Réforme agraire chinoise

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Un fonctionnaire a présenté la « loi de réforme agraire » aux paysans.

Le mouvement de réforme agraire chinois (chinois traditionnel : 土地改革運動 ; chinois simplifié : 土地改革运动 ; pinyin : tǔdì gǎigé yùndòng), ou la réforme agraire chinoise pour faire court, était une campagne socialiste de réforme agraire menée par le chef du Parti communiste Mao Zedong qui a commencé à la fin de la guerre civile chinoise et s'est terminée en 1953 pour la majeure partie de la République populaire de Chine[1],[2].

La réforme agraire visait à redistribuer aux « paysans pauvres » la plus grande partie des terres arables, éliminer les « ennemis de la classe rurale » et renforcer le pouvoir local du Parti communiste. Les violences qui accompagnent sa réalisation ont pour conséquence la mort de plusieurs centaines de milliers, voire quelques millions de propriétaires terriens.

La plupart des terres redistribuées aux paysans devaient bientôt être remises à des fermes collectives dans le cadre du Grand Bond en avant qui organise la collectivisation de l'agriculture[3].

À la fin de la guerre civile chinoise, huit propriétaires sur neuf détiennent à peine plus de la moitié des terres arables et aucun d’entre eux ne possède plus de deux hectares. Les plus riches (plus de trois hectares deux tiers) possèdent à eux seuls le quart des terres du pays, alors qu’ils ne représentent qu’une famille sur trente-huit. Ce sont soit des paysans riches ou des propriétaires fonciers, qui font cultiver une partie de leurs terres par des ouvriers agricoles et louent le reste à des fermiers ou des métayers[4].

La séance de lutte d'un propriétaire[réf. nécessaire] avant la réforme agraire, en 1946, pendant la guerre civile chinoise (1927-1949).

Dans l’interprétation inspirée du marxisme et reprise par le Parti communiste chinois, une minorité de propriétaires (地主, dizhu) aurait détenu la terre, une masse de paysans pauvres étant exploitée. L’historiographie moderne corrige cette image. En pratique, la Chine rurale est massivement pauvre dans son ensemble et même les « propriétaires » sont souvent peu riches en termes absolus. La réalité correspond en grande partie à « la boutade de Sun Yat-sen, selon lequel la société chinoise se divisait en deux classes : les très pauvres et les moins pauvres. » Ces derniers représentent effectivement une petite minorité de « rentiers du sol » : grâce à un loyer qui grève lourdement le budget de leurs fermiers, ils peuvent se dispenser de cultiver eux-mêmes la terre[4].

La réforme agraire chinoise est au cœur du projet révolutionnaire de Mao Zedong et de l’idéologie maoïste, qui place la paysannerie comme force centrale de la révolution. Pour le Parti communiste chinois, la réforme agraire répond à plusieurs objectifs : détruire les structures féodales selon le vocabulaire marxiste adapté au contexte chinois, gagner le soutien massif des paysans et transformer les rapports sociaux à la campagne. La loi agraire de 1950, qui fait suite à quelques expériences menées dès la fin de la guerre contre le Japon, formalise ce processus[4],[5].

Déroulement

Un « riche fermier » devant un « tribunal populaire » du Parti communiste chinois dans le comté de Fogang, province du Guangdong, le 23 juillet 1952.

La « loi de réforme agraire (中华人民共和国土地改革法) » est adoptée en . Selon le gouvernement chinois, environ 300 millions de paysans qui n'avaient que peu ou pas de terres se sont vu attribuer quelque 47 millions d'hectares de terres ainsi que des outils agricoles, du bétail et des bâtiments[1],[2],[6]. Les paysans ont été déchargés de loyers équivalant à 35 milliards de kilogrammes de céréales par an[1].

La réforme repose sur une confiscation des terres des propriétaires terriens, souvent sans indemnisation, et leur redistribution aux paysans pauvres et sans terre. Elle s’accompagne de campagnes de masse où les paysans sont encouragés à dénoncer et juger publiquement les « ennemis de classe ». « Des quotas d’exécution de propriétaires fonciers par canton sont prescrits par la hiérarchie du parti aux « équipes de travail » envoyées sur place pour promouvoir la réforme agraire : elles les remplissent, même lorsque aucun propriétaire n’a été particulièrement exploiteur ou détesté. »[4] On estime que plusieurs centaines de milliers, voire quelques millions de propriétaires terriens ont été exécutés ou sont morts dans ce contexte de violence[5].

Le mouvement ne s'est ainsi pas déroulé pacifiquement[7],[8],[9],[10]. Des chercheurs ont estimé qu'un total de 1 million à 4,7 millions de personnes sont mortes dans le mouvement de réforme agraire, dont la plupart étaient des propriétaires et leurs enfants ainsi que leurs proches[6],[11],[12],[13],[14].

La réforme aura des effets profonds. À court terme, elle améliore la condition matérielle de nombreux paysans et renforce fortement la légitimité du régime. Elle entraîne néanmoins une violence sociale massive, encouragée par l’État, qui restructure les relations dans les villages autour de catégories politiques (pauvres, moyens, riches, ennemis). Elle permet surtout au régime d’établir un contrôle politique étroit sur les campagnes, base essentielle du pouvoir maoïste[4],[5].

Vers la collectivisation

La redistribution individuelle des terres n’est qu’une étape. Dès le milieu des années 1950, le régime évolue vers la collectivisation. Celle-ci se concrétise par la création de coopératives, puis de communes populaires et par la disparition progressive de la propriété privée rurale[15]. Parallèlement, le régime met en place des campagnes contre les « contre-révolutionnaires » et développe le système des camps de travail, les laogai, sur le modèle du Goulag soviétique. Ceux-ci ont l'avantage de neutraliser les opposants réels ou supposés et de fournir une main-d’œuvre contrainte[5].

À partir de 1953, le Parti communiste chinois impose ainsi la « propriété collective des terres » et le « collectivisme agricole », qui ont pour conséquence la reprise des terres aux paysans[13],[16],[17]. De plus, les chercheurs ont souligné que le mouvement de réforme agraire avait détruit les valeurs culturelles et morales traditionnelles de la Chine rurale[9],[18],[19]. Dans les régions rurales, de nombreuses élites qui connaissent les techniques de l'agriculture ont été tuées[18],[19].

La réforme agraire a donc été une étape transitoire vers la collectivisation qui s'est soldée par la Grande famine de 1959 à 1961.

Décollectivisation partielle

Par la suite des mesures correctives ont été prises et en 1979 une politique de décollectivisation partielle a été mise en place. Les décennies suivantes ont connu une très forte croissance agricole.

Bibliographie

Voir aussi

Références

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