Santidade de Jaguaripe

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La Santidade de Jaguaripe (« Sainteté de Jaguaripe » en portugais) était un mouvement millénariste né dans l'État de Bahia, au Brésil, vers 1580-1585, au moment où le commerce triangulaire commençait à s'organiser. Alors que l'évangélisation allait de pair avec la colonisation, la religion chrétienne fut ainsi retournée contre le colon par ce mouvement[1]. Il s'agit d'un des rares exemples connus de mouvement millénariste créé par des esclaves [2]. Ces esclaves en fuite fondèrent un culte à Jaguaripe qui essaima rapidement dans la Baie de tous les saints, avant d'être réprimé par les autorités politiques, les Jésuites et l'Inquisition romaine.

Il était basé à Jaguaripe, dans la Baie de tous les saints, dans l'arrière-pays de Salvador de Bahia, où le mouvement avait construit un village et un temple dans une plantation de sucre. À l'époque, Bahia aurait été habité par 25 000 personnes, dont près d'un tiers d'Amérindiens baptisés [2]. Beaucoup d'Amérindiens (Tupi-Guaranis), de Noirs et de métis (mamelucos), réduits en esclavage et convertis au christianisme, s'enfuirent de la ville pour rejoindre cette secte, dirigée par la « Mère de Dieu »[2]. Celle-là mêlait baptêmes, prières, confessions, parler en langues, etc. Ses membres fumaient du tabac et entraient en transes fréquentes[2]. Les croyants pensaient que les fruits de la terre allaient pousser d'eux-mêmes, et qu'ils n'auraient besoin ni de manger, ni de boire. Ils croyaient en outre que Dieu viendraient les délivrer des Blancs et en faire les seigneurs de ces derniers; qu'ils s'envoleraient aux cieux tandis que les mécréants seraient transformés en oiseaux et animaux des forêts[2].

Au moins une soixantaine de personnes communiaient en ce culte à Jaguaripe[2]. Celui-ci semblait organisé, avec une hiérarchie ecclésiastique, tandis que la Santidade avait fondé des écoles pour éduquer les enfants, ce qui inquiétait particulièrement les Jésuites [2].

Le mouvement fit tache d'huile dans toute la Baie, et les autorités coloniales s'inquiétèrent de la fuite de la main-d'œuvre servile, dont les effectifs avaient déjà été lourdement atteints par des épidémies les deux décennies précédentes[2].

Selon les Jésuites, alors chargé de l'évangélisation des Indiens[2], les esclaves en fuite brûlaient les propriétés de leurs maîtres, les moulins à sucre (engenho), etc., et tuaient ces derniers avant de partir[2]. Un témoignage légèrement divergent d'Álvaro Rodrigues, l'un des planteurs envoyés pour réprimer l'hérésie, affirmait que les esclaves se révoltaient contre leurs maîtres si ceux-ci leur interdisaient de pratiquer ce nouveau culte syncrétique [2].

Le gouverneur de Bahia, Manoel Telles Barreto, les Jésuites, l'évêque et le conseil municipal de Salvador se coalisèrent alors pour écraser la Santidade[2]. Une expédition militaire menée par le planteur Bernaldimo Ribeiro da Gram fut ainsi organisée, celle-ci brûlant le temple, les idoles et s'emparant des livres sacrés qu'il ramena au gouverneur[2]. D'autres planteurs, les mamelucos Álvaro Rodrigues et son frère Rodrigo Martins, furent envoyés réprimer les autres foyers d'hérésie [2].

Un Inquisiteur spécial fut dépêché à Bahia, établissant une section locale de la Congrégation de l'inquisition romaine, et des procès furent organisés en 1591-1592 [2]. Un Indien, Antonio, fut en particulier jugé, accusé d'être l'un des chefs du mouvement. Il aurait été pendu par les Indiens, à la demande du gouverneur, à moins qu'il ne se soit enfui[2]. La « Mère de Dieu », elle, fut transportée de force au Portugal[2]. Le planteur Cabral, propriétaire de la plantation de Jaguaripe, fut accusé par l'Inquisition d'avoir été trop tolérant envers la secte, et fait emprisonné, puis banni du pays pendant deux ans[2]. Un autodafé fut aussi organisé par l'Inquisition [2].

Le terme de santidade fut utilisé par la suite comme synonyme de mocambo ou de quilombos, c'est-à-dire des communautés d'esclaves fugitifs, telles celle de Palmares au XVIIe siècle [2]. Selon Gonçalo Fernandes, les adeptes de cette secte appelaient leur culte santidade [2], terme aussi utilisé pour décrire l'état mystique dans lequel ils entraient[2].

Historiographie

Références

Annexes

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