En 463, Priscus mentionne que les Sabires attaquent les Saragurs, les Oghours et les Onoghours, à la suite d’une attaque qu’ils subissent eux-mêmes de la part des Avars[17],[18][19]. Il est proposé que le mouvement nomade commence après l’attaque chinoise de 450–458 contre le Khaganat Rouran[20].
En 504 et 515, ils mènent des raids autour du Caucase, qui constitue alors la frontière septentrionale de l’Empire sassanide sous le règne du roi Kavadh Ier, créant des difficultés aux Perses dans leur guerre contre l’Empire byzantin.[21] Il est proposé que les 20 000 Huns conduits par Zilgibis soient des Sabires. Ils concluent des traités tant avec Justin Ier qu’avec Kavadh Ier, mais choisissent le premier, ce qui aboutit à un accord mutuel entre Justin Ier et Kavadh Ier, puis à l’attaque dévastatrice menée contre Zilgibis et son armée[22].
Dans les années 520, la reine Boareks, veuve du chef sabire Balaq (turcique balaq[15],[23]), se rapproche des Byzantins grâce à la diplomatie de Justinien Ier et attaque avec succès deux chefs huns, Astera/Styrax (exécuté à Constantinople) et Aglanos/Glones (allié sassanide).[24],[25] Elle règne sur 100 000 personnes et peut aligner une armée de 20 000 hommes[26]. À la bataille de Satala (530), une armée perse composite commandée par Mihr-Mihroe compte environ trois mille Sabirs[27]. En décembre 531, de nombreux Sabirs sont mobilisés par les Perses pour piller l’Euphratésie, Cyrrhus et la Cilicie, mais une partie du butin est restituée par le magister militum romain[28].
Pendant la guerre lazique (541–562), en 548, ils s’allient avec les Alains au roi Gubazès II de Lazique et prennent Petra aux Perses[29]. En 551, des Sabirs s’allient à Bessas lors de la prise de Petra sur les Perses, tandis que quatre mille autres, conduits par Mihr-Mihroe, participent au siège infructueux d’Archéopolis[30]. En 556, deux mille Sabires servent comme mercenaires d’infanterie lourde de l’Empire byzantin contre l’Empire sassanide. Ils sont conduits par Balmaq (turcique barmaq, « doigt »[31]), Kutilzis (turcique *qut-il-či, qut signifiant « majesté ») et Iliger (turcique Ilig-ār, « homme-prince »)[32],[33]. Ils l’emportent sur trois mille Dilimnites près d’Archéopolis ; huit cents Dilimnites sont tués lors d’une charge avortée[34],[35]. La même année, environ cinq mille Sabirs alliés aux Perses sont tués par trois mille cavaliers romains[36],[37].
Dans le cadre de la guerre byzantino-sassanide de 572 à 591, en 572–573, des Sabirs sont défaits au sein de l’armée sassanide composite contre Marcien près de Nisibe[38]. En 578, environ huit mille Sabirs et des alliés arabes combattent du côté perse et ravagent les environs de Resaena et de Constantia[39].
La traduction syriaque de l’Histoire ecclésiastique du Pseudo-Zacharie le Rhéteur (v. 555) recense en Eurasie occidentale treize tribus, dont les sbr (Sabirs). Ils sont décrits au moyen de formules stéréotypées réservées aux nomades dans la littérature ethnographique de l’époque, comme des gens qui « vivent sous des tentes, tirent leur subsistance de la viande du bétail et du poisson, des animaux sauvages et de leurs armes (le pillage) »[40].
Les sources arméniennes et arabes les situent dans le Caucase du Nord, près des Laks, des Alains, de Filān, de Masqat, du Sāhib as-Sarīr et de la ville khazare de Samandar. À la fin du VIe siècle, l’arrivée des Avars pannonniens en Europe met un terme à l’union sabire dans le Caucase du Nord[41],[25]. Selon Théophylacte Simocatta, lorsque les Barsils, les Onogours et les Sabirs voient l’invasion des Uar et des Chunni, ils paniquent, croyant que les envahisseurs sont les Avars. Ménandre le Protecteur situe ces événements entre 558 et 560.[42] Il les mentionne pour la dernière fois à propos de la conquête byzantine en Albanie du Caucase sous le règne de Tibère II Constantin (578–582)[25], mais les sommes importantes ne suffisent pas à les empêcher de se rallier de nouveau aux Perses[22].
Ils s’assimilent aux confédérations des Khazars et des Bulgares[43]. La tribu des Suwāz en Bulgarie de la Volga est liée à la ville de Suwār dans le même État, ainsi qu’au royaume nord-caucasien de Suwār. Toutefois, il reste incertain que ces Suwār, c’est-à-dire les Sawâr, soient des Sabirs partis vers le Caucase du Nord et, après 558, reflués vers la Volga ; qu’ils y soient arrivés à la faveur de la formation de l’État khazar ; ou qu’il s’agisse de tribus qui ne gagnent jamais le Caucase du Nord et s’arrêtent sur la Volga[44],[45]. Ahmad ibn Fadlan rapporte qu’au Xe siècle ils ont encore leur propre chef portant le titre de Wirgh (Vuyrigh, turcique Buyruq), et qu’il existe des hostilités entre Suwār et Bulgares[45].
Aucune information fiable n’étaye la thèse de Mikhaïl Artamonov selon laquelle le métissage entre Sabirs et Khazars est facilité par une « ethnicité bulgare » commune, ou selon laquelle ils sont des Ougriens turquisés[46]. Károly Czeglédy considère que l’État khazar est composé de trois groupes fondamentaux, dont les Sabirs[47]. Dieter Ludwig avance que les Khazars sont des Sabirs ayant formé une alliance avec les Uar du Khwarezm[48]. Les liens étroits entre Hongrois et Sabirs conduisent Lev Goumilev à spéculer que, plutôt que des locuteurs oghoures, ils peuvent être des locuteurs ougriens (les deux termes étant présentés comme de même origine étymologique)[49]. Al-Biruni remarque que la langue des Bulgares de la Volga et des Sawârs est « composée de turcique et de khazar », tandis que des chercheurs modernes comme Gyula Németh, Lajos Ligeti et Peter Benjamin Golden considèrent que les Sabirs parlent un turcique commun plutôt qu’un turcique oghour[44],[9].