Rodolphe Reuss
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| Naissance | |
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| Décès |
(à 82 ans) Versailles |
| Nom de naissance |
Rodolphe Ernest Reuss |
| Surnom |
Anton Schweidnitz |
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| Père | |
| Parentèle |
Auguste Himly (cousin germain) |
| A travaillé pour |
École pratique des hautes études Université de Strasbourg (d) Gymnase Jean-Sturm École des hautes études en sciences sociales |
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Rodolphe Reuss, né le à Strasbourg et mort le à Versailles, est un historien français (notamment de l'Alsace). Il a été bibliothécaire de la ville de Strasbourg, professeur au Séminaire protestant, au Gymnase Jean-Sturm, à l'École pratique des hautes études (dont il fut le directeur adjoint) et correspondant de l'Institut.
Il a également publié, en allemand, comme Rudolf Reuß et sous le pseudonyme d'Anton Schweidnitz.
Rodolphe Reuss naît le dans une maison appartenant à la famille de sa mère Julie Himly, située sur le quai Finkwiller à Strasbourg, où avaient demeuré Metternich, le futur chancelier de la cour de Vienne avant la Révolution française et depuis, l'historien G. Koch.
La famille Reuss, qui a marqué le milieu intellectuel de Strasbourg, est originaire du Palatinat. Rodophe Reuss est le fils d'Édouard Reuss, l'un des premiers exégètes du XIXe siècle (traducteur et savant commentateur de la Bible), et le neveu du savant géographe Auguste Himly, doyen de la Sorbonne. Toutes ces influences familiales de ce milieu « laborieux et austère»[1] le vouent à de longues études.
À sept ans, il entre au Gymnase Jean-Sturm de Strasbourg, qui dépend alors du chapitre de Saint-Thomas. Il est reçu bachelier à l'âge de dix-sept ans avant de suivre les cours de la faculté de lettres ; il est licencié ès lettres en 1861.
Pendant trois ans, il complète sa formation dans différentes universités allemandes. Il passe par Munich, à Iéna où il suit les cours d'Ad. Schmidt, à Berlin ceux de Leopold von Ranke, de Gustav Droysen, de Philipp Jaffé (de) et de Theodor Mommsen. À Goettingen, il assiste au séminaire du médiéviste Georg Waitz. Sous la direction de ce dernier, il soutient une thèse[2] sur Ernest de Mansfeld en Bohême qui lui vaut le titre de docteur en philosophie summa cum laude en . De retour à Strasbourg, il est nommé à l'âge de vingt-quatre ans professeur agrégé d'histoire au Gymnase Jean-Sturm, sans jamais exercer de fonctions pastorales.
En 1866, il se rend à Paris, où il se lie avec les rénovateurs des études françaises : Paul Meyer, Gaston Paris, Gabriel Monod. Il devient un collaborateur régulier de la Revue critique d'histoire et de littérature (dans laquelle il signe quelque quinze cents articles de la seule initiale R)[3].
En 1867, il reprend son enseignement à Strasbourg, mais sans perdre de vue le projet qu'il a formé d'écrire l'histoire de la guerre de Trente Ans, qui a fait à Paris l'objet spécial de ses recherches. Mais il abandonne ce projet avant la parution des deux volumes d'Émile Charvériat[4] en 1878. Il prend goût à l'histoire d'Alsace en classant la « collection Heitz », dont il publie le catalogue en 1868. L'année suivante, il devient privat-docent au Séminaire protestant.
Lors de la Guerre franco-prussienne de 1870, pendant le siège de Strasbourg, la ville faiblement défendue est bombardée et subit de lourds dégâts. Les collections des principales bibliothèques de la ville, qui avaient été rassemblées dans le chœur du Temple-Neuf[5], et sur lesquelles le jeune professeur fondait tous ses plans de travail, disparaissent dans l'incendie[6] du Temple-Neuf. Dans la nuit du , la ville perd près de quatre cent mille volumes et de très précieux manuscrits dont l'unique exemplaire de l'Hortus deliciarum d'Herrade de Landsberg.
La fondation de la Kaiser-Wilhelms-Universität met fin à son enseignement au Séminaire en 1872 mais il refuse de rejoindre l'université du gouvernement du Reich. Il se résigne à occuper le poste de professeur d'histoire au Gymnase Jean-Sturm. Sous les auspices du maire Ernest Lauth, il s'attache la création d'une nouvelle Bibliothèque Municipale[7], où il réunit 81 000 volumes (dont une collection unique au monde de rares alsatiques) pendant près de quinze années. Il est conservateur de cette bibliothèque de 1872 à 1896. Il est également, durant cette même période, rédacteur à l'hebdomadaire Le Progrès religieux (journal des églises protestantes de l'Est). Contraint par le régime allemand à restreindre son enseignement à l'antiquité classique, il démissionne de ses postes strasbourgeois pour s'installer définitivement à Versailles. Le , il est nommé maître de conférence d'histoire à l'École des Hautes études. Il en sera le directeur adjoint le et directeur d'études en 1917.

« Ces cours [à l'École des Hautes études], l'Annuaire de l'École nous en fait connaître le méthodique développement; il y étudia les rapports de la France et de l'Allemagne, et la diplomatie depuis le XVIe siècle jusqu'à la fin du XVIIe siècle ; l'histoire interne de l'Empire romain de nation germanique depuis la Réforme; l'histoire politique et la civilisation de l'Allemagne depuis les origines jusqu'à la Révolution en Alsace, etc. Avec ses élèves [dont Gabriel Ramon, auteur d'une biographie de Philippe-Frédéric de Dietrich], il commenta et critiqua les correspondances diplomatiques, les cahiers de doléances pour les États généraux de 1789, le texte des grands traités conclus par le France aux XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier celui de Munster, qui avait donné l'Alsace à la France et sur les clauses duquel certains Allemands disputaient encore âprement à la veille de la grande guerre qui devait désannexer le « Reichland ». Ses thèses de doctorat français, ses livres sont bien connus; ils lui ont mérité les récompenses les plus enviées; ils font honneur à notre École et à sa « Bibliothèque » le plus grand honneur. »[8].
— Charles Bémont
Il soutient deux thèses de doctorat ès lettres en Sorbonne (sous la direction de son oncle Auguste Himly) en . Il poursuit alors jusqu'à un âge avancé une intense activité en collaborant à de multiples revues et en publiant de nombreux ouvrages principalement consacrés à l'histoire de l'Alsace.
Durant la Grande Guerre, ses trois fils Édouard (1879-1915), Paul (1880-1914) et Armand (1882-1915) meurent pour la France en Champagne.
Il meurt le à Versailles, à l'âge de 82 ans, d'un probable infarctus du myocarde. Il est enterré au cimetière de Montreuil.