Lockheed SR-71 Blackbird

avion de reconnaissance à très haute vitesse From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Lockheed SR-71 Blackbird (Merle) est un avion de reconnaissance à long rayon d'action et à haute altitude, construit par Lockheed Corporation pour l'armée de l'air américaine, qui l'utilisa principalement de 1968 à 1990.

RôleAvion de reconnaissance ou de surveillance à haute altitude et grande vitesse
StatutRetiré du service
Faits en bref Constructeur, Rôle ...
Lockheed SR-71 Blackbird
Vue de l'avion.
Un SR-71 d'entraînement (double cockpit) en vol.

Constructeur Lockheed Corporation
Rôle Avion de reconnaissance ou de surveillance à haute altitude et grande vitesse
Statut Retiré du service
Premier vol
Mise en service
Date de retrait
Coût unitaire 34 000 000 dollars en 1964[1] (soit 280 000 000 dollars actuels)
Nombre construits 32 exemplaires
Dérivé de A-12 Oxcart
Équipage
2 membres
Motorisation
Moteur Pratt & Whitney J58 (JT11D-20A)
Nombre 2
Type Turbo-statoréacteur avec postcombustion
Poussée unitaire 144 kN
Dimensions
vue en plan de l’avion
Envergure 16,94 m
Longueur 32,74 m
Hauteur 5,64 m
Surface alaire 166,7 m2
Masses
À vide 26 762 kg
Carburant 36 000 kg
Maximale 66 000 kg
Performances
Vitesse maximale 3 540 km/h (Mach 3,32)
Plafond 25 900 m
Vitesse ascensionnelle 3 600 m/min
Rayon d'action À Mach 3 : 4 800 km
Charge alaire 410 kg/m2
Avionique
Équipements de reconnaissance et d'espionnage
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Il a été développé à partir de l'avion-espion Lockheed A-12 Oxcart.

Également surnommé « Habu » (de Habu, nom d'un serpent noir venimeux demeurant sur certaines îles du Japon, notamment Okinawa, où un détachement d'appareils était basé), le SR-71 conservait la silhouette unique et les performances extraordinaires de l'A-12. Il s'en distinguait par des capteurs de reconnaissance spécifiques et par la présence d'un second membre d'équipage chargé de les mettre en œuvre.

Les origines : la guerre froide

En 1945, à la suite de l'abaissement du rideau de fer et de l'instauration de la guerre froide entre l'Union soviétique et les États-Unis, ces derniers se rendirent compte qu'ils ne possédaient alors aucune donnée stratégique sur celle-ci, et notamment sur son potentiel militaire et industriel.

De fait, et ce malgré l'opération Wringer, première opération de renseignement systématique sur l'URSS qui fut menée de 1945 à 1950 par le 7001th Air Intelligence Service, et qui consistait en un interrogatoire systématique de tous les prisonniers allemands rapatriés des camps soviétiques[2], les États-Unis ne possédaient qu'une vision restreinte du potentiel de leur adversaire d'alors. De plus, la majorité des installations industrielles et militaires avaient été depuis déplacées vers l'Oural, à la suite de l'invasion allemande de 1941, lors de l'opération Barbarossa[3], rendant du même coup leur localisation et tout bombardement ultérieur impossibles.

C'est dans ce contexte de tension géopolitique permanente que fut développé le précurseur du SR-71, à savoir le Lockheed U-2. Son altitude de vol de 20 000 m le mettait hors de portée des missiles antiaériens soviétiques, tout en lui permettant de photographier les zones assignées par la CIA[3]. Cependant, la détection, dès 1956, de l'U-2 par les radars de la défense soviétique amena les États-Unis, dès le milieu des années 1950, à ouvrir d'autres pistes pour conserver leur avantage tactique.

Conception

Un temps envisagé, le concept de furtivité fut exploré par l'équipe de Clarence L. Kelly Johnson, à la tête du bureau d'études Skunk Works (l'équipe des putois ou des boulots tordus[4]) de Lockheed. Toutefois, les capacités de production industrielle des États-Unis ne permettaient pas alors d'envisager une application militaire et une production industrielle à très court terme. De fait, une nouvelle orientation fut donnée par Kelly Johnson au programme Archangel, soutenue par une idée maîtresse : l'invulnérabilité serait le fruit de l'altitude et de la vitesse, avec les objectifs suivants : atteindre le double des plafonds et le triple des vitesses des meilleurs chasseurs de l'époque, soit une altitude de vol supérieure à 20 000 m et une vitesse de 3 100 km/h (soit proche de Mach 3)[3].

Le développement du SR-71 commença en , et devint prioritaire à la suite de l'accident de l'U-2 du pilote Francis Gary Powers, abattu par un missile antiaérien soviétique SA-2, le , et validant de fait la conception défendue par Lockheed.

Renommé « char à bœufs » ou « Oxcart », le projet reçut également le soutien de la CIA et du Pentagone, qui furent rendus aveugles à la suite de la suspension des vols de l'U-2, et qui avaient un besoin permanent d'informations pour les lancements des missiles balistiques et pour anticiper les potentiels mouvements de troupes du côté soviétique[3].

Des solutions techniques innovantes

Les difficultés techniques et les défis technologiques à relever par l'équipe des Skunk Works furent de plusieurs ordres.

En effet, d'après les calculs des ingénieurs, à une vitesse de Mach 3 et à une l'altitude de vol de 20 000 m, à une température extérieure de −55 °C, le frottement avec les molécules de l'atmosphère engendrait une élévation de la température du fuselage à 220 °C minimum, et jusqu'à 560 °C au niveau des tuyères. De ce fait, le titane, plus résistant que l'acier et l'aluminium, allait être employé (il fut importé de l'Union soviétique par une société-écran créée pour l'occasion par la CIA). Les vitres du cockpit étaient portées à une température de plus de 150 °C au cours du vol[3], ce qui obligea la mise au point d'un verre spécial à base de quartz. Les pneumatiques logés dans les soutes étaient soumis aux mêmes contraintes et durent bénéficier d'un développement spécifique, comprenant l'ajout d'un composé métallique pour refléter une partie de la chaleur[5].

Les conditions de vol, avec une pression atmosphérique de seulement 30 hectopascals (3 % de celle au niveau de la mer) et une température interne du cockpit de 70 °C, nécessitaient la mise au point de combinaisons intégrales pressurisées pour les pilotes, afin d'éviter le risque d'hypoxie[3].

Le développement des turboréacteurs Pratt & Whitney J58, d'une masse de trois tonnes chacun, qui devaient offrir une résistance à des températures extérieures de 400 °C, produire une poussée de 150 kN et donner une vitesse ascensionnelle de 60 m/s à l'avion, prit également un temps important. La mise au point des cônes de leurs entrées d'air mena à la mise en place d'une géométrie variable sur ces derniers, afin d'éviter le risque de calage en cas de trop forte admission d'air. Leur alimentation était assurée par un groupe de six réservoirs logés dans le fuselage et dans les ailes, embarquant au total 36,6 tonnes d'un carburant particulier : le JP-7. Celui-ci avait pour particularité de posséder un point d'éclair beaucoup plus élevé que le kérosène classique, afin qu'il ne s'enflamme pas à cause de l'échauffement de l'avion lorsqu'il évoluait à grande vitesse. Cette particularité fut d'ailleurs également employée par les ingénieurs de Lockheed pour refroidir l'appareil. Le carburant circulait dans des zones chaudes à l'avant, dans le nez et les soutes, puis dirigé vers les zones froides à l'arrière. Ce système de circulation novateur permettait de limiter l'échauffement dû au déplacement de l'appareil.

Pour compenser cette chaleur et les contraintes physiques intenses sur la cellule de l'appareil, le revêtement du SR-71 n'était pas lisse, mais ondulé, à l'exemple du Junkers Ju 52. Cela lui permettait d'éviter la déchirure de son enveloppe au cours du vol[3] en raison de la dilatation causée par la chaleur. Les moteurs, notamment, subissaient une dilatation de cm en largeur et 15 cm en longueur, obligeant l'intégration de zones de dilatation dans la structure. L'inconvénient était que l'appareil avait beaucoup de fuites lorsqu'il était au sol, car ses réservoirs ne se colmataient parfaitement que lorsque le fuselage avait commencé à chauffer et à se dilater, plaquant les panneaux de revêtement les uns contre les autres et assurant une étanchéité parfaite[6]. Une huile spécifique nécessaire pour les circuits hydrauliques était également raffinée pour fonctionner à une température en vol de 350 °C.

La signature radar fut également revue, grâce à des matériaux composites absorbant les ondes radars, employés dans les bords extérieurs de la structure. Enfin, pour assurer la défense de l'appareil, des systèmes de contre-mesures électroniques visant à brouiller les signaux des radars furent installés[3].

Tests

Les tests furent effectués sur la zone 51, de 1962 à 1967, sur la base de l'A-12 (déployé pour le compte de la CIA), qui venait tout juste d'effectuer son premier vol, le .

Destiné à l'US Air Force, le SR-71, version améliorée de l'A-12, devait pouvoir effectuer sa mission de reconnaissance sans avoir à passer à la verticale de son objectif, contrairement à son prédécesseur. Le premier vol de cette version eut lieu le [3].

Le 25 janvier 1966, un SR-71 en test de la base aérienne d'Edwards AFB pour un vol d'essai visant à étudier des méthodes de réduction de la traînée et, par conséquent, à améliorer les performances en croisière à des vitesses élevées. À 78 000 pieds, le SR-71 volait à Mach 3,18 la commande automatique d'entrée d'air du moteur droit tomba en panne. Le pilote passa alors en mode manuel et amorça un virage à droite avec une inclinaison de 35 degrés. Un phénomène appelé « inlet unstart » (arrivée d'air non démarrée) se produisit alors sur le moteur droit, provoquant une perte de puissance instantanée et un cabrage prononcé de l'appareil, accentuant ainsi le virage. Le pilote tenta de redresser l'avion, mais celui-ci était devenu incontrôlable et se désintégra en quelques instants à une altitude de 78 800 pieds.

Aucun des deux occupants n'eut le temps d'activer son système d'éjection, mais tous deux furent projetés en chute libre par la rupture de leurs harnais. Le pilote de Lockheed, Bill Weaver, reprit conscience juste avant l'ouverture automatique de son parachute à environ 4 500 mètres d'altitude et atterrit sans encombre. En revanche, le spécialiste des essais en vol, Jim Zwayer, fut retrouvé mort à proximité, les cervicales brisées, probablement lors de la violente désintégration de l'appareil[7].

Parallèlement, le premier vol opérationnel de l'A-12 fut effectué au-dessus du Viêt Nam le .

Équipements

Cockpit du SR-71 Blackbird.

Le SR-71, destiné uniquement à l'espionnage et la reconnaissance, n'embarquait aucune arme offensive dans ses soutes et avait une capacité maximale de 1 600 kg[3]. Il était, en revanche, équipé des capteurs suivants[8] :

  • deux caméras panoramiques de 33 cm de focale utilisant un film de 70 mm de large à haute résolution Operational Objective Camera (OOC) d'ITEK (en) (Boston) situées dans le nez de l'avion. Les vues des caméras gauche et droite étaient fixes par rapport à la verticale et balayaient horizontalement de -5 degrés sous l'avion jusqu'à +45 degrés de leur côté respectif[9] ;
  • un radar à ouverture synthétique (ASARS) ;
  • un radar cartographique à balayage latéral (CAPRE) ;
  • un système d'acquisition d'émissions électromagnétiques (ELINT) ;
  • une caméra thermique.

Afin de se repérer au mieux, son positionnement était assuré par l'Astro-Inertial Navigation System ou ANS, par relèvement des étoiles[10], mis au point par Nortonics et offrant une précision à un kilomètre près après un parcours de 20 000 kilomètres (avant l'invention et le déploiement du GPS)[3].

La production des caméras OOC fut arrêtée au début des années 1970. Elles furent remplacées par un Optical Bar Camera (OBC) couvrant 70° de chaque côté de l'avion, qui pouvait photographier 100 000 miles carrés de la surface terrestre par heure. L'image sur pellicule mesurait 72 miles de large et 10 500 pieds de long. Initialement équipée d'un objectif de 24 pouces de focale, celle-ci fut ensuite portée à 30 pouces[9].

Variantes, production, pertes et expositions

Des SR-71 en fabrication à Skunk Works en 1965.

L'US Air Force a attribué aux SR-71 les numéros de série de 61-17950 à 61-17985 pour produire 32 exemplaires. Les numéros 61-17982 à 61-17985 n'ont pas été utilisés[11]. Aucun SR-71 ne fut abattu par une arme ennemie (terrestre ou aérienne), les seules pertes enregistrées étant dues à des accidents. Aujourd'hui, il ne reste plus que 20 Lockheed SR-71 Blackbird en état.

Davantage d’informations Type, Description ...
Production totale
Type Description Construits Perdus
SR-71A Biplace de reconnaissance stratégique 29 11
SR-71B Version d'entraînement du SR-71A 2 1
SR-71C Avion d'entraînement construit à partir d'un YF-12A et d'une maquette du SR-71, après la perte d'un SR-71B[12] 1 0
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  • 61-7950/ #2001 : perdu le 10 janvier 1967 sur la base aérienne d'Edwards, en Californie. Lors d'essais de freinage antiblocage, les pneus ont éclaté, provoquant un incendie qui a entraîné la perte de l'appareil. Le pilote d'essai de Lockheed, Art Peterson, a survécu.
SR-71A Blackbird n°61-7951 au Pima Air Museum, Tucson
  • 61-7951/ #2002 : exposé au Pima Air Museum, à Tucson, Arizona.
  • 61-7952/ #2003 : perdu le 25 janvier 1966 près de Tucumcari, au Nouveau-Mexique. Alors qu'il volait à Mach 3, à 24 400 mètres d'altitude, avec une inclinaison de 30 degrés, le moteur droit s'est arrêté, provoquant la désintégration de l'appareil. Jim Zwayer, RSO de Lockheed, a péri lors de l'éjection. Bill Weaver, pilote d'essai chez Lockheed, a survécu, bien qu'il n'ait pas pu s'éjecter : l'avion s'est désintégré autour de lui.
  • 61-7953/ #2004 : le 18 décembre 1969 le SR-71A numéro de série 61-7963 s'est écrasé à la suite d'un problème technique, les compresseurs des deux moteurs ont calé. Le SR-71A a ralenti brusquement, puis a piqué violemment du nez. Les deux pilotes se sont éjectés sains et saufs près de Shoshone (Californie)[13].
  • 61-7954/ #2005 : le SR-71A numéro de série 61-7954 s'écrase au décollage le 11 Avril 1969 à Edwards AFB[14].
  • 61-7955/ #2006 : exposé à Edwards AFB.
SR-71B Blackbird au Air Zoo, Kalamazoo)
  • 61-7956/ #2007/NASA #831 : Modèle "B" (avion d'entraînement). Intégré à l'inventaire de la NASA (NASA n° 831) à la suite de l'arrêt du programme SR-71 de l'USAF. À la suite de la réouverture du programme SR-71 de l'USAF, utilisé conjointement par la NASA et l'USAF. À la suite de la seconde annulation du programme SR-71 de l'USAF, transféré à la NASA. Le 17 décembre 2002, transféré au Kalamazoo Air Zoo, à Kalamazoo, dans le Michigan.
  • 61-7957/ #2008 : SR-71B (avion d'entraînement) disparu le 11 janvier 1968 près de la base aérienne de Beale, en Californie. Au-dessus de l'État de Washington, le SR subit une double panne de générateur. Le pilote instructeur, le lieutenant-colonel Robert Sowers, et l'élève pilote, le capitaine David Fruehauf, parvinrent à amorcer l'approche de Beale lorsque les deux moteurs s'éteignirent brutalement à la suite de la cavitation des pompes à carburant. Les deux membres d'équipage s'éjectèrent sains et saufs, tandis que le SR s'écrasa sur le dos à quelques kilomètres de la base aérienne de Beale.
  • 61-7958/ #2009 : exposé au Museum of Aviation, Robbins AFB, Georgie
  • 61-7959/ #2010 : exposé au USAF Armament Museum, Eglin AFB, Floride
SR71A n°61-7960 au Castle Air Museum
  • 61-7960/ #2011 : exposé au Castle Air Museum, Californie
  • 61-7961/ #2012 : exposé au Kansas Cosmosphere and Space Center, Hutchinson, Kansas
SR-71A n°61-7962 à l'Imperial War Museum de Duxford
  • 61-7962/ #2013 : exposé à l'Imperial War Museum de Duxford, Angleterre depuis le 11 avril 2001
  • 61-7963/ #2014 : exposé à Beale AFB.
  • 61-7964/ #2015 : exposé au SAC Museum, Offutt AFB, Nebraska
  • 61-7965/ #2016 : le SR-71A numéro de série 61-7965, indicatif d'appel ASPEN 28, a quitté la base aérienne de Beale à 00h58 UTC le 25 octobre 1967 pour un vol d'entraînement de nuit de trois heures. Il s'écrase à la suite d'une désorientation causée par la panne de son système de navigation inertielle (INS) en vol de nuit. Les deux membres d'équipage s'éjectent sains et saufs près de Lovelock (Nevada)[15]. Il s'agissait du deuxième SR perdu par l'USAF.
  • 61-7966/ #2017 : disparu le 13 avril 1965 près de Las Vegas, au Nouveau-Mexique. L'appareil a subi un décrochage subsonique après un ravitaillement en vol nocturne. Il s'est écrasé près de Las Vegas, après que les deux membres d'équipage, le capitaine Earle Boone et le capitaine Richard Sheffield, se soient éjectés sains et saufs. Première perte d'un SR71 pour l'USAF.
  • 61-7967/ #2018 : remis à neuf par Lockheed pour l'USAF, remis en vol le 28 août 1995. Il est maintenant exploité par l'USAF depuis la base aérienne d'Edwards, en Californie;
SR-71A n°61-7968 au Virginia Aviation Museum
  • 61-7968/ #2019 : exposé au Virginia Aviation Museum, Virginie;
  • 61-7969/ #2020 : disparu le 10 mai 1970 près de la base aérienne royale thaïlandaise de Korat (RTAFB), en Thaïlande. Après un ravitaillement en vol, l'appareil était en phase de reprise d'altitude lorsqu'il pénétra dans un violent orage dont les nuages s'élevaient bien au-dessus de 13 700 mètres. Les deux moteurs s'éteignirent et, ne pouvant sauver l'avion le commandant William Lawson et le commandant Glibert Martinez s'éjectèrent sains et saufs.
  • 61-7970/ #2021 : disparu le 17 juin 1970 près d'El Paso, au Texas. Après un ravitaillement en vol, le SR et le KC-135Q entrèrent en collision. Le SR cabra brusquement et percuta le ravitailleur. Le lieutenant-colonel Buddy Brown et le commandant Mortimer Jarvis, s'éjectèrent sains et saufs, mais Buddy Brown se fractura les deux jambes lors de l'éjection. Le KC-135Q regagna péniblement la base aérienne de Beale, en Californie.
  • 61-7971/ #2022/ NASA #832 : prêté à la NASA. Exploité par l'USAF depuis la base aérienne d'Edwards, en Californie. Avion en démonstration lors du Beale Air Fest '97
SR-71A au Steven F. Udvar-Hazy Center, VA
A-12 Oxcart et SR-71A Blackbird au Blackbird Airpark, Palmdale
  • 61-7973/ #2024 : exposé à Blackbird Airpark, Palmdale, Californie
  • 61-7974/ #2025 : le 21 avril 1982, près de Luzon, le SR-71A n° 61-7974 a subi une panne moteur non contenue et des éclats ont touché les conduites hydrauliques droites, entraînant une perte de contrôle. Le pilote, le colonel Daniel E. House, et l'officier de navigation, le major Blair L. Bozek, se sont éjectés et ont atterri sains et saufs en mer de Chine méridionale. L'équipage a été secouru par un pêcheur[16].
  • 61-7975/ #2026 : exposé au March Field Air Museum, Californie
SR-71A n°61-7976 à l'USAF Museum, Ohio
  • 61-7976/ #2027 : exposé à l'USAF Museum, Wright-Patterson AFB, Ohio
  • 61-7977/ #2028 : disparu le 10 octobre 1968 sur base aérienne de Beale, en Californie. De retour d'une opération de maintenance chez Lockheed ADP, au décollage, l'un des moyeux de roue explosa, provoquant un incendie qui ravagea l'appareil. Le commandant James Kogler s'éjecta. Le pilote, le commandant Gabriel Kardong, choisit de rester à bord. Les deux membres d'équipage survécurent.
  • 61-7978/ #2029 : perdu le 20 juillet 1972 à la base aérienne de Kadena, à Okinawa. Tentant d'atterrir par fort vent de travers, le pilote de l'USAF, le capitaine Dennis Bush, dut interrompre la manœuvre après avoir déployé le parachute de freinage. Il largua le parachute, effectua une remise de gaz et tenta un nouvel atterrissage, sans parachute. La seconde tentative fut trop rapide et le SR sortit de piste, arrachant le train d'atterrissage principal et endommageant considérablement le dessous de l'appareil. Le commandant de bord, le capitaine James Fagg, et le pilote s'en sortirent indemnes. Cet avion était surnommé « Rapid Rabbit ». On tenta de le détruire par le feu, mais sans succès ; il fut enfoui près de l'extrémité de la piste, dans une petite colline, aujourd'hui connue sous le nom de mont Habu.
SR-71A n°61-7979 à Lackland AFB, texas
  • 61-7979/ #2030 : exposé à l'USAF History and Traditions Museum, Lackland AFB, Texas
SR-71A équipé du pod LASRE
  • 61-7980/ #2031/ NASA #844 : en service pour la NASA sous le numéro 844 équipé d'un moteur à Tuyère aerospike linéaire pour les essais LASRE en 1997.
  • 61-7981/ #2001 : modèle « C » (avion d'entraînement), construit à partir de l'avant du modèle d'essai statique du SR-71 et de l'arrière du YF-12 n° 934 ; exposé à la base aérienne de Hill, Utah[17].

Anecdotes

En principe, la dénomination de l'appareil aurait dû être Blackbird RS-71, pour Reconnaissance/Strike reconnaissance/attaque », en anglais). Toutefois, le général Curtiss LeMay lui préféra la désignation SR-71, pour Strategic Reconnaissance, et transforma le texte de la déclaration du président Lyndon Johnson du .

Le nom de « Blackbird » provient de la couleur bleu très foncé - voire noire - de la peinture employée pour le camouflage qui permet à l'avion de réémettre la chaleur dégagée par les frottements de l'air sur la carlingue par rayonnement. Ce rayonnement contribue pour grande partie au refroidissement de l'avion[5].

La température atteinte par les vitres du cockpit permettait aux pilotes de réchauffer les rations alimentaires au cours des vols[3].

Histoire opérationnelle

À partir du mois de , les premiers SR-71 commencèrent à être déployés sur la base de Kadena à Okinawa, en remplacement des A-12. La première mission opérationnelle eut lieu le au-dessus du Viêt Nam du Nord. Les résultats obtenus à cette occasion confirmèrent la justesse des choix de conception de Lockheed : le SR-71, de par sa vitesse et son altitude, échappait à toute tentative d'attaque des missiles antiaériens des pays du bloc de l'Est ou affiliés, dont la liaison entre sites radar était encore très restreinte[3]. Les survols continuèrent tout au long de la guerre du Viêt Nam ; pendant le début des années 1970, les SR-71 faisaient en moyenne deux sorties au-dessus du Viêt Nam du Nord par semaine[18]. Ils participèrent, notamment, aux reconnaissances du raid de Son Tay et à l'estimation des résultats des opérations Linebacker et Linebacker II et des combats de l'incident du Mayagüez. Ils furent la cible de tirs de missiles SA-2 nord-vietnamiens, mais ne furent jamais touchés. Cette invulnérabilité tient en partie à la chance : le , à cause de problèmes techniques, un SR-71 se retrouva au-dessus de Hanoï à 41 000 pieds à moins de Mach 1,7, mais aucun des nombreux SAM de la ville ne sera tiré[19]. Le , Clarence Johnson annonça que plus de 1 000 missiles avaient été tirés contre le SR-71 sans jamais l'atteindre[réf. souhaitée].

Les SR-71 basés à Kadena furent également utilisés pour des reconnaissances régulières à la périphérie de l'URSS, et pour surveiller les exercices de la flotte soviétique du Pacifique[20]. Malgré la légende, le SR-71 Blackbird n'a jamais été utilisé pour violer l'espace aérien de l'URSS ni celui de la république populaire de Chine[21]. La Corée du Nord fut également une cible fréquente de reconnaissances avec des Blackbird, qui faisaient à partir de 1977 douze sorties par mois pour surveiller régulièrement la disposition des forces nord-coréennes le long de la zone démilitarisée. En , un de ces vols fut la cible d'un tir d'un SA-2 nord-coréen, sans dommages[22].

Les SR-71 furent déployés au Moyen-Orient en 1973 pendant la crise de la guerre du Kippour[3].

Entre février et , les SR-71 feront cinq survols du Cambodge sous le nom d'opération Giant Scale II. Ces sorties photographiques déterminèrent que les forces vietnamiennes ne s'étaient pas positionnées le long de la frontière thaïlandaise après leur invasion du Cambodge ; elles permirent de faire une estimation de la récolte de riz et de planifier en conséquence l'aide alimentaire américaine au Cambodge ; et cherchèrent, sans les trouver, des indices d'une éventuelle détention de disparus au combat américains dans ce pays[23].

Des survols de l'Iran furent envisagés, mais pas effectués pendant la crise des otages américains en Iran en 1979-1980. Ce n'est qu'à partir de 1987, avec l'escalade de la « guerre des pétroliers » pendant la guerre Iran-Irak, que les Blackbird firent quatre longues sorties à partir de Kadena pour survoler le golfe Persique[24].

Retrait du service

Le développement par les États-Unis de réseaux satellitaires d'observation militaires, de plus en plus nombreux et aux images de plus en plus précises, rendit l'avion de moins en moins intéressant. Moins coûteux, les satellites-espions permettaient en outre de s'affranchir de l'épaisse couche nuageuse qui recouvre le nord de l'Europe et de l'URSS environ 200 jours par an[25], tout en évitant le vol au-dessus de territoires hostiles[4].

En outre, les opérations du SR-71 nécessitaient une mobilisation logistique importante, notamment une flotte d'avions ravitailleurs spécialisés, les KC-135Q, capables de fournir le carburant spécial JP-7 qui n'était utilisé que par le Blackbird. Les SR-71 étaient généralement ravitaillés en vol en altitude après une pointe de vitesse à Mach 3, qui permettait à la structure de l'avion de s'échauffer et de se dilater, et d'assurer ainsi l'étanchéité des réservoirs[26].

Enfin, à la différence des satellites, qui transmettent les informations en continu, le SR-71 ne disposait pas d'un système de transmission des données en temps réel[3]. Il devait donc retourner à sa base afin de transmettre ses enregistrements. L'U-2 lui était d'ailleurs souvent préféré, car ses versions récentes disposaient d'un tel système de liaison, qui était très apprécié par les troupes au sol lors des conflits. De plus, l'U-2 pouvait rester plusieurs heures en patrouille au-dessus d'une zone à surveiller, alors que le SR-71 ne pouvait effectuer qu'un passage rapide en ligne droite et n'avait, en comparaison, qu'une faible autonomie[27].

Pour l'ensemble de ces raisons, le SR-71 fut donc mis à la retraite en . Cependant, en , le Congrès américain vota un budget de 100 millions de dollars (réduit ensuite à 72,5 millions de dollars), pour permettre la réactivation de trois SR-71. Ces avions reprirent du service de 1995 à 1998. Le dernier vol d'un SR-71 eut lieu le  : il s'agissait d'un vol de recherche pour le compte de la NASA.

Certains prétendent que le Blackbird a été, en fait, remplacé par l'hypothétique Aurora ou le Northrop B-2 Spirit dont les performances officielles, subsoniques, relèveraient de la désinformation. Toutefois, si le programme Aurora reste très obscur, la configuration aérodynamique du B-2 lui interdit d'être supersonique. À comparer avec le SR-71 qui dépassait facilement Mach 3[28] et effectuait ses missions à des vitesses supérieures à Mach 2,8.

Aucun appareil n'a été officiellement intercepté lors des missions effectuées, la grande vitesse et le plafond élevé de l'avion rendant un tel événement extrêmement peu probable. Pour s'entraîner à l'interception du MiG-25 soviétique, les Dassault Mirage F1 de la 5e escadre de chasse de la base aérienne 115 Orange-Caritat ont tenté d'intercepter, à plusieurs reprises, des SR-71 américains[29].

Utilisateurs

United States Air Force[30],[31]

Air Force Systems Command
4786th Test Squadron (1965–70)
SR-71 Flight Test Group (1970–90)
Strategic Air Command
1st Strategic Reconnaissance Squadron (1966–90)
99th Strategic Reconnaissance Squadron (1966–71)
Detachment 1, Kadena Air Base, Japon (1968–90)
Detachment 4, RAF Mildenhall, Angleterre (1976–90)
Air Combat Command
Bases d'opérations avancées à Eielson AFB en Alaska, Griffis AFB dans l'État de New York, Seymour-Johnson AFB en Caroline du Nord, Diego Garcia, et Bodø en Norvège (1973–90).

National Aeronautics and Space Administration (NASA)[32]

Les SR-71 ont été utilisés principalement au profit de la CIA, du département d'État américain, de la NASA et, paradoxalement, de la US Navy. En effet cette dernière, après le retrait du RA-5 Vigilante, se trouva dépourvue de moyen de reconnaissance à long rayon d'action[33].

Records

Record mondial de vitesse[34] :

  • le , de New York à Londres (5 568 km) en 1 h 54 min 56,4 s, soit 2 906,56 km/h de vitesse moyenne ;
  • le , de Londres à Los Angeles (8 764 km) en 3 h 47 min 39 s, soit 2 309,86 km/h de vitesse moyenne ;
  • le , un SR-71 établit un record simultané d'altitude en vol horizontal et de vitesse en atteignant 3 529,56 km/h à 25 929 mètres.

Culture populaire

Gros plan sur les postes de pilotage de l'unique SR-71B.

Cinéma

  • Dans les comics X-Men, l'avion des protagonistes est un Blackbird SR-71 « modifié » pour répondre à leurs besoins. Dans les adaptations :
    • Dans la trilogie X-Men à X-Men : L'Affrontement final, l'avion a une ressemblance frappante avec le SR-71 et porte d'ailleurs le nom de « Blackbird »,
    • Dans le film X-Men : Le Commencement (2011), le SR-71 apparait comme un avion révolutionnaire pour les années 1960 car il y est construit par un mutant surdoué ;
  • Dans le film D.A.R.Y.L. (1985), Daryl utilise un SR-71 pour rejoindre son ami, celui-ci saute en parachute avant que l'avion ne soit autodétruit ;
  • Dans le film L'Approche finale (Fox Video, 1991), l'avion utilisé est un SR-71 ;
  • Dans le film Armageddon (1998), l'équipe de sauvetage reçoit un cours dans un hangar à avions. Ils font alors face à deux SR-71 ;
  • Dans le film Space Cowboys (2000), Francis Corvin et le colonel William « Hawk » Hawkins (un ancien pilote de SR-71) discutent sous l'aile d'un Blackbird avant le départ dans l'espace de l'équipe ;
  • Dans le film Air Rage (2001), une équipe d'intervention utilise un SR-71 pour monter à bord d'un avion de ligne détourné par des pirates de l'air ;
  • Dans le film Vol d'enfer (2007) , réalisé par Michael Keusch, Steven Seagal part en mission aux commandes d'un SR-71 pour retrouver le X-77, un avion F-117 modifié tombé aux mains d'un groupe terroriste se cachant dans le nord de l'Afghanistan ;
  • Dans le film Iron Man (2008), réalisé par Jon Favreau, Tony Stark demande à Jarvis, l'ordinateur de bord de sa combinaison, quel est le record d'altitude détenu par le SR-71, puis tente de le battre ;
  • Dans le film Transformers 2 : La Revanche, Jetfire, alias Skyfire, est un SR-71 Blackbird ;
  • Dans le film Turbulences en plein vol (2010), pour que Tom entre dans le Boeing 747, ils utilisent un SR-71 Blackbird.
  • Dans le film Je suis une légende (2007), contrairement à la croyance, Robert Neville joue au golf sur l'aile d'un A-12 et non d'un SR-71 Blackbird.

Jeux vidéo

  • Dans le jeu vidéo Ace Combat 5: Squadron Leader, la première mission consiste à poursuivre un avion de reconnaissance ennemi, qui est un SR-71 ;
  • Dans le simulateur de vol X-plane ;
  • Dans le jeu vidéo Heatseeker le joueur peut le débloquer en fin de campagne ;
  • Dans le jeu vidéo Chrono Trigger, sur Snes, une forteresse volante massive est baptisée « Blackbird » par son créateur, l'un des trois gourous Balthasar, le gourou de la raison ;
  • Dans le jeu vidéo GL-117, Blackbird est le nom d'un modèle d'avions de combat non jouable ;
  • Dans le jeu vidéo Tom Clancy's H.A.W.X, le joueur peut piloter un SR-71 ;
  • Dans le simulateur de vol Chuck Yeager's Advanced Flight Training, il est possible de piloter le SR-71 ;
  • Dans le jeu vidéo Call of Duty: Black Ops, le joueur dans une mission fait décoller le Blackbird puis se sert de l'outil d'espionnage pour diriger l'escouade au sol. En mode multijoueur, on débloque le Blackbird en bonus après plusieurs éliminations d'affilée ou alors éventuellement dans un colis stratégique. Une fois débloqué et activé, le SR-71 permet de voir avec précision la localisation des ennemis et leur direction sur la carte ;
  • Dans le jeu Transformers, le jeu, on peut avoir, en multijoueur, Jetfire qui est un SR-71 blackbird ;
  • Dans le jeu Xenonauts, le joueur peut commander un dérivé du SR-71 Blackbird dénommé dans le jeu Fury ;
  • Dans le mode Allied Intent Xtended (AIX) pour Battlefield 2, le joueur peut piloter un "F-12 Blackbird" c'est-à-dire une version finalisée du YF-12 qui donna naissance au SR-71 Blackbird.
  • Dans le simulateur de vol sur mobile Extreme Landings de Rortos, il est possible de le piloter dans la version pro du jeu.
  • Dans la série de mangas/anime/ jeux vidéos: Wangan Midnight, le personnage Tatsuya Shima conduit Porsche 911 Turbo 3.6 surnommé le "Blackbird" en référence à cet avion.
  • dans le jeu roblox pilot training flight simulator.

Séries TV et autres

  • Dans la série Battlestar Galactica Blackbird est le nom d'un vaisseau furtif ;
  • Dans le tome 5 du manga Hellsing, Alucard le vampire s'écrase littéralement sur un porte-avions piraté par ses ennemis du groupe Millenium, à bord d'un SR-71.
  • Le constructeur Honda sort en 95/96 la CBR 1100 XX aussi nommée « super black bird ». L'avion est derrière la moto à la sortie d'un hangar sur la photo de présentation.
  • Dans les années 1980, un autre album des aventures de Buck Danny mettait en scène le SR-71. Cet album, qui se serait appelé Les Oiseaux Noirs, ne resta au stade que des premières planches, et ne sera jamais publié du fait de la mort de son auteur, Jean-Michel Charlier. En 2017, à l'occasion du 70e anniversaire de la série, l'album sera quand même édité par Dupuis, les dessins ayant été complétés par Francis Bergèse et le scénario par Patrice Buendia et Frédérick Zumbielh. Une suite est prévue pour la fin de l'année sous le titre Opération Checkmate.
  • Breitling, spécialiste des chronographes utilisés par l'armée américaine durant la guerre froide a sorti l'Avenger Blackbird, montre automatique de luxe en titane recouvert d'une couche de carbone DLC en référence au SR-71
  • La chaîne sur YouTube Stardust - La chaîne Air & Espace sort le 04/08/2023 un documentaire sur l'histoire du SR-71.

Notes et références

Voir aussi

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