Rosa Bororo

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Naissance
São Lourenço River (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
Cibáe ModojebádoVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Rosa Bororo
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Biographie
Naissance
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Décès
Nom dans la langue maternelle
Cibáe ModojebádoVoir et modifier les données sur Wikidata
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Date de baptême

Cibáe Modojebádo, baptisée Rosa de Miranda en mai 1882 à Cuiabá et connue sous le nom de Rosa Bororo, est une captive de guerre boê-bororo coroado ayant servi comme émissaire diplomatique brésilienne. Un raid militaire l'enlève à son peuple en 1880 avec ses deux filles pour l'emprisonner dans la capitale du Mato Grosso. Elle y est convertie au catholicisme et mise sous la tutelle d'un fonctionnaire aux affaires indigènes. Comme six autres captives, elle sert de négociatrice aux colonisateurs lors des deux expéditions de 1886 sur le São Lourenço qui signent la défaite des Bororo. Au XXe siècle, son histoire est réinterprétée au sein du roman national, particulièrement à Rondonópolis.

Au XIXe siècle, les colonisateurs du Brésil envoient des bandeirantes dans les forêts loin de la côte. Ils doivent détruire ou soumettre par la violence les peuples autochtones libres qui y vivent. Dans la région du Mato Grosso, le gouvernement colonial parvient à prendre le contrôle (« pacifier » dans le vocabulaire de l'époque) des Bororo da Campanha et Cabaçal durant la première moitié du siècle. Seuls les Bororo dits Coroado continuent de résister, et en 1845 le gouvernement brésilien change de stratégie. Pour dominer les autochtones, il tente désormais de leur faire adopter sa culture en construisant des liens diplomatiques et en les contraignant à s'organiser en villages régis par le droit indigéniste brésilien. Particulièrement motivé par un projet de construction d'un chemin de fer traversant le Saint-Laurent sur le territoire des Coroado, l'homme politique Rufino Eneias Gustavo Galvão (pt) organise deux expéditions chez eux en 1880[1].

Biographie

Au début de l'an 1881, une des deux expéditions de 1880 capture Cibáe Modojebádo (nommée d'après l'ara en langue bororo[2]) et ses deux filles. Elles sont emmenées à Cuiabá et officiellement adoptées dans la famille de Thomaz Antonio de Miranda. Le sens de cette adoption officielle n'est pas de lui accorder le statut de fille légitime, mais plutôt de la posséder en tant qu'índia pega no laço (en), expression brésilienne signifiant en français : « Indienne attrapée au lasso »[3]. En mai 1882 dans la paroisse de Bom Jesus de Cuiabá (pt), Cibáe Modojebádo est baptisée Rosa et ses filles reçoivent les noms de Rita et Rosália. Durant 5 ans, Rosa est préparée pour servir d'interprète lors des prochaines missions. En 1886, le président Joaquim Galdino Pimentel (pt) ordonne deux nouvelles expéditions[1].

La première expédition de 1886 part le 2 avril de Cuiabá et suit le São Lourenço (pt). Rosa, ainsi que six autres Bororo emprisonnées depuis 1880 ou 1881, y sont embarquées. À l'arrivée aux villages coroado, les captives retirent leurs tenues à l'européenne et se peignent des motifs bororo sur la peau avec du roucou. Puis les guerriers coloniaux capturent 21 Coroado et les mènent à Cuiabá le 24 juin 1886 pour les faire à leur tour baptiser et asservir par des familles de notables brésiliens. La seconde expédition revient le 6 octobre 1886, faisant 430 prisonniers coroado, et est considérée comme la victoire finale sur les Bororo[1].

Dans le rapport des expéditions de 1886, le sous-lieutenant Antonio José Duarte, qui les a dirigées, écrit[4]:

« A índia Rosa, em vez de auxiliar-me, pelo contrário, procurava plantar a desarmonia entre os índios, que eu em ato contínuo destruía. Esta índia não convém regressar e nem merece consideração alguma. »

« L'Indienne Rosa, au lieu de m'assister, sema bien au contraire la discorde entre les Indiens, mais j'y mis fin immédiatement. Cette Indienne ne doit pas revenir et ne mérite aucune reconnaissance. »

 Traduction libre

Dans une lettre de 1887 au président de la région José Joaquim Ramos Ferreira (pt), l'administrateur chargé des affaires indigènes (« Diretor-Geral dos Índios ») Thomaz Antonio de Miranda mentionne sa servante Cibáe Modojebádo[1]:

« Em 1881, quando se recolheram, as forças expedidas pelo então presidente – Visconde de Maracajú, trouxeram algumas prisioneiras, das quais tomei uma índia, que fiz batizar com o nome Rosa, e depois de quase cinco anos em meu poder e preparada completamente para o fim que tinha em vista, fiz seguir acompanhada de algumas outras para o sertão, como intérpretes, para aliarem os índios bravos de sua tribo, e trazendo em resultado a submissão total dessa numerosa nação. »

« En 1881, quand les forces envoyées par le vicomte de Maracajú, alors président, se sont repliées, elles prirent quelques prisonnières, parmi lesquelles une Indienne, que je fis baptiser Rosa. Après cinq années en mon pouvoir, et complètement préparée à servir le dessein que j'avais en tête, je l'envoyai dans la forêt accompagnée de quelques autres, comme interprètes pour nous allier les courageux Indiens de sa tribu. Ainsi soumîmes-nous totalement cette populeuse nation. »

 Traduction libre

Selon une chronique posthume, Rosa Bororo aurait été parquée avec le reste de son peuple dans la réduction de la colonie militaire de Teresa Cristina sur le rio Prata après l'expédition finale. Cependant, selon Antonio Pyrineus de la Comissão Rondon (pt), Rosa Bororo et un de ses fils auraient ensuite plutôt vécu dans un village bakairi (en)[4].

Politique mémorielle

En 1895, une chronique de Maria do Carmo de Mello Rego (pt), alors épouse du président du Mato Grosso, présente Rosa pour la première fois comme l'héroïne romantique de la soumission des Bororo[5]:

« Rosa, radiante de felicidade, por ver terminado a cruel guerra de perseguição e extermínio feita aos seus, tornou a vestir as roupas que deixara e lá ficou prestando relevantíssimos serviços, na primeira trica das novas relações, e fora abençoada mensageira. »

« Rosa, voyant finir la cruelle guerre de persécution et d'extermination contre sa famille, rayonnait de bonheur. Elle se revêtit alors des habits qu'elle avait enlevés, et continua de rendre des services très importants dans la première phases des nouvelles relations. Elle fut adoubée messagère. »

 Traduction libre

Au début du XXe siècle, le bac qui ravitaille les premiers colons de Rondonópolis depuis la capitale est baptisé le Rosa Bororo. Par la suite, son nom est intégré dans l'hymne de la ville, et le musée municipal est également nommé d'après elle[6]. Un parc, une rue et un quartier y portent aussi ce nom[7].

En 2000, l'architecte Moacyr Freitas de la ville de Cuiabá peint le tableau Rosa Boróro. Dans sa série de peintures historiques sur le passé de la région, c'est la seule qui dépeint l'époque de l'empire du Brésil. C'est aussi la seule où une femme y tient un rôle actif, bien que sa position y reste représentée comme subalterne. L'artiste place Rosa Bororo au côté d'un chef coroado, en train d'interpréter pour parvenir à un traité[3].

Références

Bibliographie

Voir aussi

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