Rêve et Amour
album de Johnny Hallyday
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Rêve et Amour est le 11e album studio de Johnny Hallyday, sorti en 1968.
| Sortie | |
|---|---|
| Enregistré | studios Olympic Londres |
| Genre | Pop musique, Pop psychédélique, Ballade, Rock and roll |
| Format | 33 tours |
| Producteur | Lee Hallyday |
| Label | Philips |
Albums de Johnny Hallyday
Singles
- (EP) Entre mes mains - Jeune homme - Au pays des aveugles - Je n'ai pas voulu croire
Sortie : 24 juin 1968 - (SP) Cours plus vite Charlie - J'ai peur, je t'aime
Sortie : 21 octobre 1968 - (SP) Je suis l'amour - Fumée
Sortie : 13 janvier 1969
L'album est réalisé par Lee Hallyday, Mick Jones et Tommy Brown.
Histoire
De mars à , Johnny Hallyday enregistre à Londres, aux studios Olympic, douze morceaux qui feront l'album Rêve et amour[1], alors même qu'il s'apprête à publier, le , son dixième album[2]. Ce même jour, sort un super 45 tours mettant en avant trois titres extraits de l'album, dont la chanson éponyme Jeune homme et un quatrième, Entre mes mains, dont la diffusion précède de plusieurs mois l'album à paraître[3].
Rêve et amour sort le [4], il compte onze créations originales et une adaptation, Cours plus vite Charlie, signée Long Chris d'après Cut Across Shorty d'Eddie Cochran, écrit dans l'urgence et dernier titre enregistré de l'opus d'après son auteur[5] ; La chanson marque le retour de Johnny Hallyday au rock and roll américain de la première période, genre qu'il délaisse, en studio du moins, depuis 1965[6],[Note 1] et se démarque totalement du reste de l'album.
Les autres titres, moins « classiques » et plus hardis, « flirtant » avec l'expérimental, de par leurs arrangements et orchestrations, conduisent le disque aux abords de l'album concept[1]. Cette verve créatrice s'inscrit dans l'ère du temps, qui, depuis l'album Revolver de 1966 des Beatles, a vu le rock britannique, s'enflammer pour la musique psychédélique, le power pop et le rock progressif entre autres fantaisies sonores avec des créations (telles que Their Satanic Majesties Request des Stones, The Piper at the Gates of Dawn premier album de Pink Floyd, ou encore l'Electric Ladyland de Jimi Hendrix de l'automne 68), qui laissent « libre court » à l' ingénieur du son pour modeler l'enregistrement brut[7].
C'est vers cette direction que tend l'album Rêve et amour[8] : mixtion d'harmonies symphoniques, jazzy et parfois rhythm'n'blues, où les violons jouent les cuivres et ces derniers les partitions des guitares, innovations dues en grande partie à Keith Grant (en), prodige des studios Olympic, qui officie à la prise de son[9]. L'ensemble se combine au travail fait sur les orchestrations dévolues à plusieurs arrangeurs[10] :
Christian Gaubert compose et signe les arrangements de Attention, sur un rythme vif, cuivres et violons dialogues[11].
Mick Jones et Tommy Brown, respectivement guitariste, batteur et tous deux chefs-d'orchestre de Johnny Hallyday, arrangeurs sur Cours plus vite Charlie et Quand on sifflait, enrichissent la première d'un piano à la rythmique et la seconde d'un sitar et de percussions singulières, qui donne au disque un ton final totalement dans l'adéquation recherchée, celle d'une musique pop remuante, surprenante, innovante[12].
Reg Guest, guitariste et pianiste anglais, procède sur Entre mes mains et Dans ma vie ; son compatriote et chef d'orchestre Arthur Greenslade (en) sur J'ai peur, je t'aime[13].
Jean-Claude Vannier opère sur les arrangements de En rêve avec son instrumentation étourdissante, ses harmonies complexes, enrichies de bruitages[14], Je pars demain avec orgue, violons, timbales, clochettes[15] et Sans une larme parée de claviers scandés avec parcimonie d'ingérences de la batterie[16].
Enfin, Jean-Claude Petit officie sur les arrangements de Je suis l'amour guitare solo et cadence soutenue en font l'intérêt[17] et Fumée sur laquelle les effets de déphasage sur la voix servent des paroles nourries d'allégories psychédéliques[18] et Non, ne me dis pas adieu.
Cette addition de savoir-faire, exalté par les potentiels techniques du moment fait la singularité de Rêve et amour[19], album inventif et étonnant chapeauté à la réalisation par le tandem Mick Jones et Tommy Brown et secondé par Lee Hallyday[4].
La pochette
La pochette de Rêve et amour, très dans son époque[20], celle du Flower Power et du psychédélisme, est la deuxième pochette dessinée pour un album de Johnny Hallyday[Note 2]. Dessinée et conçue par Paul Whitehead, étant parsemée de dizaines de photomontages de diverses personnalités du spectacle, de (quelques) politiques et aussi de fictions, sa conception fait référence à celle de l'album des Beatles Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band. Tout ces portraits disparates en médaillons, sont diversement répartis à travers le décor (château-fort, tours vertes, grises ou ocres, posés sur une roche, avec ciel bleu-gris et nuages colorés) et en ornements sur la tunique médiéval du chanteur, sur laquelle repose le visage d'Hallyday (unique photo en couleurs)[21],[22]. On y voit (en vrac et de façon non exhaustive) : Jimi Hendrix, Stan Laurel, Oliver Hardy, Robert Kennedy, John Fitzgerald Kennedy, John Lennon, Paul McCartney, Mickey Mouse, Blanche-Neige[20], (celle de Walt Disney), Marlon Brando, Otis Redding, Elvis Presley, Little Richard[23], l'empereur Rosko, Georgie Fame[24], Bob Dylan, Brigitte Bardot, Bill Haley, Jean-Paul Belmondo, Gene Vincent, Eddy Cochran, Warren Beatty (en Clyde Barrow du film d'Arthur Penn), Françoise Hardy, TommyBrown, […] et Charles De Gaulle.
Le graphiste Paul Whitehead est alors encore méconnu (la reconnaissance viendra quelques années plus tard, avec la conception de visuels d'albums du groupe Genesis notamment). Il est introduit auprès de l'équipe Hallyday par l'entremise de Bobbie Clarke (en), ancien membre de la formation Joey and the Showmen et donc ancien batteur de Johnny. Il officie alors au sein du groupe Bodast (en) et lors de sessions studios de Rêve et amour, rapplique, en visite amicale, accompagné du dessinateur, avec qui il est ami et qui, bien que novice en la matière, se voit confier la réalisation de la pochette[25].
Paul Whitehead a révélé bien plus tard, lors d'un entretien, s'être totalement laissé guidé par Johnny et Lee Hallyday pour cette réalisation et témoignera, que Bobby Clarke a, au cours de ses visites, gracieusement joué sur quelques titres (sans être crédité)[10],[24].
Écritures, auteurs, thèmes, interprétations
Lorsque, en juin 1968, est diffusé le premier extrait du 33 tours à paraître à l'automne Rêve et amour (qui sera également celui qui ouvre l'album), Entre mes mains, au verso de la pochette du 45 tours, dans un encadré, un message du chanteur fait savoir que les chansons présentées furent enregistrées avant « les événements »[26],[27]. De fait, Johnny Hallyday a gardé ses distances face aux mouvements contestataires qui agitent le printemps 1968. De cela, l'album Rêve et amour ne fait pas mention, pas la moindre allusion et, plutôt que de flatter les instincts contestataires, c'est vers les goûts chimériques de ses jeunes auditeurs que Johnny oriente son propos. D'où ces chansons quelque peu décalées, immatérielles, en marge de l'agitation[28]. Point de chant engagé donc, pour autant dans le donjon du château-fort (du recto de la pochette de l'album), en médaillon, domine Charles de Gaulle, Président conspué et loué ; d'aucun y devine un hommage avec une pointe de dérision[29].
Rêve et amour est un album très « pop anglaise »[28], au point qu'il est même un temps envisagé d'en enregistrer une version dans la « langue de Shakespeare ». De ce projet inabouti, ne subsiste qu'une chanson Smoke Covers My Eyes[30] (version anglaise de Fumée diffusée en avant première sur Europe 1, au cours de l'émission Salut les copains, en juin 1968, elle demeure inédite au disque jusqu'en 1993[31]) et une édition de l'opus spéciale « made in England » (bien que dotée de la même référence que l'édition française – voir section Discographie).
L'écriture des chansons se partage entres les paroliers des premières années : Georges Aber, Ralph Bernet et Jean-Jacques Debout (qui signe son retour après cinq années d'absences), et ceux, qui dans la seconde partie des années 1960, ont pris de l'importance au sein de l'équipe Hallyday : Gilles Thibaut, Long Chris et les compositeurs Mick Jones, Tommy Brown[10] et quelques nouveaux venus, dont Jean Renard et l'auteur-compositeur-interprète Éric Charden.
L'opus livre douze pièces hétéroclites, distorses, expérimentales, aux résultats singuliers, parmi elles :
Je pars demain et Entre mes mains, sur lesquelles le chanteur prend une voix de voix de fausset volontairement cassée après être monté haut dans sa tessiture. La première est agrémentée de cordes éparses, la seconde offre à Johnny une belle performance vocale[28],[32].
J'ai peur, je t'aime, Non, ne me dis pas adieu, dynamiques, mélodieuses, sentimentales, sont l'occasion d'envolées vocales tours à tours délicates et puissantes[33].
Ralph Bernet signe quatre titres, dont les très « hallucinés » Fumée et En rêve :
Fumée, soutenue par une composition inspirée[28], égrène les visions psychédéliques[34] :
« Toute cette fumée te cache à moi / […] / Tout se change en rêve à présent / La vérité sans va / Ton parfum est si fort que tu es là ma tête tourne / […] / Dans cette fumée tu es l'arc-en-ciel / Dans un ciel gris / Et même le temps semble arrêté / Et mon esprit détruit... »
L'onirique En rêve et ses violons exaltés[28], voient l'interprète, conquérant des flots, du ciel et de l'espace :
« En rêve fantastique / j'étais le premier / À voir l'Amérique sur mon grand voilier / […] / Avec quelques planches / j'ai fait le premier / deux grandes ailes blanches / À bien décoller / […] / Mon rêve me hante / je me revois faire / une fusée géante / pour fuir cette terre / J'allais vers l'infini / J'étais dans l'infini »
Rétrospectivement, l'album ne prendra pas une place prépondérante dans la discographie d'Hallyday et en cette année 1968, si le chanteur apparaît toujours aussi efficace en scène, musicalement parlant, hésitant et peu défini, il semble en guette d'un style nouveau, dans une période où en studio, technologie aidant, tout change à « grande vitesse ». Le statu d'« idole » évolue, celui de « rock star » s'apprête à muter en modèle d'une « pop » plus adulte, plus recherchée, plus cérébrale. C'est ces doutes, tergiversations, errements, qui avec le recul, se reflètent et font le charme de Rêve et amour[35].
Autour de l'album
- Référence originale
33 tours Philips 884.895 BY[36].
- Deuxième édition
33 tours Philips 6325 190[37].
- Pressage anglais
33 tours Philips 884895 BY[38],[39].
- Rééditions (recensement non exhaustif)
années 1970 : 33 tours Philips Phonogram 6332 237[40].
Édition CD en 2000 en fac-similé : Mercury Universal 546 955 2[41].
13 décembre 2024 : édition 4 CD Europe 1 Panthéon Mercury Universal 7521474 Johnny Hallyday 68 Jeune homme Rêve et amour : CD 2 album Rêve et amour (Panthéon Mercury Universal 7521476)[42], 20 titres dont 8 bonus : Queste mie mani (version italienne de la chanson Entres mes mains), Smoke covers my eyes (version anglaise de Fumée), Hawaï (version italienne de Quand on sifflait), Quand on sifflait (version alternative avec orgue), Walking away from mama (version anglaise de Je pars demain - chanté par Tommy Brown), Impromptu visions (maquette anglaise de En rêve - chanté par Tommy Brown), Flying brothers (version anglaise de En rêve), Smoke covers my eyes (maquette anglaise de Fumée - chanté par Tommy Brown)[43] (CD 1 réédition de l'album Jeune homme, CD 3 et CD 4 deux lives inédits enregistrés l'un à Saint-Raphaël en juillet, l'autre à Cambrai en septembre 1968)[44].
- Singles
- 24 juin 1968[45]
- super 45 tours Philips 437.439 BE : Entre mes mains, Jeune homme, Au pays des aveugles, Je n'ai pas voulu croire[Note 3],[46].
- 45 tours promotionnel Philips B370.668 F : Jeune homme, Entre mes mains[45].
- 18 octobre 1968[47]
- 45 tours promotionnel Philips B370.727 F : Cours plus vite Charlie, Non, ne me dis pas adieu[48]
- 45 tours Philips Série Parade B 370.743 F : Cours plus vite Charlie, J'ai peur je t'aime[49].
- 45 tours promotionnel Philips B370.728 F : Fumée, J'ai peur, je t'aime[48]
- 13 janvier 1969[50]
- 45 tours Philips Série Parade B 370.765 F : Je suis l'amour, Fumée[51].
Titres
| 12 titres | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| No | Titre | Paroles | Musique | Durée | |||||
| 1. | Entre mes mains | Gilles Thibaut | Jean Renard | 2:50 | |||||
| 2. | Cours plus vite Charlie (Cut Across Shorty) | Long Chris (adaptation) | Marijohn Wilkin (en), Wayne P. Walker | 2:22 | |||||
| 3. | Non, ne me dis pas adieu | Éric Charden, Hubert Ibach | Éric Charden | 3:00 | |||||
| 4. | En rêve | Ralph Bernet | Mick Jones, Tommy Brown | 2:29 | |||||
| 5. | Attention | Jean-Jacques Debout | Christian Gaubert | 2:35 | |||||
| 6. | Je pars demain | Ralph Bernet | Tommy Brown, Mick Jones | 2:45 | |||||
| 7. | Fumée | Ralph Bernet | Mick Jones, Tommy Brown | 3:11 | |||||
| 8. | Je suis l'amour | Long Chris | Éric Charden, Bernard Ilous | 2:22 | |||||
| 9. | J'ai peur, je t'aime | Long Chris | Johnny Hallyday, Jean Bernard | 2:48 | |||||
| 10. | Sans une larme | Jean-Jacques Debout | Raymond Vastano | 2:30 | |||||
| 11. | Dans ma vie | Georges Aber | Jean Renard | 3:15 | |||||
| 12. | Quand on sifflait | Ralph Bernet | Mick Jones, Tommy Brown | 2:53 | |||||
Musiciens
Nota : Références pour l'ensemble de la section (hors références supplémentaires) : [52],[53].
- Direction d'orchestre : Mick Jones et Tommy Brown
- Guitares : Mick Jones
- Batterie : Tommy Brown
- musicien additionnel (non crédité)[54]