Représentation de Mahomet
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Il existe diverses représentations de Mahomet, à la fois dans les mondes islamique et occidental, tant anciennes que contemporaines. Leur existence, intimement liée à celle de la représentation figurée dans un contexte musulman, est toutefois source d'importants débats : peut-on représenter le prophète de l'islam ? Si non, pourquoi ? Si oui, comment ?
Depuis 2005 et l'affaire des caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten, plusieurs publications des caricatures de Mahomet ont déclenché des réactions violentes, allant jusqu'à l'homicide, et donnant à cette question une dimension dramatique.
La représentation de Mahomet est intimement liée, dans l'histoire, à celle de la représentation figurée dans son ensemble. Malgré quelques positions favorables à l'image, notamment de la part de personnages muʿtazilites aux IXe et Xe siècles, un consensus semble se faire, à la fois chez les sunnites et les chiites, en faveur d'une non-représentation dans les lieux de prière[note 1] de la figure humaine et animale, et donc de celle du Prophète. Cette réticence vis-à-vis de l'image résulte d'une extrapolation d'un verset du Coran décrivant comme une abomination les « pierres dressées » (ansab, انصاب, Sourate V, verset 90), susceptibles de représenter des idoles et de favoriser le polythéisme. Et surtout, elle est justifiée par certains hadiths jugeant la représentation de la figure humaine impure car elle détourne l'attention lors des prières, immodeste car elle revient à se prétendre l'égal du Créateur, et favorable à la pratique de l'idolâtrie. Des nuances d'interprétation existent toutefois entre les différents théologiens[1] ainsi qu'en fonction des époques[2].
À des époques plus récentes, cette question a été revivifiée par la naissance de nouvelles idéologies religieuses, comme le wahhabisme au XVIIIe siècle, et l'irruption, à partir du XIXe siècle, des nouvelles techniques de l'image : photographie, puis cinéma et autres modes de captation et diffusion d'images en mouvement.
Le wahhabisme, très fermement opposé au mysticisme soufi, contempteur du culte des saints est généralement considéré comme une idéologie religieuse rigoriste, déterminée à appliquer les textes saints de manière littérale[3]. Le fondateur de la doctrine wahhabite, Ibn Abd al-Wahhab, s'oppose fermement à toute pratique de l'image dans son Livre de l'unicité : « Dès que vous vous trouvez face à une image, il faut la détruire »[4]. En Arabie saoudite, un recueil de fatwas publié en 1988 par le grand mufti Abd al-Aziz ibn Baz indique que la photographie est interdite[5].
« La représentation de tout ce qui a une âme, que ce soit un homme ou un animal, est interdite, que ce soit par le biais du dessin, sur tissu, par les couleurs ou la caméra ou tout autre instrument [...] et ceci en vertu de la majorité des hadiths qui en indiquent l'interdiction. »
En dehors de cette doctrine ultra-orthodoxe, la plupart des théologiens, aux XIXe et XXe siècles, ont adouci la position initiale sur l'image. Certains réformateurs, comme l’Égyptien Muhammad ʿAbduh, se sont positionnés dès le début du XXe siècle largement en faveur de la représentation figurée. D'autres sont restés plus mesurés. De manière générale, la photographie a été acceptée, étant considérée comme un moyen mécanique de reproduction du monde, à l'instar d'un miroir. La même évolution est sensible en pays chiite. La pratique artistique étant néanmoins considérée souvent comme un luxe et un élément occidental, elle fait également l'objet de reproches et de méfiance de la part de radicaux comme Muhammad Qutb, un membre de l'organisation des frères musulmans, auteur en 1981 de La jâhiliyya au XXe siècle.
Dans tous ces cas de figure, dans le Coran et les hadiths, la figure de Mahomet n'est pas distincte des considérations générales sur la représentation de la figure humaine dans son ensemble[6]. Si elle constitue un interdit chez de nombreux sunnites, les chiites portent généralement un regard plus positif sur la représentation de Mahomet, bien que de nombreux théologiens en condamnent la détention par un musulman dans des fatwas contemporaines[2]. À l'inverse, une autre fatwa émise par le plus haut représentant de l’islam aux États-Unis a considéré que « la représentation du prophète n’est pas interdite, même si les musulmans ne le font pas »[7].
Dans les pays musulmans

L'impact du consensus général des religieux sur l'interdiction de représenter la figure humaine a été, dans les temps anciens, assez limité. Si l'espace religieux (mosquée, Coran) est toujours aniconique, on note l'existence de nombreuses représentations de personnages et d'animaux dans les peintures de manuscrits ou murales, sur des objets de métal, de céramique, de verre, d'ivoire, etc.
En ce qui concerne plus spécifiquement la représentation de Mahomet, il s'agit, avant le XIXe siècle, essentiellement de peintures présentes dans des livres. Ces livres peuvent avoir un caractère para-religieux (vie de Mahomet, histoire du miraj), historique (histoire universelle) ou poétique (khamsé de Nizami, par exemple)[8]. Ils sont produits en Iran, en Irak, en Inde, dans l'Empire Ottoman. Mahomet est systématiquement représenté auréolé de flammes, comme de manière plus générale les personnages religieux. Jusqu'au XVIe siècle, il est possible d'en avoir des représentations complètes, le visage visible ; mais dès le XVe siècle, les artistes ont de plus en plus tendance à voiler le visage ou à le laisser sans peinture[9]. La prépondérance de l'Iran dans la production de ces peintures mettant en scène Mahomet n'est pas à rechercher dans une particularité chiite : ces représentations existent avant que le chiisme ne devienne prépondérant en Iran, au XVIe siècle, et les préconisations scriptuaires sont les mêmes dans le chiisme et dans le sunnisme[10]. Parfois, la figure de Mahomet n'est qu'évoquée par des signes : empreintes de pas, flamme (en particulier dans les peintures du Cachemire), présence de Bouraq dans le miraj, simple mention de son nom.
Les XIXe et XXe siècles ont vu apparaître de nouvelles images : des représentations plus publiques que celles de manuscrits, comme la fresque du mausolée d'Harun-e Velayat à Ispahan, ou des posters chiites. L'un des plus célèbres est celui, apparu dans les années 1980 ou 1990, qui reprend une photographie érotique prise en Tunisie par les photographes Lehnert et Landrock[11].
En ce qui concerne le cinéma, la représentation du Prophète semble avoir été un tabou. S. Naef rapporte qu'en 1926, sur des pressions politiques, un film a été ainsi annulé. Le film Le Message, tourné en 1976-1977 en deux versions, une anglaise, une arabe, raconte la vie de Mahomet sans jamais le montrer ou le faire entendre. Le film a néanmoins donné lieu à une vaste polémique[12]. D'autres films et dessins animés relatant la vie du Prophète utilisent également le principe de caméra subjective pour ne pas montrer le personnage à l'écran.



