Grande révolte arabe (1936-1939)
révolte nationaliste palestinienne
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La grande révolte arabe de 1936-1939 en Palestine mandataire[12] (ou révolte arabe de Palestine[13] ou grande révolte palestinienne[14]) est une rébellion des Arabes de Palestine alors sous mandat britannique qui revendiquent la fin de celui-ci, la création d'un État arabe indépendant et la fin de l'immigration juive (sioniste).
Interdiction de l'immigration juive en Palestine
| Date | – mars 1939 |
|---|---|
| Lieu | Palestine mandataire |
| Issue |
Révolte réprimée Interdiction de l'immigration juive en Palestine |
Haut Comité arabe (jusqu'en ) Soutenus par : |
Force de police palestinienne Police des communautés juives Police surnuméraire juive Special Night Squads Haganah Commando Fosh Peulot Meyuhadot Arabes palestiniens (« Peace Bands ») |
| Entre 1 000 et 3 000 en 1936-1937 et entre 2 500 et 7 500 en 1938 ainsi que de 6 000 à 15 000 Anciens combattants[3] |
Entre 25 000[4] et 50 000[5] soldats britanniques 20 000 policiers Juifs[6] 15 000 militants de la Haganah[7] 2 883 policiers de la force de police palestinienne de tout grade (1936)[8] 2 000 militants de l'Irgun[9] |
| Arabes : 5 000 tués dont au moins 1 000 lors d'affrontements inter-arabes[4] 15 000 blessés[4] 108 exécutés[10] 12 622 détenus[10] 5 exilés[10] |
Britanniques : 262 tués 550 blessés[10] Juifs : 300 tués[11] 4 exécutés[10] |
Révolte essentiellement rurale[15], elle est le point culminant dans le combat des nationalistes palestiniens à l'époque du mandat britannique et ses conséquences sont importantes dans le déroulement du conflit arabo-sioniste et la fondation de l'État d'Israël.
Son échec militaire aboutit au démantèlement des forces paramilitaires arabes et à l'arrestation ou à l'exil de ses dirigeants. Elle provoque le renforcement des forces paramilitaires sionistes, notamment avec le soutien des Britanniques. Sur le plan politique, elle pousse les dirigeants arabes envoyés en exil, parmi lesquels Mohammed Amin al-Husseini, à demander le soutien de l'Allemagne nazie à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
Bien que vaincus militairement, les Arabes palestiniens obtiennent des concessions politiques. Le Livre blanc britannique de 1939 impose ainsi une limitation de l'immigration juive et du transfert de terres arabes à des Juifs, et promet la création d'un État unitaire dans les dix ans, dans lequel Juifs et Arabes partageront un gouvernement qui permettrait de préserver les intérêts de chaque communauté[16]. Cette proposition est rejetée par la communauté juive palestinienne et ses forces paramilitaires, qui se lancent à leur tour dans une révolte générale (en) de 1944 à 1948.
Selon Charles W. Anderson, la grande révolte est un des facteurs qui conduisent à la fin du mandat britannique sur la Palestine, en 1948[17].
Contexte
Dès la fin du XIXe siècle, un courant influent au sein des communautés juives mondiales, le sionisme, revendique l'auto-détermination et la fondation d'un État juif en Palestine. En 1917, les Britanniques, par la Déclaration Balfour, annoncent leur soutien officiel au projet sioniste. La Société des Nations donne en 1923 aux Britanniques un mandat en Palestine ayant pour objectif la mise en place en Palestine d’un « foyer national pour le peuple juif, étant clairement entendu que rien ne devrait être fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives existant en Palestine »[18]. Cette double responsabilité n'est qu'une façade selon B. Regan, l'Empire britannique voyant surtout l'intérêt de la Palestine comme relais vers l'Empire des Indes et pour s'assurer un accès au pétrole irakien et iranien[1].
La population arabe du pays ainsi que celle des pays voisins s'opposent au projet. Des appels à une grève générale d'un jour sont lancés chaque année le 2 novembre, jour anniversaire de la déclaration Balfour, considéré comme un jour de deuil et de manifestations[19].
L'affirmation d'une politique antisémite par l'Allemagne nazie (avec laquelle le grand mufti noue des liens dès [20]) accroit encore l'immigration juive en Palestine, légale ou illégale[14].
Comme le reste du monde, la Palestine est touchée par la crise économique des années 1930[14]. Le pouvoir britannique favorise les achats de terres par les organisations sionistes, ce qui entraîne l'expulsion des paysans palestiniens qui les cultivaient[21],[14], également fragilisés par l'endettement et la fiscalité coloniale trop lourde[14]. Ceux-ci migrent alors en ville, où ils rejoignent le prolétariat urbain et vivent dans des taudis[21], principalement à Haïfa et Jaffa. L'idéologie du travail hébreu accroit encore leur paupérisation[14]. « De nouvelles formes d'organisation émergent, basées sur la jeunesse, l'idéologie, la religion ou la classe qui marginalisent les structures anciennes centrées sur les élites »[14]. Anderson note aussi l'importance de ces courants anticolonialistes dans la société palestinienne des années 1930, ainsi que des prêches révolutionnaires de Qassam et de son talent organisationnel[17].
Des émeutes éclatent régulièrement : émeutes de Jérusalem en (une dizaine de morts et près de 250 blessés) à la veille de la conférence de San Remo qui doit avaliser la mise en place du mandat ; puis celles de 1921 et les émeutes d'août 1929 qui font soixante-sept morts chez les Juifs lors du massacre d'Hébron. Les Arabes palestiniens revendiquent leur indépendance et réclament la fin du mandat lors de manifestations nationales en 1933[14]. En octobre 1935, la découverte au port de Jaffa d'une cargaison d'armes de contrebande destinée à la milice sioniste Haganah accroit encore les inquiétudes palestiniennes[14]. Enfin, la mort d'Izz al-Din al-Qassam tué dans un accrochage avec les soldats anglais puis ses funérailles à Haïfa en novembre 1935 déclenchent une vaste indignation dans l'opinion publique palestinienne[14] puis l'embrasement de toute la Palestine[22].
La révolte




Déclenchement et première phase
Actions des Arabes palestiniens
La révolte commence le 15 avril 1936 par l'attaque d'Anabta (en). Des membres du mouvement fondé par Izz al-Din al-Qassam, les "Qassamiyoun"[23] ou "Qassamites"[24] ou Ikhwan al-Qassam (les frères d'al-Qassam)[25], commandés par Farhan al-Sa'di (en), héritier spirituel d'al-Qassam, abattent deux passagers juifs d'un bus sur la route Tulkarem-Naplouse[26]. et tirent sur trois chauffeurs juifs, dont deux sont tués[24],[4]. Des le lendemain, la milice sioniste Irgoun assassine deux travailleurs palestiniens près de Petah Tikva. Des émeutes meurtrières suivent à Tel-Aviv et Jaffa[27],[14] : neuf Juifs sont tués et 12 000 sont contraints de se réfugier à Tel Aviv[28].
Dès le 19 avril, un Haut Comité arabe se forme à Naplouse[14]. Elle est suivie par le déclenchement de la plus longue grève générale de l'histoire, la grève générale palestinienne (du 20 avril à octobre), considérée par Bernard Racenel comme un mouvement de masse non-violent[29], à laquelle le Haut Comité appelle le 8 mai. Elle met à l'arrêt toute activité commerciale et productive du secteur palestinien[14]. Un mois après, les Arabes[Qui ?] annoncent qu'ils ne paieront plus les impôts[30],[31]. Les différentes milices arabes détruisent les lignes téléphoniques et télégraphiques puis sabotent l'oléoduc Kirkouk-Haïfa[31].


En même temps, une insurrection armée sporadique se fait jour et deviendra ensuite nettement plus organisée, visant à la fois des intérêts sionistes et des cibles britanniques. Des volontaires des pays voisins, rares au début, rejoignent le versant armé de la révolte[14].
La cible préférée des rebelles est l'oléoduc de Mossoul à Haïfa, construit quelques années plus tôt. Ils attaquent aussi des lignes de chemin de fer, des trains, et s'en prennent à des Juifs[32]. Tel Aviv est marquée par de violents incidents entre Arabes et Juifs[27].
Le , les chefs des partis arabes annoncent la formation du Haut Comité arabe, présidé par le mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini. Ce comité appelle à poursuivre la grève générale jusqu’à ce que les autorités britanniques acceptent les demandes du mouvement national panarabe, l’arrêt complet de l’immigration juive, l’interdiction de l’achat de terres par des Juifs et la formation d’un gouvernement national responsable devant un Parlement[33].
La répression britannique par les punitions collectives

La réaction britannique est multiforme. Elle s'appuie sur l'ordre du conseil de 1931, qui donne au Haut-Commissaire des pouvoirs dictatoriaux (selon Anderson) en matière de maintien de l'ordre, dont celui de légiférer par décrets. Il pouvait aussi écarter la justice ordinaire pour recourir à la justice militaire, ordonner des confiscations de biens, des démolitions. De nombreuses lois d'urgence ou de défense ont été promulguées durant la révolte en vertu de ces pouvoirs discrétionnaires[17].
Le Haut-Commissaire Arthur Wauchope tente de calmer le mouvement en arrêtant ses dirigeants et par une ruse : la commission d'enquête[17]. Il autorise en vertu de ses pouvoirs spéciaux l'ouverture forcée des commerces participant à la grève (mesure qui n'est pas appliquée) et la détention sans procès en camps pendant un an. L'armée est dotée de pouvoirs de police et peut procéder à des arrestations ; elle peut aussi imposer des corvées, ce qui lui sert à faire déblayer les barricades construites par les rebelles et qui leur permettaient de tenir des zones temporairement autonomes[17].
La police de Palestine (en) se renforce d'agents britanniques et juifs ; les méthodes contre-insurrectionelles sont employées : fouilles, raids nocturnes, arrestations marquées de violences et par l'usage de la torture et de la déportations des insurgés[14].

Cependant, les forces britanniques manquent de renseignements face à un ennemi qui possède le terrain et jouit du soutien de la population. La méthode retenue est alors de viser l'ensemble de la population rurale en y pratiquant des fouilles indiscriminées. Par manque de renseignements et de disponibilité, la recherche des responsables d'une attaque est remplacée par des punitions collectives à proximité du lieu où s'est produit le fait : destructions de maisons et des réserves alimentaires, y compris le bétail, violences envers les habitants. Des maisons sont détruites à Alma (où le cheptel est aussi abattu), Khan Younès, Majd al-Kroum[17]... Ces fouilles sont menées de manière intensive : 148 villages en juin, 215 en juillet. Très vite, cette violence cause des morts : une femme a Kafr Cana le 25 mai, puis ces meurtres se multiplient dans les sous-districts de Naplouse, Ramallah (6 morts et 4 blessés début juillet), Ramla, Safed et Tulkarem. Des couvre-feux sévères sont imposés jusqu'à 22 heures par jour ; des « postes de police punitifs » sont installés dans certains villages (30 à la mi-juin) ; 250 amendes collectives avaient été imposées fin juin 1936, dont une de 5000 livres palestiniennes à Naplouse, qui refuse de la payer mais qui est prélevée en savons, oreillers, sucre et autres productions locales. Plus de 21 000 livres d'amendes sont imposées pendant la grande grève, moins de la moitié étant payées début 1937 à cause de la résistance populaire et de la pauvreté des villages. Certains Palestiniens désertent leurs villages pour éviter les fouilles et les pertes liées, comme ceux de Qabatiya ou les Bédouins de la tribu des ‘Arab al-Bawatin près de Busan[17] (Hughes note qu'à 80 mils la journée de travail, une amende de 20 £ équivaut à 250 journées[34] ; les 21 000 £ valent plus de 260 000).
Destructions dans la vieille ville de Jaffa
Les Britanniques démolissent des maisons de la Vieille Ville de Jaffa au cours de quatre opérations, du 30 mai au 30 juin 1936, regroupées sous le nom d'opération Ancre par les sionistes. La population de ce quartier lié au port, des marins d'origine grecque arabisés, était considérée comme dangereuse et insoumise par les autorités coloniales. De plus, la Vieille Ville domine les nouveaux quartiers où se trouvent les bâtiments officiels du Mandat, et ses ruelles labyrinthiques rendent son contrôle difficile. Des démolitions ont lieu, ouvrant deux larges avenues nord-sud et est-ouest. Cette opération punitive, telle qu'elle est considérée par l'armée britannique[35] prive de domicile et souvent de tous leurs biens six mille Arabes environ[4]. Ainsi, la vieille ville de Jaffa est partiellement détruite, et des milliers de militants arabes sont arrêtés. Des dizaines d’entre eux sont condamnés à mort[33]. D'autres villages sont rasés comme Mi'ar en [4].
- Dynamitage de la vieille ville de Jaffa (juin 1936).
- Vue aérienne de Jaffa avant les destructions (1er juin 1936).
- Vue aérienne de Jaffa après les destructions (30 juillet 1936).
- Tour de l'horloge de Jaffa en bordure de la zone détruite.
- Explosion.
Cependant, cette répression brutale n'aboutit pas : en juillet, on compte des dizaines d'attaques par jour, majoritairement contre les représentants du Mandat[17].
Le Yichouv
Des Juifs sont pris pour cible pendant les émeutes[36]. En 1936, plus de 89 Juifs sont tués. Les attaques débutent en avril, avec 15 civils juifs sont tués à Jaffa dans quatre attaques. À la fin du mois des maisons sont brulées et des fermiers sont blessés dans différentes attaques en Galilée et à Jérusalem, un enfant juif est lynché[37].

La Haganah, la force de défense juive met en place une politique de non-représailles et de restreinte pour empêcher une flambée de violence[37]. David Ben Gurion défend ainsi la Havlagah (en) face « aux Arabes qui se battent avec les armes et les grèves, la terreur et le sabotage, le chaos et la destruction des biens ». Les hommes de la Haganah-Beth (Irgoun) rejettent cette doctrine et pressent leurs dirigeants Zeev Jabotinsky et Avraham Tehomi de mener des représailles à la suite des attaques arabes, comme celle où un terroriste arabe jette une bombe dans une cour d'école juive et blesse 7 enfants[31]. En août, la Haganah réagit de même, à la suite d'une « attaque inacceptable », le meurtre à la grenade d'une mère et de son jeune enfant dans un train, et mène une opération de représailles à l'endroit de l'attentat[38].
Pause à l'automne 1936

Grève et révolte s'apaisent en , quand les efforts diplomatiques britanniques, aidées par les diplomaties de l'Arabie saoudite, de la Transjordanie et du Yémen, amènent à un cessez-le-feu et à la création de la Commission Peel, dont la mission est de déterminer les causes de la révolte[39], et l'avenir de la Palestine[4]. Cette commission va préconiser la création de deux États : un État arabe et un État juif. La proposition est alors acceptée par les Juifs, Chaim Weizmann et David Ben Gourion pensant obtenir des gains territoriaux. Les Arabes refusent, et Awni Abd al-Hadi déclare : « Nous lutterons. Nous nous battrons contre le partage du pays et contre l'immigration juive. Nous n'accepterons aucun compromis[39] ».
Cette pause diplomatique, si elle interrompt la grève, n'entraîne pas un arrêt des activités des insurgés (contre les établissements sionistes, l'armée britannique et les informateurs arabes) et de l'armée britannique. Les autorités mandataires imposent de nouveaux postes de police logés dans les villages, dont le nombre passe à 80 fin 1937 (soit environ un village arabe palestinien sur dix)[17].
Deuxième phase


Reprise de la révolte
Après l'échec de la phase de négociations de la commission Peel, l'insurrection reprend avec plus de force[17],[14]. Les résistants arabes utilisent plutôt des méthodes de guérilla dans les zones rurales et des méthodes terroristes plutôt dans les zones urbaines : des attentats à la bombe et des assassinats[40] Les Palestiniens parviennent à prendre le contrôle de vastes zones de collines[14], des grandes villes arabes palestiniennes dont la Vieille ville de Jérusalem pendant cinq jours[4].Les Arabes attaquent les Juifs en Palestine, les troupes et la police britanniques et les fonctionnaires britanniques ou palestiniens travaillant pour l'administration[4]. Un contre-État s'ébauche, avec poste et justice parallèles[14].
L'assassinat de Lewis Andrews (en), fonctionnaire du Mandat particulièrement détesté, à Nazareth le 26 septembre 1937, provoque un durcissement de la répression[17].
Durcissement de la répression
Toutes les institutions soutenant la révolte sont déclarées hors-la-loi (dont les partis politiques palestiniens[14]), et les membres du Haut Comité arabe arrêtés[14],[17] et déportés aux Seychelles[36],[17]. De nombreux dirigeants politiques ou figures palestiniennes importantes sont arrêtées ou exilées[14]. Charles Tegart (en) est nommé « conseiller en chef sur le terrorisme et le maintien de la sécurité en Palestine ». Cette fonction est nécessaire pour la première fois depuis la guerre d'indépendance de l'Irlande[40]. Il fait construire le Les Britanniques décident de construire 70 forteresses de béton à travers les campagnes (les forts Tegart) et une barrière de 80 km le long de la frontière avec le mandat français (le mur de Tegart (en)), l'importation de chiens Doberman d'Afrique du Sud pour pister les terroristes/insurgés jusque dans leurs villages et la classification des villages arabes en bons ou mauvais, les mauvais faisant l’objet de punitions collectives[40].
Les Britanniques exécutent plus de 140 insurgés[41], les tribunaux étant convertis selon Anderson en « machines à pendre »[17] arrêtent plus de 9 000 suspects, expulsent les dirigeants locaux hostiles, imposent des couvre-feux[41]. Les moyens militaires les plus lourds sont utilisés. Des milliers de Palestiniens sont enfermés dans des camps[14].

Les méthodes antérieures sont appliquées plus sévèrement, comme à Ijzim ou à Baqa al-Gharbiyye où des dizaines de maisons sont démolies ou à Kawkab Abu al-Hayja (en) qui est complètement incendié, ou à Jénine. Le cheptel entier de certains villages est confisqué, conduisant certains à la famine, la récolte de blé de 1938 ayant été mauvaise. Cette famine provoquée renforce encore le soutien aux insurgés combattants et la haine envers le Mandat, qui sont à leur pic de l'automne 1937 à l'automne 1938[17]. L'Empire britannique utilise l'aviation de manière intensive : pour bombarder les bandes de rebelles ou des villages (en liaison avec les troupes au sol grâce aux véhicules radio de type Rodex) ; effectuer des reconnaissances pour localiser des groupes armés ou détecter des sabotages sur les infrastructures ; escorter des convois militaires (y compris ferroviaires) ou ravitailler des troupes[35]. Après une phase expérimentale, Orde Wingate a l'autorisation de créer les Special Night Squads en mars 1938[42]. Cette unité contre-insurrectionelle participe au combat de « la terreur arabe » par des opérations armées[43], des patrouilles nocturnes et des embuscades[42], pratiquant de nombreuses exécutions extrajudiciaires[14].
Cependant aucune de ces méthodes ne suffit à mettre fin à la révolte, les Britanniques manquant cruellement de renseignements. Une nouvelle pratique apparaît : l'enfermement de masse temporaire de la population masculine lors des ratissages, sur place ou dans des enclos temporaires. Combinée avec le travail forcé et d'autres punitions, elle permet le recrutement d'informateurs utiles. Sa première utilisation a lieu à al-Malikiyya en juillet 1938, avec l'utilisation d'un enclos de 50 mètres de côté pour tous les hommes des villages du secteur. Ils sont enfermés plusieurs jours sans abris, ni nourriture ni eau, à part ce que les femmes pouvaient leur apporter. Peu après, les hommes de 16 à 60 ans des villages d'‘Illar, ‘Atil, Qufin, al-Hanana et ‘Ar‘ara sont enfermés dans les mêmes conditions à Tulkarem et au camp de Nur Shams pour interrogatoire. Ceux des villages d'Anabta, Bal‘a, Dayr al-Ghusun, Kafr Ruman et Shuwayka les rejoignent au bout de quelques jours. Les hommes soumis au travail forcé étaient parfois marqués, comme du bétail, afin que leur village d'origine soit clairement visible. Selon un rapport du Haut Commissaire Harold MacMichael, plus de 4000 Palestiniens subirent ce sort en juillet et août 1938[17].
Actions antisionistes

Mi-, lors de nouvelles attaques arabes, 6 Juifs sont tués. Trois membres dissidents de la Haganah-Beth refusent de suivre la Havlagah, et mènent une attaque de représailles contre le village de Yazur, blessant plusieurs arabes[31]. Par la suite, le , une famille juive (dont les trois enfants) est massacrée à Safed[44] et en octobre les terroristes arabes lancent une série d'attaques. Le 14, des autobus sont attaqués près de Jérusalem, deux bombes sont trouvées dans un panier dans un café populaire des policiers britanniques et dans la soirée un train de Haïfa à Jérusalem est pris d'assaut. L'aéroport principal du mandat est attaqué et les bureaux de douanes, de passeports et de communications sont mis à feu[31]. Toujours en octobre, des milices arabes attaquent Tibériade et massacrent 19 Juifs avant l'intervention de l'armée britannique[36].
Les attaques contre les sionistes reprennent : le , 5 travailleurs du KKL sont assassinés[44]. L'organisation Irgoun décide de se lancer dans des attaques de représailles contre les Arabes, et le ils tuent 10 Arabes ciblant des « centres de briganderies », d'où proviennent les attaques. L'opération est condamnée par l'Agence juive qui poursuit sa doctrine de retenue[44].
Au début de l'année 1938, dans une attaque sur la route, 5 Juifs sont achevés à la hache, et une jeune fille est violée et mutilée. Par la suite, les meurtriers s'enfuient dans leurs villages, entraînant un sentiment d'injustice chez les Juifs. Trois membres de Beitar décident donc de commettre un premier attentat de représailles qui échoue, ils sont alors arrêtés puis condamnés à mort par les autorités britanniques. Le , l'Irgoun commet sa première attaque indiscriminée de représailles[44], ouvrant une période de « terreur contre terreur »[31]. Durant la même période les Arabes tuent trois villageois de Givat Ada (he) le , quatre agriculteurs dans un champ d'oranges de Fin Vered le , cinq travailleurs du quartier pauvre de Kiryat Haroshet (cs) le , 6 travailleurs sur une mine à Ramat-Hakovesh, 2 Juifs du village de Son Shemer, 7 électriciens qui sont lynchés à mort au carrefour Massmia, 3 personnes sont tuées par une mine à Harod[43].
Pour réduire la révolte, outre les forces de police régulière ou supplétive (voir plus bas), les Britanniques utilisent deux divisions totalisant 25 000 hommes[4], les troupes impériales sur place passant de deux à 22 bataillons[17], puis 60[45].
Soutien arabe

La conférence de Bloudan en Syrie, en , permet au mouvement panarabe de rejeter à la fois les propositions de partition de la Palestine mandataire et l'établissement d'un État juif sur ce territoire. En outre, ils affirment que la Palestine fait partie intégrante du monde arabe. Un certain nombre de comités ont été créés pour rechercher des moyens d'empêcher la commission Peel[46]. L'importance de la conférence de Bloudan est la démonstration du soutien panarabe au mouvement antisioniste[47]. Les rivalités entre les clans des grandes familles arabes, particulièrement celles des Nashashibi et des al-Husseini, font plus d'un millier de victimes[4].
Les sionistes tirent avantage de la situation : la Jewish Settlement Police (police des communautés juives) recrute 14 000 hommes, armés, salariés, entraînés et qui servait de façade à la Haganah[14]. Les Special Night Squads, judéo-britanniques, lancent des raids de nuit sur les villages palestiniens[14].
Troisième phase





En novembre 1938, le rapport de la commission Woodhead conclut que la partition de la Palestine n'est pas praticable. L'offensive tous azimuts lancée par les autorités mandataires cause de nombreux morts chez les Palestiniens, qui ont aussi un nombre record de prisonniers et de condamnés à mort exécutés (par pendaison). Les divergences entre les différentes composantes de la société palestinienne s'accroissent : entre le Haut Comité exilé à Damas et les groupes combattants sur place ; entre combattants et populations rurales censées les soutenir ; entre opposants intransigeants et ceux prêts à des concessions. Ceux-ci sont d'ailleurs utilisés par le colonisateur pour former les « bandes de la paix » (voir encadré)[14].
À la fin de 1938, 1 000 à 1 500 insurgés arabes ont imposé un « règne de terreur » sur le nord du territoire mandataire[31]. 33 Juifs sont tués dans divers attentats et en octobre, des Arabes parviennent à massacrer 19 Juifs de Tibériade, dont 11 enfants[48]. Les Juifs sont attaqués à la fois sur les routes et dans les villes et villages. Les propriétés, les lieux de culte juif, les plantations de nouvelles forêts par le Fonds national juif, les champs et le bétail sont également pris pour cible. De 1938 à 1939, d'autres massacres et attentats contre des Juifs se produisent et l'Irgoun étend ses opérations de représailles. Entre mai et juillet en 1938, les miliciens arabes tuent 56 Juifs (de plus, au moins un civil chrétien est tué le )[37].
Les Britanniques ont ponctuellement soutenu la Haganah afin de lutter contre certaines factions arabes insurgées, hostiles autant aux Juifs qu'aux Britanniques. Au même moment, l'Irgoun décide de répondre à chaque attaque arabe. Les Britanniques atteignent le sommet dans la dureté de la répression. Les ratissages doublés d'emprisonnement à l'air libre se généralisent, avec 40 à 70 ratissages par semaine de novembre 1938 à la mi-avril 1939, avec au minimum 500 prisonniers chaque semaine mais plus souvent des milliers. Ce système parallèle d'incarcération doublé de travail forcé, où les Palestiniens sont enfermés environ dix jours a pu concerner de 40 000 à 50 000 hommes et enfants ; soit environ 75 % de la population active rurale du recensement de 1931[17].
Pour assurer la sécurité des convois (ferroviaires ou routiers), les Britanniques prélèvent des hommes dans ces camps et les ligotent sur le véhicule de tête. Cet homme devenait la première victime d'une éventuelle mine ou d'un tireur embusqué. Cette procédure est devenue standard fin 1938-début 1939, malgré les protestations des habitants d’Akka, Haïfa et Safed[17].
Le contrôle des déplacements des Arabes s'accroît encore. Les couvre-feux se multiplient, pouvant mener à la faim ou à la famine. Le couvre-feu du soir est permanent à Naplouse, Nazareth, Haïfa, Jénine et dans la Vieille Ville de Jérusalem. Les couvre-feux s'étendent à toutes 'es routes et chemins hors des agglomérations. Des couvre-feux diurnes sont aussi imposés en mesure punitive, aggravant la rupture dans les activités quotidiennes, touchant même le culte et les enterrements, qui sont interdits. Des couvre-feux de 24 heures sont très fréquemment imposés après des assassinats ou des tentatives[17]
En novembre 1938, la possibilité d'utiliser un moyen de transport motorisé est soumise à l'obtention de laissez-passers, elle-même dépendant de la possession d'une carte d'identité. Une grève générale de trois jours et un boycott de cette mesure sont organisés. Le boycott dure six semaines, les Arabes utilisant ânes, chameaux, véhicules hippomobiles et bicyclettes. Les activités économiques, agriculture, commerce et industries se trouvent disloquées, causant inflation et difficultés de ravitaillement. Le boycott est levé au début de la période de cueillette des agrumes, importante économiquement. Les permis délivrés en décembre sont suspendus dès janvier. Le système de la carte d'identité se généralise, celles-ci étant données aux hommes enfermés lors des ratissages, aboutissant à un total de 90 000 hommes identifiés au printemps[17].
De multiples mesures sévères sont décrétées continuellement, comme l'interdiction de mettre les mains dans ses poches dans le nord à partir de janvier 1939[17]. Comme l'écrit Anderson, la répression britannique abolit la normalité, des activités économiques et des cultes religieux empêchés par les couvre-feux aux écoles utilisées comme baraquements par les troupes, conduisant à une fragilisation économique et à rendre extrêmement coûteux un engagement en faveur de la liberté[17].
Société palestinienne durant la Grande révolte
Les groupes de la paix (fasa’il al-salam en arabe) sont actifs après septembre 1937. Créés par des rebelles retournés par le consul de Damas, MacKereth (en), ils sont financés et armés par l'armée britannique et leurs villages épargnés par les ratissages. Fakhri Nashashibi, de la famille Nashashibi (en), rivale des Husseini, anime ces groupes de collaborateurs dans le sud de la Palestine. Outre les renseignements fournis, ces groupes de la la paix participent aussi aux combats contre les insurgés et aux ratissages, comme à Acre. Il y eut même une tentative de meeting pro-gouvernemental à Yatta (18/12/1938) mais ce fut un échec. Certains rançonnaient les villages rebelles pour leur propre bénéfice ou en profitaient pour régler de vieux comptes. Leur action approfondit l'éclatement de la société palestinienne et ils préfigurent les black ops et la guerre contre-insurrectionnelle.
D'après Matthew Hughes[49]Durant la grande révolte arabe, les différentes milices qui étaient déjà en conflit et en compétition, se confrontent violemment. Haj Amin al-Husseini attaque ses opposants politiques et après plusieurs assassinats, la plupart des modérés s'exilent, dont le clan Nashashibi[50]. La plupart des familles distinguées de Haïfa sont prises pour cible, comme punition pour la vente de leurs terres aux organisations et individus sionistes[51]. La révolte est également un conflit intracommunautaire, de querelles, de vols et d'intimidations[30].
Les paysans arabes demandent alors la protection de l'armée britannique contre les rebelles mais se plaignent en même temps du comportement des soldats à leurs égards[52].
Lorsque Hajj Amin s'enfuit au Liban en , des affrontements sanglants entre clans arabes perdurent pendant deux semaines. Les informateurs arabes sont vilipendés dans la presse arabe et sont également pris pour cible[53]. En , les rebelles tuent Abd al-Fatah Bal'awi qui travaillait avec les Britanniques à Acre (Akka), le moukhtar du village de Ja'uni et le cheikh Mahmoud Joda al-Ansari de Jérusalem, après des accusations et des rumeurs. En décembre, deux policiers arabes sont tués et un Arabe est retrouvé à Wadi Ara avec la langue coupée et une note attachée sur son corps : « Voici les salaires de la trahison »[53]. À la fin de l'année les meurtres d'intimidation se multiplient dont celui d'un policier chrétien sans lien avec les Britanniques. Cet épisode marque un changement dans l'activité des milices, dorénavant l'ensemble des policiers arabes sont pris pour cible. Un cycle de vengeance prend également place, alors que des proches des victimes cherchent vengeance. Les assassinats s'amplifient[53].
Au début de 1938, de petites milices locales émergent pour se protéger de la « guerre des gangs ». Alors que Fakhri Nashashibi avait soutenu la révolte en 1936, il milite en 1938 pour contrer Haj Amin al-Husseini, en organisant la milice anti-terroriste fasa'il al-salam. Fahri Abd al-Hadi, qui dirige la milice, est rejoint par des Druzes. La milice attaque les villages alliés à Husseini et elle réussit à expulser les rebelles du nord de la Samarie[54].
La seconde phase de la révolte se caractérise par une violence plus extrême contre les « traîtres » et les opposants. Les rebelles punissent parfois cruellement les villageois qui ne les soutiennent pas ou refusent de leur fournir des sommes d'argents[53]. Ahmad Shuqayri relate les évènements dans ses mémoires et affirme que Hajj Amin n'a rien fait pour empêcher des innocents d'être tués. Cependant, la critique de Shuqayri peut aussi être du fait que son frère, Answar Shuqayri fut l'une des victimes de la campagne de terreur[53]. D'autres Arabes sont tués par certains profitant du climat d'anarchie[53].
Au cours de l'été 1938, le nombre de rebelles atteint un nombre record de plusieurs milliers, la plupart étaient des villageois sans instruction ni formation militaire. Ils se livraient souvent à des vols et à des pillages et faisaient du chantage aux habitants arabes. Les habitants de Jaffa leur étaient hostiles, mais ils refusèrent de quitter la ville[54]. Le kidnapping de suspects pour des interrogatoires devient de plus en plus fréquent[53].
Fin 1938 et début 1939, la campagne contre l'opposition s'intensifie et de nombreux Arabes sont assassinés, pour la plupart sous les accusations de « traîtrise » : des vendeurs de terres aux Juifs, des policiers arabes loyalistes, des informateurs et des modérés[55]. Les rebelles rédigent également une liste d'opposants à assassiner[54]. Un climat de terreur s'instaure[53].
En 1939, les fonds des rebelles diminuent, et ceux-ci réclament parfois des contributions avec violence, dans les municipalités ainsi que dans les villages (de la nourriture et des vêtements sont parfois exigés). Dans certains cas, ils extorquaient de l'argent sous la menace[54].
Selon l'historien Yaakov Shimoni, le nombre de tués de cette campagne de terreur atteint les milliers de victimes[53]. Fakhri Nashashibi , des peace bands, donnait l'estimation de 3 000 personnes tuées, d'autres estimaient ce chiffre à 4 500. Les dénombrements britanniques et de la Haganah donnent au contraire des chiffres inférieurs. Selon l'estimation de Hillel Cohen, ce chiffre serait autour d'un millier de victimes[53].
Beaucoup d'Arabes se sentent humiliés ou blessés à la suite de la campagne de terreur d'Husseini et le désir de vengeance qui en découle initie une terreur intra-clanique et généralisée qui perdura après la fin de la révolte[56].
La place et le rôle des femmes ont été peu étudiés. Ils ont pourtant été importants, du paiement des amendes collectives auquel elles ont souvent consacré leur dot à la participation au fa’za, le traditionnel cri collectif d'alarme, qui permet au chef rebelle Fawzi al-Qawuqji. d'échapper à une arrestation en octobre 1936[34].
Le signalement de viol est rare. Par contre, les témoignages d'abus lors de fouilles sont moins rares, et vont jusqu'à la tentative de viol, souvent évité par l'intervention des voisins attirés par les cris. Un cas de viol collectif est le fait d'agents palestiniens de la police britannique[57]. Matthew Hughes est d'avis que les consignes de retenue (sur ce point) ont été respectées, en partie pour éviter de plus amples problèmes, en partie grâce aux femmes agents de police qui étaient affectées aux fouilles[58]. En décembre 1938, le chef rebelle Abd al-Rahim al-Hajj Muhammad avertit que les mauvais traitements envers les femmes palestiniennes (blessures ou agressions) seront vengés par des représailles contre les femmes anglaises. Un cas de femme juive violée par les rebelles lors d'un assaut sur un kibboutz est mentionné, ainsi que des cas d'agression ou de viol lors des affrontements entre Arabes pro et anti-britanniques[59]. Des Palestiniens ont employés par les Britanniques pour violer les rebelles prisonniers. Plusieurs de ces violeurs ont été assassinés[60]. Des soldats britanniques qui avaient obtenu un rendez-vous avec des femmes juives ont été tabassés par des Juifs proches de ces femmes[61].
Une seule Palestinienne ayant combattu les armes à la main est connue par son nom, Fatma Ghazzal, tuée au combat à Wadi Azzoun en 1936[62]. D'autres ont combattu anonymement, parfois jusqu'à la mort. Plusieurs femmes participent a l'assaut sur Gesher (en) en août 1939. Des femmes ont aussi résisté à des confiscations, parfois avec succès. Ce sont aussi elles qui couvrent à pieds la distance entre le village et la cage où leurs hommes sont enfermés lors de ratissages pour leur porter le boire et le manger. Elles peuvent aussi être enfermées en masse, comme en avril 1939 où 2000 femmes sont détenues dans un enclos surveillé par le régiment du Worcestershire. Elles mènent tout types d'actions : manifestations (y compris en attaquant et blessant des policiers à Bethléem en juin 1936), grèves (y compris de lycéennes). Ce sont encore les femmes qui motivent leurs hommes à résister en plusieurs lieux où soulèvent le village de Sasa[63].
Bilan
Walid Khalidi cite les chiffres de 5 032 Arabes morts, dont 3 832 tués par les Britanniques et 1 200 morts en raison de « terrorisme »[64]. Pour Matthew Hughes, les Britanniques établissent une politique de représailles qui appauvrit la population arabe[4].
Conséquences

Avec la révolte, les Britanniques ont considérablement augmenté leur effectif militaire en Palestine. Pour mater la révolte, ils décrètent notamment une politique de « détention administrative » (détention sans fait ni preuve) contre les élites politiques ou les personnes soupçonnées de soutien aux insurgés. La torture est utilisée dans les centres d'investigation des Arabes. Les Britanniques utilisaient aussi le couvre-feu et la destruction des maisons. Plus de 120 Arabes ont été condamnés à mort pendant la révolte et 40 ont été pendus. Selon Henry Laurens, de 1937 à 1939, il y a 108 exécutions capitales d'Arabes, qu'il compare aux 4 exécutions capitales de Juifs plus deux suicides pendant la révolte juive de 1945 à 1947[65]. Beaucoup de chefs politiques panarabes ont dû quitter la Palestine pour fuir la répression ; ce fut par exemple le cas du Grand Mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini.
Le Haut Comité arabe demande à la population arabe de porter le keffieh, faisant passer le nationalisme du tarbouche (signe des élites urbaines loyales à l'empire ottoman) au nationalisme du keffieh, valorisant le rôle de la paysannerie arabe dans la création de l'identité nationale arabe[66].

Environ 20 000 soldats britanniques sont venus en renfort des 14 500 déjà sur place pour rétablir l'ordre. Les dépenses militaires de l'Empire britannique sont multipliées par dix pendant la révolte, pour atteindre les 15 millions de livres palestiniennes. Les destructions d'agrumes et d'autres arbres représentent une superficie de 17 000 dounams (1700 hectares)[67].
Avant la révolte, les Juifs achetaient pour 600 à 700 000 livres palestiniennes de produits agricoles aux Arabes palestiniens. Ceux-ci ayant refusé de leur vendre, l'agriculture juive a dû augmenter sa production et a accru sa productivité. Néanmoins, ces produits ont connu une forte inflation durant la période, appauvrisant les urbains au profit des ruraux. En 1922, la part de travailleurs arabes dans les entreprises juives était de 13% ; en 1935, malgré la doctrine du travail hébreu, elle était encore de 8,5 %. Après la révolte, elle tombe à moins de 4 % et moins de 2 % en 1945[67].
Au cours de la révolte, les Britanniques ont créé un corps de police uniquement juive, connu sous leur nom en hébreu romanisé : Notrim qui participe à la lutte contre les insurgés arabes. Plus de 5000 Arabes, 300 Juifs et 262 Britanniques ont trouvé la mort. La plupart des leaders nationalistes ayant participé à la révolte se réfugient dans les pays arabes voisins. Hajj Amin al-Husseini fuit au Liban, participe en 1941 au soulèvement anti-britannique irakien et finit par se réfugier en Italie et en Allemagne dans l'espoir d'obtenir auprès d'elles l'indépendance des États arabes.
Pendant la révolte, les autorités britanniques proposent une partition du pays, qui est rejetée par les Arabes, et réunissent les représentants arabes et juifs à Londres en vue de négociations, mais aucun compromis n'est établi.
Devant l'impossibilité de trouver une solution et par crainte d'un soulèvement arabe généralisé, les Britanniques promulguent le 17 mai 1939 un troisième Livre blanc revenant sur la Déclaration Balfour de 1917 en limitant drastiquement l'immigration juive et en interdisant la vente de terre aux juifs. Ils promettent également l'indépendance de la Palestine aux Arabes dans les dix ans[68],[69]. L’application du Livre blanc par les Britanniques s’intensifie à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. David Ben Gourion aurait traduit l'opinion de la majorité des Juifs palestiniens en déclarant : « Il faut lutter contre le Livre blanc comme si l'Angleterre n'était pas en guerre contre Hitler et lutter du coté des Britanniques dans leur guerre contre Hitler comme si le Livre blanc n'existait pas »[70].
Selon Benjamin Grob-Fitzgibbon, le terrorisme de la révolte parvient à forcer l'Empire britannique à se retirer de la Palestine. Ce développement est remarqué par d'autres insurgés de l'Empire britannique, en particulier en Malaisie, où l'état d'urgence est déclaré dès [40].
Personnalités de la Grande révolte arabe
Parmi les officiers britanniques dirigeant la répression, se trouvent Bernard Montgomery, futur maréchal de la Seconde Guerre mondiale, et Arthur Harris, futur commandant des forces de bombardement britanniques sur l'Allemagne nazie, ainsi que Charles Tegart (affecté en Palestine en décembre 1937), initiateur des forts Tegart et du mur de Tegart (en) à la frontière du Liban et de la Syrie[35].
Postérité
En suivant l'évaluation de Alec Kirkbride, la guerre contre-insurrectionnelle sans fin que mènent les Israéliens contre le mouvement national palestinien est pour une large part héritière des méthodes britanniques et des leçons tirées de la période 1936-1939, notamment dans les attaques contre tout ce qui fait la vie quotidienne[17].[non neutre]
Le film Palestine 36, réalisé par Annemarie Jacir et sorti en 2025, a pour trame la révolte arabe de 1936[71].
