René Guastalla
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| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 44 ans) |
| Nom de naissance |
René Mardochée Guastalla |
| Pseudonyme |
René Riquier |
| Nationalité | |
| Activités |
René Mardochée Guastalla, né le à Nice et décédé le à Lyon, est un helléniste français.
Opinions politiques
De nationalité française mais d'origine italienne et niçoise, fils d'Enrico (Henri) Samuel Guastalla (1859-1926) et d'Esther Guastalla (1875-1962) née Sazias (Saadia), René Guastalla fit la Première Guerre mondiale de 1916 à 1918, tout comme la « drôle de guerre » de 1940.
Il épousa l'illustratrice Marguerite M. Lehmann (1898-1958), de la famille du rabbin Joseph Lehmann. Il eut une fille, Germaine ( - ), et un fils, Claude Léonce Riquier Guastalla (Tournon, - , Pinols), qui fut FFI et mourut pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale.
Frappé par le statut des juifs instauré par le régime de Vichy, il en mourut le « de douleur », d'après le témoignage de sa fille Germaine, recueilli par Hugues-Jean de Dianoux. Il est enterré au vieux cimetière juif de Nice.
Ángelos Sikelianós participa, avec plus de 300 autres intellectuels grecs, à la commémoration en souvenir de l'helléniste français à l'Institut français d'Athènes, le , en prononçant un bel hommage : « La leçon de René Mardochée Guastalla. Judaïsme et hellénisme », allusion au dernier article de Guastalla, achevé le : « Judaïsme et hellénisme, la leçon de Philon d'Alexandrie »[1].
Ángelos Sikelianós rend aussi hommage à Guastalla, « en passant », dans Ελληνογαλλικά: αφιέρωμα στον Roger Milliex για τα πενήντα... : « […] un homme à qui il est juste de rendre le grand hommage qu'il mérite, René Mardochée Guastalla, professeur au Lycée Saint-Charles, agrégé des Lettres. »[2]
Lazare de Gérin Ricard et Louis Truc écrivent dans leur Histoire de l'Action française[3] à propos d'une journée de la Crise du 6 février 1934 : « Je retrouvai, en rentrant chez moi, mon ami René Mardochée Guastalla, qui s'était précipité dès le matin et avait attendu le coup de téléphone qu'il m'avait fait jurer de lui donner si l'on avait besoin de lui, de sa vie, de son sang. Je le connus lorsque, professeur de lycée à Marseille, il ne craignait pas de compromettre sa situation en étant de toutes les manifestations, de toutes les bagarres. Pour lors, il était professeur d'humanités. »
Dans Le Colonisateur colonisé, Louis Sanmarco précise une certaine évolution des convictions du personnage : « René Guastalla était allé de l'Action française à Gaston Bergery et au Front commun. »[4] Mais l'Occupation allait bouleverser sa vision de la politique.
Carrière
Déjà licencié ès-lettres en 1919, il prépare à Strasbourg l'agrégation d'italien, qu'il obtient en 1922. Il devient agrégé des lettres en 1927, puis membre de la Revue des études grecques à partir de 1928, sur une présentation due à Robert Cohen, professeur au lycée Henri-IV (1889-1939), et à Marcel Espy, son collègue à Marseille.
Guastalla fait carrière :
- comme professeur d'italien (1922-1926) au lycée de Tournon, ville où il fonde en 1922 un Comité de l'Alliance française
- au lycée Saint-Charles (Marseille) comme professeur de lettres (1926-1933), résidant alors au 3, rue du lycée Périer à Marseille
- au lycée Charlemagne (1933-1937) comme professeur de première, résidant d'abord au 115, boulevard Jourdan en 1934 puis au 1, rue Monticelli, à Paris en 1935
- au lycée Lakanal (1937-1939) comme professeur de première supérieure
- au lycée Thiers de Marseille (1940-1941) comme professeur de première supérieure.
L'enseignant apporte à son métier une grande conviction : « Sans négliger les autres parties de son enseignement, il apportait la plus belle ardeur à celui du grec. On pouvait ne pas partager sa manière de le concevoir, dont le défaut d'ailleurs était surtout de se montrer trop exclusive ; il était difficile de ne pas rendre hommage à la conviction avec laquelle il l'appliquait et la défendait. À Nîmes, à Nice, à Strasbourg, dans les trois Congrès de l'Association Guillaume-Budé, par écrit et oralement, il s'était évertué à l'exposer. Les recueils de textes grecs pour les classes qu'il a publiés à la Librairie Hachette s'en inspiraient et lui doivent d'heureux artifices de présentation. Fidèle à nos séances, il intervenait souvent dans les discussions. On sentait en lui un animateur. Il est décédé en pleine force, au cours de l'année 1941, victime, semble-t-il, des temps étrangement troublés que nous vivons. »[5]
Membre du Collège de sociologie à la fin des années 1930, Guastalla écrit un livre remarqué, Le Mythe et le livre, paru en chez Gallimard, la reprise de son discours au Collège initialement intitulé « Naissance de la littérature ».
Guastalla refuse de solliciter l'article 8 de la loi du qui porte statut des juifs et le contraint à cesser son enseignement. Ce sont donc ses derniers cours que décrit Wladimir Rabinovitch :
« G. était l'ami de nombreux écrivains. Lui-même avait publié plusieurs ouvrages. Était-il juif ? Il l'avait oublié ! Le statut l'avait bouleversé. Il avait alors écrit : Puisqu'il faut choisir entre l'impossible retour à la tribu et la réalité de l'homme, mon choix est fait. Je choisis l'homme. Ses élèves savaient son départ proche. Mais lui n'en parlait jamais. Il faisait même des projets pour le second trimestre. Il s'efforçait de paraître toujours aussi animé, comme si de rien n'était. Mais il se trahissait parfois. Un jour, dédicaçant un de ses livres, il écrivit sur la page de garde : Mieux vaut souffrir une que la commettre a-t-il écrit et, ailleurs, une phrase grecque : Je suis fait pour l'amour et non pas pour la haine. Ce matin, il a parlé de Descartes et l'a défendu avec enthousiasme contre l'un de nous qui l'avait traité à la légère. Puis il s'est arrêté brusquement : Mais on ne me juge pas digne de le défendre... Et il n'a pas achevé. Il ne fait plus de cours, mais parle au hasard. Il semble vouloir nous dire tout ce qui lui tient à cœur. Et, de plus en plus, on s'aperçoit que c'est un type très bien, très chic, très fier, très digne… Nous voulons avoir une explication avec lui, lui dire notre amitié, notre admiration. Mais personne n'ose parler le premier. Pourtant nous ne sommes pas des enfants... »[6]
Guastalla consacre son dernier cours à la traduction commentée du passage du Phédon où Platon raconte la mort de Socrate.
Guastalla, révoqué, refuse de demander sa réintégration même si le Ministre de l'Instruction publique lui-même, l'historien Jérôme Carcopino[7], lui a proposé son aide, et il assume avec dignité son destin.
Dernier métier
Avait-il vraiment « salué avec espoir le régime du maréchal Pétain »[8] ?
Toujours est-il que Guastalla devient en secrétaire général adjoint du Consistoire central israélite de France, alors replié à Lyon. Il échafaude un projet de centre de rééducation professionnelle pour juifs, lorsque le terrasse le malheur. Il se serait suicidé[9].