Rosella Hightower

chorégraphe et danseuse franco-américaine From Wikipedia, the free encyclopedia

Rosella Hightower est une danseuse étoile, pédagogue et professeur de danse américaine, née à Durwood (Oklahoma) le et morte à Cannes le , enterrée en Bretagne à Palais à Belle-Île.

Naissance

Durwood, Oklahoma
Décès
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Rosella Hightower
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Biographie

Rosella Hightower naît le 20 janvier 1920 à Durwood, Oklahoma[1]. Une plaque, sur la maison du Docteur Fanning, indique cette date, et non le 10 janvier[2], ou le 30 janvier[3].

Enfance

Rosella Hightower est la fille unique d'un père indien Choctaw, Charles Edgar Hightower, et d'une mère irlandaise, Eula May Fanning, fille du docteur local[1]. En 1925, son père accepte un poste à la compagnie ferroviaire Missouri-Kansas-Texas ; la famille déménage à Kansas City, dans le Missouri.

C’est l'époque de la Prohibition et du Charleston. Les premières années de Rosella sont un mélange de vie misérable et d'ambition intellectuelle. Elle travaille aux champs avec sa famille. Lili Cockerville Livingston[Note 1], auteure de Native American Ballerinas[4] (1997), dira à Lyndy Franklin, de Dance Spirit : « Lorsqu'elle rapporta son premier sac de coton, elle gagna sa place dans la famille. Elle a toujours été un garçon manqué. »[5]

À sept ans, Rosella remporte tous les concours de charleston et de claquettes[6]. Sa mère l'inscrit à ses premiers cours de danse. Elle commence son apprentissage classique en 1933, à 13 ans, avec Dorothy Perkins, qu'elle retournera voir souvent[2]. Dorothy Perkins a été formée par des professeurs européens : Enrico Cecchetti, Michel Fokine et Mary Wigmann[7].

1933-1938 Formation

Lili Cockerville Livingston donne des précisions sur l' apprentissage de Rosella Hightower[8] : « Commencer le ballet à treize ans n'a posé aucun problème... Elle avait développé vitesse et agilité en tant qu'athlète et n'avait pas encore atteint sa taille adulte... (page 13) »

« Perky donnait des cours assise sur une chaise. Petite femme, qui, selon Rosella, pesait à peine trente kilos, Mlle Perkins avait été paralysée de la taille aux pieds suite à un accident fortuit à New York. (page 14) »

« Elle choisissait toujours un élève pour traduire ses explications en mouvements pour le reste de la classe. J'ai été cette personne pendant cinq ou six ans. Mémoriser des combinaisons de pas par des mouvements de la main et quelques mots est devenu une habitude. (page 14) »

« Se produire sur scène faisait partie de la formation. J’adorais être devant un public. Je me sentais à ma place sur scène. (page 15) »

Dorothy Perkins passait ses étés à travailler avec d'autres professeurs de la méthode Cecchetti à New York, ou en Angleterre, elle étudiait l'eurythmie avec Émile Jaques-Dalcroze en Suisse ; elle correspondait avec des professeurs spécialisés en études kinesthésiques : « Perky consacrait des séances individuelles aux exercices au sol, aux étirements et au travail de chaque partie du corps... Ce fut inestimable pour comprendre le fonctionnement du corps, comment le préparer à l'effort, et comment entraîner les muscles. Je suis convaincue que c'est la principale raison pour laquelle je n'ai jamais été gravement blessée durant ma carrière... (page 19) »

À quatorze ans, Rosella est envoyée par Perkins dans une école maternelle de Kansas City qui avait demandé quelqu'un pour un cours d'initiation à la motricité : « Travailler avec des enfants de quatre et cinq ans était une bonne chose pour moi, car je devais trouver comment les divertir et essayer de créer de petites danses pour eux. » (page 17)

De quatorze à dix-sept ans, Rosella passera ses vacances d'été à prendre des cours de ballet à New York... Perkins lui a dit : « Michel Fokine est là-bas et tu dois y aller. » Outre les cours de Fokine, elle prenait des cours avec autant de professeurs différents que possible : « J'enchaînais les cours, pendant tout mon séjour. J'ai dû suivre au moins un cours dans chaque studio de Manhattan. »

« Etudier avec d'autres professeurs a permis d'équilibrer notre formation, d'en changer le rythme, rencontrer d'anciennes élèves... En tant que professionnelles, elles savaient ce que nous devions être capables de faire pour trouver du travail, et nous l'inculquaient... (page 15) »

Rosella Hightower décrit un cours avec Alexandra Fedorova[Note 2] : « Sa méthode d'enseignement était très directe. Elle était phénoménale. Son attitude était simple : si elle y arrivait, vous le pouviez aussi. Point final ! (page 19) »

1938 Leonid Massine

Parlant de Rosella Hightower et quatre autres célèbres danseuses amérindiennes originaires d'Oklahoma (Maria Tallchief et Marjorie Tallchief, Moscelyne Larkin et Yvonne Chouteau), Lili Livingston poursuit[4] : « Elles ont assisté aux spectacles d’anciennes compagnies de danse qui tournaient dans le Midwest dans les années 1930, et elles ont vu quelque chose de magique. Elles ont été prises de passion. »[5].

Dans les années 1930, de grandes compagnies de ballet effectuaient des tournées dans le Midwest[9]. En 1937, les Ballets russes de Monte-Carlo, dirigés par le Colonel de Basil, passent à Kansas City. Léonide Massine auditionne la jeune Rosella et l'invite à rejoindre la compagnie à Monte-Carlo.

Elle s'embarque, grâce à la générosité de quelques dames de Kansas City qui se sont cotisées[10], et découvre en arrivant qu'elle doit passer une audition. Elle est engagée et rejoint la troupe : Alicia Markova, Alexandra Danilova, George Balanchine (futur directeur du New York City Ballet), David Lichine, Frederic Franklin, Anton Dolin[7]. Elle rencontre André Eglevsky, son futur partenaire dans diverses compagnies.

Rosella Hightower en 1940, par Annemarie Heinrich.

Rosella Hightower fait ses débuts avec la compagnie dans La Septième Symphonie, en 1938. Ses premiers rôles sont Le Lac des cygnes (1940) et Carnaval (1941). Elle devient soliste. Les Ballets Russes prennent le nom de Ballet Russe Original[5].

Travailleuse acharnée, apprenant vite, elle affine son style et sa technique : équilibre sur pointes impressionnant, vigueur dans les sauts, facilité dans les tours, sens dramatique. Elle travaille avec la chorégraphe russe Bronislava Nijinska[2]. Elle expliquera à Lili Cockerille Livingston qu'elle apprit véritablement l'importance du rythme en danse auprès de Nijinska[9].

La guerre interrompt l'activité des Ballets Russes de Monte-Carlo[2].

1941 New York

En 1941, elle retourne à New York, et entre au Ballet Theatre (qui deviendra l'American Ballet Theatre). Elle se produit comme soliste, sous la direction de Lucia Chase. Elle fait ses débuts dans le rôle de Carlotta Grisi dans Pas de quatre en 1941, puis l'Amante dans La Colonne de Feu (1942), Calliope dans Apollon de George Balanchine (1943), la Sorcière Blanche dans La Foire de Sorochinsk (1943), Odette dans Le Lac des Cygnes (1944)[5]. Elle est remarquée par le critique John Martins[7] :

« Miss Hightower est réellement une magnifique danseuse, non seulement pour sa maîtrise technique mais par certaines subtilités personnelles. Il y a dans ses mouvements une variété extraordinairement dynamique, un jeu rythmé de tension et de détentes, qui leur procurent une rare beauté… Ni elle, ni M. Bruhn, ne sont le moins du monde embarrassés par la pantomime démodée, qu’ils jouent avec un sens aigu du rythme et des dimensions essentielles du ballet. »
 John Martin New York Times.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle fait une tournée des bases militaires américaines, de deux ans, à la demande du gouvernement américain et de l’A.N.T.A. Elle est approchée par le Marquis de Cuevas, mais choisit d'entrer dans la troupe du Colonel de Basil.

1946 soliste dans l'Original Ballet Russe

En 1946, elle entre dans la troupe du Colonel de Basil, rebaptisée Original Ballet Russe en 1947. Le 20 mars 1947, elle remplace au pied levé Alicia Markova, dans le rôle-titre de Giselle[2]. Elle apprend le rôle, qu'elle n'avait jamais interprété, en cinq heures de répétition avec le danseur et chorégraphe Anton Dolin.

Giselle sera un de ses grands rôles. La presse internationale témoigne[7] :

« Dans Giselle, Rosella Hightower est la plus palpitante et extraordinaire créature de danse qui soit »
 F. Carradente (Il Tempo, Rome)
« Au premier acte, Miss Hightower a été une jeune fille toute simple. Elle a dansé Giselle comme pouvait le faire une ballerine du XIXe siècle, sans chercher de complications, avec seulement quelques détails bien sentis, Hightower, qui n’est sans doute pas éthérée, a donné au deuxième acte l’impression qu’elle l’était. Ce qui est extraordinaire, c’est la compréhension qu’elle a de la danse et de ce qu’on peut en faire. »
 Anne Barzel (Chicago)
« Tout Marseille pour Rosella eut la folie de Giselle. »
 Edmée Sandy Le Soir.

Parmi ses ballets marquants : le Pas de deux de Don Quichotte en 1946, le Pas de deux du Cygne Noir (extrait du Lac des Cygnes) en 1946, et le Pas de trois de Jerome Robbins, en 1947[5].

« Le Cygne noir, dont on sait qu’il a définitivement consacré la gloire de Rosella Hightower a été dansé par elle dans une absolue perfection. Sa manière si tranquille d’aborder les moments acrobatiques crée un véritable suspense. La beauté corporelle de la danseuse et la noblesse de son expression transfigurent le pas, lui donnant un aspect mythique. »
 Jean Delar, La Suisse
« Comme la plupart des Balletomanes assidus, j’ai vu bien des fois danser brillamment : Le Cygne Noir. Mais je ne l’ai jamais vu exécuté avec plus d’élégance, avec plus de dextérité athlétique que l’autre soir. Par pure bravade, Miss Hightower y a ajouté quelques tourbillons supplémentaires connus, je crois, sous le nom de pirouettes à la seconde… Le public a eu littéralement le souffle coupé à plusieurs reprises… Quand ce fut fini, j’eus l’impression d’avoir assisté à l’un des épisodes les plus séduisants de ma fréquentation des spectacles de ballet. »
 New Yorker
Rosella Hightower, en 1947. Dans l'article de Claude Hervin, on peut lire : "... technicienne incomparable qui a déchaîné un veritable enthousiasme... on y retrouve la merveilleuse Higtower dont on admire et la plastique et l'étourdissant jeu de jambes..."

1947-1962 Étoile chez le Marquis de Cuevas

Le Marquis de Cuevas l'engage et la présente lors de l'inauguration du Nouveau Ballet de Monte Carlo, à Paris, en 1947. « La première apparition de Rosella Hightower à Paris, en 1947, fait sensation. Elle arrive en coup de vent, soulevée par une sorte d'exaltation sensuelle, libérée de toute contrainte, même dans ses prouesses les plus prodigieuses. Le public est grisé par son dynamisme et par sa virtuosité détendue. »[10]

André Eglevsky devient son partenaire attitré ; elle parcourt l'Europe. « Elle y a promené son beau visage marqué par ses origines amérindiennes et sa virtuosité très libre dans les grands rôles du répertoire. »[11]

Elle retrouve Bronislava Nijinska, chorégraphe de la compagnie[7] qui crée pour elle Rondo Capricioso en 1952[9] :

« Hightower était la star féminine incontestée de la compagnie, une dévoreuse d'espace phénoménale et audacieuse. Son dynamisme et son aisance émerveillèrent le public français dès ses débuts ; son élégance et son piquant lui valurent l'admiration des connaisseurs les plus exigeants. Nijinska chorégraphia pour elle l'éblouissante pièce de bravoure Rondo Capriccioso. »
 Nadine Meisner, The Independant

En 1952, elle crée Piège de lumière, du chorégraphe John Taras, qui devient un de ses grands rôles. (Plus tard, elle donnera ce nom à sa villa de Cannes)[7]. The Independant le souligne[9] :

« Elle a laissé une empreinte particulièrement mémorable dans l'atmosphère fantastique de Piège de lumière, de John Taras, dans le rôle d'un papillon attiré par la lumière, dont se jouent les hommes autour d'un feu. »
Article de L'Aube, octobre 1950

Elle fait des tournées en Europe, en Asie et en Amérique du Sud. Parmi ses rôles : les Variations de Brahms en 1947, le Concerto Barocco (1948), Perséphone (1950), Le Prisonnier du Caucase (1951), le Scherzo (1952), La Sylphide (1953)[5].

Elle devient première danseuse, puis étoile, du Grand Ballet de Monte-Carlo du Marquis de Cuevas (qui deviendra le Grand Ballet du Marquis de Cuevas). Elle y restera jusqu'en 1962 et gagne une renommée internationale[7] :

« La troupe prodigieuse du Marquis de Cuevas dans laquelle la divine étoile Rosella Hightower brille des ses feux les plus purs. »
 Lisbonne
« Quant à Rosella Hightower, le temps n’a rien changé à sa maîtrise… Virtuosité certes mais aussi toujours utilisée avec un grand air de liberté et des souplesses glissantes, étourdissantes. Non plus une interprétation de cet être de rêves mais une incarnation. »
 Eugène Fabre Journal de Genève

L'été à Deauville, l'hiver à Cannes

A partir de 1949 et jusqu'en 1962, les Ballets du marquis de Cuévas sont invités par François André, directeur des casinos de Deauville et de Cannes. Durant la saison d’été, à Deauville, la Compagnie donne 8 galas, et chaque hiver, assure la saison chorégraphique à Cannes.

Rosella Hightower dansera pour la dernière fois à Deauville le 12 août 1961, au dîner de gala du Figaro. Elle a comme partenaire un jeune transfuge du Kirov, qui, le 16 juin, à l’aéroport du Bourget, a demandé l’asile politique à la France : Rudolf Noureev.

La presse de l’époque la décrivait ainsi[12] :

« Elle se moque des règles de la pesanteur et ses extrêmes ralentis où elle semble retourner sur ses propres traces coupent le souffle des plus blasées. Elle danse comme on doit danser avec amour et avec joie. »

Parenthèse privée

En 1953, elle donne une dernière représentation de La Sylphide et quitte la France. Deux ans plus tôt, elle avait épousé son collègue danseur, Jean Robier (1919-2002)[Note 3]. En 1954, apprenant qu'elle est enceinte, elle veut accoucher dans sa ville natale, à Kansas City[13]. Leur premier et unique enfant naît le 18 février 1955, Dominique Monet Robier[Note 4].

De 1957 à 1962

En 1957, elle revient dans le Ballet de Cuevas, et interprètera La Corrida (1957), la Gaîté Parisienne (1958) et la Belle au bois dormant (1960)[13].

Elle est considérée comme l'une des meilleures danseuses de sa génération[5], une des premières ballerines américaines à s'imposer dans l'élite de la danse européenne[14].

Elle aborde aussi la chorégraphie : en 1950, Salomé, sur la musique Les sept voiles de Florent Schmitt[15] ; et Scaramouche.

Elle restera 15 ans auprès du Marquis de Cuevas[10] :

« Danseuse du mouvement, et non danseuse des lignes, elle vibre et frémit, même dans l'immobilité. Cette fille d'Oklahoma, au sang indien, ignore la mièvrerie affectée. Elle danse "large", traçant dans l'espace des courbes audacieuses, refusant souvent de fignoler les détails. Elle apporte à sa danse une sorte d'humour malicieux, comme si elle se moquait de ses propres prouesses, de ses équilibres parfaits, de ses pirouettes fulgurantes.  Malgré une vie errante et un travail physique surhumain, elle ne cesse jamais de se passionner pour tout ce qui l'entoure. »

En 1960, la somptueuse production de La Belle au bois dormant, l'un de ses rôles phares, est ruineuse pour le Marquis de Cuevas. Rudolf Noureev, récemment réfugié en France, provoque un tollé dans le public[9].

Le Marquis de Cuevas meurt en 1961. En 1962, le Grand Ballet du Marquis de Cuevas est dissous.

1962 Professeure de danse et pédagogue

En 1961, elle fonde à Cannes le « Centre de danse international Rosella Hightower ».

Historique

En septembre 1961, le « Centre de Danse International » ouvre dans les anciens locaux du vieil Hôtel « Gallia » à Cannes[7]. L’ancienne cuisine de l’hôtel devient le studio principal. D’une surface de 275 m², il va recevoir des classes de 15 à 18 élèves. Un petit studio est destiné aux le­çons particulières. Les chambres sont transformées en internat. Madame Rosella dirige le Centre avec son mari, Jean Robier. Costumier et décorateur, il s’occupe aussi de l’administration. Elle s’entoure, pour les cours de danse classique, de collaborateurs des Ballets du Marquis de Cuevas : José Ferran (1926-2023)[Note 5], et Arlette Castanier (1928-2025)[Note 6]. Ils sont rejoints par Claude Pothier, chef d’orchestre chez Cuevas, et pianiste, qui accompagne les cours[16].

En 1962, le Centre se transforme en internat, demi pension, externat. L’Institution Le Lys,  établissement privé, permet de mettre en place des horaires aménagés[7]. Elena Doré (1929-2019) devient directrice des études[Note 7]. Claudie Winzer (1941-2016) devient professeur en 1973[Note 8].

En 1983, l’entreprise individuelle passe en SARL. En 1991, l’école se dote d’un conseil d’administration, re­çoit ses premières subventions publiques, et devient Ecole Supérieure de Danse de Cannes (ESDC). En 1992, l’école est habilitée à dispenser le Diplôme d’Etat de professeur de danse, obligatoire pour enseigner la danse. En 2000, Madame Rosella arrête l'enseignement, et confie la direction à Monique Loudières. En 2009, après sa mort, Paola Cantalupo, ancienne Etoile des Ballets de Monte-Carlo, prend la direction de l’École. En Septembre 2002, l’École déménage sur le site du « Mas de Campane » de Mougins, pour les 250 élèves dont 60 internes. En 2017, les activités sont transférées au Pôle National Supérieur de Danse Rosella Hightower (PNSD)[17].

Ses principes pédagogiques

Elle a toujours pensé à enseigner et s'y est préparé très tôt. Elle le dit clairement à Lili Cockerville Livingston[18] :

« Assise dans son bureau situé au sous-sol de l'immeuble d'appartements en stuc blanc qui abrite son Centre de Danse International à Cannes, en France, Rosella désigne les alentours d'un geste ample : « Tout a commencé quand j'avais quatorze ans. C'est à ce moment-là que j'ai donné mon premier cours... (page 17)... Dorothy Perkins a encore aujourd'hui une influence majeure sur mon travail. Ce que j'ai appris d'elle fait partie intégrante de mon école... (page 14) »

Dans son interview donnée au Portail des Savoirs des Alpes-Maritimes[7], elle énumère ses grands principes pédagogiques :

  • Pour une formation réellement professionnelle, il est nécessaire de suivre en même temps les études scolaires et les études chorégraphiques ;
  • L'enseignement doit être pluridisciplinaire : le classique, le contemporain, le jazz, les ateliers chorégraphiques, l'histoire de la musique, l’histoire de la danse, la kinésiologie, l’art dramatique ;
  • L'objectif est de permettre à chacun de trouver sa propre voie ;
  • La virtuosité ne suffit pas : il faut développer le tempérament artistique ;
  • D’abord, il faut enseigner le placement du corps, faire prendre conscience de la façon dont on se tient, se libérer des mauvaises habitudes qui sapent la « balance » et la coordination ;
  • Le mouvement doit s’effectuer avec équilibre et non avec force ; le corps en déplacement doit conserver sa « balance », il doit se déplacer en équilibre ;
  • Il faut gagner la confiance entière de l’élève. Le professeur doit tenter de comprendre l’enfant. Sans tout excuser.
  • Il n'y a pas de formation professionnelle sans passage sur scène : chaque année, il faut monter un ballet, on y apprend la discipline du travail en groupe, ou la rigueur pour exécuter un solo ;
  • Le trac est une énergie qui vous porte ou vous détruit : l'enfant doit apprendre tôt à s’en servir au mieux ;
  • Il faut aller jusqu’au bout… Au bout de ses idées, au bout de ses forces.


Arlette Castanier évoque une autre caractéristique du Centre : « Rosella nous faisait pleine confiance et elle nous respectait beaucoup... elle ne discutait aucunement nos méthodes d’enseignements et nos choix. »[19]

Monet Robier, sa fille et professeure à l'école, expliquera à Caitlin Sims, de Dance : « L'avantage de l'école, c'est que lorsque les élèves sont formés très tôt à différents styles, c'est comme grandir en parlant deux langues. Sans même y penser, on peut parler les deux. »[5]

Rosita Boisseau, dans Le Monde, dépeint l'esprit et le quotidien de l'École[20] :

« Elle avait pour objectif de "former des corps libres et prêts à tout"...

Elle conservera dans son enseignement le même esprit inventif et aussi des pas singuliers comme le "gargolliard", un saut de chat en l'air compliqué de ronds de jambes...

Elle travaillait à partir des défauts des élèves. Accrochée par tel ou tel corps, elle orchestrait les exercices à partir de la personne. Elle indiquait les enchaînements, les "dansait" et les expliquait en un texte suggestif qui aidait à la compréhension intime du mouvement. La différence entre un "pas de bourrée éclatant, pétillant de joie" et un "pas de bourrée méditatif, suspensif, pour laisser l'esprit s'ouvrir et s'élever" allait alors de soi. »

Dans le Los Angeles Times qui lui rend hommage, Sylvia Fawlofski, une ancienne élève, évoque un cours[21] :

« Elle pouvait cerner un danseur en quelques secondes et lui dire s'il avait un avenir professionnel... De temps à autre, elle apparaissait et nous donnait un cours amusant, avec des grands écarts, des arrangements jazzy et un jeu de jambes énergique. À la fin, elle nous disait : Maintenant, vous êtes prêts pour Broadway ! »

La danseuse après 1962

Tout en dirigeant le « Centre de Danse », elle poursuit une carrière mondiale d’étoile invitée[7].

En 1962, elle est la partenaire de Rudolf Noureev dans un pas de deux de Casse-Noisette, qu'il a monté pour la compagnie Cuevas ; elle danse le pas de deux du Cygne noir du Lac des cygnes avec lui, au Theatre Royal, Drury Lane, à Londres, pour un gala de la Royal Academy of Dancing[9].

En 1965, elle danse avec les Ballets des Champs-Élysées de Roland Petit, comme étoile, dans des ballets créés pour elle[9] : La Robe de plumes et Profil de silence[5].

A la tête du « Grand Ballet Classique de France », (créé par le Ministère des Affaires Etrangères pour exporter la danse à l'étranger), elle effectue des tournées en Extrême Orient, en Australie, en Russie et en Europe[7].

Elle danse avec Sonia Arova, Eric Bruhn. Elle apparaît à la télévision et au cinéma[5].

En 1967, Hightower retourne en Oklahoma pour danser dans la première mondiale de The Four Moons. Cette production célèbre le 60e anniversaire de l'État d'Oklahoma, et met en vedette trois autres ballerines nées dans cet état[5]. La presse l'évoque[22] :

« The Four Moons, musique de Louis Ballard, créé en 1967, lors du deuxième Festival des ballerines indiennes de l'Oklahoma, mêlait les mouvements du ballet à l'héritage des danseuses... le solo fluide de Hightower, inspiré par la danse Choctaw... »

En 1982, le New York Times du 15 novembre raconte la reprise du ballet en présence des créatrices[23] :

« Reprise des « Quatre Lunes », en présence des quatre danseuses sur scène après la représentation, toujours aussi reconnaissables comme ballerines... un ballet créé en 1967, par le compositeur cherokee Louis Ballard... commémorant la convergence en Oklahoma de quatre tribus indiennes... Les costumes étaient de simples tuniques ornées de motifs tribaux... La chorégraphie reflétait l'âme des tribus auxquelles appartiennent les quatre ballerines et leur style propre... Chorégraphié par Mlle Hightower pour elle-même, le solo Choctaw regorgeait de détails subtils, presque espiègles... »
 Jennifer Dunning, Special To the New York Times, Nov. 15, 1982

Elle arrête sa carrière de danseuse classique en 1977.

Directrice de ballets et chorégraphe

De 1969 à 1972, en plus de son enseignement à Cannes, Rosella Hightower prend la direction du Ballet de l'Opéra de Marseille ; en 1973-1974, elle dirige le Ballet du Grand Théâtre de Nancy[3].

En 1973, avec le chorégraphe Maurice Béjart et le mécène Philippe Braunschweig, elle fonde le Prix de Lausanne. C'est un concours de ballet en Suisse ; elle en écrit le règlement, avec Béjart, et est la première présidente du jury[7].

En 1977, elle assure la mise en scène de La Belle au bois dormant pour le Ballet de Stuttgart[5].

Directrice du Ballet de Opéra de Paris

En 1980, elle est nommée directrice de la danse de l'Opéra de Paris. Durant son mandat, de 1981 à 1983, elle essaie de bousculer le statu quo, et de bâtir une compagnie qui offre un espace de formation et de développement à tous ses interprètes. Ses innovations sont controversées. Elle est l'auteure d'Hommage au ballet, qui fait apparaître sur scène toute la troupe simultanément et conçu pour imposer l'idée d'une compagnie unie[5].

Elle met en valeur un tout nouveau danseur étoile, Patrick Dupond. En 1982, elle nomme Monique Loudières étoile, et remonte des pièces de répertoire comme Casse-Noisette[24].

En 1989, John Percival, du Times de Londres, parlera du Ballet de l'Opéra de Paris comme « la compagnie de la décennie », et conclut[5] :

« L'ascension de la compagnie commença avec l'arrivée de Rosella Hightower à la direction… Son programme d'ouverture était un manifeste et un aperçu de l'histoire et des réalisations de la compagnie… Le talent de Hightower résidait dans sa capacité à choisir des succès établis venus d'ailleurs, ce qui mettait en valeur les danseurs et développait leur talent. »

Scala de Milan

En 1983, elle est directrice du Ballet de la Scala de Milan[25]. Elle participe à la mise en scène du Lac des cygnes par Franco Zeffirelli, à la Scalan en 1985[5].

Danse contemporaine

En 1988, elle participe à un spectacle de François Verret intitulé L. et eux, la Nuit, création de danse contemporaine[20],[26].

« Rosella Hightower était une vraie curieuse, une aventurière, qui se lança à l'assaut de la création contemporaine à l'âge de 68 ans. Sa silhouette exemplaire endossait une partition d'arabesques comme si elle retrouvait des habits d'autrefois qui lui allaient comme un gant. »
 Rosita Boisseau, Le Monde
« A une époque où le monde de la danse classique rejetait avec violence et dédain l’univers de la danse contemporaine considérée comme hérétique par les ultras, elle sut au contraire manifester un réel intérêt pour les formes nouvelles et adopter une attitude d’ouverture et de conciliation. Elle en donnera une preuve magnifique en remontant sur scène en 1988 dans un émouvant spectacle du chorégraphe français François Verret, L. et eux la nuit. »
 Le Nouvel Observateur, 10/11/2008

François Verret lui consacre un documentaire, Rosella Hightower, en 1991[9].

En 1991, elle tient le rôle principal d'Harold et Maude, à l'âge de 71 ans[5], chorégraphié pour elle par Etienne Frey[27].

Vie privée

Rosella Hightower a été brièvement mariée au danseur Mischa Resnikov, en 1938[9]. En 1952, elle se marie avec Jean Robier (1919 - 2002)[Note 3], danseur puis peintre et décorateur et qui sera le costumier de tous les spectacles de l’École. Ils ont une fille, Monet Robier[Note 4].

Rosella Hightower meurt à Cannes le [28], à 88 ans, à la suite de plusieurs attaques cérébrales[20]. Elle est enterrée en Bretagne, au cimetière de Locmaria, à Palais à Belle-Île.

« Ses yeux clairs, son menton fin et têtu, sa grâce évanescente et tenace... »
 Rosita Boisseau, Le Monde

Distinctions

Elle a reçu de nombreuses marques de reconnaissance.

  • le Grand Prix des critiques de danse, en 1949
  • la Médaille universitaire de la danse, en 1967
  • le titre de Chevalier de la Légion d'honneur, en 1975
  • l'Ordre d'officier de la Légion d'honneur, en 1988
  • le Grand Prix national de danse, en 1990

Le 24 janvier 2005, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, lui remet les insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur[20].

En 2009, le Maire de Cannes donne son nom à une avenue proche du Centre de danse du Gallia : elle devient l’Avenue « Isola Bella – Rosella Hightower »[7]

Les « Cinq Lunes »

Deux des sculptures des Cinq Lunes de la Société historique de Tulsa. De gauche à droite : Marjorie Tallchief, Rosella Hightower.

En 1982, Oklahoma Indian Ballerina, une statue monumentale de Jay O'Meilia est érigée sur la place jouxtant le Centre des arts de la scène de Tulsa. Elle représente les cinq ballerines amérindiennes de l'Oklahoma : Yvonne Chouteau[29], Rosella Hightower, Moscelyne Larkin et Maria Tallchief et Marjorie Tallchief. La statue est inaugurée en leur présence pour célébrer le 75e anniversaire de l'entrée de l'Oklahoma dans l'Union[23].

La fresque du Vol de l'Esprit dans la rotonde du Capitole de l'Oklahoma, représentant Rosella Hightower dans Les Cinq Lunes.

En 1991, une fresque, intitulée Vol de l'Esprit, est réalisée, en hommage à Rosella Hightower et aux quatre ballerines amérindiennes, dans la Grande Rotonde du Capitole de l'État d'Oklahoma City[9] :

« Elle était fière de son identité choctaw, et fière d'être l'une des cinq Amérindiennes nées en Oklahoma : avec les ballerines Moscelyne Larkin, Yvonne Chouteau et les sœurs Maria et Marjorie Tallchief, qui connaîtront le succès au milieu du siècle. »

En octobre 1997, Rosella Hightower est nommée « Trésor de la nation indienne » d’Oklahoma : Oklahoma Cultural Treasure Award[5].

Une statue en bronze d'elle avec les quatre autres danseuses, nommée Five Moons Cinq lunes »), est inaugurée en 2007 sur le terrain de la Tulsa Historical Society. Une partie sera volée, puis restaurée en 2022[30].

Bibliographie

Martine Cadieu, Rosella Hightower, Paris, Presses littéraires de France, coll. « Danseurs et danseuses », 1951, 19 p. (notice BnF no  FRBNF31896534)

(en) Lili Cockerille Livingston, American Indian Ballerinas Ballerines américaines indiennes »], University of Oklahoma Press, 1er mars 1999 (ISBN 978-0-8061-3134-4)


Notes et références

Voir aussi

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