Heinrich Brüning
homme d'État allemand
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Heinrich Brüning ⓘ , né le à Münster (province de Westphalie) et mort le à Norwich (États-Unis), est un homme d'État allemand.
| Heinrich Brüning | |
Heinrich Brüning au Reichstag en 1930. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Chancelier du Reich | |
| – (2 ans, 2 mois et 4 jours) |
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| Président | Paul von Hindenburg |
| Gouvernement | Brüning I et II |
| Législature | 4e et 5e |
| Prédécesseur | Hermann Müller |
| Successeur | Franz von Papen |
| Ministre des Affaires étrangères du Reich | |
| – (7 mois et 22 jours) |
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| Président | Paul von Hindenburg |
| Chancelier | Lui-même |
| Gouvernement | Brüning II |
| Prédécesseur | Julius Curtius |
| Successeur | Konstantin von Neurath |
| Ministre des Finances du Reich (intérim) | |
| – (6 jours) |
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| Président | Paul von Hindenburg |
| Chancelier | Lui-même |
| Gouvernement | Brüning I |
| Prédécesseur | Paul Moldenhauer |
| Successeur | Hermann Dietrich |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Heinrich Aloysius Maria Elisabeth Brüning |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Münster (Province de Westphalie, Empire allemand) |
| Date de décès | (à 84 ans) |
| Lieu de décès | Norwich (Vermont, États-Unis) |
| Nationalité | Allemande |
| Parti politique | Zentrum |
| Diplômé de | Université de Strasbourg (1911) Université rhénane Frédéric-Guillaume de Bonn (1915) |
| Religion | Catholicisme |
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| Chefs du gouvernement allemand | |
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Membre du Zentrum, il est chancelier du Reich entre 1930 et 1932.
Biographie
Né à Münster en province de Westphalie, Heinrich Brüning poursuit ses études secondaires au lycée Saint-Paul de Münster, puis étudie la philosophie, l’histoire, le droit et l’économie avant d’exercer les fonctions d’agent d’affaires de la confédération syndicale chrétienne allemande (1921-1930). Originellement conservateur et monarchiste, il se rallie finalement, sans enthousiasme, à la République de Weimar de 1919. Malgré tout, l’espoir d’un retour à la royauté en Allemagne sur le long terme reste constant durant l’ensemble de sa carrière politique [1].
Vers 1900, il séjourne au pair en France, à Alizay[2]. Il est député au Reichstag (1924-1933), et finalement président du groupe parlementaire centriste (1929-1930 et 1932-1933) jusqu'à sa dissolution par Adolf Hitler. Il exerce les fonctions de chancelier de 1930 à 1932. Il fait interdire, pendant son mandat, le corps franc des SA. Il fuit l'Allemagne en 1934 et s'installe aux États-Unis.
Chancelier du Reich

Brüning est pressenti pour devenir chancelier dès 1929, avant même la crise économique de la même année et la démission du social-démocrate Hermann Müller[3]. Au printemps 1929, il est reçu par le général Kurt von Schleicher, ce dernier agissant à la demande du président Hindenburg. Durant cette entrevue, les deux hommes anticipent et prévoient les futures bases du gouvernement Brüning : mise à l’écart des sociaux démocrates, mise au pas du parlement par le gouvernement en recourrant à l’article 48 de la constitution[4]. Durant cette entrevue, Brüning fait part de sa volonté, sur le long terme, de permettre un retour de la monarchie en Allemagne. Selon lui, la reprise en ordre politique et institutionnelle que devrait causer son gouvernement éventuel devrait permettre le retour d’un monarque comme chef de l’État, après la mort d’Hindenburg[5].
Le , Hindenburg, le président de la république de Weimar, le nomme chancelier. Brüning forme un gouvernement minoritaire soutenu par les partis du centre. Ses objectifs principaux sont le règlement de la question des réparations exigées par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale au traité de Versailles, la résorption du chômage, et l’assainissement du budget de l’État par une politique déflationniste.
Relations avec le parlement et le camp présidentiel
Dès son premier discours de politique générale début , le nouveau chancelier met sous pression les députés : il annonce son intention de constituer un gouvernement technique, indépendant de tout accord de coalition entre les partis au sein du Reichstag[6]. Il avertit également que cette entrevue « sera la dernière tentative de trouver des solutions avec cette assemblée », et menace d’une dissolution en cas de réticences trop forte des parlementaires[7]. Dans son discours, il attend du parlement « une attitude objective, impartiale, dépassionnée à l’égard du programme du gouvernement »[8].
Initialement il prend la direction du ministère des Finances. En , Brüning gouverne par décrets en vertu de l'article 48 de la constitution pour contourner le blocage parlementaire des partis d'opposition, sans y parvenir. Cet échec pousse Brüning à dissoudre le Reichstag, espérant ainsi disposer d'une assise parlementaire plus large : il prévoit d'obtenir de la dissolution un déclin du SPD, un renforcement du Zentrum et un accord avec le DNVP, formation d'extrême droite, en espérant contenir la percée du parti nazi[9]. Cette manœuvre est un échec : les élections du nouveau Parlement (), permettent au Parti nazi (NSDAP) passe de 14 à 107 députés et au SPD de rester le premier parti d’Allemagne avec 24,5 % des voix, tandis que le Zentrum décline et que le DNVP voit son score se réduire de moitié[10]. Brüning, qu'Hindenburg avait nommé afin d'écarter les sociaux-démocrates du pouvoir[11], doit former un gouvernement minoritaire avec l'appui du parti social-démocrate. Brüning doit cependant toujours composer avec le soutien du président de la République pour la signature des décrets-lois.
A partir des élections anticipées de 1930, les relations entre Brüning et le président Hindenburg deviennent exécrables, ce dernier ne supportant pas les tractations entre son chancelier et les sociaux-démocrates, qu'il déteste[12]. Suite à la réélection d'Hindeburg en 1932, alors que Brüning, conformément aux usages, présente la démission de son gouvernement, le président lui annonce : « Oui, bon, voilà, c'est ce que je voulais entendre, c'est ce que j'attendais. Bon, on va écrire dans le communiqué que je n'ai pour l'instant pas accepté votre démission ». Une telle ambiguité, envers un gouvernement ni démissionnaire ni pleinement reconduit, discrédite Brüning et son cabinet[13].
Politique économique
Dans le contexte aggravé de la crise mondiale du crédit, ayant éclaté à Wall-Street un an plus tôt, Brüning tente d’imposer des mesures déflationnistes et un retour à l'agriculture. Ces mesures sont très impopulaires dans le cadre de la montée inexorable du parti nazi. Il instaure une politique d'austérité mêlant réduction des dépenses publiques et augmentation des impôts[14].
Selon l'analyse keynésienne, les politiques restrictives de Brüning dans un contexte de diminution de la demande (baisse de la part des chômeurs indemnisés de 52,9 % à 15,4 % entre et , baisse des loyers de 10 %, baisse du traitement des fonctionnaires de 20 %, hausses d'impôts, etc.), accrurent dramatiquement les effets de la crise. Ces baisses forcées des prix, des aides sociales, et des salaires qui se voulaient permettre une amélioration de la compétitivité, pousser les chômeurs à l'emploi pour des salaires plus faibles, et améliorer les conditions de l'offre, eurent un effet encore plus rapide de baisse du pouvoir d'achat. Et donc de baisse de la demande anticipée par les employeurs ainsi que de leur chiffre d'affaires. De là, de baisse de leur production et de la quantité de main d’œuvre qu'ils utilisaient.
Le nombre de chômeurs passa de 3,5 millions courant 1930 à 6 millions un an et demi après. Dans le même temps, la production industrielle se contracta de plus d'un tiers par rapport à son volume de 1930. Et Gabriel Ardant et Pierre Mendès France de commenter : « Ces six millions de chômeurs, la crainte de ceux qui travaillaient encore et celle des chefs d'entreprise furent une des causes de la prise de pouvoir par Hitler. Rarement l'application d'un système scientifique erroné [la théorie néoclassique du chômage] eut de plus vastes et de plus désastreuses conséquences ! »[15]
Dans un article de 2017, quatre économistes des universités d'Oxford (Royaume-Uni) Bocconi (Milan, Italie), de Californie (Davis, États-Unis) et de Londres ont quantifié cette conséquence de la politique de rigueur imposée par le chancelier Brüning[16]. Si les plus pauvres ont au contraire plutôt voté communiste lors des élections de 1930 et 1932, la bourgeoisie et une partie des classes moyennes se sont portées vers les nazis : « Selon la façon dont nous mesurons l'austérité et selon les élections analysées, chaque écart-type de 1 % en termes d'augmentation de l'austérité est associé à une augmentation de 2 % à 5 % de la part de vote pour les nazis »[14].
Rôle devant la montée du nazisme
Le , Brüning, dans l’espoir de constituer une nouvelle coalition, s’entretient avec Hitler. Brüning propose au chef du parti nazi de le soutenir en « collaborant loyalement, de manière secrète, puis ouvertement » en vue d’un un programme de gouvernement basé sur l’austérité économique et budgétaire et sur la lutte contre les réparations imposées par le traité de Versailles[17]. Dans ses mémoires, Brüning déclare avoir renoncé à un accord avec Hitler en raison de ses réticences sur l’austérité budgétaire, et en raison des volontés répressives et bellicistes du leader nazi. Toutefois, durant l’entretien, le chancelier ouvre la porte à des coalitions au niveau local : « Pour ne pas trancher les fils déjà tissés (…), je me déclarais disposé à faire en sorte que le NSDAP et le Zentrum puissent former des gouvernements communs dans les Parlements des Länder, partout où cela serait arithmétiquement possible, et ce dès cette première phase de rapprochement entre nous. Cela fit manifestement sur Hitler bien plus d’impression que tout ce que j’avais pu dire auparavant. Pour lui, le principe directeur était : d’abord le pouvoir, ensuite la politique »[18]. Ce début d’entente permet au parti nazi, à l’été 1932, de participer au gouvernement au côté du Zentrum dans cinq lander, et d’en diriger trois[19].
Ainsi, pour l'historien Johann Chapoutot, l’attitude de Brüning envers le parti nazi joue un rôle essentiel dans sa progression et son arrivée au pouvoir[20]. L’ouverture à des accords, loin de canaliser les progrès électoraux nazis, rende aux yeux de certains partis de droite le mouvement nazi plus resepctable, plus crédible[21]. De plus, ces accords n’empêchent pas le parti nazi de maintenir une opposition frontale contre le gouvernement Brüning[22].
Chute du gouvernemennt
Au cours de l'année 1932, les relations entre le président du Reich et le chancelier sont de plus en plus tendues : Brüning est considéré comme incapable de permettre un tournant conservateur au régime, et Hindenburg a discrédité son gouvernement en refusant sa démission après sa réélection[23].
Qui plus est, Hindenburg voit d'un très mauvais oeil le projet de réforme agraire, qui menacerait selon lui les intérêts des grands propriétaires agrariens de l'Est, dont il est issu : le projet de Brüning est de nationaliser les terres grevées de dettes pour les confier à d'anciens chômeurs devenus colons en Prusse-Orientale. Les représentants des grands propriétaires terriens écrivent de nombreuses lettres à Hindenburg pour exiger la démission du gouvernement, qualifiant la réforme de « bolchévisme agraire » [24].
Enfin, Brüning ne peut plus s'opposer efficacement à l’extrême droite (NSDAP) et à sa propagande nationaliste ou endiguer la radicalisation des combats avec l’extrême gauche (KPD). Dans une dernière tentative de rétablir l'ordre social, il prononce la dissolution des S.A. et S.S., ces corps paramilitaires allemands créés par Hitler en 1921 et crédités entretemps de 400 000 hommes.
Tous ces éléments facilitent la chute de Brüning, préparée depuis 1931 en coulisse par le général von Schleicher, qui initie des négociations en secret avec toutes les forces de droite, y compris les nazis[25]. Son but est de constituer un gouvernement d'union de toutes les forces de droite et d'intégrer les SA et les SS au sein de l'armée[26]. Le , Brüning est convoqué par le président, qui prive alors son gouvernement de toute chance de survie : il informe qu'il ne permettra plus à son gouvernement d'utiliser les ordonnances prévues à l'article 48 de la constitution, outil qui permettait au gouvernement de faire passer ses réformes malgré une minorité parlementaire, sans pour autant permettre toute coalition élargie aux sociaux démocrates[27]. Le , dans un entretien expéditif de trois minutes, Hindenburg ordonne la démission du gouvernement Brüning, et propose à ce dernier un poste au ministère des affaires étrangères dans le gouvernement suivant, ce qu'il refuse[28].
Son successeur désigné, Franz von Papen, tentera alors, avec l'aide de von Schleicher, d'instrumentaliser les idées nazies, et sera dès lors chargé par Hindenburg de former le nouveau gouvernement avec l'appui de Hitler. Hitler imposera en échange la réhabilitation des SA et SS.
Après la chancellerie
En , Brüning est élu chef du parti centriste, et von Papen en est exclu. Le parti lui-même est dissous en juillet, quand Hitler, qui était devenu chancelier le grâce à l'invitation de von Papen, décrète l'illégalité de tout autre parti que la NSDAP.
En 1934, Brüning émigre aux États-Unis, où il enseigne les sciences économiques à l’université Harvard, à partir de 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, il revient en Allemagne où il enseigne la science politique à l'université de Cologne (1951-1954) avant de retourner aux États-Unis, où il finit sa vie.
Brüning meurt le à Norwich, dans le Vermont, et est enterré dans sa ville natale de Münster.
Voir aussi
Bibliographie
- Bernd Braun: Die Reichskanzler der Weimarer Republik. Zwölf Lebensläufe in Bildern. Droste, Düsseldorf 2011, (ISBN 978-3-7700-5308-7), S. 372–405.
- Werner Conze: Zum Sturz Brünings. In: Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte. I., 1953, S. 261–288 (online).
- Ernst Deuerlein: Heinrich Brüning. In ders.: Deutsche Kanzler von Bismarck bis Hitler. 1968, S. 395–424.
- Herbert Hömig: Brüning. Kanzler in der Krise der Republik. Schöningh, Paderborn 2000, (ISBN 3-506-73949-2).
- Herbert Hömig: Brüning. Politiker ohne Auftrag. Schöningh, Paderborn 2005, (ISBN 3-506-72938-1).
- Detlev Junker: Heinrich Brüning (1885–1970). In: Wilhelm von Sternburg (Hrsg.): Die deutschen Kanzler. Von Bismarck bis Schmidt. Frankfurt am Main 1987, (ISBN 3-596-24383-1), S. 311–323.
- Astrid Luise Mannes: Heinrich Brüning. Leben-Wirken-Schicksal. München 1999, (ISBN 3-7892-9384-9).
- Rudolf Morsey: Zur Entstehung, Authentizität und Kritik von Brünings Memoiren 1918–1934. Vortrag bei der Rheinisch-Westfälischen Akademie der Wissenschaften, Westdeutscher Verlag, Opladen 1975.
- Rudolf Morsey: Leben und Überleben im Exil. Am Beispiel von Joseph Wirth, Ludwig Kaas und Heinrich Brüning. In: Paulus Gordan (de) (Hrsg.): Um der Freiheit willen. Eine Festgabe für und von Johannes und Karin Schauff. Neske, Pfullingen 1983, (ISBN 3-7885-0257-6), S. 86–117.
- Rudolf Morsey: Heinrich Brüning. In: Lothar Gall (Hrsg.): Die großen Deutschen unserer Epoche. Propyläen, Berlin 1985. mehrere Lizenzauflagen bei anderen Verlagen u. a. Komet, Frechen 2002, (ISBN 3-89836-216-7).
- Frank Müller: Die „Brüning Papers“. Der letzte Zentrumskanzler im Spiegel seiner Selbstzeugnisse. Lang, Frankfurt am Main 1993, (ISBN 3-631-46235-2).
- Gerhard Schulz (de): Von Brüning zu Hitler. Der Wandel des politischen Systems in Deutschland 1930–1933 (= Zwischen Demokratie und Diktatur. Verfassungspolitik und Reichsreform in der Weimarer Republik. Bd. 3). Walter de Gruyter, Berlin/New York 1992, (ISBN 3-11-013525-6).
- Peer Oliver Volkmann: Heinrich Brüning (1885–1970). Nationalist ohne Heimat. Eine Teilbiographie. Droste, Düsseldorf 2007, (ISBN 9783770019038). (Dissertation[29])
- Peer Oliver Volkmann: Heinrich Brüning – Politischer Ratgeber im Exil und für das Nachkriegsdeutschland. In: Michael Epkenhans/Ewald Frie (Hrsg.): Politiker ohne Amt. Von Metternich bis Helmut Schmidt (= Otto-von-Bismarck Stiftung Wissenschaftliche Reihe, Bd. 28). Schöningh, Paderborn 2020, S. 115–142, (ISBN 978-3-506-70264-7).
- Heinrich August Winkler: Weimar 1918–1933: Die Geschichte der ersten deutschen Demokratie. Beck, München 1993, (ISBN 3-406-37646-0).