Sadhij Nassar, née en 1900 à Haïfa et morte en 1970 à Damas, est une journaliste et militante palestinienne. Elle est connue pour son travail pour le journal Al-Karmil avec son époux, Najib Nassar, et pour avoir été la première Palestinienne prisonnière politique, à l‘époque du mandat britannique[1],[2]. En 2022, Middle East Eye la décrit comme une des féministes palestiniennes les plus importantes[3].
En 1927, elle épouse Najib Nassar, qui était son professeur d’arabe. Il a trente ans de plus qu’elle et elle est sa deuxième épouse. Ils ont un fils ensemble[4] Nassar could speak four languages[1].
En 1948, dans le cours de la Nakba et de la chute d‘Haïfa aux mains des milices sionistes, Sadhij Nassar et son fils se réfugient au Liban, son époux étant mort à la fin de 1947[1],[4]. Elle émigre ensuite à Damas en Syrie, où elle meurt en 1970.
Carrière
Al-Karmil
Al-Karmil est créé par Najib Nassar en 1908. Dans les années 1920, Sadhij Nassar travaille avec son époux au journal en tant que rédactrice, journaliste et administratrice[1]. Elle est rédactrice du journal de 1941 jusqu’à sa fermeture en 1944 quand les autorités mandataires britanniques invoquent la loir martiale pour fermer le journal définitivement[1].
La rubrique des Femmes
En 1926, Sadhij Nassar crée la Rubrique des Femmes dans to Al-Karmil dont elle est la rédactrice[1],[5],[2]. Cette rubrique est alimentée par des hommes et des femmes[1]. Sadhij Nassar utilise ses articles pour s‘opposer aux colonialismes tant britannique que sioniste et encourager les femmes à s‘engager politiquement[1],[3],[6]. Par exemple, elle encourage les mères palestiniennes à élever leurs enfants de manière égale, quel que soit leur genre, et toutes les Palestiniennes à travailler pour obtenir une indépendance financière[1],[6]. Sadhij Nassar défend aussi le rôle des femmes dans la résistance à la violence coloniale[3]. À la fin des années 1920, Nassar écrit «Vous êtes responsables. Oui, vous, les dames arabes palestiniennes, musulmanes ou chrétiennes, vous êtes responsables de l’intégrité de la nation ("watan") et vous devez garder la Palestine arabe comme elle l’a été jusqu’à maintenant. Chaque femme doit répandre l’esprit de coopération entre les fils des Arabes dans l‘âme de ses enfants»[7]. Ellen Fleischmann décrit son travail journalistique entre 1926 et 1933 comme une sorte de 'one-woman presse', couvrant une large gamme de sujets aux niveaux local, régional et mondial[6].
Militantisme politique
Défense des droits des femmes
Union des femmes arabes
Sadhij Nassar est cofondatrice de l’Union des femmes arabes à Haïfa en 1930, avec Mariam al-Khalil[1],[3]. L’Union des femmes joue un rôle important dans la grève générale de 1936 qui débute la révolte des années 1930, en participant notamment aux manifestations. Sadhij Nassar croyait en l‘importance de l’organisation des femmes de la campagne et à la contribution qu’elles pouvaient apporter à la lutte nationale. Elle lutte notamment pour organiser les paysannes du sous-district de Beisan[1].
Action internationale
En octobre 1938, Sadhij Nassar est invitée par Huda Sharawi pour assister à la Conférence des femmes de l’Orient pour la défense de la Palestine, organisée par l’Union féministe égyptienne (UFE)[1]. L’UFE, créée en 1923, travaillait à la création d’une égalité de genres en Égypte et à connecter les organisations et les militantes féministes dans le monde arabe[3]. La conférence exigea la fin du mandat britannique sur la Palestine et la création d’un État palestinien[1]. Nassar est élue secrétaire du bureau de la conférence[1]. La délégation des femmes palestiniennes contribua à la conférence par ses discours sur l’unité entre les Arabes et l’importance de l’action collective contre le colonialisme[3].
En 1944, Sadhij Nassar participe au congrès général des femmes arabes, organisé lui aussi par l’UFE à l’opéra du Caire[1]. Elle prononce un discours appelant à agir concrètement pour sauver la Palestine avant qu’il ne soit trop tard[1].
Prisonnière politique
Fin 1938, Sadhij Nassar est arrêtée par la police britannique. Elle est accusée de fournir des armes à la résistance palestinienne[1],[3]. D’autres Palestiniennes ont été accusées de cacher des armes dans leurs voitures et leurs maisons[3]. Elle est la première Palestinienne prisonnière politique sous le mandat britannique[1],[8]. À partir de mars 1939, elle est détenue sous le régime de la détention administrative régie par la loi des règlements d’urgence(en)[9] à la prison de Bethléem pendant onze mois[1]. Son époux, Najib, lance une campagne internationale pour sa libération, écrivant notamment que si son travail journalistique ne le fait pas passer dans l’Histoire, sa relation avec sa femme le fera[1].
Réfugiée
Lors de la Nakba, elle se réfugie au Liban, où elle continue de travailler comme journaliste pour le journal al-Yawm[1].
Elle s’installe ensuite à Damas, en écrivant pour des journaux syriens comme al-Qabas[1].
Mémoire
Nassar est mentionnée par Ellen Fleischmann, dans son livre The Nation and Its New Women: The Palestinian Women's Movement, 1920-1948. [La Nation et ses nouvelles femmes: le mouvement des femmes palestiniennes, 1920-1948][5].
Elle apparaît aussi dans le livre de Raja ShehadehA Rift in Time: Travels with My Ottoman Uncle[4]. Shehadeh est la petite-nièce de l’époux de Nassar, Najib, et le livre suit la vie de Najib[10].
En 2020, le musée palestinien programme une pièce de théâtre inspirée par la vie de son époux, Saheb Al-Karmil (Le propriétaire d‘Al-Karmil)[8], dont les représentations sont annulées à cause de la pandémie du COVID-19. La pièce est enregistrée et la vidéo est vue mondialement[11].
En 2022, Middle East Eye diffuse une série intitulée 'In pictures, Palestinian women and anti-colonial resistance in the 1930s' célébrant les militantes palestiniennes, dont Nassar[3].