SS Albert Ballin

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Le SS Albert Ballin était un paquebot transatlantique allemand de la Hamburg-America Line (HAPAG), qui a été lancé le par les chantiers Blohm & Voss de Hambourg. Il entra en service sur l'Atlantique Nord à l'été 1923. L'Albert Ballin fut le premier d'une série de quatre navires de la HAPAG : le Deutschland (1924), le Hamburg (1926) (de) et le New York (1927) (de). Utilisé en 1945 pour l'évacuation des territoires de l'Est, il est coulé par une mine. Il est renfloué par les Soviétiques en 1949. A partir de 1957, basé à Vladivostok, il dessert le Kamtchatka. Il est démoli en 1982 à Hong Kong.

Autres nomsHansa (1935–1953)
Sovetskiy Soyuz (1953–1980)
Tobolsk (1980–1982)
Commandé27 mars 1919
Faits en bref Autres noms, Type ...
SS Albert Ballin
illustration de SS Albert Ballin
Le Hansa, ex-Albert Ballin, en 1935

Autres noms Hansa (1935–1953)
Sovetskiy Soyuz (1953–1980)
Tobolsk (1980–1982)
Type Paquebot transatlantique, Paquebot mixte
Histoire
Chantier naval Blohm & VossVoir et modifier les données sur Wikidata (HambourgVoir et modifier les données sur Wikidata)
Commandé 27 mars 1919
Lancement
Mise en service
Statut Coulé (06/03/1945),
renfloué (15/12/1949),
démoli en mars 1982 à Hong Kong
Équipage
Équipage 415 / 423
Caractéristiques techniques
Longueur 191,2 m (1922)
206,5 m (1934)
205,2 m (1965)[Lien 1]
Longueur de flottaison 183,61 m (1922)
196,77 m (1934) (Lpp)
Maître-bau 22,18 m (1922)
24,08 m (1934)
24 m (1965)[Lien 1]
Tonnage 20 815 tjb (1922)
22 117 tjb (1934)
23 001 tjb (1955)
23 009 tjb (1965)
Propulsion Turbines à vapeur actionnant deux hélices
Puissance 13 500 ch (1922)
29 000 ch (1930)
Vitesse 16 nœuds (1922)
19 nœuds (1930)
21,5 nœuds (1934)
Profondeur 8,65 m (1965)[Lien 1]
Caractéristiques commerciales
Passagers 1 165
183 en 1re classe
216 en 2e classe
623 en 3e classe
Capacité 14 000 tdw (1922)
13 470 tdw (1934)
Carrière
Propriétaire Hamburg-Amerikanische-Packetfahrt-Actien-Gesellschaft (HAPAG)
Far Eastern Shipping Company, URSS[Lien 2]
Armateur Hamburg-America Line (1923-1945)
Marine marchande soviétique (1949-1981)
Pavillon Drapeau de la république de Weimar République de Weimar (1923-1933)
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand (1933-1945)
Drapeau de l'URSS Union soviétique (1949-1981)
Port d'attache Hambourg (1922)
Vladivostok (1953)
Port d'enregistrement Hambourg
Indicatif (RDKN) (1923-1935)
(DHAO) (1935-1949)
(UQSU) (1949-1982) [Lien 2]
IMO 5335993
Fermer

Contexte

Le premier programme de construction, après la Première Guerre mondiale, de la compagnie maritime allemande Hamburg-Amerikanische Packetfahrt-Actien-Gesellschaft (HAPAG) comprend deux paquebots d'environ 20 000 tonneaux de jauge brute pour la ligne de l'Atlantique Nord. Pour cette compagnie maritime qui, jusqu'en 1914, était la plus grande du monde, et qui a récemment commandé des navires de classe Imperator pour cette ligne, ces navires sont très modestes, mais ils constituent la première étape du retour de la compagnie maritime sur l'Atlantique Nord[1].

Conception et aménagements

L'Albert Ballin est le premier navire de transport de passagers que la HAPAG construit après la Première Guerre mondiale. Il porte le nom d'Albert Ballin (1857-1918), ancien directeur général de la HAPAG (1899-1918). Il est commandé aux chantiers navals Blohm & Voss de Hambourg le

Le navire doit accueillir 1 650 passagers (250 en première classe, 340 en deuxième  classe et 1 060 en troisième classe). La troisième classe de ces navires est destinée principalement au transport d'émigrants.

D'une longueur de 191,2 m et une largeur de 24 m, le navire jauge 20 815 tonneaux de jauge brute. Deux turbines à vapeur de 13 500 ch permettent une vitesse de 16 nœuds. Pour augmenter la stabilité du navire et le confort des passagers, le navire (et plus tard également ses sister ships) a été équipé de réservoirs anti-balancement de Frahm (en).

Pour les passagers de première classe, 215 lits et 36 canapés-lits sont disponibles dans 127 cabines. Il y a également 23 lits d'appoint. La deuxième classe compte 108 cabines avec 216 lits et 124 canapés-lits. La troisième classe, située à l'avant du navire, compte 645 lits répartis dans 186 petites cabines et 315 lits supplémentaires sur les ponts de vie. Les installations sanitaires sont très différentes des standards actuels. Parmi les cabines de première classe, très différentes, il n'y avait que 16 cabines de luxe avec salles de bains et toilettes privées. Pour les autres passagers, seules des toilettes et salles de bains publiques sont disponibles (selon la classe).

Les autres commodités sous le pont présentaient des différences significatives selon la classe. En première classe, Il y a 467 sièges (dont 238 en salle à manger), en deuxième classe, 427 sièges (dont 214 en salle à manger) et en troisième classe, 485 sièges (dont 345 en salle à manger)[2].

Le système radio de l'Albert Ballin, construit selon le système Telefunken, comprend un émetteur sonore de 500 watts pour le trafic local et, pour le trafic longue distance, un second émetteur sonore de 2 500 watts, ainsi qu'un émetteur à tube de 1 000 watts. Une station de téléphonie de chambre avec interphone y est connectée. L'équipement de réception comprend un récepteur détecteur, un amplificateur audio et un amplificateur basse fréquence jusqu'à 20 kilomètres. De plus, un téléphone à haut-parleur pour la diffusion des émissions radio destinées aux passagers est installé dans les salons[Presse 1].

Carrière

Médaille en porcelaine pour le voyage inaugural de l'Albert Ballin de Hambourg à New York en 1923.

L'Albert Ballin est lancé le . Il effectue son voyage inaugural de Hambourg à New York le , sous le commandement du commodore Thomas Kier (de)[3],[note 1].

Le SS Albert Ballin le .

Les années avant guerre

Le sister ship de l'Albert Ballin, le Deutschland (1924), est achevé fin 1923, mais n'est déployé qu'en , une fois le pic d'inflation en Allemagne passé. Les bons résultats de transport des deux navires conduisent à la commande de deux autres navires de ce type le [4]. Le Hamburg (1926) (de) entre en service en 1926, et le New York (1927) (de) en 1927. En raison de modifications de la réglementation américaine sur l'immigration, ces navires bénéficient d'un nombre réduit de places en troisième classe. Le New York est le premier navire de la HAPAG à aménager une quatrième classe avec la « troisième classe pour touristes ». Après une rénovation hivernale, une classe touristique est également proposée sur le Albert Ballin en 1928, le nombre total de passagers possible passant à 229 en première classe, 257 en deuxième classe, 144 dans la nouvelle classe touriste et 597 en troisième classe.

Manifeste de passagers daté du du SS Albert Ballin

Durant l'hiver 1929, un renouvellement complet des moteurs principaux est effectué sur les quatre navires de la classe. Les anciennes turbines sont retirées et utilisées sur d'autres navires (tels que les cargos Neumark, Kurmark et Uckermark)[5]. Les paquebots reçoivent de nouveaux systèmes de chaudières à haute pression et de nouvelles turbines, dont la puissance maximale est de 29 000 ch. Cela permet d'augmenter la vitesse du navire à 19 nœuds, et de raccourcir la traversée de 36 heures. Lors de la conversion, l'apparence extérieure est modifiée, avec des cheminées courtes et trapues, et les espaces passagers encore améliorés. Sur les deux navires les plus anciens, la deuxième classe disparait. L'Albert Ballin peut désormais accueillir jusqu'à 341 passagers en première classe, 339 en classe touriste et 493 en troisième classe. Le , il est le deuxième navire converti à effectuer des essais en mer. Il est mis en service avec une jauge brute qui atteint alors 20 931 tonneaux[6].

Sur le Albert Ballin, de retour en Europe de leur tournée en Amérique : le célèbre chef d'orchestre Arturo Toscanini (avec la casquette) avec le violoniste Adolf Busch; à droite, Mme Busch, à gauche, leur fille.

Passagers célèbres

En , Arturo Toscanini, le célèbre chef d'orchestre italien, alors à la tête de l'Orchestre symphonique philharmonique de New York, revient d'Amérique avec sa famille à bord du paquebot Albert Ballin. Il est accompagné du célèbre violoniste Adolf Busch, qui assure le premier rôle lors du concert d'ouverture de Toscanini[Presse 2].

En mars 1932, le concert du port de Hambourg, radiodiffusé, se déroule sur l'Albert Ballin[Presse 3].

Sous le Troisième Reich

En janvier 1934, en raison du froid intense, d'énormes torrents d'eau, qui s'étaient déversés sur l'Albert Ballin, gèlent, le recouvrant le navire d'une épaisse couche de glace à son arrivée à New York[Presse 4].

A son retour d'Amérique, l'Albert Ballin, comme tous les navires de sa classe, est rallongé d'environ 15 mètres. Selon un plan établi, les quatre navires sont transférés au bassin V de Blohm & Voss[Presse 5], où une partie du gaillard d'avant est coupée et remplacée par un nouveau gaillard d'avant construit au bassin VI. À cette fin, les deux bassins sont accouplés, et la nouvelle partie est hissée sur le navire sans proue à l'aide d'un traîneau. Grâce à la nouvelle forme de coque du gaillard d'avant, développée lors d'essais sur maquette, une vitesse de pointe de 21,5 nœuds est désormais possible. La vitesse prévue, cependant, reste à 19,2 nœuds, car les essais ont montré qu'une puissance moteur considérablement inférieure serait nécessaire pour cette vitesse et que les économies de carburant réalisées compenseraient rapidement le coût de la conversion[7]. Les cheminées sont à nouveau rallongées et l'habitacle des passagers est encore amélioré, pouvant désormais accueillir jusqu'à 228 passagers en première classe, 462 passagers en classe touriste et 395 en troisième classe[8]. Une nouvelle mesure après la reconstruction donne une jauge brute de 21 131 tonneaux. La conversion a été soutenue par le gouvernement du Reich pour maintenir le chantier naval occupé pendant la crise économique mondiale.

Indice notoire de cette crise, le paiement du billet vers l'Amérique : Le , une publicité de la HAPAG l'indique en Reichmarks ("seulement 621 RM")[Presse 6], alors que sur une publicité du , il est en dollars américains. Sur cette publicité, pour les quatre paquebots, le billet Hambourg - New York via Cherbourg et Southampton se vend à 180 dollars (première classe), 118,50 dollars (classe touriste) et 103,50 dollars (troisième classe)[Presse 7].

Le , sur la Weser à Bremerhaven, le remorqueur Merkur, de la Norddeutscher Lloyd, vient de larguer les amarres du Albert Ballin qu'il remorque pour son départ vers Hambourg. Le Merkur s'apprête à accoster pour déposer le pilote, lorsqu'il percute l'étrave du paquebot, et coule. Sept personnes du remorqueur et la femme du cuisinier périssent dans ce naufrage. Il y a cinq survivants. Alors que le remorqueur repose, quille relevée, au milieu du chenal de navigation, l'Albert Ballin retourne à quai, sa cale avant étant remplie jusqu'au pont K. [Presse 8],[Presse 9],[note 2].

Le Hansa


À l'automne 1935, l'Albert Ballin est rebaptisé Hansa sur l'insistance du ministère de l'Éducation publique et de la Propagande du IIIè Reich, car Albert Ballin est juif[10],[Presse 10],[Presse 11].

Le Hansa effectue son dernier voyage dans l'Atlantique Nord jusqu'à New York le .

La Seconde Guerre mondiale

Pendant la guerre, le Hansa sert de navire d'hébergement pour la Kriegsmarine (2e Division d'entraînement sous-marin (de) et 8e Flottille de sous-marins) et a également été utilisé en 1945 pour l'évacuation des territoires de l'Est[11]. Le , accompagné du paquebot Wilhelm Gustloff, il quitte Gotenhafen avec plus de 3 000 réfugiés à bord. Peu après, il doit mouiller au large de Hela, en raison d'une panne de moteur et de problèmes de gouvernail. Si le Wilhelm Gustloff, qui continue seul le voyage, est coulé pendant la nuit, le Hansa peut terminer sa traversée vers Kiel sans encombre le lendemain. D'autres voyages suivront.

Le , le Hansa heurte une mine près de Gedser lors de son dernier voyage vers l'ouest. Le navire est évacué. Alors qu'il tente d'entrer à Warnemünde, il chavire en eaux peu profondes près de l'entrée du port. Le côté tribord de sa coque dépasse de cinq mètres au-dessus de l'eau.

Au service de l'Union Soviétique

Le Sovetskiy Soyuz en cale sèche dans le port d'Anvers (23 août 1950)

Grâce à des sections de quai flottant abaissées, l'épave du navire, coucheé sur son côté bâbord, est redressée en 1949, rendue flottante, et lancée le . Décembre 1949, il est remorqué jusqu'au port de Warnemünde. Entre le et le , la coque est réparée au chantier naval Cockerill d'Anvers. En 1953, l'ancien Albert Ballin est renommé Sovetskiy Soyuz (russe : Советский Союз, signifiant « Union soviétique »). D'autres travaux de reconstruction au chantier naval Warnow (notamment la fusion des cheminées en une seule et le démontage de deux mâts) durent jusqu'en 1955, et la jauge brute du navire est portée à 23 001 tonneaux.

Le Sovetskiy Soyuz dans la baie de la Corne d'Or au large de Vladivostok en 1957.

Livré à l'Union soviétique à la fin de 1955, le navire est à cette époque le plus grand paquebot opérant sous pavillon soviétique. En janvier 1956, le Sovetskiy Soyuz quitte le port de Sassnitz et met le cap sur Sébastopol, où il reste pendant plus d'un an au quai nord, juste à côté du lieu de sépulture d'environ 600 victimes du Noworossijsk, chaviré en 1955[Lien 3], jusqu'à ce que les turbines à engrenages soient équilibrées à Kharkiv. Fin décembre 1957, le navire arrive à Odessa, où il est chargé de légumes en conserve pour l'Extrême-Orient soviétique, y compris le Kamtchatka. Afin d'atteindre l'Afrique sans entrer dans des ports étrangers, le navire a atteint le port de Nakhodka le , et ce n'est que le qu'il atteint sa destination, et son port d'attache, de Vladivostok. Dès lors, il dessert la ligne reliant Vladivostok à Petropavlovsk, au Kamtchatka.

Cloche du Albert Ballin

Jusqu'à son déclassement, il transporte plus de 660 000 personnes sur cette ligne et forme plus de 3 000 élèves marins[12]. En 1980, il est, pour la dernière fois, rebaptisé Tobolsk (en russe : Тобольск, d'après la ville du même nom), avant d'être désarmé le . Pour des raisons de propagande, il est en effet exclu que l'« Union soviétique » (Sovetskiy Soyuz) soit démantelé, démoli. Le , c'est donc le Tobolsk qui appareille pour Hong Kong, où il est remis à la démolition le [Lien 3].

Échapper à la liberté

En , le Sovetskiy Soyuz effectue un voyage aller-retour de vingt jours « De l'hiver à l'été, sans visa » sur la route Vladivostok - Équateur - Vladivostok, sans entrer dans les ports étrangers.

Tard dans la soirée du , alors que le navire se trouve à 10° de latitude, un passager, l'océanographe soviétique Stanislav Kurilov (1936-1998), saute par-dessus bord et nage vers les Philippines, sans boussole ni carte. Il n'a ni nourriture ni boisson, seulement un masque, un tuba et des palmes. Après deux jours et trois nuits de nage en pleine mer, il débarque sur l'île philippine de Siargao, où il est recueilli par des pêcheurs locaux. Kurilov obtient l’asile au Canada et la citoyenneté de ce pays[13].

Lorsque l'Union soviétique apprend son évasion, il est jugé par contumace et condamné à dix ans de prison pour « haute trahison ». Kurilov a par la suite vécu au Canada et en Israël, où il a travaillé comme chercheur marin. Il a publié le roman autobiographique « Seul dans l'océan »[14] et accordé plusieurs interviews. Son histoire est adaptée au cinéma en Russie en 2012, et diffusée sur la première chaîne de la télévision d'État[Lien 4],[Lien 5],[Lien 6].

Notes

  1. Le commodore Thomas Kier sera capitaine de sa mise en service jusqu'en 1926; le commodore Paul Wiehr (de) de 1926 à 1933
  2. Le remorqueur Merkur a été construit en 1912-1913 sous le nom de Loewer aux chantiers Meyer-Werft de Papenburg, avec son sister ship Wendemuth. Ces remorqueurs de 395 tonneaux de jauge brute mesurent 42,3 m de long, 8,5 m de large et développent 1 200 ch. La HAPAG les a commandés pour assister les navires de la classe Imperator. Après avoir servi auprès de la Bugsier-, Reederei- und Bergungsgesellschaft (de) et de la Lütgens & Reimers à Hambourg, la Norddeutscher Lloyd les achète en novembre 1929 pour assister ses vapeurs express Bremen et Europa et les rebaptise Merkur et Vulcan[9].

Presse

Références

Articles de presse

Bibliographie

Liens externes

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