Siège de Pouancé (1432)

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Date 6 janvier -
Issue

Paix signée entre les deux belligérants :

  • Jean II d'Alençon : libération de Jean de Malestroit, cession de la place de la Guerche, paiement d'une amende.
  • Jean V de Bretagne : paiement de la dot impayée, paiement de dédommagements aux mercenaires anglais lésés.
Siège de Pouancé (1432)
Description de cette image, également commentée ci-après
Château de Pouancé (reproduction d'une gravure du XIXe siècle)
Informations générales
Date 6 janvier -
Lieu Pouancé (Haut Anjou)
Issue

Paix signée entre les deux belligérants :

  • Jean II d'Alençon : libération de Jean de Malestroit, cession de la place de la Guerche, paiement d'une amende.
  • Jean V de Bretagne : paiement de la dot impayée, paiement de dédommagements aux mercenaires anglais lésés.
Belligérants
Duché de Bretagne
Royaume d'Angleterre
Baronnie de Pouancé
Commandants
Jean V de Bretagne
Arthur de Richemont
Guy XIV de Laval
Alain IX de Rohan
Bertrand de Dinan
Thomas de Scales
John Fastolf
Jean II d'Alençon
Ambroise de Loré
Forces en présence
6 000 hommes
7 pièces d'artillerie
« très petit nombre de soldats » plus un renfort de « 40 bons soldats[1] »

Guerre de Cent Ans

Coordonnées 47° 44′ 26″ nord, 1° 10′ 35″ ouest
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Siège de Pouancé (1432)
Géolocalisation sur la carte : Pays de la Loire
(Voir situation sur carte : Pays de la Loire)
Siège de Pouancé (1432)
Géolocalisation sur la carte : Maine-et-Loire
(Voir situation sur carte : Maine-et-Loire)
Siège de Pouancé (1432)

Le siège de Pouancé de 1432, aussi appelé troisième siège de Pouancé, résulte d'un conflit opposant le duc d'Alençon Jean II au duc de Bretagne Jean V. Bien que ce siège voie s'affronter, dans le contexte de la guerre de Cent Ans, Bretons et Anglais face à des Français, ce conflit a son origine dans une dispute familiale concernant la dot de Marie de Bretagne, sœur de Jean V et veuve de Jean Ier d'Alençon, père de Jean II.

Ce siège, qui fait suite à ceux de 1066 et de 1379.tire son nom de la ville de Pouancé (actuel département du Maine-et-Loire), située en Anjou, à proximité de la frontière du duché de Bretagne, non loin de la place forte bretonne de Châteaubriant.

Commencé le 6 janvier 1432, le siège est d'abord marqué par la résistance du duc d'Alençon. Jean V fait alors appel aux Anglais qui lui envoient des renforts. Mais cela déplaît au frère du duc de Bretagne, Arthur de Richement, connétable de France, qui va s'efforcer de pousser le duc d'Alençon à négocier sa reddition. Le traité conclu entre les deux parties, à l'avantage du duc de Bretagne, évite cependant que Pouancé tombe aux mains des Anglais.

Ce conflit prend place dans la dernière phase de la guerre de Cent Ans, peu de temps après l'équipée de Jeanne d'Arc (1429-1430).

Malgré sa condamnation à mort et son exécution en 1431, la situation politico-militaire des Anglais se dégrade en France depuis la levée du siège d'Orléans (1429) et le sacre de Charles VII à Reims : en dehors de la Normandie et de la région de Bordeaux, ils n'occupent qu'une partie de la Picardie et de la Champagne et ne contrôlent qu'imparfaitement l'Île-de-France. Ils sont de plus en plus perçus comme des occupants et les soulèvements se multiplient[2]. Le duc de Bourgogne Philippe le Bon commence à prendre ses distances avec le duc de Bedford, régent en France au nom d'Henri VI.

En tant que comtes de Richmond, les ducs de Bretagne entretiennent depuis l'époque de Jean de Montfort (1294-1345) des liens étroits avec les rois d'Angleterre, mais Jean V, qui règne depuis 1399, prend lui aussi ses distances. Allié aux Français avant la bataille d'Azincourt (1415), il entame ensuite une politique de bascule entre les deux belligérants : bien que signataire du traité de Troyes de 1420, qui prive le dauphin Charles de la succession de Charles VI, au profit du roi d'Angleterre, il autorise son frère Arthur (qui sera duc de Bretagne en 1457-1458) à combattre du côté français après son retour de captivité en Angleterre (1415-1422). Arthur est nommé connétable de France en 1425.

Origine du conflit

Marie de Bretagne, fille de Jean IV, a été mariée en 1396 au comte d'Alençon Jean Ier. Mais sa dot de 30 000 livres n'a été que partiellement versée : c'est ce problème qui est à l'origine du différend entre les deux maisons.

En 1409, Marie donne le jour à un fils, Jean, six ans avant que Jean Ier, duc d'Alençon depuis 1414, meure à la bataille d'Azincourt. À quinze ans, son fils devient le duc d'Alençon Jean II et s'engage à son tour dans la lutte contre les Anglais. Il est fait prisonnier lors de la bataille de Verneuil ().

Il est libéré en 1429 grâce au versement d'une rançon de 200 000 écus[3]. Pour la payer, il doit mettre en vente sa place forte de Fougères qui est achetée par le duc Jean V pour 120 000 écus, renforçant ainsi sa position sur la frontière franco-bretonne[4].

Vers Noël 1431, Jean V reçoit son neveu à Nantes. Celui-ci, manquant d'argent, espère obtenir le versement du reliquat de la dot de sa mère, soit 15 000 livres[4]. Mais Jean V continuant de différer le paiement, il se résout à utiliser des moyens de pression plus violents : il tente d'abord d'enlever son cousin, François (futur duc François Ier), mais n'y parvient pas. C'est Jean de Malestroit, évêque de Nantes et chancelier du duc, qui est finalement victime de l'enlèvement. Jean II conduit son otage au château de La Flèche puis, après l'échec des négociations, le fait amener à Pouancé[pourquoi ?][5]. On est alors au début de l'hiver (décembre 1431-janvier 1432).

Déroulement

Entrée en guerre de Jean V

Jean V décide de répondre par la guerre : il lève des troupes à Rennes et dans ses environs et en donne le commandement à son gendre, Guy XIV de Laval, avec l'ordre d'assiéger Pouancé où se trouvent le duc d'Alençon et son otage, mais aussi sa mère et son épouse. Jean V vient lui-même à Châteaubriant pour suivre plus facilement l'évolution des opérations[6].

Mise en place du siège

Les troupes bretonnes, pas très bien préparées, se mettent en marche malgré les rigueurs de la saison : « Le froid étoit si violent, que la glace portoit les chevaux et les chariots[7] ».

Elles arrivent en vue de la ville le matin du 6 janvier. Elles lancent d'abord une attaque sur le flanc ouest de la forteresse, le côté de l'enceinte dirigé vers la Bretagne[8].

La ville est défendue par un petit nombre de soldats, insuffisant pour résister à l'armée bretonne[8]. Le duc d'Alençon décide de quitter en secret la forteresse pour se réfugier à Château-Gontier et monter une contre-attaque.

Il envoie un de ses meilleurs capitaines, Ambroise de Loré, à La Guerche avec l'ordre de venir en aide aux assiégés de Pouancé. Celui-ci réussit de faire rentrer par une « fausse porte[7] » quarante bons soldats, « dont ceux de dedans furent fort réjouis[1] ».

Renforts bretons et anglais pour l'armée de Jean V

Jean V, mécontent de l'arrivée de ces renforts à Pouancé, sollicite le soutien du duc de Bedford. Il obtient que des compagnies anglaises stationnées en Bretagne, dans le Maine et en Basse-Normandie viennent renforcer son armée[9] :

  • George Riguemen, écuyer, stationné à Vannes, avec 240 chevaux ;
  • John Fastolf, avec 100 lances et 160 archers ;
  • Sir d'Ulby, capitaine anglais, avec 300 lances et 1 000 archers ;
  • le bâtard de Salisbury[pas clair] et Jean Herpelay, avec « grand nombre de gens[10] » ;
  • Richard Holland, Thomas Allouin et Robin Geneson, écuyers, de la garnison d'Avranches, « avec quelques gens[10] »;
  • Thomas de Scales[8].
Reproduction d'une bombarde, par E. Guillaumot, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle, par Eugène Viollet-le-Duc, 1856.

Avec ces compagnies, on fournit également à Jean V quatre petits canons en cuivre et un grand en fer (avec vingt-quatre boulets de fer)[8].

Simultanément, le duc de Bretagne envoie des ordres au Trégor et au Léon pour faire avancer des troupes de Basse-Bretagne : « Les Bas-Bretons vinrent en grand nombre[8] ». Le vicomte de Rohan amena 565 hommes d'armes et 320 archers ; le maréchal de Dinan 250 lances et 183 archers[11]. « On put croire un instant que toute la Bretagne allait se ruer sur le château de Pouancé[8] ». « Tout cela dut porter à plus de 6 000 le chiffre des assiégeants, toutes bonnes troupes, bien animées, bien commandées, bien approvisionnées[1] ». Les quantités impressionnantes de matériel dévolues au siège de la place (cf. l'encadré ci-dessous) furent acheminés par plus d'une dizaine de charretiers réquisitionnés pendant quarante jours pour les besoins de la chose[4].

Matériel de siège de l'armée bretonne
Des fragments de comptes de Jean V, conservés aux Archives
départementales de Rennes, permettent de mieux saisir l'ampleur du siège[9] :
Matériel d'artillerie : 2 gros canons, 650 boulets de pierres, 440 livres de poudre à canon, 126 livres de soufre, 372 livres de salpêtre, 2 sacs de charbon de saule, 9 poches de cuir pour mettre la poudre et 1 sac pour la passer, 12 touches pour mettre le feu aux canons, […].
Armes : 60 lances et 60 piques de fer, 1 000 clous pour faire des arrêts de lances, 32 arcs d'if, 1 164 cordes d'arc, 3 624 flèches, 7 arbalètes, 2 100 viretons, 15 tourets pour tendre les arbalètes, 24 cordes pour les tourets, […].
Matériel de siège : 9 haches à bec recourbé, 22 pics de fer, 38 paniers, 37 torches de cire, 12 bêches, 12 pelles, 208 chausse-trappes.

Échec de la contre-attaque du duc d'Alençon

Le 9 janvier, Ambroise de Loré tente une manœuvre de diversion avec une partie de la garnison de la Guerche et attaque le manoir du Plessis-Guérif, à Piré, propriété de Jacques Bonenfant, chambellan de Jean V, où la compagnie de George Riguemen y était installée. Georges, frère de Jacques Bonenfant, est tué, et George Riguemen, blessé, perd presque toute sa compagnie[9]. Les Anglais sont faits prisonniers et le château est pillé et brûlé. Le duc entra alors dans une grande fureur[10].

Les garnisons stationnées à La Guerche, Craon et Château-Gontier, relevant de l'autorité du duc d'Alençon, se joignent aux combats par de nombreuses escarmouches victorieuses contre les compagnies ennemies[12].

Le duc d'Alençon se met alors à chercher des appuis. Il en reçoit notamment de la part du duc de Bourbon et de quelques autres seigneurs alliés, qui lui envoient deux mille hommes d'armes auxquels se joint la garnison de Château-Gontier. Avec ces troupes, il se croit en mesure de briser le siège de Pouancé.

Le duc de Bretagne, ayant eu vent de ce projet, fait venir des troupes supplémentaires de Marcillé et de Châteaubriant. Lorsque les Français arrivent en vue de Pouancé, ils sont repoussés et poursuivis[10]. Selon Prosper de Barante, le contingent bourbonnais était envoyé par la duchesse Marie de Berry qui gouvernait au nom de son époux captif en Angleterre, et commandé par le bâtard de Bourbon[13],[14].

Poursuite du siège

La conduite du siège par les Anglais et les Bretons s'intensifie : « On travailloit à saper et miner la place[15] ». « Les Bretons et les Anglois faisoient mines et autres approches[16] ». Pour ces travaux, le connétable de Richemont fait venir un Breton, Jean Moraud, pour réaliser les travaux d'approches consistant à améliorer l'efficacité de l'artillerie. Assgely, capitaine anglais, parent de Riguemen, conduit les travaux de mines et de sapes des murailles[15].

Négociations menées par le connétable de Richemont

Comme le siège avance et que le nombre de Bretons augmente chaque jour, le connétable Arthur de Richemont, pressentant la chute prochaine de la ville, s'inquiète de la sécurité des femmes nobles qui se trouvent dans la forteresse, notamment sa sœur, Marie de Bretagne, et Jeanne d'Orléans, épouse de son neveu. Surtout, en tant que connétable de France, il apprécie peu de se battre aux côtés des Anglais et ne souhaite pas que ceux-ci s'emparent de la « bonne place » de Pouancé[9].

Il charge un gentilhomme de Pouancé, Guillaume de Saint-Aubin, d'aller à La Guerche informer Ambroise de Loré que la situation de Jean II devient précaire et lui demander d'en informer le duc d'Alençon. Loré va trouver le duc et le persuade de négocier. Ayant obtenu un sauf-conduit du connétable, il se rend à Châteaubriant le 19 février et remet à Jean V une « fort respectueuse[17],[18] » lettre d'excuses de son neveu.

La paix est négociée par le connétable de Richemont et le comte d'Étampes.

Traité de paix et levée du siège

Le duc d'Alençon s'engage à libérer Jean de Malestroit et tous les prisonniers anglais et bretons, à livrer la place de la Guerche en caution et à payer une amende de 50 000 livres de dommages et intérêts.

Le duc de Bretagne s'engage à restituer la Guerche à son neveu au bout d'un an et à payer le reliquat de la dot de la duchesse d'Alençon (15 000 livres). Par ailleurs, il doit dédommager les Anglais, « très mortifiés de cet accommodement sur lequel on ne les avait point consultés[10] ».

Le siège de Pouancé est levé aux environs du 22 février.

Liste des villes et forteresses impliquées dans le siège

Bibliographie

Articles connexes

Notes et références

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