Satis quercus

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Αλις δρυός

Marque de l'imprimeur Joos Lambrecht en 1550, dans son ouvrage Néderlandsche spellijnghe, uutghesteld by vraghe ende andwoorde, Sat Quercus, abréviation de Satis quercus, traduction de la sentence grecque, ἆλις δρυός.

Αλις δρυός (romanisé en « alis druos »), traduit en latin par « Satis quercus » ou « Sat quercus », qui peut être traduit littéralement par « assez de chêne », et diversement par « assez de gland », ou « le siècle du gland est passé! » est un proverbe grec. La plus ancienne mention de « ἆλις δρυός » date du De abstinentia de Porphyre (234-305), deux citations provenant de Théophraste (Abst. 2.5.36) et de l'anthropologie de Dicéarque (Abst. 4.2.43). Il fait référence à la balanophagie antique, et à l'âge d'or d'Hésiode. Il est encore utilisé de manière détournée par Voltaire au XVIIIe siècle et a reçu en passant par Lucrèce, Cicéron, Marcel d'Ancyre, Érasme, Lambrecht, et d'autres, différentes interprétations.

Généralités

Le proverbe est cité par deux philosophes péripatéticiens, Théophraste (372-288 av. J.-C.), et Dicéarque (entre 375 et 347 av. J.-C. - entre 285 et 280 av. J.-C.), repris dans un ouvrage de Porphyre (234-305), le Περὶ ἀποχῆς ἐμψύχων (De abstinentia ab esu animalium, le Traité sur l'abstinence des viandes) . Ils ont souligné la frugalité des premiers hommes sur terre et ont divergé sur la question de savoir s'il fallait privilégier la vie contemplative (Θεωρητικός βίος / theōrētikos bios[a], vita contemplativa) ou la vie active (Πρακτικός βίος / praktikos bios)[1].

Αλις δρυός fait référence à la consommation de chêne par les premiers hommes, relatée par Hérodote. La balanophagie, soit la consommation des fruits du chêne, dans la Grèce antique, pratique alimentaire confirmée par l'archéologie, est étroitement associée à l'histoire de sa fondation, à l'Arcadie, et se retrouve par la suite illustrée dans la poésie et les arts, pendant et après l'Antiquité. Plus particulièrement le gland fait référence à l'âge d'or de la mythologie grecque puis de la mythologie romaine, partie du mythe des âges de l'humanité, ou à l'Arcadie mythique. Cette période qui se termine avec la domestication du blé, introduit par Cérès (Déméter), traditionnellement se poursuit par une période de décadence. Les glands sont devenus un motif de la poésie grecque et romaine antique et un mème, un symbole d'une vie sauvage et primitive, par exemple par rapport au pain, puis la consommation de viande, qui sont devenus des symboles la vie civilisée.

ἆλις δρυός selon les parémiographes, aurait été employé par l'homme primitif lorsqu'il s'est lassé de manger des glands et s'est tourné vers les fruits cultivés de Cérès[2],[3].

Il est par ailleurs fait allusion à cette consommation de glands par les premiers hommes dans d'autres locutions et proverbes. À Athènes, lors des cérémonies du mariage une autre expression a été utilisée : un jeune garçon se présentait dans la salle du banquet à demi-couvert de rameaux de chêne, et une assiette couverte de pain, entonnant un hymne, où se trouvait répétées la formule sacrée, « ἔφυγον κακόν· εὔρον ἄμεινον » (« J'ai fui un mal, j'ai trouvé mieux »), rappelant à la mémoire des Grecs, l'heureux jour où, renonçant au gland qui leur avait servi de nourriture, ils s'adonnèrent à la culture du blé. Symboliquement, ce rite signifie donc que les époux avaient atteint un niveau de vie supérieur[4],[5]. Il faut aussi rappelé la phrase célèbre de Glaucon à Socrate dans La République de Platon (les cochons aussi mangent des glands) : « Si tu fondais une cité de pourceaux, Socrate, [...] les engraisserais-tu autrement ? ».

Les Lumières feront allusion à la balanophagie antique, comme à propos d'un passé dont il faudrait se détourner ; éventuellement une frugalité qui n'est plus de mise par rapport à un certain hédonisme, et un luxe jugé nécessaire au développement des Nations.

La theōrētikos bios décrit par Théophraste semble globalement conforme à celle d'Aristote dans le livre X de l'Éthique à Nicomaque[6]. Les extraits de Dicéarque dans le De abstinentia sont tirés de sa Vie de la Grèce (Βίος Ἑλλάδος / Bios Hellados), ouvrage aujourd'hui perdu, mais trois cents ans plus tard, du temps de Cicéron, probablement plus accessible par bribes. Théophraste et Dicéarque sont mis en scène par Cicéron dans une lettre célèbre à Atticus de 59 av. J.-C., où il débat selon la dichotomie theōrētikos bios/praktikos bios, de la prise de responsabilité dans les affaires de la cité ou de l'opportunité d'une mise en retrait par rapport à celles-ci. Cette lettre semblerait-il fait partie d'un long cheminement entre Dicéarque et Cicéron qui mènera à l'élaboration du De Republica en 54 av. J.-C.[7].

Lucrèce, contemporain de Cicéron, dans son De rerum natura, probablement inspiré par Dicéarque; réitère l'idée générale qui sous-tend l'explication anthropologique du proverbe chez Dicéarque[8].

Le proverbe sous sa forme « ἆλις δρυός » apparaît chez Zénobios (Proverbia 2, 40) ; Diogène (1, 62); Michel Apostolius (Συναγωγή παροιμιών, 2, 42. 2), Pline (Naturalis Historia. XVI, 15), Catulle (37, 20.), Cicéron (lettre à Atticus. II, 19 ; IV, 5, 1 et II, 1, 8.) ; Eusèbe de Césarée (Contra Marcellum), Grégoire II de Chypre (Παροιμίαι, ), Érasme (Adagia, 02. I, IV, 2), Joos Lambrecht et reçoit différentes interprétations.

Libanios, (Ep. MLXXXII), montre que le proverbe était encore utilisé au IVe siècle[3].

Antiquité classique

De abstinentia

Le proverbe est cité par Théophraste (De abstinentia, 2.5.36) et Dicéarque (De abstinentia, 4.2.43), au IIIe siècle av. J.-C., tous deux dans le Περὶ ἀποχῆς ἐμψύχων (De abstinentia ab esu animalium, le Traité sur l'abstinence des viandes) de Porphyre[1], ouvrage du IIIe siècle qui traité de l'éthique du végétarisme. Ce traité en quatre livres est composé par le philosophe sous forme d'une lettre ouverte à Castricius Firmus (en), un condisciple de Plotin qui avait renoncé au végétarisme.

La citation de Théophraste dans le De abstinentia, 2.5.36 :

« Ὅθεν μετὰ τὴν ἐξ ἀρχῆς πόαν δενδροφυούσης ἤδη τῆς γῆς, πρώτης δρυὸς καρποφαγήσαντες, τῆς μὲν τροφῆς διὰ τὴν σπάνιν μικρά, τῶν δὲ φύλλων αὐτῆς πλείω τοῖς θεοῖς εἰς τὰς θυσίας ἀνῆπτον. Μετὰ δὲ ταῦτα ὁ βίος ἐπὶ τὴν ἥμερον ἤδη τροφὴν μεταβαίνων καὶ θύματα τὰ ἐκ τῶν καρπῶν ‘ἅλις δρυὸς’ ἔφη. »

 Théophraste dans Porphyre, De abstinentia

« La terre ayant produit des arbres, les premiers hommes mangèrent des glands : ils en offrirent peu aux dieux, parce qu'ils les réservaient pour leur nourriture ; mais ils leur sacrifiaient beaucoup de feuilles. Les mœurs s'étant polies, on changea de nourriture : on offrit aux dieux des noix. Ce changement donna lieu au proverbe , voilà assez de gland. »

 M. de Burigny, De abstinentia

La citation de Dicéarque dans le De abstinentia, 4.2.43 :

« Τοῖς δὲ ὑστέροις ἐφιεμένοις μεγάλων καὶ πολλοῖς περιπίπτουσι κακοῖς ποθεινὸς εἰκότως ἐκεῖνος ὁ βίος ἐφαίνετο. Δηλοῖ δὲ τὸ λιτὸν τῶν πρώτων καὶ αὐτοσχέδιον τῆς τροφῆς τὸ μεθύστερον ῥηθὲν ἅλις δρυός, τοῦ μεταβάλλοντος πρώτου, οἷα εἰκός, τοῦτο φθεγξαμένου. Ὕστερον ὁ νομαδικὸς εἰσῆλθεν βίος, ... »

 Dicéarque dans Porphyre, De abstinentia

« Ils se portaient bien, ils vivaient en paix et s'aimaient. Leurs descendants étant devenus ambitieux, éprouvèrent de grands malheurs et regrettèrent avec raison le genre de vie de leurs ancêtres. Le proverbe, assez de gland, qui fut en usage dans la suite, prouve la frugalité des premiers temps et la facilité de se procurer des vivres sur le champ car il y a apparence que c'est celui qui a donné l'origine à ce proverbe, qui a changé la première façon de vivre. Vint ensuite la vie pastorale,... »

 M. de Burigny, De abstinentia

Dicéarque est considéré par certains historiens (John Bagnell Bury) comme le premier ayant mis en place une Kulturgeschichte, une histoire générale de la culture[9]. L'étude des antiquités (πολυπραγμοσύνη / polupragmosúnē, littéralement « s'occuper de ce qui ne nous regarde pas », l'« amour du savoir inutile »[9]), doit beaucoup à l'école péripatéticienne, tant pour la préservation des archives que pour l'exploration des recoins du passé. Platon qui s'est peu intéressé à l'histoire, dans les Lois, avait abordé une reconstitution du développement du genre humain à partir d'un déluge (pas le premier, il y a eu d'autres cataclysmes, tels que déluges, pestes, où l'humanité serait repartie de zéro) : « La désolation de ces hommes primitifs engendrerait en eux un sentiment d'affection et d'amitié ; et ils n'avaient nul besoin de se battre pour leur subsistance, car ils disposeraient de pâturages en abondance », le gouvernement passe alors d'un système patriarcal, basé sur la description des Cyclopes par Homère, à l'essor de l'agriculture et de la vie urbaine ; les prémices de la législation, etc.On y sent bien sûr aussi l'influence de l'âge d'or d'Hésiode. Cet âge primitif présenté comme moralement florissant devait être à l'esprit de Dicéarque lorsqu'il proposa sa propre Kulturgeschichte[9]. Mais si Dicéarque a puisé son texte chez Platon, son œuvre était un produit caractéristique de l'école péripatéticienne à laquelle il appartenait[9].

D'après Dicéarque, rapporté par Porphyre, la paix et l'amitié régnaient aux premiers temps de l'humanité, lorsqu'il n'y avait pas de trophées suffisamment précieux pour justifier des combats[8]. De plus, Dicéarque situe l'origine de la guerre dans une phase ultérieure où la possession de biens d'une certaine valeur engendrait une rivalité entre ceux qui aspiraient à les acquérir et ceux qui voulaient les défendre à tout prix ; il suggère qu'avec le développement du niveau de civilisation, les acquisitions antérieures ont perdu de leur valeur en raison de l'apparition de produits nouveaux et plus prisés[8] ; c'est, selon Dicéarque, l'origine du proverbe grec « ἆλις δρυός ».

Porphyre attribue ce récit à Dicéarque lui-même ; quant à sa méthode, il affirme avoir écrit « succinctement et précisément », « rassemblé » et « étudié » les informations ; cependant, rien n'éclaire les libertés qu'il a prises avec le texte original de Dicéarque[10]. Les extraits de Dicéarque dans De abstinentia seraient tirés de sa Vie de la Grèce (Βίος Ἑλλάδος / Bios Hellados), ouvrage initialement en trois volumes. Dicéarque, originaire de Messine en Sicile et né vers 376 av. J.-C., fut, avec Théophraste et son ami proche Aristoxène, l'un des premiers disciples d'Aristote. Bien que très estimé par la suite, notamment par les Romains (Lucrèce, Varron et Cicéron[8]) ses écrits furent perdus de son vivant, et seules quelques traces subsistent aujourd'hui pour éclairer son œuvre philosophique. Fritz Wehrli (de) a pu rassembler 118 témoignages et fragments dans son recueil de textes, toujours considéré comme une référence, « L'École d'Aristote », malgré la rareté des documents textuels qu'il contient[11].

La théorie anthropologique de Dicéarque mêle des éléments de la tradition hésiodique du déclin à des théories progressistes (primitiviste et progressiste donc[10],). Il reprend d'Hésiode le concept de « race dorée »[8], qui menait une vie « excellente et heureuse »[8] avant de dégénérer sous l'effet de la cupidité, laquelle engendra la guerre[b]. Dicéarque croyait que la vie des premiers humains, telle que décrite par Hésiode, était un fait historique, avec la seule réserve que les récits trop mythiques devaient reposer sur des fondements naturalistes et raisonnables[8],[c]. Ce concept est associé à des idées progressistes, telles que la vie rude des premiers hommes et le développement graduel des arts. Dans sa reconstitution, Dicéarque distingue trois étapes : la race dorée, où les hommes primitifs vivaient des fruits sauvages de la terre ; la vie pastorale, marquée par la domestication et la chasse ; et la vie agricole, avec l'introduction de l'agriculture[10]. Lucrèce, dont l'anthropologie, comme celle de Diodore de Sicile et de Vitruve, s'appuie probablement sur une œuvre perdue de Démocrite[12], rejette la conception idéalisée d'une ère primitive entièrement paisible[8]. Lucrèce a connu et combattu Dicéarque[8] ; il s'en est par ailleurs cependant inspiré pour son anthropologie, à commencer par sa réutilisation de « ἆλις δρυός »[8].

Lucrèce

Lucrèce (Ier siècle av. J.-C.) dans son De rerum natura, probablement inspiré par Dicéarque; réitère l'idée générale qui sous-tend l'explication anthropologique du proverbe[8].

« 

nam quod adest praesto, nisi quid cognovimus ante
suavius, in primis placet et pollere videtur,
posteriorque fere melior res illa reperta
1415
perdit et immutat sensus ad pristina quaeque.
sic odium coepit glandis,

 »

« 

Toujours le bien présent est le premier pour nous,
Si notre souvenir n’en sait pas de plus doux.
L’objet qui lui succède enlève nos suffrages
Et du passé toujours rabaisse les ouvrages.

C’est ainsi que les glands sont tombés en mépris.

 »

 André Lefèvre

C'est à Lucrèce que l'on devrait même le terme progrès (« paulatim docuit pedetemtim progredientes »)[13]. La conception de l'histoire chez Lucrèce, envisagée comme progrès ou régression, apparaît particulièrement ambiguë. La dernière partie du livre V, consacrée à l'histoire culturelle, souligne la persistance de l'ignorance, de la folie et des passions violentes qui imprègnent l'histoire humaine[14]. Le progrès, comme « une tendance inhérente à la nature ou à l'homme à traverser une séquence régulière d'étapes de développement dans le passé, le présent et l'avenir, les dernières étapes étant – avec peut-être des retards ou des régressions occasionnels – supérieures aux premières »[15], avec toutes ses implications, était étranger aux Grecs, soit parce que leur conception du temps était cyclique et non linéaire, de sorte que le passé se répétait sans cesse et que le futur répétait inévitablement ce qui avait déjà été ; soit parce qu'ils n'avaient jamais renoncé au rêve d'un Âge d'or à l'aube de l'humanité et que, depuis lors, ils imaginaient que la vie avait inexorablement décliné[16]. La pensée la plus profonde de l'Antiquité n'était donc ni optimiste ni pessimiste[16]. Elle affirmait que le progrès et la régression ne sont que les « marées montantes et descendantes d'une mer immuable »[17]. Le pouls de l'univers bat dans une alternance d'expansion et de contraction. Il en résulte une série de cycles, au sein desquels l'histoire se répète[17]. La théorie cyclique du temps est apparue sous diverses formes durant l'Antiquité avant d'être intégrée aux réflexions sur le développement des États. Les philosophes présocratiques et les pythagoriciens furent les premiers à l'inclure dans leur théorie cosmologique[18]. Le schéma de régression de Hésiode, de l'âge d'or à l'âge de fer, n'a jamais été oublié dans l'Antiquité: le Mythe des races d'Hésiode (or, argent, bronze, héros, fer) transpose peut-être ce temps cyclique dans un contexte poétique[18].

Ce n'est qu'au XVIIe siècle que l'idée du progrès se répandra sous l'égide de la raison[17]. Le progrès est alors devenu une amélioration mesurable par les statistiques[17]. Plus généralement, au début de l'ère moderne, l'idée de progrès humain s'oppose à la conception religieuse du temps comme dégradation, corruption d'un état originel idéal[19]. La Renaissance voit dans l'idée de progrès une loi d'amélioration liée à l'avancement des sciences, tandis que les Lumières soulèveront la question « de la distinction entre progrès spirituel (ou intellectuel) et progrès scientifique, et celle de la continuité linéaire du progrès »[19].

Cicéron

Théophraste et Dicéarque tous deux appréciés de Cicéron (106-43 av. J.-C.) sont mis en scène par celui-ci dans une célèbre lettre à Atticus de 59 av. J.-C., où il débat — selon la dichotomie theōrētikos bios/praktikos bios — de la prise de responsabilité dans les affaires de la cité ou de l'opportunité d'une mise en retrait par rapport à celles-ci. Cette lettre semblerait-il fait partie d'un long cheminement entre Dicéarque et Cicéron qui mènera à l'élaboration du De Republica en 54 av. J.-C.[8]. Cicéron mentionne un désaccord entre Théophraste et Dicéarque d'abord dans une lettre à Atticus du 29 avril 59 av. J.-C. dans laquelle il affirme bien qu'avec ironie, sa préférence pour Théophraste, tandis que Dicéarque a la préférence d'Atticus[d]. Il cite le proverbe deux mois plus tard, alors que ses vues ont changé[1].

Conformément au pacte conclu en 60 av. J.-C. entre César, Pompée et Crassus, formant ce que l'on appelle communément le Premier triumvirat, César est élu consul pour l'année 59 av. J.-C. Les mesures radicales qu'il obtient ou qu'il est en train d'obtenir avec l'aide de Pompée (cf. lettre à Atticus. II, 16, 2) révèlent à Cicéron la véritable nature de Pompée et le danger qui menace l'État. La lettre II,19 à Atticus brosse un tableau saisissant des troubles politiques qui agitent Rome, éclaire l'attitude du peuple envers César et Pompée, du point de vue aristocratique, et révèle la prise de conscience, même fugace, par Cicéron du danger que représentaient les desseins de Clodius. Dans cette lettre écrite en juillet 59 av. J.-C., Cicéron s'avoue préoccupé par Clodius, qui vient d'être adopté par un plébéien et sera élu tribun pour l'année 58 ; Cicéron se demande s'il peut scrupuleusement éviter les luttes politiques à venir ou les affronter avec dignité. Il révèle néanmoins ses incertitudes à travers un dialogue fictif avec Atticus, qu'il mène à une conclusion désespérée[1] : « dignitatis ἅλις », a pris une consistance égale à « ἆλις δρυός » et plus tard au proverbe de Voltaire, « le siècle du gland est passé », pour dire que ce qui convenait autrefois est mal adapté au présent[20]. En l'occurrence, Cicéron conformément au platonisme a décidé d'adopter une ligne dure face à ses ennemi, tandis qu'Atticus s'est mis en retrait conformément à l'épicurisme[1].

« Peut-être direz-vous que nous en avons assez des honneurs » — dignitatis ἅλις tamquam δρυός, « le siècle du gland est passé »[e] — « et m’implorerez vous de penser à la sécurité ». « Oh, pourquoi n’êtes-vous pas là ? Rien, j’en suis sûre, ne vous échapperait, tandis que je suis peut-être aveugle (τυφλώττω) et trop sensible à la beauté (nimium τῷ καλῷ προσπέπονθα ) »[1]. Cicéron suggère de se tourner vers la philosophie pour l'aider à prendre une décision ; cependant, la philosophie qu'il privilégie, celle qui vise le beau (καλόν, ou l'honestum, philosophie platonicienne, académique antique, péripatéticienne ou stoïcienne), ne semble pas être un guide précieux en politique : « un aveuglement excessif face à d'autres considérations, une rigidité trop grande dans la recherche du bien », pourraient s'avérer néfastes[7]. En revanche, l'opportunisme ou la recherche de sécurité, la mise en retrait, préoccupations pragmatiques également centrales dans l'éthique épicurienne et apparemment régulièrement mises en avant par Atticus, pourraient constituer un meilleur guide[7],[21],[1]. Dans une lettre à son frère Quintus, au début du livre 59, Cicéron s'était présenté comme un philosophe roi (M. Tullii Ciceronis ad Quintum fratrem I,1[22],[23]); et l'aveuglement dont il est question pourrait être une allusion au mythe de la caverne ; la cécité dont souffrit le philosophe qui contempla les Formes à son retour dans le monde obscur de la caverne[1],[7].

« Multa me sollicitant et ex rei publicae tanto motu et ex iis periculis quae mihi ipsi intenduntur et sescenta sunt; sed mihi nihil est molestius quam Statium manu missum;

Nec meum imperium, ac mitto imperium, non simultate/m meam Reverteri saltem!

Nec quid faciam scio neque tantum est in re quantus est sermo. Ego autem ne irasci possum quidem iis quos valde amo; tantum doleo ac mirifice quidem. Cetera in magnis rebus. Minae Clodi contentionesque <quae> mihi proponuntur modice me tangunt; etenim vel subire eas videor mihi summa cum dignitate vel declinare nulla cum molestia posse. Dices fortasse: 'dignitatis ἅλις tamquam δρυός, saluti, si me amas, consule.' me miserum! cur non ades? Nihil profecto te praeteriret. Ego fortasse τυφλώττω et nimium τῷ καλῷ προσπέπονθα. Scito nihil umquam fuisse tam infame, tam turpe, tam peraeque omnibus generibus, ordinibus, aetatibus offensum quam hunc statum qui nunc est, magis me hercule quam vellem non modo quam putarem. Populares isti iam etiam modestos homines sibilare docuerunt. »

 Cicéron, Epistulae ad Atticum II, 19

« J'ai de nombreuses raisons de m'inquiéter, tant du fait de la situation politique troublée que des dangers personnels qui me menacent. Elles sont très nombreuses ; mais rien ne m'irrite plus que l'affranchissement de Stace :

« Penser qu'il n'aurait aucun respect pour mon autorité ! Mais je ne parle pas d'autorité – qu'il n'ait aucune crainte d'une querelle avec moi, pour le dire gentiment. »

Mais que dois-je faire ? Je l'ignore, et cette affaire est en réalité bien moins importante qu'on pourrait le croire à en entendre parler. Pour ma part, je suis absolument incapable d'être en colère contre ceux que j'aime profondément. Je me sens seulement vexé, et ce, à un degré surprenant. Mes autres vexations concernent des questions bien plus importantes. Les menaces de Clodius et les conflits qui se profilent à l'horizon ne m'atteignent que légèrement. Car je pense pouvoir les affronter avec une parfaite dignité ou les décliner sans la moindre gêne. Vous direz peut-être : « Assez de dignité ! Comme le dit le proverbe, “Assez du chêne” ! Et si vous m’aimez, pensez à votre sécurité ! » Ah, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi n’êtes-vous pas là ? Rien, assurément, n’aurait pu vous échapper. Je suis peut-être quelque peu aveuglé, et trop influencé par mon idéal élevé. Je vous assure qu’il n’y a jamais rien eu d’aussi scandaleux, d’aussi honteux, d’aussi offensant pour tous les hommes, quelles que soient leur condition et leur âge, que l’état actuel des choses. C’est pire, par Hercule, que je ne l’aurais souhaité, mais pas plus que ce à quoi je m’attendais. Vos populaires ont maintenant appris même aux hommes habituellement calmes à siffler. »

 littérale, Lettre à Atticus. II, 19, traduction de l'anglais

Cicéron est abondamment commenté par Érasme (voir plus loin). Il cite aussi la lettre à Atticus. IV, 5, 1 :

« Sed valeant recta, vera, honesta consilia. »

 Cicéron, Epistulae ad Atticum IV, 5

« Mais adieu la politique franche, honnête et noble ! »

 littérale, Lettre à Atticus. IV, 5, traduction de l'anglais

L'attitude négative de Cicéron envers l'application de la philosophie à la politique pratique est frappante dans une lettre antérieure datant de 60 av. J.-C.[7] La lettre à Atticus. II, 1, 8. est aussi citée par Érasme ; « ἅλις σπουδῆς », peut être aussi traduit pas « assez de zèle ».

« 'Quid ergo? Istos' inquies 'mercede conductos habebimus?' Quid faciemus, si aliter non possumus? An libertinis atque etiam servis serviamus? Sed, ut tu ais, ἅλις σπουδῆς. »

 Cicéron, Epistulae ad Atticum I, 1, 8.

« Qu'y faire ? Avons-nous le choix des moyens ? Aimez-vous mieux tomber dans les mains des affranchis, et même des esclaves? Mais, comme vous le dites, assez de sérieux. »

 Lettre à Atticus. I, 1, 8. (traduction Nisard)

Zénobios

Chez Zénobios (Zenobii Athoi Proverbia 2, 40 (Teubner 1888), grammairien et poète grec actif dans la première moitié du IIe siècle:

« Αλις δρυός: ἐπὶ τῶν εἰς τινα βελτίονα δίαιταν μεταβαλλομένων. Τῶν γὰρ βαλάνων οἱ παλαιοὶ παυσά-μενοι μετεῖχον σίτου καὶ οἴνου. »

variante :

« ΑΛΙΣ ΔΡΥΟΣ, Ἐπὶ τῶν ἐκ φαυλοτέρας διαίτης ἐρχομένων ἐπὶ βελτίονο εἴρηται ἡ παροιμία· ἐπειδὴ τὸ ἀρχαῖον οἱ ἄνθρωποι βαλάνοις δρυὸς τρεφόμενοι, ὕστερον εὑρεθεῖσι τῆς Δήμητρος καρποῖς ἐχρήσαντο »

« ΑΛΙΣ ΔΡΥΟΣ, De ceux qui passèrent d'un régime misérable à un meilleur... car anciennement les hommes se nourrissaient de glands, fruits du chêne; plus tard, après leur découverte, ils utilisèrent les fruits de Déméter »

 (Fourgous 1989)

Marcel d'Ancyre

De manière singulière le proverbe « ἆλις δρυός », resurgit à une époque charnière de la chrétienté, le concile de Nicée de 325. Marcel d'Ancyre a recours à des proverbes profanes dans son exégèse d'un texte biblique fondamental dans la controverse arienne, qui concerne la définition du rapport qui relie le Fils au Père à l'intérieur de la Trinité, les Proverbes chapitre 8:22-30. Il est cité par Eusèbe de Césarée qui contre son argumentation (Contra Marcellum)[24]. Il met en lumière le courant exégétique d'Alexandrie, et l'utilisation des proverbes profanes issu de la culture hellénique pour expliquer les écritures saintes. Marcel souligne contre Astérios le Sophiste, théoricien majeur de l'arianisme, que les propos du livre des Proverbes ne peuvent être expliqués à la lettre, selon le sens obvie, mais exigent une lecture plus approfondie[24]. Pour « ἆλις δρυός » (mètre iambique, | ∪ — ∪ — |), assez de chêne, il tombe sous le sens que ce n'est pas le chêne qui est visé. Sa démonstration, qui prend la tangente opposée à l'Arianisme (Monarchianisme) est dénoncée par Eusèbe[24].

« τί δὲ τὸ ΑΛΙΣ ΔΡΥΟΣ σημαίνει; φησί τις· οὐ γὰρ δυνατὸν ἐκ τοῦ προχείρου γιγνώσκειν τὴν παροιμίαν. οἱ παλαιοί, ὡς ἔφασαν, πρὸ τῆς τοῦ σίτου γεωργίας βαλανηφαγοῦντες, ἐπειδὴ ὡς ᾤοντο ὁ καρπὸς οὗτος ὕστερον εὑρέθη, ἐκείνῳ προσέχοντες τὸν νοῦν καὶ τῇ μεταβολῇ προσχαίροντες ΑΛΙΣ ΔΡΥΟΣ ἔλεγον· καὶ τοῦτο τὴν παροιμίαν ἔφασαν εἶναι. »

« Et que signifie ASSEZ DU CHÊNE ? On dit, en effet, qu'il n'est pas possible de comprendre ce proverbe pris à la lettre. Les anciens, disait-on, se nourrissaient de glands avant la mise en culture du blé; puisque, pensait-on, ce fruit de la terre ne fut découvert que plus tard, on disait, en songeant à lui et en se réjouissant du changement: ASSEZ DU CHÊNE. On dit que c'est cela le sens du proverbe. »

 (Batllo 2015)

Renaissance

Érasme

Érasme (1466-1536) fait mention du proverbe dans ses Adages (Adagia, 02. I, IV, 2) aux alentours de 1500. Ces adages sont accompagnés systématiquement d'un commentaire, dont la longueur peut aller d'un paragraphe à plusieurs dizaines de pages:

« Satis quercus
Αλις δρυός, id est Sat quercus. Vetus adagium in eos, qui relicto victu sordido ad elegantiorem lautioremque digrediuntur. Inde profectum, quod prisci illi mortales rudes atque inculti, simulatque Ceres usum frumenti monstravit, glandibus victitare desierunt. Quamquam Plinius libro XVI testatur et sua aetate multas gentes glande victitasse, apud Hispanos etiam in deliciis habitam, adeo ut bellariorum vice secundis mensis inferretur. Hujusmodi nimirum tragemata conveniebant 115, quibus dentifricii loco lotium esset. »

 Erasme

« ASSEZ DU CHÊNE
Assez du chêne ! Ce vieux proverbe s'adresse à ceux qui abandonnent une vie misérable pour une existence plus raffinée. Il tire son origine du fait que les premiers mortels, primitifs et illettrés, cessèrent de se nourrir de glands dès que Cérès leur eut montré l'usage des céréales. Pourtant, Pline témoigne au livre XVI que, même à son époque, de nombreux peuples subsistaient de glands ; chez les Espagnols, ils étaient si appréciés qu'on les servait en dessert. De telles friandises correspondent sans doute à ceux qui utilisaient l'urine comme dentifrice. »

 Traduit depuis l'allemand Descœudres 2021

Érasme poursuit sur Cicéron, Lettre à Atticus. II, 19:

« Nec inconcinne quadrabit in eos, qui relicta antiqua illa virtute ad mores consiliaque sui seculi sese transferunt ac recentiorum moribu incipiunt uti. Hunc ad modum videtur usus Cicero scribens ad Atticum libro 11. in epistola, cujus initium: Multa me sollicitant. Clodii contentiones, quae mihi proponuntur, modice me tangunt; etenim vel subire eas videor summa cum dignitate vel declinare nulla cum molestia posse. Dices fortassis, ἅλις tamquam δρυὸς. Saluti, si me amas, consule. Me miserum ! Cur non ades ? Atque ita quidem in omnibus legitur exemplaribus; verum equidem doctis, uti spero, comprobaturis sic legendum esse contenderim : Dignitatis tanquam δρυὸς ἅλις, saluti, si me amas, consule, ut intelligas dignitatis rationem quasi quercum et priscum illud virtutis studium omittendum esse, posthac saluti potius consulendum quam famae. »

 Erasme

« Ce proverbe s'appliquera parfaitement à ceux qui abandonnent la vertu traditionnelle, adoptent les coutumes et les principes de leur temps et commencent à imiter les mœurs des peuples modernes. Il semble que Cicéron l'ait employé ainsi lorsqu'au Livre II, dans sa lettre à Atticus qui commence par « J'ai de nombreuses raisons de m'inquiéter », il écrit : « Les batailles à venir contre Clodius ne m'agitent pas particulièrement ; je suis certain de pouvoir les supporter avec dignité ou de les éviter sans me plaindre. Vous direz peut-être : “Assez de ça, comme avec le chêne ; écoutez-moi et veillez à votre sécurité.” Pauvre de moi ! Pourquoi n'êtes-vous pas là ? » C'est ainsi que l'on trouve le texte dans toutes les éditions ; mais j'insisterais pour qu'on le lise ainsi (si les érudits, comme je l'espère, partagent mon avis) : « Assez de dignité, comme avec le chêne ; écoutez-moi et veillez à votre sécurité », pour signifier qu'il faut abandonner toute considération de dignité, à l'instar du chêne, et ce zèle désuet pour la vertu, et désormais privilégier la sécurité à la gloire. »

 Traduit depuis l'allemand Descœudres 2021

Érasme poursuit sur Cicéron, Lettre à Atticus. IV, 5, 1 :

« Id quod et alibi scribit sibi esse in animo, nempe ad eundem Atticum libro IV : Subturpicula mihi videbatur esse palinodia, sed valeant vera, honesta consilia. »

 Erasme

« Il écrit ailleurs, notamment à Atticus dans le Livre IV, que telle était sa conviction : « Cette palinodie me semblait quelque peu honteuse. Mais adieu à vos résolutions droites, honnêtes et décentes ! » »

 Traduit depuis l'allemand Descœudres 2021

Érasme poursuit sur Cicéron, Lettre à Atticus, II, 1, 8 :

« Apertius velut interpretatur adagium ad hunc ipsum libro secundo : Quid ergo inquies ? Istos mercede conductos habebimus ? Quid faciemus, si non aliter possumus ? An libertinis atque etiam servis serviamus ἡ Sed ut tu ais: ἅλις σπουδῆς, exponens nimirum quid intellexerit δρυός, hoc est probitatem ac virtutem. »

 Erasme

« Le proverbe est interprété plus clairement dans une lettre adressée à ce même Atticus, dans le Livre II : « Et alors ? me direz-vous. Voulons-nous garder ces gens de notre côté, pour ainsi dire, contre rémunération ? Que faire s'il n'y a pas d'autre solution ? Devons-nous mendier auprès des affranchis, voire des esclaves ? Mais, comme vous avez coutume de le dire, assez de choses sérieuses. » Par là, il explique sans doute ce qu'il entendait par « chêne », à savoir la droiture et la vertu. »

 Traduit depuis l'allemand Descœudres 2021

Ce sens de probitatem ac virtutem, donné par Érasme attribué au chêne, l'« l'image du chêne pour faire allusion au courage civique. » face à l'épicurisme, est reprise par Madeleine Bonjour[25].

Il termine par le sens commun du proverbe :

« Nihil autem prohibet, quominus et in genere proverbium usurpemus, quoties pristinum aliquod studium aut institutum relinquitur »

 Erasme

« Rien ne nous empêche cependant d'utiliser ce proverbe au sens large, chaque fois que l'on abandonne une vieille préférence ou une habitude. »

 Traduit depuis l'allemand Descœudres 2021

Joos Lambrecht

ΑΛΙΣ ΔΡΥΟΣ. Joos Lambrecht. Les Monnoyes d'or & d'argent. 1544. Metropolitan Museum of Art[26]

L'imprimeur gantois, Joos Lambrecht (1491-1557) n'était pas seulement un fondeur de caractères de grand talent et un typographe remarquable pour son époque, mais aussi un éminent grammairien et, surtout, un excellent graveur. Il apporta des améliorations significatives à la typographie gantoise. Il exprima probablement son sentiment de supériorité et son devoir de surpasser ses prédécesseurs dans une série de motifs typographiques, qu'il a gravé lui-même et qu'il utilisa, au début de sa carrière artistique, uniquement pour orner ses estampes latines. Ces marques d'imprimeur représentent un chêne chargé de glands, au pied duquel se tient un moissonneur ; ce dernier tient une riche gerbe de blé sous son bras, et de sa bouche jaillit une bannière portant l'inscription en caractères grecs : « Satis quercus »[27]. Plusieurs versions de la même marque illustrent son œuvre alternant les inscriptions « Satis quercus », abrégé en « Sat quercus », et « ἆλις δρυός » (ΑΛΙΣ ΔΡΥΟΣ). ἆλις δρυός peut ici signifier : « Nous avons assez vécu de glands : moissonnons maintenant le blé. » . Au-dessus de la vignette figure le début d'une phrase latine : « Cessent solita », dont la fin, « Dum meliora », est imprimée en dessous ; elle peut se traduire par : « Renonçons à la routine, mais faisons mieux. »[28],[29],[27]. Une image de progressisme donc.

Voltaire

Une véritable thématique autour du gland archaïque se développe aux XVIIe et XVIIIe siècles, à laquelle vont participer Cervantes, Don Quichotte (1605), Thomas Hobbes (Léviathan chap. XLVI et De Corpore), John Locke (Second Treatise of Civil Government, ch. 5), Mandeville The Grumbling Hive: or, Knaves Turn'd Honest, 1705 », et la Fable des abeilles), Voltaire (Le Mondain, Dict. phil., t. 18, Blé ou Bled) et Rousseau (Discours, Note 9). Voltaire qui connaissait le De abstinentia (dictionnaire philosophique, l'article «  Viande, viande défendue »), reprend le proverbe à son compte, et en 1762 lance à Chalotais son « Le siècle du gland est passé », qui s'inspire du proverbe (Lettre 5084), dans le contexte de la polémique autour des Jésuites. La Compagnie de Jésus, riche ordre religieux, doté d'un pouvoir illimité et relevant directement du pape incarnait tout ce à quoi s'opposaient les Lumières ; ils avaient de plus un monopole sur l'éducation des élites ; La Chalotais, appelle à une laïcisation de l'éducation ; de là un éloge de Voltaire daté du 6 novembre 1762[30],[31] :

« Le siècle du gland est passé ; vous donnerez du pain aux hommes. Quelques superstitieux regretteront encore le gland qui leur convient si bien ; et le reste de la nation sera nourri par vous. »

Voir aussi

Notes

  1. « [1,56] ἑκατέρως δὲ ὁ θεωρητικὸς τοῦ λιτοῦ τῆς διαίτης ἀνθέξεται· καὶ γὰρ οἶδεν ἐν οἷς ἐστιν δεσμοῖς· ὥστε πολυτελείας ὀρέγεσθαι οὐ δύναται, καὶ τὸ λιτὸν ἀγαπῶν οὐ ζητήσει ἐμψύχων βρώσεις ὡς οὐκ ἀρκούμενος τῇ τῶν ἀψύχων. »
    « Celui qui aime la vie contemplative sera frugal : il sait ce que c'est que les chaînes de l'âme ; il s'abstiendra des viandes, parce que les aliments inanimés lui suffisent. »

     Burigny, Traité de Porphyre touchant l'abstinence de la chair des animaux. Livre I, 1,56

  2. Lovejoy et Boas (en) rapprochent Dicéarque d'Empédocle par ailleurs cité par le premier. La théorie primitiviste de la dégénérescence progressive chez ces auteurs suppose que le meilleur moment est au début de l'histoire de l'humanité, la suite étant marquée par un déclin qui se termine à cause de cette détérioration ou par une catastrophe. Dans son œuvre Dicéarque vise à démontrer que l'homme (civilisé) est le pire ennemi de l'homme et que la guerre a causé plus de destruction que toutes les catastrophes naturelles réunies ; le primitivisme de Dicéarque s'apparente à du Pacifisme (Lovejoy-Boas 1997))
  3. Lovejoy-Boas, affirme qu'historien, Dicéarque rejetait la mythologie traditionnelle, il considérait néanmoins la légende de l'âge de Cronos comme une version probablement non naturelle d'un fait historique(Lovejoy-Boas 1997)
  4. « Nunc prorsus hoc statui, ut, quoniam tanta controversia est Dicaearcho familiari tuo cum Theophrasto amico meo ut ille tuus τὸν πρακτικὸν βίον longe omnibus anteponat, hic autem τὸν θεωρητικόν utrique a me mos gestus esse videatur. Puto enim me Dicaearcho adfatim satis fecisse; respicio nunc ad hanc familiam quae mihi non modo ut requiescam permittit, sed reprehendit quia non semper quierim. »

     Marcus Tullius Cicero, Scr. In Formiano in m. Maio a. 695 (59).

    Formia, 29 avril 59 av. J.-C., En l'état actuel des choses, compte tenu de la controverse entre votre ami Dicéarque et mon ami Théophraste – le premier préconisant la vie d'action, le second la vie de contemplation –, je crois avoir déjà obéi aux deux. Quant à Dicéarque, je pense avoir satisfait à ses exigences ; à présent, mon regard est fixé sur l'école qui non seulement me permet de m'abstenir des affaires, mais me reproche de ne pas l'avoir toujours fait. Aussi, mon cher Titus, permettez moi de me jeter dans ces nobles études et de revenir enfin à ce que je n'aurais jamais dû quitter. (traduction depuis l'anglais Letters to Atticus/2.16)
  5. en français dans le texte de Loeb Classical.

Références

Bibliographie

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