Robert Jay Lifton
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Université Cornell
Weill Medical College
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New York Medical College (en) (docteur en médecine) (jusqu'en ) Université Cornell Weill Medical College |
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Médecins nazis : le meurtre médical et la psychologie du génocide (d) |
Robert Jay Lifton, né le à Brooklyn (État de New York) et mort le à Truro (Massachusetts), est un psychiatre américain. Il s’illustre notamment dans l'étude des méfaits de la guerre sur la psyché humaine.
Réforme de la pensée
De 1951 à 1953, Robert Jay Lifton effectue son service militaire dans l'armée de l'air américaine au Japon et en Corée. Plus tard, il enseigne à la Washington School of Psychiatry, à l'université Harvard et au John Jay College of Criminal Justice où il accompagne la création du centre d'études de la violence humaine.
Il est aussi un intellectuel engagé, qui cherche à faire reculer des pratiques (la torture en particulier) ou des armes (nucléaires notamment) qu'il juge psychologiquement, moralement et éthiquement indéfendables[2]. Plus récemment il a aussi comparé la conscience ou le déni du risque climatique à ceux du risque de guerre nucléaire globale durant la guerre froide[3].
En 1961, avec son ouvrage Thought Reform and the Psychology of Totalism (en) : A Study of « Brainwashing » in China il se penche sur la manipulation mentale et définit avec précision les modalités qui mènent au contrôle mental telles que les pratiquent les sectes ou la Chine maoïste :
- Contrôle de l'environnement du sujet (les relations du sujet avec le monde extérieur sont contrôlées)
- Manipulation mystique (le groupe a un but plus « élevé » que tout)
- La confession des péchés présents et passés (autocritique)
- L'auto-sanctification par la pureté et une perfection impossible à atteindre.
- Omniscience du groupe dont le « savoir » est parfait et sacro-saint.
- Manipulation lexicale (les mots ont un sens nouveau, la pensée manichéenne et bornée est encouragée)
- La doctrine est supérieure à l'individu
- Une existence sous la menace (ceux qui s'adonnent au groupe sont sauvés, les autres maudits)
C'est dans cet ouvrage que Lifton crée la notion de Thought-terminating cliché (cliché arrêtant la pensée). Il propose aussi la notion de totalisme, qui décrit des organisations dont le but est d'exercer un contrôle total sur toute l'humanité.
Médecine nazie
Avec The Nazi Doctors: Medical Killing and the Psychology of Genocide (1986), il fait la première étude sérieuse sur la manière dont les médecins nazis ont été amenés à prendre une part centrale dans l'holocauste et sur la manière dont ils ont rationalisé leur crime.
Contre la guerre, la violence et la torture
Opposant militant à l'usage de la bombe atomique (Death in Life: Survivors of Hiroshima - 1968), à la guerre du Viêt Nam (Home from the War: Vietnam Veterans—Neither Victims nor Executioners - 1973), à la guerre en Irak, à la peine de mort ou à l'instrumentalisation du terrorisme, il se penche sur les victimes des guerres autant que sur les bourreaux et les mécanismes qui conduisent quelqu'un à prendre le rôle de bourreau.
Il estime aussi que les psychologues qui ont aidé à torturer devraient être poursuivis, dont aux États-Unis où des membres de l'association American Psychological Association, la plus grande association de psychologues du monde a aidé la CIA à améliorer l'efficacité de ses programmes de torture sous la présidence de George W. Bush[4]. Il reproche à ce groupe professionnel d'avoir en quelque sorte légitimé les pratiques de torture auprès de ceux qui les pratiquaient et il pose des questions d'ordre éthique sur le rôle des psychologues ou psychiatres utilisés par l'armée pour soigner des soldats confrontés à certaines horreurs éthiquement inacceptables afin qu'ils puissent à nouveau y être confrontés en les supportant[4].
À propos du changement climatique
Il compare certains effets de stress socio-psychologiques individuel et collectif du dérèglement climatique (en tant que menace globale et diffuse pour la planète, pour l'habitat de l'humanité et d'autres espèces) à ceux de la menace de guerre nucléaire durant la guerre froide. Déni et difficulté à percevoir la menace globale, refus de dialogue, angoisse diffuse, besoin de réponse globale sont des points communs à ces deux situations. L'atmosphère (polluée par les essais nucléaires, puis par les émissions industrielles, automobiles et domestiques) est dans les deux cas. Il voit aussi des points communs en termes d'importance de l'éthique individuelle et collective, et de responsabilité et pragmatisme des décideurs et des industriels. Dans les deux cas (et dans un monde où pour tous et chacun, la menace nucléaire et climatique semblent d'abord être la normalité) selon lui, la conscience de ces phénomènes (« awareness ») est d'abord fragmentaire puis plus globale, permettant alors une transition vers une situation plus responsable et sûre[3].
Mort
Robert Jay Lifton meurt le à sa résidence de Truro (Massachusetts) à l'âge de 99 ans[5].
Prix et distinctions
Lauréat du prix Gandhi pour la paix.