’ensuivit, et, pour résultat, la commission militaire qui était en route reçut contre ordre... Le Patriote de 1789. »
La réaction thermidorienne
Le 23 brumaire (), Jean-François Boursault-Malherbe, éclairé sur les crimes commis au nom de la République par les Jacobins de Laval, résolut de faire arrêter les plus coupables des Terroristes[14]. Bescher figure en tête tous les deux des listes de proscription dressées par les thermidoriens[10]. On perquisitionna dans leurs papiers, dans ceux du tribunal et du Comité révolutionnaires, au département, à la municipalité, etc. et François Midy fut chargé d'instruire contre eux.
Après de la chute de Robespierre, Bescher est emprisonné comme « terroriste » à cause de son engagement jacobin. Les archives judiciaires (interrogatoires du 22 frimaire et 4 floréal an III) et les dépositions de témoins (Lemonnier de Lorière, Le Nicolais de Clinchamp, Jeanne Barré, Jacques Lecomte) confirment les exactions de Bescher. Un représentant en mission, Boursault, écrit après l’arrestation de Bescher : « Ce matin, je m’aperçois que toute la ville, je dis toute la ville, est au comble de la joie », soulignant le soulagement de la population après son arrestation[3]. Bescher est transféré dans des conditions épouvantables, d’abord à Laval, puis à Alençon, où il est enfermé dans un cachot insalubre. Malgré les persécutions, Bescher refuse de s’évader, préférant affronter la justice[4].
« Pendant leur séjour dans notre ville, les Vendéens avaient converti en ambulance la prison, ancien château assez vaste. Les appartements où avaient séjourné leurs malades et leurs blessés étaient infectés de miasmes pestilentiels. Le gardien et plusieurs autres personnes, en y rentrant, y avaient trouvé la mort. Ce furent deux de ces chambres qu’on nous destina. On ne les jugeait pas habitables ; grâce à nos précautions sanitaires, aucun de nous ne fut atteint de la contagion.. Le Patriote de 1789. »
Emprisonnement
Inculpé, il vit en prison protestant de son innocence. À l'instar de Augustin Garot, il fait imprimer une brochure Premier dialogue entre un patriote détenu et un ami de la vérité dans laquelle il conteste les faits relevés contre lui et reproduit les certificats qu'il a obtenus de la municipalité de Château-Gontier. Tous les deux se plaignent des lenteurs de la procédure. Après six mois de détention à Laval, il est transféré à son tour à Alençon car on fête dans la maison d’arrêt de Laval l’anniversaire de la mort du tyran aux cris de Vive la République démocratique, et l’on édite des pamphlets anti thermidoriens, où Bescher notamment se présente depuis 1789 comme victime de la calomnie de ceux qui n’aiment pas la démocratie[15]. Bescher explique dans son ouvrage, comment, malgré les persécutions, les patriotes ont tenté de résister, en organisant des pétitions, des journaux, et des sociétés populaires[4]. Bescher insiste sur le fait que les patriotes, bien que divisés, restaient attachés aux principes de 1789 et de 1793. Il critique la Constitution de l’an III, qu’il juge trop modérée et éloignée des idéaux démocratiques[4].
« Nous recevions de nombreuses visites, même de la part de ceux qui n’a vaient jamais partagé nos opinions, mais qui savaient nous rendre justice. Le beau sexe naturellement admirateur du courage, et disposé à lui porter des consolations dans l’adversité, ne se démentait pas en cette occasion ; il savait éluder des consignes maladroites qu’on n’avait pas le pouvoir de faire observer. Rien ne nous eût été plus facile que d’ouvrir les portes de la prison. Les gendarmes, les chefs de la garde nationale étaient de notre création ; quelque fermentation même se manifestait. Le Patriote de 1789. »
« Que l'on parcoure tous les départements, que l'on se transporte à Rennes, à Bordeaux, à Paris et dans toutes les grandes communes de la République, que l'on s'informe partout de ce que sont devenues ces dépouilles du sacerdoce. Partout l'on verra que des mesures révolutionnaires les ont fait disparaître. Là, ces ridicules hochets ont été livrés à des comédiens pour attirer la risée d'un peuple désabusé; là, on les a vu servir de housses aux chevaux ; ici, ils ont été vendus pour construire des temples dédiés à la Raison. Partout ils ont tourné au profit des lumières, mais nulle part ces étoffes n'ont grossi le trésor national. Les métaux seuls ont été conservés à la République. « Le Premier Dialogue entre un détenu et un citoyen ami de la vérité », 10 pluviôse, an III (29 janvier 1795) »
Détenu à Alençon, il adresse en compagnie des autres emprisonnés une pétition pour demander la suspension des poursuites dirigées contre eux. Une loi (n° 6.703) du 17 thermidor () fit droit à leur demande : « La Convention nationale, sur la pétition des citoyens Mélouin, Le Roux fils, R. F. Bescher, Faur, Augustin Garot, Juliot-Lérardière et Quantin, ex-fonctionnaires publics du département de la Mayenne, décrète la suspension de toute procédure qui pourrait être dirigée contre eux et renvoie la dite pétition à son Comité de législation pour lui en faire son rapport dans trois jours. ». Les détenus restèrent provisoirement en prison, jusqu'au moment où l'amnistie du 4 brumaire an IV ()[10], vint les rendre à la liberté et annuler toutes les procédures dirigées contre eux.
Carrière journalistique
« « La liberté est une plante vivace : quand on la coupe, elle repousse avec plus de force. » »
Libéré, Bescher quitte définitivement la Mayenne, alors en pleine Chouannerie et s'installe à Paris[10].
« Après onze mois de captivité, pendant lesquels, malgré le décret obtenu par nos persécuteurs, les juges ne s’étaient pas même enquis de nos noms, nous sommes rendus à nos familles. J’arrive à Laval. Il n’y avait plus de sûreté pour moi à habiter un pays livré désormais à l’influence des prétendus amis de l’autel et du tronc. Je distribue aux indigents les prévisions qui restent chez moi, et je viens fixer mon domicile à Paris.. Le Patriote de 1789. »
Pour vivre à Paris, il vend ses propriétés, achète des presses, fonde un journal et s'installe comme avocat[10].
Il se consacre au journalisme et à la défense des idéaux démocratiques. Il collabore avec Jacques Rigomer Bazin, un autre militant jacobin, et fonde ou participe à plusieurs journaux :
- Le Défenseur de la Vérité et des principes (fructidor an V)
- Le Défenseur des Principes (ventôse an VI)
- Le Démocrate ou le Défenseur des Principes (thermidor an VII)[16]
Réfugié à Paris, Jacques Rigomer Bazin fréquente en l’an VII le Club du Manège où il se lie d’amitié avec Bescher, Pierre Antoine d'Antonelle et S. Maréchal notamment[10].
Ces journaux, imprimés par Théodore Lamberté (un imprimeur babouviste), défendent une ligne radicale, inspirée par Jean-Jacques Rousseau et Gracchus Babeuf, et s’opposent farouchement au Directoire, notamment à Emmanuel-Joseph Sieyès et Paul Barras. À Paris, Bescher fonde plusieurs journaux pour défendre les idéaux démocratiques et dénoncer les abus du Directoire. Ses écrits lui valent plusieurs arrestations et la suppression de ses journaux[4]. Il est notamment accusé de tentative de renversement du Directoire et condamné à mort, avant d’être acquitté[4].
« Cette fois, ils ne s’étaient pas bornés à la suppression de la feuille, ils avaient trouvé dans mon article matière à accusation. Fidèles à leur système de bascule, ils m’accolèrent à un autre publiciste d’une opinion opposée, qui s’était permis quelques commentaires plaisants sur un discours de je ne sais quel prêtre fanatique. Nous étions accusés simultanément d’avoir tenté , par l’avilissement, de renverser le Directoire et la République. Nous fûmes conduits en prison 5 mais le jury ayant prononcé il n'y a lieu, nous obtînmes notre liberté après six semaines de détention. Je fis paraître alors mon journal sous le titre de l Ennemi des Tyrans.. Le Patriote de 1789. »
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La Police générale
Fiché par la police, au service de laquelle il va travailler à plusieurs reprises après le Coup d'État du 18 fructidor an V pendant quelques mois comme sous-chef au Ministère de la Police générale[10]
« J’entre pour la seconde fois au ministère de la police générale. Je connaissais parfaitement les départements de l’Ouest. Il était important d’y maintenir même une apparence de tranquillité. Les autres administrations reçoivent aussi nombre de mes amis. Le Patriote de 1789 »
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L’affaire du camp de Grenelle

Estampe anonyme, Paris, BnF, département des estampes et de la photographie, 1796.
Bescher est impliqué dans l'Affaire du camp de Grenelle (23-24 fructidor an IV / 9-10 septembre 1796), où des démocrates parisiens tentent de soulever la garnison contre le Directoire. Bescher est l’un des organisateurs de la tentative de soulèvement du camp de Grenelle[4]. Il est présent lors de la réunion préparatoire, mais, méfiant, il ne participe pas directement à l’assaut. Il exprime ses doutes sur la sincérité des organisateurs et sur le risque de provocation policière[4]. Malgré ses avertissements, des centaines de patriotes se rendent au camp de Grenelle, où ils sont massacrés par la cavalerie.
Après la répression sanglante, il défend les accusés devant la commission militaire, mais est lui-même condamné à mort. Il parvient à échapper à l’exécution et continue à militer dans la clandestinité[4].
L’échec de cette tentative, suivie d’une répression sanglante, marque un tournant dans la répression des mouvements populaires. C’est aux victimes de Grenelle que Bescher dédiera son autobiographie en 1830[10]. Bescher, qui survit à l’affaire, en témoigne plus tard dans ses mémoires.
« Mânes de mes amis, qui errez sur le territoire où s'élève la petite ville de Grenelle, et sur l'une des côtes sauvages de l'Afrique, c'est vous que j'évoque. Puissent nos regrets sur le sort affreux qui vous fut réservé vous consoler dans vos tombeaux !. Le Patriote de 1789. »
Après cet épisode, pour souvenir aux besoins de se famille, il devient maître de langues, et donne des leçons dans les pensions[4].
Sous le Consulat et l’Empire
Il est toujours fiché par la police, au service de laquelle il va travailler à nouveau. En effet, en l'an VII, Joseph Fouché l'appelle à remplir la place de sous-chef du bureau des passeports[17].
Après le Coup d'État du 18 Brumaire, suivi par la Police, il continue cependant à militer dans l’ombre, fréquentant les cercles babouvistes et républicains. Il est arrêté à plusieurs reprises, notamment après l'Attentat de la rue Saint-Nicaise[10], où il est emprisonné pendant 6 mois[4], et inscrit sur la Liste des jacobins proscrits le 5 janvier 1801[17].
« « Je demeurais rue de la Pépinière, maison de M. Marcillac, en qualité d'instituteur. Un de ses élèves est le frère du maréchal Lasne. » Cet enfant peut attester son innocence au 3 nivôse... Ce jour-là Bescher lui donna une leçon de littérature, soupa avec lui, etc... Les vrais auteurs de l'attentat sont connus... « Cependant, après avoir été privé 3 ans 1/2 de ma tranquillité, je me suis vu enlever à ma famille et a mes enfans, et depuis 6 mois je languis dans une triste prison...» «...Seraient-ce d'anciennes opinions politiques qu'on aurait à me reprocher? » 5 nivôse an XIII, Lettre à Joseph Fouché[17]. »
Il fournit alors des articles pour le Journal des bâtimens, des monuments et des arts[17], ce qui lui permet d'avoir quelques moyens pour exister[4].
Le , il est arrêté pour être enfermé à l'Ile de Ré[17]. Détenu à la Prison de la Force, Bescher demande à la Police Générale sa remise en liberté en indiquant qu'ils ne sont pas aujourd'hui en si grand nombre ceux qui ont donné à la révolution des gages certains et à qui la nature de leur éducation ont départi quelques talens. Il demande sa liberté... (thermidor an XII)[17]. En fructidor an XII, même demande en grâce, indiquant que Bescher a une femme et six enfants. En l'an XIII, ne voyant aucun adoucissement, il plutôt qu'une captivité qui plonge sa famille dans la misère, demande, dans sa pétition du 1 de ce mois, à être transporté, lui, sa femme et ses enfants, au Cap ou a Cayenne, et se plaint d'être détenu avec des prévenus de vols et de brigandages. En juin 1809, il est en surveillance à Montbrison[17].
Grammaire et littérature
Il est par la suite maître d'études au Lycée Impérial, où membre résidant de la Société Grammaticale et Littéraire de Paris depuis 1807, devenu littérateur, il est l'auteur d'une Théorie nouvelle et raisonnée du participe français[18] en 1810.
Cet ouvrage va connaître plusieurs éditions. Son travail, salué par ses contemporains, a marqué un tournant dans l'analyse et l’enseignement de la grammaire française, en proposant une approche systématique, fondée sur des principes unifiés et une abondance d’exemples tirés des meilleurs auteurs[19]. René-François Bescher innove alors en établissant l’étude des participes basée sur une théorie unifiée, fondée sur l’analyse des faits et des exemples, et en clarifiant des règles jusqu’alors obscures. Son œuvre reste un jalon important dans l’histoire de la grammaire française[19].
« « Chaque science a son mérite et ses avantages.. Là grammaire ne le cède à aucune autre en utilité. Il est donc permis à un auteur qui consacre ses veilles à des recherches propres à éclaircir les difficultés de notre langue, de n'être pas moins jaloux de ses découvertes en ce genre, que le-plus habile naturaliste ne le serait de celles qu'il aurait pu faire sur l'organisation des êtres. Leur but commun est d'augmenter la masse des lumières, leur récompense est l opinion de cette partie éclairée du public qui sait leur tenir compte de leurs travaux et les environner de considération, la seule que j'aie ambitionnée. Je croirais m'en montrer peu digne si je ne vous représentais , Messieurs, ce que vous ignorez peut-être, que je suis le premier qui ait appelé l'attention des grammairiens sur la nature du PARTICIPE PRÉSENT, et indiqué les corrections, les additions que cette étude, non encore approfondie, rendait indispensables dans le dictionnaire de notre langue. Je regarde cette partie comme la plus intéressante de mon livre, parce qu'aucun grammairien n'en a traité avec détail, parce qu'elle est de moi tout entière, et que personne en cela n'a pu me servir de guide. Si vous avez daigné mentionner honorablement des ouvrages qui contiennent quelques fragmens de ma théorie, il me semble que j'ai des droits pour revendiquer l'honneur de votre suffrage en faveur de l'original. ». Lettre de Bescher à l'Académie française. »
Au début des Cent-Jours, il rejoint un temps le Ministère de la Police générale lors de la lutte contre la Chouannerie de 1815[4], mais il rapidement déçu par les positions de Napoléon Ier après son retour d'Elbe[4].
Sous la Restauration
Sous la Restauration, Bescher est surveillé et arrêté à plusieurs reprises[4]. En 1816, lors de l'affaire[20]. dite « des Patriotes »[21], la police s'appuie sur la liste des proscrits de l'an IX, imprimée en l'an X, pour l'arrêter, avec d'autres babouvistes (comme Jean-Baptiste-Antoine Lefranc ou Eustache-Louis-Joseph Toulotte et le fils de Gracchus Babeuf, Émile[22],[23],[24]. Toutefois, il ne fait pas partie des 28 prévenus jugés par la cour d'assise de Paris en juillet[25].
« Afin de passer auprès du roi pour l’avoir sauvé, lui et la monarchie, le ministre avait eu intérêt de donner de la réalité et même de l'importance à cette apparence de conspiration. Les agents provocateurs y avaient joué un rôle actif. Les cartes et les lettres furent lithographiées dans le ministère même ; les hommes de la police les distribuaient, et arrêtaient ceux qu’ils en trouvaient nantis...».. Le Patriote de 1789. »
Fin de vie et postérité

Lithographie coloriée, Paris, Éd. Bichebois aîné, 1830.
Bescher participe aux Trois Glorieuses (1830), soutenant le mouvement qui renverse Charles X. Il est présent lors des évènements du au Palais-Royal[4]. Il est témoin le lendemain de la Journée des pierres, qui finit par des coups de fusil, et de la révolution populaire du . Il cite la présence de son petit-fils à la Prise de l'Hôtel de ville
« Pour toi, tu t’étais porté à l’attaque de l’Hotel-de-Ville, et je t’ai vu couvert du sang de cinq jeunes gens atteints, à tes cotés , d’un boulet -, quatre avaient eu les cuisses emportées, et le cinquième l’avait reçu dans la poitrine. Le Patriote de 1789. »
Il est présent le lendemain le , lors du triomphe de l’insurrection, dans les combats près du Louvre
« Sur les neuf heures , M. Benjamin Constant passa rue Richelieu. « Tout est fini, lui dis-je, le peuple est vainqueur. Ils ne seront pas tentés de revenir. — Bravo, répondit-il en me serrant la main, gloire aux immortels Parisiens. ». Le Patriote de 1789. »
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En 1832, présenté comme « homme de lettres de 70 ans », il est témoin à décharge des accusés lors de l'Insurrection républicaine à Paris en juin 1832, rappelant le comportement agressif du 6ème Dragons, à l’égard de la foule suivant le convoi funéraire du général Jean Maximilien Lamarque[26]
Bescher père est présent au procès de son fils Tell Bescher en 1835.
Le Patriote de 1789
Bescher publie en 1830 une autobiographie intitulée Le Patriote de 1789, dédiée aux victimes de Grenelle. Il y défend son engagement révolutionnaire et dénonce les trahisons du Directoire.
Le Patriote de 1789 est un ouvrage autobiographique écrit par René-François Bescher et publié en 1830. Sous-titré ou Entretiens d’un vieillard avec son petit-fils, ce livre retrace le parcours politique et révolutionnaire de l’auteur, depuis les débuts de la Révolution française jusqu’à la Restauration, en passant par le Directoire, le Consulat et l’Empire[4]. Bescher y explique son engagement, ses combats, ses emprisonnements, et ses désillusions face aux trahisons et aux persécutions subies par les patriotes. Il cherche aussi à transmettre une vision de l’histoire révolutionnaire, souvent occultée ou déformée par les historiens et les peintres de son époque, qui ne retiennent que les violences contre l’aristocratie et oublient celles subies par le peuple[4]. Un thème central du livre est la répression subie par les révolutionnaires après Thermidor. Bescher dénonce les arrestations arbitraires, les condamnations sans procès, et les massacres de patriotes, notamment lors de l’affaire de Grenelle. Il montre comment les royalistes et les modérés ont utilisé la réaction pour éliminer leurs adversaires politiques[4]. Il est alors nettement partisan de la monarchie de Juillet.
« Écoute maintenant quelques conseils qui sont une conséquence de ce récit. N’oublie jamais qu’un gouvernement constitutionnel, dirigé par un bon roi, est le meilleur des gouvernements. Il a tous les avantages de la République sans en éprouver les orages. Défends-le de toute la vigueur de ta plume. Ne place jamais ton ambition au-dessus de l’intérêt du pays. Prends pour guide la vérité. Si tu blâmes ce que tu crois être un mal, sache approuver hautement le bien qu’on fait. Il n’est pas donné à un ministre, même animé des meilleures intentions, de pouvoir toujours l’opérer : garde-toi donc d’une opposition systématique. Le Patriote de 1789. »
L'autobiographie ne retrace pas complètement son propre itinéraire. Le mémoire, sélectif, ne retrace pas en particulier son activité journalistique, et son rôle durant la Terreur[27].
Postérité et historiographie
René-François Bescher est une figure controversée de la Révolution française. Pour ses détracteurs, il incarne la violence et l’arbitraire de la Terreur. Pour ses détracteurs, il incarne les excès de la Terreur, la violence gratuite, et la corruption des révolutionnaires. Pour ses défenseurs, il est un militant intransigeant, fidèle aux idéaux de 1789 et 1793. Son témoignage sur Grenelle et son engagement dans la presse révolutionnaire en font une source importante pour l’histoire du Directoire et du babouvisme.
René-François Bescher incarne l’idéal démocratique radical de l’an II. Il défend une démocratie directe, inspirée par Jean-Jacques Rousseau, et s’oppose à toute forme d’oligarchie ou de modération. Pour lui, la Révolution doit aboutir à une société égalitaire, où le peuple exerce pleinement sa souveraineté. Ses journaux, notamment Le Démocrate, sont des tribunes pour la défense des principes révolutionnaires. Il y dénonce la corruption du Directoire, la répression des clubs, et appelle à la résistance contre la réaction thermidorienne. Bescher est l’un des principaux opposants au Directoire, qu’il accuse de trahir la Révolution. Il s’en prend particulièrement à Sieyès, qu’il considère comme un ennemi de la démocratie, et à Barras, qu’il accuse d’avoir orchestré la répression de Grenelle.
Son cas illustre les dérives possibles du pouvoir révolutionnaire, lorsque l’idéalisme se mêle à la cruauté et à la cupidité. Les historiens soulignent que son comportement à Laval dépasse souvent les instructions de la Convention, et qu’il agit parfois en « monstre » plutôt qu’en révolutionnaire.
Publications
- Premier dialogue entre un patriote détenu et un citoyen ami de la vérité, daté de la « maison de justice de Laval, le 10 pluviôse an III », et imprimé en 15 pages in-4° à l'imprimerie de Michel Faur, son co-détenu.
- Le Défenseur des principes, journal d'esprit public. (Rédacteur : R.-F. Bescher.) (Paris,) : Bescher, In-4. N ° 122. 3 ventôse an VI.
- Le Défenseur de la vérité et des principes, rédigé par une société d'écrivains patriotes . (Rédacteurs : R. François et R.-F. Bescher.) Paris, rue du Fouare, n ° 8, in-4 Nos 27-105. 19 fructidor an V-8 frimaire an VI. Le Défenseur de la vérité et des principes
- Théorie nouvelle et raisonnée du participe français, Paris : Béchet aîné, 1810, 1821, in-8°
- Causes de la chute de Louis XVIII, 1816 Voir en ligne
- Abrégé de la théorie nouvelle et raisonnée du participe français, rédigé, pour l'usage des jeunes élèves..., Paris : A. Eymery, 1823, VI-240 p. ; in-12 Voir en ligne
- Les rois et reines de France en estampes, ou abrégé historique et chronologique de chaque règne, suivi du tableau des mœurs et usages des Français sous chaque race, pour servir à l'éducation de la jeunesse, Paris : A. Eymery, 1823, in-8 ° obl. Voir en ligne
- Le Patriote de 1789, Paris, 1830. Voir en ligne