Révolution rwandaise

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Date
(1 an, 10 mois et 24 jours)
Casus belli Agression du chef du Parmehutu, Dominique Mbonyumutwa, par des jeunes tutsis royalistes
Issue

Victoire hutu

Révolution rwandaise
Description de cette image, également commentée ci-après
Timbre de 1969 commémorant le 10e anniversaire de la révolution rwandaise.
Informations générales
Date
(1 an, 10 mois et 24 jours)
Lieu Ruanda-Urundi
Casus belli Agression du chef du Parmehutu, Dominique Mbonyumutwa, par des jeunes tutsis royalistes
Issue

Victoire hutu

Belligérants
Tutsis Hutus
Drapeau de la Belgique Belgique
Commandants
Kigeli V Dominique Mbonyumutwa
Grégoire Kayibanda
Joseph Habyarimana Gitera
Guy Logiest
Pertes
20 000 à 100 000 morts[1]
336 000 réfugiés[2]

La révolution rwandaise, aussi connue sous le nom de révolution hutu, révolution sociale ou vent de destruction (kinyarwanda : Muyaga), a été une période de violence au Rwanda de 1959 à 1961 entre les hutus et les tutsis, les deux plus importants des trois groupes « ethniques » au Rwanda. La révolution a vu le pays passer d'une colonie belge avec une monarchie tutsie à une république indépendante dominée par les hutus.

Le Rwanda était gouverné par une monarchie tutsie depuis au moins le XIIIe siècle, avec des politiques pro-tutsi et anti-hutu enracinées, bien que les historiens considèrent aujourd'hui ces ethnonymes comme issus d'une anthropologie européenne pseudo-scientifique, ayant pu avoir alimenté des imaginaires sociaux et induit des représentations sociales tant dans l'administration coloniale que dans la population.

L'Allemagne et la Belgique ont successivement contrôlé le Rwanda au début du XXe siècle, les deux nations européennes gouvernant par l'intermédiaire des rois et perpétuant une politique pro-tutsi. Après 1945, une contre-élite hutu se développa, conduisant à la détérioration des relations entre les groupes. Les dirigeants tutsis ont fait campagne pour une indépendance rapide afin de consolider leur pouvoir, et l'élite hutue a appelé au transfert du pouvoir des tutsis aux hutus (une position de plus en plus soutenue par l'Église catholique romaine et le gouvernement colonial).

La révolution a commencé en novembre 1959, avec une série d'émeutes et d'incendies criminels contre des maisons tutsis à la suite de l'attaque de l'un des rares sous-chefs hutus, Dominique Mbonyumutwa, par des extrémistes tutsis. La violence s'est rapidement répandue dans tout le pays. Le roi et les politiciens tutsis ont tenté une contre-attaque pour prendre le pouvoir et ostraciser les hutus et les Belges. Cependant, ils ont été contrecarrés par le colonel Guy Logiest, nommé par le gouvernement belge pour rétablir la loi et l'ordre, en lançant un programme de promotion et de protection de l'élite hutu. Les belges ont ensuite remplacé de nombreux chefs et sous-chefs tutsis par des hutus, en ne laissant au roi tutsi Kigeli V qu'un statut symbolique ; Kigeli a ensuite fui le pays. Malgré la poursuite des violences anti-Tutsi, la Belgique a organisé des élections en juin 1960. Les partis hutus ont pris le contrôle de presque toutes les communes, mettant ainsi fin à la révolution. Le colonel Logiest et le chef hutu Grégoire Kayibanda ont déclaré le Rwanda république autonome en 1961 et le pays est devenu indépendant en 1962.

La révolution a poussé au moins 336 000 tutsis à fuir en exil dans les pays voisins, où ils vécurent en tant que réfugiés. Bien que les exilés fassent l'agitation pour un retour immédiat au Rwanda, ils sont partagés entre ceux qui cherchent à négocier et ceux qui souhaitent renverser le nouveau régime. Certains exilés ont formé des groupes armés (appelés inyenzi, ou « cafards », par le gouvernement hutu) qui ont lancé des attaques contre le Rwanda. La plus importante a eu lieu à la fin de l'année 1963, lorsqu'une attaque surprise s'est approchée[style à revoir] de Kigali. Le gouvernement a riposté, battant les rebelles et tuant des milliers de tutsis restants au Rwanda. Aucune autre menace n'a été posée par les réfugiés jusque dans les années 1990, lorsqu'une guerre civile a été déclenchée par le Front patriotique rwandais (FPR) des réfugiés tutsis, ce qui a forcé le gouvernement hutu à entamer des négociations. Cela a conduit à une montée de l'extrémisme hutu et au génocide de 1994, au cours duquel entre 800 000 et 1 million de personnes, quasiment toutes Tutsies, ont été tuées avant que le FPR ne prenne le contrôle du pays.

Rwanda précolonial

Reconstruction du palais du roi du Rwanda à Nyanza.

Les premiers habitants de ce qui est aujourd'hui le Rwanda étaient les twas, un groupe de chasseurs-cueilleurs pygmées autochtones qui ont colonisé la région entre 8000 et 3000 avant J.-C.[3],[4]. Ils sont restés en partie présents dans le pays[5]. Entre 700 avant J.-C. et 1500, un certain nombre de groupes bantous ont migré au Rwanda et ont commencé à défricher des forêts pour l'agriculture[4]. Après avoir perdu une grande partie de leur habitat, les twas forestiers se sont déplacés vers les montagnes. Les historiens ont plusieurs théories sur les migrations bantoues. Selon l'un d'eux, les premiers colons étaient des hutus; les tutsis ont émigré plus tard et ont formé un groupe racial distinct, peut-être d'origine couchitique[6]. Une théorie alternative est que la migration était lente et régulière, avec des groupes entrants s'intégrant (plutôt que conquérant) dans la société existante[4]. Dans cette théorie, la distinction hutu-tutsi est apparue plus tard comme une distinction de classe, plutôt que raciale[3].

La population a fusionné, d'abord en clans (en) (ubwoko) et en environ huit royaumes en 1700[3]. Le pays était fertile et densément peuplé, avec ses royaumes strictement contrôlés socialement[3]. Le Royaume du Rwanda, gouverné par le clan tutsi Nyiginya, est devenu de plus en plus dominant à partir du milieu du XVIIIe siècle. De ses origines en tant que petit toparque près du lac Muhazi[6], le royaume s'est développé par la conquête et l'assimilation[7], atteignant son zénith sous le roi (Mwami) Kigeri IV Rwabugiri entre 1853 et 1895. Rwabugiri a étendu le royaume à l'ouest et au nord[4],[3], mettant en œuvre des réformes administratives qui comprenaient l'ubuhake (en) (où les possédants tutsis cédaient du bétail (et un statut privilégié) à des clients hutus ou tutsis en échange d'un service économique et personnel)[6] et l'uburetwa (un système de corvée dans lequel les hutus étaient contraints de travailler pour des chefs tutsis)[4]. Les réformes de Rwabugiri ont développé un fossé entre les populations hutu et tutsi[4].

Colonisation

La conférence de Berlin de 1884 attribua le territoire à l'Allemagne, avec des limites imprécises[8]. Lorsque Gustav Adolf von Götzen a exploré le pays dix ans plus tard[3], il a découvert que le royaume du Rwanda comprenait une région fertile à l'est du lac Kivu. L'Allemagne voulait cette région, qui a également été revendiquée par Léopold II comme faisant partie de son propre État indépendant du Congo (annexé par la Belgique pour former le Congo belge en 1908). Pour justifier sa demande, l'Allemagne a entamé une politique de gouvernement par le biais de la monarchie rwandaise et de soutien aux chefs tutsis; ce système a permis la colonisation avec peu de troupes européennes[6]. Yuhi V Musinga, qui a émergé comme roi après une crise de succession à la suite de la mort de son père Rwabugiri et une lutte avec les troupes belges, a accueilli les allemands et les a utilisés pour consolider son pouvoir[3]. Le territoire est devenu la frontière occidentale de l'Afrique orientale allemande. La domination allemande a permis à la politique de centralisation de Rwabugiri de se poursuivre, et le fossé entre les tutsi et les hutus s'est approfondi[6].

Un timbre-poste de 1916 des territoires occupés belges d'Afrique orientale, capturés au cours de la campagne d'Afrique lors de la Première Guerre mondiale.

Les forces belges ont pris le contrôle du Rwanda et du Burundi pendant la Première Guerre mondiale, et le pays est passé sous contrôle belge dans un mandat de la Société des Nations de 1919[6], et nommé Ruanda-Urundi[9]. Bien que la Belgique ait initialement continué la méthode allemande de gouvernement à travers la monarchie, en 1926, elle a commencé une politique de domination coloniale directe conforme à la norme au Congo[6],[3]. Les réformes ont inclus la simplification du système complexe de trois chefs, ainsi un chef (habituellement tutsi) au lieu de trois (typiquement divisé entre tutsi et hutu) a gouverné une région locale. Les réformes belges ont également étendu l'uburetwa (travail forcé par les hutus pour les chefs tutsis) à des individus, pas seulement à des communautés, et à des régions non couvertes auparavant par le système[6]. Les chefs tutsis ont entamé un processus de réforme agraire avec le soutien belge; les pâturages traditionnellement contrôlés par les collectifs hutus ont été saisis par les tutsis et privatisés avec une compensation minimale[6].

À partir de la fin des années 1920, le rôle de l'Église catholique s'est développé. Cela a été encouragé par le gouvernement belge, car les prêtres connaissaient bien le pays et facilitaient son administration. De nombreux rwandais (y compris l'élite tutsi) se sont convertis, car le catholicisme était une condition préalable croissante à une progression sociale[6]. Le roi Musinga a refusé de se convertir et a été déposé en 1931 par l'administration belge; son fils aîné, Mutara III Rudahigwa, lui succéda et devint finalement le premier roi chrétien du Rwanda[6]. Au cours des années 1930, les Belges ont lancé des projets à grande échelle dans les domaines de l'éducation, de la santé, des travaux publics et de la surveillance agricole, y compris de nouvelles cultures et des techniques agricoles pour améliorer l'approvisionnement alimentaire[3]. Bien que le Rwanda ait été modernisé, les tutsis sont restés au pouvoir, laissant les hutus privés de leurs droits et soumis à des travaux forcés à grande échelle[6]. En 1935, la Belgique a introduit des cartes d'identité, étiquetant un individu comme tutsi, hutu, twa ou naturalisé. Bien que les riches hutus aient pu auparavant devenir des tutsis honoraires, les cartes d'identité ont mis fin à la mobilité sociale[10].

Prélude

Contre-élite hutu

La Belgique a continué de diriger le Rwanda en tant que territoire sous tutelle des Nations unies après la Seconde Guerre mondiale, avec pour mandat de superviser son éventuelle indépendance. Le paysage économique avait changé considérablement pendant la guerre; une économie monétaire s'est développée[6], et avec elle la demande d'ouvriers dans les mines congolaises du Katanga et les plantations de café et de sucre de l'Ouganda. Il y avait un changement simultané dans l'Église catholique; les personnalités de la première Église rwandaise, issues d'un milieu riche et conservateur (comme Léon-Paul Classe), ont été remplacées par un clergé plus jeune d'origine ouvrière. Parmi ceux-ci, une plus grande proportion étaient des Belges flamands plutôt que des Wallons et sympathisaient avec le sort des Hutus[11]. Les conditions économiques et l'éducation au séminaire fournie par l'Église ont donné aux Hutus une mobilité sociale qui n'était pas possible auparavant, permettant le développement d'un groupe d'élite de dirigeants et d'intellectuels hutus[11]. Ce groupe, composé de hutus du royaume précolonial du Rwanda, a été rejoint par des citoyens éminents des royaumes acquis pendant le colonialisme (y compris les Kigas)[11].

La figure la plus connue du mouvement est Grégoire Kayibanda[12]. Comme la plupart de la contre-élite hutue, Kayibanda s'était préparé initialement pour la prêtrise au séminaire de Nyakibanda (en), bien qu'il n'ait pas été ordonné[6]. Après avoir terminé son éducation en 1948, il est devenu un enseignant d'école primaire. En 1952, Kayibanda succède à Alexis Kagame comme rédacteur en chef du magazine catholique L'Ami[12]. À la fin des années 1950, il était membre du conseil de la coopérative alimentaire Travail, Fidélité, Progrès (TRAFIPRO), éditant le magazine catholique pro-hutu Kinyamateka[6], et fonda le Mouvement Social Muhutu (MSM)[3].

La deuxième grande figure de l'élite hutue était Joseph Habyarimana Gitera, un autre ancien séminariste[13] basé dans le sud du pays qui avait quitté le séminaire pour fonder une petite briqueterie[14]. Gitera a fondé le parti de l'association pour la promotion sociale des masses (APROSOMA)[13]. Les historiens religieux Ian et Jane Linden l'ont décrit comme « plus passionné et peut-être compatissant » que Kayibanda et d'autres ex-séminaristes hutus, mais « souvent erratique et parfois fanatique »[13]. Contrairement à Kayibanda, Gitera a appelé à une action énergique contre « l'oppression» de la monarchie » dès 1957; cependant, sa rhétorique était moins centrée sur le clivage hutu-tutsi que sur l'émancipation des pauvres[14].

Détérioration des relations hutu-tutsi

La contre-élite hutu entretenait des relations raisonnables avec le roi et l'élite tutsi au début des années 50, la quête de la démocratie dominant la vie politique[15]. Les jeunes tutsis et hutus qui avaient été éduqués dans des séminaires catholiques ou ont travaillé dans le commerce international, se sont réunis en tant qu'évolués, travaillant dans des rôles subalternes dans l'administration coloniale[15]. Les relations hutu-tutsi se sont toutefois détériorées rapidement à partir de 1956[15]. En juillet, le journal congolais La Presse Africaine a publié un article d'un prêtre rwandais anonyme détaillant les abus présumés commis par l'élite tutsie sur les Hutus pendant des siècles[15]. Cet article a fait l'objet d'un suivi dans La Presse Africaine et d'autres journaux congolais et burundais avec une série d'autres articles détaillant l'histoire des relations entre les groupes et le statut du roi[15]. Le roi Mutara et l'élite tutsie ont rejeté ces affirmations, rétorquant qu'aucun obstacle ethnique à la mobilité sociale n'existait et que les hutus et les tutsis étaient indiscernables[15]. Le catalyseur suivant de la rupture des relations se produit lors des premières élections démocratiques (en) du pays au suffrage universel masculin en septembre 1956[15]. La population fut autorisée à voter pour les sous-chefs et 66% des élus furent des hutus[15]. Des postes plus élevés dans les hiérarchies traditionnelles et coloniales étaient encore nommés plutôt qu'élus, et ceux-ci restaient majoritairement tutsis[15]. Ce déséquilibre a mis en évidence l'iniquité perçue du système pour les hutus[15].

Avant 1956, la monarchie et des personnalités tutsis s'étaient entendues sur une chronologie des événements pour parvenir à l'indépendance, convaincues que le plein pouvoir leur serait transféré par les autorités belges en temps voulu[6]. Alarmées par l'influence croissante des hutus et les tensions entre les groupes, ils ont commencé à faire campagne à la fin de 1956 pour une transition plus rapide vers cette indépendance[6]. Le roi Rudahigwa et le Conseil supérieur dominé par les tutsis ont proposé de nouveaux ministères des finances, de l'éducation, des travaux publics et de l'intérieur dirigés par eux, indépendamment de la Belgique.La contre-élite hutu a réagi rapidement à cette évolution, la dénonçant comme un complot des tutsis visant à consolider la prééminence des tutsis dans le Rwanda post-indépendance. Kayibanda, avec huit autres chefs hutus, a commencé à travailler sur un document alternatif connu sous le nom de manifeste des Bahutu[13]. Les auteurs ont été aidés dans la rédaction de ce document par de jeunes ecclésiastiques belges sympathisants de la cause hutu[13]. Le manifeste des Bahutu a critiqué la domination belge indirecte, appelant à l'abolition de l'ubuhake et au développement d'une classe moyenne[13]. C'était le premier document faisant référence aux tutsis et hutus comme des races séparées, étiquetant les tutsis comme Hamites et les accusant d'établir un « monopole raciste »[13]. Le manifeste appelait à un transfert de pouvoir des tutsis aux hutus sur la base de la « loi statistique ». La publication de ces visions concurrentes pour l'avenir du pays a attiré l'attention des politiciens belges et du public sur les problèmes sociaux du Rwanda qui, jusque-là, n'avaient été la préoccupation que des sociologues et de l'administration coloniale locale[6].

En 1958, Gitera rendit visite au roi dans son palais de Nyanza[13]. Bien que Gitera ait un respect considérable pour la monarchie, Rudahigwa le traita avec mépris; à un moment donné, il a saisi la gorge de Gitera, l'appelant lui et ses partisans inyangarwanda (les ennemis du Rwanda)[13]. Cette humiliation a incité le MSM, l'APROSOMA et les publications catholiques pro-hutu à prendre une position plus ferme contre la monarchie[13]. Kinyamateka a publié un rapport détaillé du traitement, par Rudahigwa, de Gitera, réfutant son image semi-divine et l'accusant de racisme pro-tutsi[13]. Le magazine a également publié des histoires citant les mythes d'origine des hutus, tutsis et twas, qualifiant la politique du roi d'incohérente avec eux. Les articles n'ont pas immédiatement contesté l'autorité du roi sur les paysans hutus, mais leur révélation de l'explosion de colère de Rudahigwa a conduit à un schisme permanent entre lui, la contre-élite hutue et les autorités belges[13]. En 1958, le ministère colonial belge a essayé de dépouiller Rudahigwa de son pouvoir, le réduisant à une figure symbolique, mais sa popularité auprès des chefs régionaux et des tutsis (qui craignaient le mouvement hutu croissant) a déclenché une série de grèves et de protestations[13].

Mort de Rudahigwa et formation de l'UNAR

Au début de 1959, la Belgique a convoqué une commission parlementaire pour examiner les options de démocratisation et une éventuelle indépendance[15], programmant des élections pour la fin de l'année. Avec les belges et la plupart du clergé de son côté, Gitera a commencé une campagne ciblant Kalinga : le tambour royal, l'un des symboles les plus puissants de la monarchie[13]. Rudahigwa est devenu de plus en plus inquiet, faisant passer le tambour hors du pays et buvant beaucoup[13]. Il est mort d'une hémorragie cérébrale en juillet 1959 alors qu'il suivait un traitement médical à Usumbura, au Burundi[13]. De nombreux rwandais ont pensé que Rudahigwa avait été empoisonné mortellement par les Belges. Bien qu'une autopsie n'ait jamais été réalisée en raison des objections de la reine mère, une évaluation par des médecins indépendants a confirmé le diagnostic initial d'hémorragie. Il y avait aussi des hypothèses de suicide dans les sphères gouvernementales. L'élite tutsie croyant que Rudahigwa avait été assassiné par l'église avec l'aide des Belges, a immédiatement commencé une campagne contre les deux. Le frère de Rudahigwa, Kigeli V Ndahindurwa, a été installé, sans participation belge et contre leur volonté; les auteurs Ian Linden et Jane Linden ont décrit cette succession d'événements comme un « petit coup d'État tutsi »[13].

Après le couronnement de Kigeli V, plusieurs chefs tutsis et fonctionnaires du palais souhaitant une indépendance rapide ont formé le parti de l'Union nationale rwandaise (UNAR)[13]. Bien que l'UNAR était pro-monarchie, il n'était pas contrôlé par le roi[15]. Ce parti était anti-belge, ce qui a attiré le soutien du bloc communiste[6]. L'UNAR a immédiatement commencé une campagne de promotion du nationalisme rwandais, jurant de remplacer l'histoire européenne dans les écoles par l'étude des conquêtes de Rwabugiri[13] et appelant à l'éviction des blancs et des missionnaires[13]. Cette rhétorique a incité l'Église catholique (et beaucoup de ses étudiants rwandais, qui créditaient l'Église de les avoir sortis de la pauvreté) à qualifier l'UNAR d'anti-catholique[13]. Gitera, à son tour, a utilisé la position anti-UNAR de l'église pour justifier son soutien à l'APROSOMA[13]. Le gouvernement colonial a essayé d'agir pour limiter le pouvoir de l'UNAR, essayant de déposer trois chefs qui étaient des meneurs de cette formation et ouvrant le feu sur des manifestants lors d'un rassemblement[15]. Kayibanda a enregistré le MSM comme parti officiel, le rebaptisant parti du mouvement de l'émancipation hutu (Parmehutu). Il a commencé à mobiliser des cellules de partisans à travers le pays, appelant à un État hutu indépendant sous une monarchie constitutionnelle[13]. L'historienne Catharine Newbury a décrit la situation à la fin de 1959 comme un « chaudron frémissant »[14]; à la fin d'octobre, après la publication du rapport parlementaire belge et les élections approchant, les tensions avaient atteint leur point de rupture[13],[16].

Révolution

Conséquences

Notes et références

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