Serra Orrios

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Serra Orrios
Complexe nuragique de Serra Orrios
Image illustrative de l’article Serra Orrios
Temple A du type « à mégaron ».
Localisation
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Sardaigne
Province Province de Nuoro
Commune Dorgali
Coordonnées 40° 20′ 02″ nord, 9° 32′ 17″ est
Histoire
Époque Bronze moyen, âge du fer.
Géolocalisation sur la carte : Italie
(Voir situation sur carte : Italie)
Serra Orrios
Serra Orrios
Géolocalisation sur la carte : Sardaigne
(Voir situation sur carte : Sardaigne)
Serra Orrios
Serra Orrios

Serra Orrios, ou selon son nom complet le complexe nuragique de Serra Orrios, est un site archéologique situé dans la municipalité de Dorgali, dans la province de Nuoro, en Sardaigne. Le site correspond à un important village nuragique, fréquenté du Bronze moyen jusqu’à l'âge du fer, qui incluait au moins deux enceintes sacrées avec des temples « à mégaron ».

La date précise de découverte du complexe nuragique est inconnue, probablement au milieu des années 1930. À partir de mai 1936, l'archéologue Doro Levi y mène trois campagnes successives de fouilles archéologiques. Lors de la première campagne, une cinquantaine de cabanes, un petit temple et une tombe de géants sont identifiés. La campagne de fouilles de 1937 permet de reconnaître au total plus de 70 cabanes et celle du printemps 1938 permet d'en explorer une quinzaine et de découvrir des polissoirs en stéatite, un fragment d’une matrice de fusion, quelques bronzes et une abondante céramique. Malheureusement, les fouilles de Serra Orrios furent hâtives et peu documentées[1]. En 1938, en application des lois raciales, Doro Levi est suspendu de ses fonctions à la surintendance archéologique et doit se réfugier aux États‑Unis[2].

En 1947, Giovanni Lilliu visite le site et identifie une vingtaine de cabanes supplémentaires[1]. L'abandon des fouilles, la négligence et le vandalisme entraînent peu à peu une dégradation du site et la disparition d’éléments architecturaux et culturels (cloisons internes, foyers, meules, bassins, vasques) que Levi avait signalés et même documentés par des photographies[3]. En 1961, le site est restauré sous la direction de Guglielmo Maetzke.

En l’état actuel des fouilles, le complexe nuragique de Serra Orrios se compose d’au moins une centaine d'édifices, dont seule une partie a été relevée en plan, de deux enceintes avec temple attenant du type « in antis »[4]. Les deux tombes, l'une du type tombe de géants signalée par Levi, et l'autre, signalée par Lilliu, de typologie incertaine[4], ont probablement été détruites dans les années 1960[5].

Village

Deux cabanes (n°27, n°49) sont isolées, tous les autres bâtiments (unités d’habitation, couloirs, zones destinées à divers usages domestiques) se répartissent de manière variée ou se regroupent pour former au moins quatre îlots (numérotés de A à D), dotés d’une cour centrale, pourvue d’un puits ou d’une citerne, sur laquelle s’ouvrent les autres pièces. Les véritables cabanes sont au nombre de 49, tandis que les autres édifices doivent être considérés comme des bâtiment annexes[4].

Les cabanes de Serra Orrios, à l’exception de quelques pièces quadrangulaires (n°30 et n°73) comportent un plan circulaire, parfois très irrégulier. La surface moyenne de ces 49 cabanes est de 13,68 m², avec une superficie maximale de 29,20 m² (n°9) et minimale de 4,40 m² (n°74). Leur orientation est principalement tournée vers le sud‑est (20 cas), puis vers le nord‑est (11), le sud‑ouest (9) et le nord‑ouest (7), tandis que les orientations plein sud (1) et plein ouest (1) sont tout à fait exceptionnelles[4].

Vue du village.

Îlot A

Ce groupe de cabanes s’étend dans la partie orientale du village et se compose de huit espaces qui s’ouvrent, pour la plupart, sur une vaste cour. On y accède par le nord, à travers une sorte de couloir d’une dizaine de mètres, ainsi que par le nord‑ouest, par une ouverture située entre les cabanes n°21 et n°70. La cabane n°77 s’ouvre au sud‑ouest et, contrairement à toutes les autres, ne communique avec aucun autre édifice de l’îlot, ce qui pourrait indiquer un ajout postérieur au plan primitif. La surface totale de ces cabanes est de 114 m², tandis que la surface moyenne est de 14,25 m² par pièce[6].

Îlot B

Ce groupe est constitué de huit espaces, reliés en partie par des murets, qui donnent directement soit sur un espace commun doté d’un puits‑citerne (n°19, 20, 39, 40), soit sur un vaste patio (n°21), soit encore sur un espace ouvert (n°36 et 37). La surface totale des cabanes de cet îlot est de 109,80 m², tandis que la surface moyenne est de 23,72 m². Au cours des interventions les plus récentes, des petits puits qui semblent être liés par un système de collecte et de canalisation, ont été découverts. En 1938, la fouille de l'îlot a permis de découvrir une hache à bords relevés et un ciseau en bronze[6].

Îlot C

C'est le seul îlot, homogène et compact, qui ne semble pas résulter d'une agrégation mais pourrait avoir été « planifié ». Il compte 11 pièces, regroupées autour d’une cour dotée d’un puits et d’un vaste espace de dégagement, avec des entrées orientées vers le nord‑est ou vers le sud‑ouest. Un puits‑citerne a été creusé dans une large fissure irrégulière du substrat rocheux pour recueillir les eaux de pluie. Les pièces, de formes et de dimensions variées, sont pour la plupart modestes, surtout celles situées sur le pourtour de l’îlot. La surface totale des pièces est de 109,45 m², tandis que la surface moyenne est de 10,94 m². Dans la cour n°63, à côté d’un espace délimité par des dalles plantées de chant, se trouvait un foyer avec cupules, désormais disparu. Dans la cabane n°56, on a retrouvé, entre autres, un anneau en bronze[7].

Îlot D

Ce groupe de cabanes s’étend au sud‑ouest de l’îlot C, auquel il semble être relié par une certaine continuité, même si son organisation apparaît nettement plus irrégulière. Il est formé d’au moins huit pièces. La cabane n°9 est la plus vaste du village (29,20 m²). Il n’existe pas de grands espaces centralisés et les entrées s’ouvrent directement sur les ruelles. La surface totale est de 98 m², tandis que la surface moyenne est de 12,25 m²[7].

Cabane n°49

La cabane n°49, de forme vaguement elliptique (6,80 × 7,00 m ; surface 16,76 m²), comporte une façade rectiligne (3,60 m), précédée d’un vestibule. Le vestibule est délimité sur son aile droite par quatre grandes dalles orthostatiques disposées en arc (longueur de 3,40 m). Sur l’aile opposée, on devine l’existence d’une structure similaire désormais effondrée. À l’extérieur, près du montant droit, se trouve une pierre présentant une cavité hémisphérique centrale (largeur 0,40 m). L’entrée, orientée au nord‑est, comprend une pierre de seuil surélevée (largeur de 0,96 m) et des montants (2,00 m de hauteur à gauche et 1,60 m à droite). L’intérieur de la chambre, construit en assises, présente un banc‑siège courant sur tout le pourtour, composé de 19 pierres (probablement 21 à l'origine) en saillie du mur. La présence de ce banc et celle d'un vestibule laissent supposer que la cabane n°49 avait une fonction publique du type « cabane des réunions », comme celles connues dans de nombreux autres villages nuragiques de l’île (Su Nuraxi, Palmavera, Serri). L’isolement de la cabane n°49 pourrait être motivé par la nécessité de disposer d’une vaste surface attenante pour accueillir une foule nombreuse. Par ailleurs, la technique de construction (utilisation de grands orthostates sur lesquels reposent ensuite des rangées de pierres) suggère une phase de construction très ancienne. La présence d'un vestibule pourrait également indiquer qu'il s'agit d'un édifice sacré. Malheureusement, on ne connaît rien du matériel archéologique qui y fut découvert lors de sa fouille entre 1936 et 1938[8].

Matrice de fusion pour pointe de lance.

Autres groupes de cabanes

Le premier groupe (au nord‑ouest de la cabane n°49) est composé de six édifices, avec des orientations d’entrée variées. À courte distance se trouve une vasque destinée à recueillir l’eau pour les animaux. La surface totale est de 113,44 m², avec une moyenne de 18,90 m². C'est dans la cabane n°58, que furent trouvés en 1938 « un marteau en stéatite » et deux fragments d’une matrice de fusion pour pointe de lance. Un troisième fragment de la même matrice fut récupéré lors des travaux de restauration de 1961. Le second groupe comprend six cabanes, toutes circulaires, avec des espaces communs, des tronçons de murs, des couloirs ; les entrées présentent des orientations variées. La surface moyenne est de 13,13 m², tandis que la surface totale est de 78,80 m²[7].

Temples « à mégaron »

Les fouilles de Serra Orrios conduisent à la découverte, pour la première fois en Sardaigne, de deux édifices singuliers (temples A et B), dotés d’un vestibule et d’une chambre bordée d’un banc‑siège que Doro Levi baptise temples « à mégaron ». Les deux temples sont situés l’un (A) en périphérie de l’habitat et l’autre (B) à son extrémité. Les deux temples sont distants d'une trentaine de mètres[9].

Temple A

Le temple est inclus dans un téménos de forme vaguement elliptique (50,20 × 42,50 m ; surface 1 364 m²), appelé localement par les habitants « l’enclos ». On accède à l'intérieur par une haute porte à linteau (largeur 0,80 m), précédée d’un vaste vestibule ovale délimité par deux ailes de mur rentrantes (profondeur 6,00 m ; largeur 4,20/3,00 m ; épaisseur 1,00 m). La vaste étendue de l’enclos sacré avait conduit Levi à supposer qu’il servait « à contenir tous les troupeaux du village », tandis que Lilliu y reconnaissait un espace libre de toute structure destiné à accueillir des visiteurs ou pouvant être utilisé pour des activités collectives (marché, compétitions sportives). Le temple proprement dit, situé à environ huit mètres de l’entrée du téménos, est une construction, de plan rectangulaire (long. 8,36 m ; larg. 4,56/4,40 m ; ép. 1,10/0,80 m), fortement décentrée à l’intérieur de l’enclos. Le temple est orienté selon un axe est-sud-est/ouest-nord-ouest, avec son entrée au sud-est. L’entrée de la chambre est précédée d’un court vestibule quadrangulaire (long. 1,24/1,26 m) comportant un banc‑siège à la base des parois. La cella, de forme quadrangulaire (prof. 4,18 m ; larg. 2,50/2,64 m ; surface 11,84 m²), possède un foyer central et un banc‑siège le long des parois (larg. 0,70/0,44 m). Sa hauteur est conservée sur trois assises. Il s’agissait probablement de l’édifice le mieux construit du complexe, avec des pierres soigneusement taillées et finement ajustées, ce qui a pu conduire, à une époque plus ou moins récente, à la démolition de la structure pour en récupérer les blocs[9].

Temple B

Le temple B, est de dimensions plus importantes que le temple A mais situé à l’intérieur d’un téménos beaucoup plus petit, de forme vaguement rectangulaire (19,00 × 12,00 m ; surface 174,40 m²)[10]. L'espace libre de constructions qui s’étend sur une trentaine de mètres de profondeur et environ 15 mètres de largeur dans l’axe de l’entrée principale du téménos, semble former une « voie sacrée » processionnelle[11]. Le côté oriental du téménos, où s’ouvre une première entrée (largeur 0,70 m ; hauteur 1,20 m) , est assez irrégulier : il s’étend sur environ 16 mètres, puis tourne à angle droit vers l’intérieur sur environ deux mètres, délimitant une sorte de patio devant le temple et formant un court mur dans lequel s’ouvre une entrée (largeur 1,60 m) vers un petit bâtiment situé à l’extrémité opposée du temple. Ce petit bâtiment est également accessible directement depuis l’extérieur par une seconde entrée (largeur 0,80 m ; hauteur 1,10 m) ouverte à l’est, quatre mètres plus au sud que l’entrée principale du temenos. Ces deux entrées et les murs correspondants montrent clairement qu’elles furent construites à des époques différentes : la première utilise une technique en assises, avec quelques grandes dalles manifestement en remploi, tandis que la seconde s’ouvre dans une structure formée de grandes dalles plantées de chant. Le petit bâtiment présente un plan en segment de cercle (4,80 × 3,20 m ; surface 12,40 m²), avec un sol irrégulier et abaissé, correspondant au substrat rocheux, ce qui suggère une fonction de collecte de l’eau[10].

Le temple, de plan rectangulaire (longueur 10,20 m ; largeur 5,26/4,50 m, hauteur maximale conservée de 2,10 m), comporte une entrée au sud‑est. La maçonnerie est constituée de pierres basaltiques grossièrement équarries, parfois sub-quadrangulaires, disposées en assises horizontales régulières. Il est probable que les blocs isodomes retrouvés lors des travaux récents appartenaient à la partie supérieure de l’édifice. L’entrée de la cella est précédée d’un court vestibule avec un banc‑siège composé de trois pierres sur chaque paroi. La porte est surmontée d’un linteau, dont l'authenticité est douteuse (absente sur les relevés de Levi). Elle donne accès à la chambre, de forme trapézoïdale (longueur 5,10 m ; largeur 2,68/2,32 m ; surface 14,50 m²), dont les parois sont bordées d’un banc‑siège composé de 24 pierres (25 à l’origine). Le sol conserve encore en partie son dallage d'origine constitué de pierres plates. La paroi du fond présente un profil courbe, en hémicycle[10].

La présence du banc‑siège dans la chambre, comme dans le vestibule, confirme la fonction publique de l’édifice, auquel doit être associé, dans le même enclos, le petit édifice où devait être recueillie l’eau destinée au culte[10]. Aucun élément culturel ne permet de dater précisément cet édifice mais il est probablement plus ancien que le temple A[11].

Matériel archéologique et datation

Notes et références

Voir aussi

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