Guerre civile rwandaise
conflit militaire au Rwanda
From Wikipedia, the free encyclopedia
La guerre civile rwandaise (1990 - 1994) opposa l’armée patriotique rwandaise du Front patriotique rwandais (FPR) aux Forces armées rwandaises (FAR) de la dictature rwandaise hutu du président Juvénal Habyarimana, fermement soutenu par l'engagement politique et militaire français.
(2 ans, 10 mois et 3 jours)
(première phase, jusqu'aux accords d’Arusha)
7 avril - 18 juillet 1994
(3 mois et 11 jours)
(deuxième phase, jusqu'à la victoire du FPR) .
Victoire du FPR :
- Fin du génocide des Tutsi.
- Disparition du MRND, de l'Akazu et du Hutu Power.
- Application des accords d’Arusha.
- Début de la crise au Zaïre (Réfugiés des grands lacs).
| Date |
1 octobre 1990 - 4 août 1993 (2 ans, 10 mois et 3 jours) (première phase, jusqu'aux accords d’Arusha) 7 avril - 18 juillet 1994 (3 mois et 11 jours) (deuxième phase, jusqu'à la victoire du FPR) . |
|---|---|
| Lieu | Rwanda |
| Issue |
Victoire du FPR :
|
Soutien |
| 20 000 FPR [2] | 35 000 FAR [2]
688 soldats français[3] |
| 5 000 tués Génocide : 800 000 morts (estimation ONU) - plus d'un million de morts (recensement rwandais) |
Cette guerre civile voire ethnique se déroula en deux phases au Rwanda : la première entre et , année des accords d'Arusha, puis, durant le génocide des Tutsi, entre et . Elle prend fin définitivement avec la victoire militaire et la prise du contrôle du pays par le FPR.
Après une montée en puissance de 1990 à 1994 (arrestation de 10 000 Tutsis en et massacres de masse successifs sur cette période), le génocide des Tutsis intervient dans cette guerre civile comme solution finale de la deuxième république hutue pour tenter de rester en place. Cette guerre est parfois considérée comme « ethnique » mais l'assimilation des belligérants à des ethnies est aujourd'hui remise en cause[4].
Contexte
Les tensions entre les ethnies, menant à des massacres d'envergure variable, se multiplient au Rwanda et au Burundi de la fin de la Seconde Guerre mondiale au déclenchement de la guerre[5].
Période coloniale
Vers la fin du XIXe siècle, le mwami du clan dominant est Kigeli IV, qui meurt en 1895. En 1885, la conférence de Berlin attribue le royaume du Rwanda à l'Empire allemand qui l'intègre dans son empire colonial. Les premiers Européens à pénétrer au Rwanda, en 1892 et 1894, sont Oscar Baumann et Gustav Adolf von Götzen. À leur arrivée, les colonisateurs allemands, puis belges trouvent une société qui ne correspond pas aux critères européens et décident de classer les populations en fonction de caractéristiques comme leurs activités ou leur apparence physique[réf. souhaitée]. Les Tutsi, les Hutu et les Twa sont trois ethnies différentes au sein d'une même communauté nationale, n'entrant en opposition qu'à la création de distinctions plus profondes par l'historiographie coloniale, qui postule une dimension raciale aux ethnies[6].
Les colons sont en particulier impressionnés par la monarchie rwandaise tutsi et assimilent les Tutsi en général à la cour royale et à une « race » supérieure. Les colonisateurs décrivent les Tutsi comme plus grands, plus beaux et plus aptes à diriger[7].
L'histoire enseignée durant la tutelle belge décrit les Hutu majoritaires comme des fermiers d'origine bantoue, tandis que les Tutsi seraient un peuple pastoral arrivé dans la région au XVe siècle depuis les hauts-plateaux éthiopiens, d'un ADN nilo-hamitique mais des recherches ADN réfutent cette théorie colonisatrice et place leur arrivée vers le IXe siècle. Les Twa seraient les descendants, issus des Pygmées, des premiers habitants de la région. Cette interprétation est fausse et se base sur les visions racialistes de l'époque coloniale, mais imbibe rapidement la société rwandaise[6].
Ces théories sont désormais fortement remises en cause. On tend aujourd'hui à considérer que les colonisateurs belges des années 1920, négligeant les références claniques, ont interprété de façon ethnique la structure socio-professionnelle de la population, sous l'influence aussi de l'organisation héritée des colonisateurs précédents, les Allemands, et ont ainsi appliqué une politique formellement appuyée par la Société des Nations qui avait confié à la Belgique la tutelle du Ruanda-Urundi[8].
L'administration coloniale s'appuie donc sur les Tutsi, peuple « conquérant », au détriment des mwami des clans hutu, qui sont des serfs. L'accès aux activités économiques, à l'enseignement et aux postes administratifs est réservé prioritairement aux Tutsi[6][9].
Indépendance
En 1945, l'indépendance du Rwanda est prévue dans les décennies à venir et s'accompagne de la mise en place d'institutions démocratiques. Au cours des années 1950, les Hutus alphabétisés expriment pour la première fois lors de consultations électorales le ressentiment d'une grande partie de la population envers l'oppression économique et politique exercée par les Tutsis au pouvoir[10].
Dans un texte publié le , le Manifeste des Bahutu, neuf intellectuels hutu dénoncent l'exploitation dont les Hutu seraient victimes. La revendication d'indépendance des Tutsi incite les Belges à renverser leur alliance au profit des Hutu[9].
En , le leader pro-hutu Grégoire Kayibanda est victime d'une agression. Alors éclate la révolution rwandaise, d'importants soulèvements de paysans hutus accompagnés de massacres ethniques qui entraînent le départ en exil du roi Kigeli V et de 300 000 Tutsi[9][10].
Le royaume du Rwanda disparait ainsi le . La majorité hutu prend le pouvoir lors des élections communales de juin- et du référendum de qui plébiscite la première république et la tenue d'élections législatives[10], un an avant l'indépendance du pays.
Première république rwandaise
La première République est proclamée le et Grégoire Kayibanda, un Hutu, accède à la présidence de la République le . L'ONU fixe au la date d'indépendance du Rwanda. La passation des pouvoirs et l'évacuation des troupes belges ont lieu le [11]. Dans les décennies qui suivent, les Hutus sont présentés comme le « peuple majoritaire » et les autorités comme le « gouvernement de la majorité » : les Rwandais tutsi deviennent des citoyens de second rang. Son programme n'est pas uniquement de rétablir les privilèges des hutus, mais de leur rendre le pays entier , considérant que les Tutsi ne sont pas légitimes au Rwanda[12].
À partir de , les tensions politiques s'étendent au Burundi. Des groupes armés tutsi basés au Burundi font des incursions répétées pour reprendre le pouvoir. En , une colonne de combattants arrive jusqu'à Kigali et est arrêtée aux portes de la capitale. Des représailles encore plus meurtrières visent les Tutsis rwandais assimilés aux infiltrés. On estime qu'elles font environ 10 000 morts, dont les principaux dirigeants de l'opposition monarchiste, et provoquent une vague de dizaines de milliers de réfugiés[13]. En 1966 et 1967, avec l'appui des officiers tutsi désormais au pouvoir au Burundi, les attaques depuis le territoire burundais suivies de représailles envers les tutsi du Rwanda se multiplient[13].
Dans la seconde moitié des années 1960, les élites tutsi au Burundi organisent des exécutions de personnalité hutu. S'ensuit le génocide des hutu en , l'ikiza. La population rwandaise lit ces événements comme une menace, pensant que l'armée burundaise tutsi compte déclencher de nouveaux massacres de hutu au Rwanda et possiblement y restaurer la monarchie[14].
Pour maintenir l'unité politique, Kayibanda instrumentalise les massacres de masse dont furent victimes les Hutu du Burundi en 1972, il justifie la crainte d'une menace des Tutsi rwandais. Les Tutsi, élèves et professeurs, sont systématiquement expulsés de l'enseignement, parfois violemment. Ces événements provoquent une nouvelle vague d'exode des Tutsi[15].
Deuxième république
Pendant les dernières phases de tension sous Kayibanda, le chef de la Sûreté Alexis Kanyarengwe pousse les tensions ethniques et politique. Le chef de l'état-major Juvénal Habyarimana renverse le président Grégoire Kayibanda le et peut ainsi facilement justifier la nécessité du coup d'État par le départ des Tutsi, qui affaiblit les cadres du sud du pays (Habyarimana étant originaire de Gisenyi, au nord)[15]. Habyarimana ambitionne de rétablir l'unité nationale, qu'il accuse le précédent parti au pouvoir d'avoir brisée : il met en place des quotas de tutsi dans l'administration publique et insiste sur le fait de dépasser les divisions nationales par la recherche du développement[15]. C'est la « révolution morale » de 1973[15].
Cette idéologie du développement qui lui fait bénéficier du soutien des pays occidentaux, des bailleurs de fonds internationaux, d'ONG qui voient le Rwanda comme le deuxième paradis africain après le Burkina Faso, et de l'église catholique qui co-gère le pays avec le pouvoir en place[16]. Des travaux communautaires, appelés 'umuganda', cherchent à réhabiliter le travail manuel parmi les urbains[17]. Les massacres se raréfient des deux côtés de la frontière burundaise en raison des coups d'État dans les pays concernés : la volonté de réformes et de développement du Rwanda et du Burundi apaisent les tensions[18].
Très rapidement, le groupe qui a porté Habyarimana lors du coup d'état commence à contester la concentration des pouvoirs entre ses mains. En réponse, le président crée, le 5 juillet 1975, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND)[19],[17].
Tous les Rwandais font obligatoirement partie du MRND pour symboliser l'intégration à la société nationale sans distinction ethnique, religieuse ou géographique. Cette inscription n'exige pas d'engagement idéologique mais un paiement des cotisations, une participation aux travaux communautaires, et le respect de nombreux règlements touchant à tous les domaines de la vie économique et quotidienne[17].
Le 20 décembre 1978, Juvénal Habyarimana fait adopter une nouvelle constitution qui lui donne d'autant plus de pouvoirs et fait du MRND le parti unique du pays[20]. En avril 1980, une tentative de coup d'État échoue[20]. Le ministre de l'intérieur et ancien allié du président Alexis Kanyarengwe s'oppose à lui et se prépare à se présenter comme alternative : Habyarimana l'exclut du gouvernement et, craignant d'être arrêté, Kanyarengwe part en Tanzanie[20]. Habyarimana le remplace par Joseph Nzirorera, qui prend rapidement beaucoup d'importance dans la vie politique nationale[21].
Tensions à la fin des années 1980
À la fin des années 1980, le paysage politique régional se transforme perceptiblement. L'Ouganda retrouve un pouvoir stable en 1986, la tutelle étatique centrale du Zaïre se relâche en 1989 et 1990, le régime de Jean-Baptiste Bagaza au Burundi s'effondre fin 1987, et les mouvements revendicatifs rwandais s'affirment à la fin de la décennie[18].
En est signé l'accord sur la libre circulation des biens et des personnes au sein de la Communauté économique des pays des Grands Lacs. Entre 1986 et 1990, presque tous les réfugiés de la région peuvent rentrer dans leur pays d'origine, y compris 60 000 réfugiés burundais arrivés au Rwanda lors des massacres d'. Cependant, les réfugiés rwandais et burundais plus anciens ne sont pas pris en compte par l'accord[22].
Au Rwanda, la situation est plus complexe et les tensions se multiplient. Elles sont de nature politique et géographique : d'abord, certains groupes de la population, comme les paysans sans terre, les femmes et les jeunes déscolarisés dénoncent les injustices dont ils sont victimes ; de plus, les régions du sud du pays s'élèvent contre l'appropriation des postes prestigieux par les habitants du nord. Ces deux fractures sociales s'aggravent, mais le conflit ethnique n'a jamais été aussi faible depuis l'ère coloniale[23]. Même si les tensions ont presque disparu, les inégalités persistent : le système des quotas limite le pouvoir tutsi et de nombreux dignitaires supposés tutsi font inscrire la mention hutu sur leur carte d'identité[24]. Habyarimana couvre plusieurs assassinats de dignitaires de la première république, ce qui empire la défiance des régions du sud du pays[25]. Au sein des régions, de très fortes tensions naissent entre « terroirs » ou régions naturelles[21].
Négociations d'août 1990
Depuis plusieurs années, les renseignements rwandais sont au courant de préparatifs militaires du côté de réfugiés tutsi en Ouganda[26]. En août 1990, les présidents rwandais et ougandais se rencontrent pour des négociations organisées par les organisations internationales. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés établit une liste de réfugiés rwandais volontaires, qui doivent tous être accueillis au Rwanda[27]. Des accords sont signés entre les présidents rwandais et ougandais, préparant des postes ministériels et militaires pour les forces des réfugiés en Ouganda[26].
Première phase (1990-1993)
Invasion d'octobre 1990
Le conflit commence le [16], lorsque quelques milliers de combattants du Front patriotique rwandais envahissent le Rwanda à partir de l'Ouganda[28][29]. Selon Human Rights Watch, si les troupes ougandaises n'ont pas participé aux combats[30], elles soutiennent logistiquement le FPR[31]. Les combattants sont pour leur grande majorité des réfugiés rwandais issus de la diaspora tutsi, arrivés à partir des années 1960, et membres de l'armée ougandaise. Ils ont combattu pour porter Yoweri Museveni au pouvoir lors de la guerre ougando-tanzanienne et agissent sous les ordres d'officiers supérieurs rwandais tutsi de l'armée du mouvement de résistance nationale[29].
Fred Rwigema, président du FPR, est tué dès le deuxième jour de l'offensive. Cette mort, ajoutée au refus catégorique des hauts officiers du Nord et de la famille du président rwandais de participer à des négociations, met un terme aux projets d'accords d'août 1990[26]. Le FPR souffre d'une absence de direction après la mort de Rwigema, qui compromet la suite de l'opération militaire, tandis que les Forces armées rwandaises échouent à défendre le pays et à riposter[32].
Le président rwandais Juvénal Habyarimana est en Europe au moment de l'attaque. Il fait une escale à Bruxelles le 3 octobre 1990 et y demande l'aide militaire de la Belgique, rapidement obtenue. Le lendemain, son homologue français François Mitterrand lance l'opération Noroît le [33] ; en 1987, Valéry Giscard d'Estaing a signé un Accord particulier d'assistance militaire[34] avec le gouvernement rwandais[35].
Le même mois, 500 soldats zaïrois sont envoyés au Rwanda. Leur manque de discipline et les abus dont ils se rendent coupables poussent à leur retrait au bout de quelques semaines[36].
La nuit du 4 octobre 1990, des attaques ont lieu dans les rues de Kigali et sont attribuées à des commandos d'infiltrés. Habyarimana ordonne immédiatement des arrestations massives et arbitraires de plusieurs catégories d'opposants, réels ou présumés, à son régime[32]. Avec l'arrivée des forces militaires internationales, le FPR n'a aucune chance de gagner la guerre et les tensions se cristallisent surtout sur les relations entre le Rwanda et l'Ouganda[32].
La guerre prend fin le , avec la signature des accords d’Arusha[37].
L'exécutif français est accusé d'avoir soutenu à l'époque militairement un gouvernement sans prendre la mesure des signaux d'alerte quant au risque de génocide. Le rapport Duclert pointe du doigt cet aveuglement de la politique française au Rwanda entre 1990 et 1993[38]. Entre 1987 et 1994, des livraisons régulières d’équipement militaire vers le Rwanda sont effectuées par la France[35].
Reconnaissance du multipartisme et nouvelle constitution
Le 10 juin 1991, une nouvelle constitution est adoptée et autorise le multipartisme[39].
Accords d’Arusha et intermède (1992-1994)

Les accords d'Arusha, concernant le Rwanda, se sont déroulés de à par étapes successives entre l'État rwandais et le Front patriotique rwandais de Paul Kagame afin de mettre un terme à la guerre civile rwandaise commencée en 1990. Ce fut d'abord le ministre des Affaires étrangères, Boniface Ngulinzira qui dirigea la délégation rwandaise des négociations conduites à Arusha, en Tanzanie. Il fut remplacé par le ministre James Gasana qui mena les accords jusqu'à leur signature en .
Cinq accords furent signés à partir de . Le dernier accord fut signé le [40]. Ces accords prévoient à terme l'intégration politique et militaire des différentes composantes internes (à l'exception des partis ouvertement racistes anti-Tutsi) et externes de la nation rwandaise (le FPR) et le départ des troupes françaises (à partir d'[40]). Une mission des Nations unies, la MINUAR, fut créée le pour veiller à leur application. Le , la Minuar remplace l'armée française qui quitte le Rwanda le , mettant fin à l’opération Noroît, à l’exception de 24 AMT (assistants militaires techniques) autorisés à rester pour des opérations de maintenance technique selon les accords de coopération militaire bilatéraux.
Au terme de ces accords, Faustin Twagiramungu devait former, à partir du , un gouvernement de transition consacrant la réintégration des exilés Tutsi. Fin , un bataillon du FPR est autorisé à s'installer à Kigali, comme garantie de la sécurité des représentants du FPR qui devaient participer au nouveau gouvernement. Une assemblée nationale de transition est mise en place le . Préfigurant également l'intégration militaire des exilés, un détachement de six cents soldats du FPR fut autorisé par les négociations d'Arusha à s'installer dans les locaux du Conseil national de développement (CND) (ancien parlement rwandais).
Le FPR est d'abord stoppé par les FAR. Mais en il lance une attaque de plus grande envergure au nord du pays. Des centaines de milliers de Rwandais sont obligés de fuir plus au sud à Kigali ou dans des camps de réfugiés insalubres. Pendant toute cette période les violences contre les Tutsis reprennent et dégénèrent parfois en pogroms comme dans les années 1960. Les milices Interahamwe sont créées en 1992, tout comme les milices Impuzamugambi, bras armé de la CDR (Coalition pour la défense de la République). Puis en 1993 la Radio-télévision libre des mille collines (RTLM) propage l'idéologie du Hutu Power et lance ouvertement des messages de haine qui deviendront des appels au meurtre après l'attentat[41].
La mise en œuvre de ces accords sera partiellement retardée par le président Juvénal Habyarimana, dont les alliés extrémistes de la Coalition pour la défense de la République (CDR) n'accepteront pas les termes. Ce fut d'abord le gouvernement du premier ministre Dismas Nsengiyaremye qui négocia les Accords d'Arusha puis celui d'Agathe Uwilingiyimana. Celle ci aurait dû être remplacée par Faustin Twagiramungu en vertu des accords. Cependant elle est assassinée le , le lendemain de l'attentat qui coûte la vie au président Juvénal Habyarimana et empêche également l'application des accords d'Arusha. C'est Jean Kambanda qui lui succède pour mettre en place la politique génocidaire du gouvernement intérimaire animé par les membres de Hutu Power.
Les accords d'Arusha ne sont définitivement appliqués qu'à partir du , date de la fin du génocide rwandais.
Avant le génocide, les accords de cessez-le-feu n'ont jamais vraiment été respectés sur le terrain. Durant l'hiver 1994 des caches d'armes et des attentats se sont multipliés dans tout le pays. Le climat d'insécurité est devenu de plus en plus pesant, d'autant plus que des réfugiés hutus du Burundi sont venus grossir les rangs des milices après le coup d'État d'octobre 1993.
Deuxième phase (avril-juillet 1994)
Attentat du 6 avril et déclenchement du génocide
Le mercredi , deux heures et demie après que la nuit est tombée sur Kigali, l’avion présidentiel rwandais est abattu par un missile sol-air, provoquant la mort des présidents rwandais Juvénal Habyarimana et burundais Cyprien Ntaryamira. Le major Aloys Ntabakuze va sur le lieu du crash et revient 30 minutes après au camp militaire de Kanombe. Fait remarquable, il est accompagné d'un officier français, le lieutenant-colonel Grégoire de Saint-Quentin ou y retourne aussitôt après avec lui[42]. Le lendemain , il rassemble le bataillon paras-commando et lance l’ordre du massacre des Tutsi : « Habyarimana vient de mourir, par conséquent un Tutsi doit mourir où qu’il soit »[43].
Pendant la nuit, le comité de crise réuni pour former un gouvernement intérimaire rwandais, fait bombarder le CND (conseil national de développement) où loge le FPR et exécuter le dans les heures qui suivent leurs opposants politiques dont la Première ministre hutue modérée Agathe Uwilingiyimana, Déo Havugimana, Lando Ndasingwa, Faustin Rucogoza, Joseph Kavaruganda, Félicien Ngango et Frédéric Nzamurambaho.
Ce gouvernement intérimaire marque la fin du multipartisme et de la constitution de 1991[39].
Le jeudi , vers 13 h, les FAR assassinent dix casques bleus belges. Trois heures plus tard, deux groupes du FPR sortent du CND : un groupe va au rond-point N4 et remonte jusqu’à l’hôtel Méridien et l’hôpital Roi Fayçal, pendant que l’autre va du côté de l’hôtel « Chez Lando » et remonte jusqu’au stade Amahoro où se trouve le QG de la MINUAR[44],[45],[46],[47].
Les effectifs de la MINUAR vont être drastiquement réduits et la mission des Nations unies n'aura pas les moyens d'empêcher le drame de se produire.
Déroulement du génocide
Entre et , les Tutsi sont massacrés par des milices extrémistes hutus Interahamwe, les FAR et la population civile. Entre 800 000 et 1 million de personnes sont tuées[48],[49].
Progression et offensive victorieuse du FPR

Selon une version française controversée, le vendredi , le FPR serait passé à l'offensive à Kigali, et serait responsable de l’assassinat des gendarmes Didot et Maier et de l'épouse de Didot. Les dates d'entrée en action du FPR et de l'assassinat des gendarmes français sont brouillées par des auteurs et officiers français. Les députés français datent du l'entrée en action du FPR[50]. Avec l’Italie et la Belgique, la France organise une réunion à Bruxelles pour coordonner le rapatriement des occidentaux. À 23 h 30, les opérations Amaryllis (sous commandement français) et Silver Back (sous commandement belge) sont lancés[51]. Le , la France lance l’opération Turquoise, une intervention « militaire et humanitaire » controversée, objet de suspicions concernant le rôle de la France dans le génocide[52]. Dans ce cadre se déroulent les événements de Bisesero : le , sur la colline de Bisesero, dans l’ouest du Rwanda, un commando d’une dizaine de soldats français, accompagné de trois journalistes découvre des dizaines de rescapés tutsis du génocide[52] ; comme les tueurs hutus rôdent autour d’eux, le chef du commando ne peut pas les secourir immédiatement et promet de revenir[52]. Mais ce n’est que trois jours plus tard, le , que les secours arrivent : entre-temps, nombre d’entre eux sont assassinés[52].
Le , Kigali, évacuée par les forces armées rwandaise, est prise par les combattants du FPR qui ne rencontrent pratiquement aucune résistance[53]. Les FAR se replient vers l'ouest pour tenter de rejoindre la région de Kibuye, où les troupes françaises sont présentes, et Gisenyi, où le gouvernement intérimaire rwandais (GIR) s'est retranché[53]. Les soldats du FPR prennent position à tous les carrefours et établissent des barrages sur toutes les avenues[53]. Le lendemain, le commandement de l'opération Turquoise crée une ZHS (zone humanitaire sûre) où se réfugient de nombreux Hutus[52]. Dans les semaines qui suivent, le gouvernement intérimaire, les FAR et les Interahamwe, mais aussi des civils, soit plus d'un million de Hutus se réfugient au Zaïre (Région des grands lacs).
Le , le FPR contrôle l'essentiel du pays, mettant fin au génocide des Tutsis. Le , le FPR déclare un cessez-le-feu unilatéral, mettant ainsi un terme définitif à la guerre civile rwandaise. Le , le FPR constitue un gouvernement de transition avec le Hutu modéré Pasteur Bizimungu comme président de la République, Paul Kagame comme vice-président et ministre de la Défense, et Faustin Twagiramungu, hutu, comme Premier ministre, respectant ainsi les accords d'Arusha. Le , l'opération Turquoise est terminée, remplacée par la Minuar II.
Le , les Casques bleus quittent le Rwanda.
En , la guerre civile est terminée, mais elle se poursuit à l'extérieur contre les camps de réfugiés au Zaïre puis lors des deux guerres du Congo.
L'ONU et des ONG comme Human Rights Watch ont documenté les actes attribuables au FPR, actes qualifiés de violations du droit humanitaire et de crimes contre l'humanité[54].
Protagonistes
Front patriotique rwandais (FPR)

En 1960, les Hutus obtiennent l’indépendance du Rwanda, amenant 200 000 Tutsis à fuir en Ouganda en raison de persécutions, exactions et massacres à leurs encontre. En 1987-1988, des exilés tutsis créent un parti politique, le Front patriotique rwandais (FPR), dans le but de négocier un retour des exilés au Rwanda. Il sera ensuite doté d’une armée, l'APR, dans le but de revenir par la force au pays pour y installer un gouvernement et une armée ouverts à tous les Rwandais, sans discrimination dite « ethnique »[55]. Ses principaux membres sont : Fred Rwigema, président fondateur du FPR, et secrétaire d'État à la Défense de l’Ouganda, puis conseiller du président Yoweri Museveni, Paul Kagame, chef de la Sécurité militaire, Sam Kaka, chef de la Police militaire, le Dr Bayingana, chef du service de santé de l'armée ougandaise, et le commandant Musitu, responsable du service d'entraînement[56].
Par la suite, des Hutus, dits « modérés », comme Pasteur Bizimungu, fuient le Rwanda gouverné par le président Habyarimana et rejoignent le FPR.
Forces armées rwandaises (FAR)
Les forces armées rwandaises (FAR) représentent l'armée de l’État du Rwanda depuis l’indépendance du Rwanda en 1960. L’armée est composée presque entièrement de Hutus, selon l'ethnisme en vigueur au Rwanda de 1959 à juillet 1994.
Enquête française à propos de l'attentat du 6 avril 1994
Le juge Bruguière délivre en neuf mandats d'arrêt visant l'entourage du président rwandais Paul Kagame dans le cadre de l'enquête sur l'attentat du contre l'avion présidentiel rwandais, qui coûta notamment la vie au président Juvénal Habyarimana, au président burundais Cyprien Ntaryamira, ainsi qu'à trois membres d'équipage français[57]. Néanmoins, une expertise balistique effectuée ultérieurement dans le cadre de l'instruction menée par Marc Trévidic désigne les extrémistes hutu en tant que commanditaires de l'attentat : l'abandon des poursuites dirigées contre les proches du président rwandais est ordonné en ; le non-lieu est confirmé en par la Cour d'appel de Paris[58].
Dans la culture populaire
Le film Hôtel Rwanda sorti en donne lieu à de vives polémiques autour de l'authenticité du récit[59],[60]. Shooting Dogs, sorti la même année, est tourné sur les lieux mêmes d'un massacre[Où ?] avec des rescapés. On peut aussi retrouver le vécu d’un jeune Rwandais durant cette guerre dans le roman Petit Pays de Gaël Faye.

