Ruines de Séchilienne

From Wikipedia, the free encyclopedia

Ruines de Séchilienne
Vue des Ruines de Séchilienne depuis la vallée de la Romanche.
Vue des Ruines de Séchilienne depuis la vallée de la Romanche.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Isère
Commune Séchilienne et Saint-Barthélemy-de-Séchilienne
Coordonnées géographiques 45° 03′ 35″ N, 5° 48′ 30″ E
Caractéristiques
Type écroulement de blocs rocheux alimentant un éboulis
Nature de la roche micaschiste
Origine Décompression glaciaire à la suite de la fonte du glacier de la Romanche
Hauteur 800 m
Largeur 1 000 m
Altitude 325 m à 1 100 m
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Ruines de Séchilienne
Géolocalisation sur la carte : Isère
(Voir situation sur carte : Isère)
Ruines de Séchilienne
Géolocalisation sur la carte : Grenoble-Alpes Métropole
(Voir situation sur carte : Grenoble-Alpes Métropole)
Ruines de Séchilienne

Les Ruines de Séchilienne sont un glissement de terrain de France qui affecte une partie du versant nord de la basse vallée de la Romanche, entre Séchilienne et Le-Péage-de-Vizille, en Isère. Un risque de mouvement de terrain de grande ampleur a été identifié sur ce site et fait l'objet d'une surveillance depuis 1985[1].

Transport

Le site est situé à l’extrémité sud-ouest du massif de Belledonne. Le replat de Mont-Sec est limité par un abrupt qui domine le site des Ruines de Séchilienne, où un mouvement de terrain complexe affecte un couloir transversal du versant nord de la basse vallée de la Romanche. A cet endroit, d’un verrou de la basse vallée de la Romanche séparant deux petites plaines alluviales inondables, celle de Séchilienne en amont et celle de l’Île-Falcon en aval.

Le fond de la vallée en méandre encaissé est vers la cote 325 et sa Roche-mère est vers la cote 280 ; le sommet de ce versant de rive concave est vers la cote 1 100, soit environ 800 m de dénivelée et une longueur développée d’environ 1 km ; sa pente moyenne est d’environ 50°, avec quelques abrupts subverticaux dont le front d’éboulement – ~ 800 à 900 m d’altitude, surface ~ 2,5 ha - et l’éboulis en pied – ~ 350 à 650 m d’altitude, pente ~ 35°m, surface ~13 ha ; un couloir rocheux large d’une centaine de mètres, balayé par les pierres et les coulées de boue, les relient.

Au pied du versant nord, à l’ouest du grand éboulis vif des Ruines, il y a des petits éboulis puis un long talus rocheux peu actifs.

Le sommet du versant sud de rive convexe est vers la cote 800, soit environ 400 m de dénivelée et une longueur développée d’environ 1,2 km ; sa pente assez régulière est d’environ 20° ; il est stable.

Le site est traversé par la route RD 1091 (anciennement RN 91[1]), seule voie directe praticable en hiver qui relie Grenoble aux stations de l’Oisans, à Briançon et à Turin en Italie.

Hydrologie

La Romanche est un torrent de régime alpin aux crues soudaines et rapides, surtout de printemps et d’automne. L’Île Falcon, dans le lit majeur inondable du torrent, a été endiguée vers le milieu du XIXe siècle pour en permettre l’exploitation agricole.

En aval du site des Ruines, l’Île-Falcon était une plaine alluviale agricole inondable de plus de 200 ha, protégée des crues courantes par une digue.

Il n’y a pas de ruissellement concentré sur ce versant, car les eaux de précipitations s’infiltrent dans ses crevasses, mais le sous-sol globalement très peu perméable n’est pratiquement pas aquifère: il n’y a pas de source ni même d’humidité permanentes en pied ; dans les galeries, on n’observe que des suintements temporaires.

La Romanche est un torrent de régime alpin aux crues soudaines et rapides, surtout de printemps et d’automne. Son débit centennal dans le verrou a été discuté ; l’estimation initiale de la crue historique de 1968 à 880 m3/s a été ramenée à 580 m3/s.

L’Île Falcon, dans le lit majeur inondable du torrent, a été endiguée vers le milieu du XIXe siècle pour en permettre l’exploitation agricole.

Géologie

À la fin du Würm, il y a environ 12 000 ans, la surface maximale du glacier de la Romanche aurait atteint la cote 960 actuelle dans ce site ; sa fonte progressive, achevée il y a environ 6 000 ans, a déstabilisé les zones fragiles de ses versants, y provoquant des mouvements de pentes de divers types dont certains sont encore plus ou moins actifs.

La surface totale de la zone considérée comme instable en amont du front serait d’environ 70 ha et son volume serait d'environ 2 Mm3.

Le site des Ruines se trouve à l’extrémité sud du rameau externe (ouest) du massif de Belledonne, au croisement du système de failles N 60° W (~ E-W) de la Romanche et du faisceau de fractures subverticales N 20° E (~ N-S) qui sépare le rameau externe du rameau interne ; ainsi, un réseau dense de fissures suborthogonales affecte la « série satinée » des micaschistes et quartzites leptiniques en alternance métrique, compacts à durs, à foliation subverticale ~ N-S, et son cortège filonien de quartz-plomb-zinc.

Les effets de plusieurs épisodes tectoniques, ante-hercyniens à alpin et peut-être même récents à subactuels ont marqué ce site moyennement sismique.

À l’échelle du site, cette superposition chaotique de foliation, plis, failles, filons... est difficile à détailler, à cartographier et à modéliser.

Morphologie

La partie instable du versant est limitée à l’est par la faille la plus occidentale N 20°E du faisceau ; sa limite ouest n’est pas observable ; en profondeur, il ne semble pas y avoir de grande surface aval pendage de glissement plan ou en dièdre. Le pied du versant parait stable à partir de la cote ~ 600.

Sur le côté ouest de cette faille, du haut en bas du versant, on distingue : vers 1 000 m d’altitude, au croisement de deux failles, une zone d’affaissement subcirculaire crevassée d’environ 400 m de diamètre ; entre 1 000 et 900 m une zone apparemment stable ; entre 900 et 800 m, une petite zone extrêmement crevassée ; entre 800 et 650 m, dans la zone frontale, la roche mylonitique est fragmentée en blocs tridimensionnels ; entre 650 et 500 m, un étroit couloir de coulées de boue.

Dynamique

Les mouvements gravitaires de la zone d’affaissement sous le replat de Mont-Sec provoquent des crevasses plus ou moins évolutives, apparemment dues au tassement d’un coin en cône profond de roches très fracturées ; ce serait une « rupture interne progressive par fracturation », reliquat de sa décompression après la fonte du glacier.

La roche mylonitique prédécoupée par les fractures ~ N-S et ~ E-W en éléments de toutes dimensions séparés par l’effet répété des gels/dégels, produit des éboulements plus ou moins volumineux.

Il n’y a pas de ruissellement concentré sur ce versant, car les eaux de précipitations s’infiltrent dans ses crevasses, mais le sous-sol globalement très peu perméable n’est pratiquement pas aquifère : il n’y a pas de source ni même d’humidité permanentes en pied.

Études

Le travail classique de terrain – levé et échantillonnage, télédétection, cartographie sur fond de plan photogrammétrique à 1/1 000 – est limité par un accès difficile sur des pentes très fortes et au couvert forestier dense, mais, la structure générale très simple d’une formation lithologique monotone faillée selon deux réseaux orthogonaux ne demande pas de nombreuses observations d’affleurements difficiles à corréler pour être caractérisée. En subsurface, on dispose de quelques bords de crevasses et à faible profondeur, de deux galeries de mines. On y a ajouté une galerie de reconnaissance longue de 220 m, vers 300 m à l’ouest du front d’éboulement à la cote 710, et entre les deux, quatre forages de 150 m de profondeur. Au pied du versant opposé, on a foré une galerie hydraulique et de reconnaissance longue de 1 930 m ; les parois stables, sans soutènement, de ces ouvrages montrent une roche compacte, plus ou moins fissurée, peu ou pas aquifère.[citation nécessaire]

Dès le mois de , un dispositif d’auscultation et de surveillance du site a été mis en place et exploité par la DterCE du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) ; il a ensuite été amélioré, complété à la demande, automatisé, et les mesures ont été télétransmises en continu à partir de trois observatoires, près de Monfalcon en face sur le versant sud, aux Thiebauts à l’est sur le versant nord et sur le replat de Mont-Sec :

  • géodésie : canevas de référence, réflecteurs laser et radar, cibles GPS ;
  • mouvements : extensomètres, inclinomètres ;
  • hydraulique : piézomètres ;
  • bruits locaux et séismes : sismographes ;
  • météorologie.
Évolution d’un phénomène naturel

Ce dispositif est destiné à préciser l’étude géologique du site – morphologie et dynamique -, afin de prévoir son évolution à plus ou moins long terme et à surveiller son comportement immédiat pour éventuellement annoncer un éboulement dangereux, voire un écroulement général.[citation nécessaire]

Son exploitation depuis une trentaine d’années montre clairement les effets des épisodes gel/dégel et des précipitations, et donc des infiltrations de proximité, sur les mouvements superficiels et les éboulements actuels – phases successives plus ou moins durables, non périodiques, d’accélérations, de stases, de ralentissements, évolution normale de tout phénomène naturel ; elle ne permet pas de prévoir un écroulement général.[citation nécessaire]

La modélisation numérique du site a consisté à découper le versant en lanières subverticales de direction ~ E-W légèrement amont-pendage et à faire basculer vers l’aval leurs parties superficielles sous l’effet de la poussée due au tassement du coin supérieur et d’éventuelles poussées hydrostatique et/ou hydrodynamique. Ces déformations concerneraient essentiellement la partie haute du versant au-dessus de la zone d’éboulement et au-dessous jusque vers la cote 600. Selon la profondeur estimée des mouvements, on a modélisé des éboulements rapides plus ou moins volumineux.[citation nécessaire]

Histoire

Les chutes de pierre et de blocs rocheux dans ce site fragile sont attestées depuis le XVIIIe siècle, mais les éboulements des Ruines étaient sûrement redoutés depuis beaucoup plus longtemps.

En fait, il semble ne s’être jamais rien passé de très grave dans ce site : pas de grand éboulement ni de barrage de la Romanche, mais des chutes de quelques dizaines de m3 de blocs rocheux en 1726, 1762, 1794, 1833...

Dans la nuit du 23 au 24 février 1906, à la suite de pluies abondantes puis de gel/dégel, 100 m3 de blocs ont obstrué la route et le 20 mars, il a fallu dynamiter des rochers menaçants sur le front.

En 1937, un bloc éboule, tombé sur une voiture de passage, aurait fait deux victimes.

Au cours des années 1980 à 1984, le nombre des éboulements aurait augmenté.

Le 13 avril 1985, de gros blocs rocheux ont obstrué la route, ce qui a déclenché une alerte de sécurité et ouvert la curieuse histoire moderne du « risque des Ruines de Séchilienne » qui n’est pas terminée.

Un redoux rapide le 13 avril 1985 ayant fait fondre une pellicule de neige et des plaques de glace, a déclenché un gros éboulement : la fosse et le mur de protection de la route ont été saturés en quelques minutes.

Le 24/01/04, quelques gros blocs rocheux sont tombés sur la route au-delà de l’extrémité ouest de la déviation ; la route a été fermée durant 24 heures.

Depuis, plusieurs éboulements – 23/11/2006... 7/12/2013 - se sont produits aux Ruines et ont atteint la section abandonnée.

Jusqu’à 1914, il y avait sur ce versant des parcelles cultivées et 5 ou 6 petites galeries de mines exploitant des filons du quartz minéralisé en plomb-zinc.

Au pied du versant, en amont des Ruines, il y avait la centrale EDF de Noyer-Chut et une papeterie, maintenant démantelées.

Au début des années 1970, la plaine de l'Île-Falcon s'est progressivement urbanisée.

Le 30 juin 2011, les derniers habitants ont été contraints à partir par les forces de l’ordre et leurs maisons ont été détruites.

Risques, surveillance et prévention

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI