Soirées de famille

From Wikipedia, the free encyclopedia

PaysFrance et autres espaces proches
Organisateur Anarchistes
Dateannées 1880 et 1890 au moins
Nombre de participantsDizaines de milliers au moins
Soirées de famille
Image illustrative de l’article Soirées de famille
'Réunion anarchiste à Paris' dans Le Monde illustré représentant sans doute Pierre Martinet ()[1]

Pays France et autres espaces proches
Organisateur Anarchistes
Date années 1880 et 1890 au moins
Nombre de participants Dizaines de milliers au moins

Les soirées de famille ou soirées familiales sont des événements tenus par les anarchistes en France et dans d'autres parties d'Europe de l'Ouest à partir des années 1880. Rassemblant entre une centaine et un millier de participants, elles offrent un espace de rencontre et de discussion privilégié aux anarchistes et sont indissociables du compagnonnage, le système de fonctionnement du mouvement anarchiste à cette période.

Ces rassemblements, organisés en fin de semaine par des groupes locaux, distribuant de la nourriture et des boissons, se réunissent souvent chez des marchands de vin, qui sont anarchistes ou sympathisants à cette période. Ils servent de point d'entrée aux femmes au sein du mouvement, étant donné qu'elles peuvent y prendre la parole et commencer à se faire entendre. De surcroît, les soirées de famille participent à transmettre les idées anarchistes, en organisant des discours, chansons et une variété d'activités militantes ; elles servent aussi de lieu de rencontre entre les anarchistes, qui peuvent s'y coordonner ou échanger.

Le modèle des soirées de famille se retrouve dans d'autres initiatives, comme les soupes-conférences, cherchant quant à elles à toucher une population plus défavorisée. Les soirées de famille sont fondamentales pour le fonctionnement du mouvement à cette période.

Contexte

Marchand de vins soutenant les anarchistes accusés après l'affaire de Clichy dans Le Père Peinard (1891)

Le mouvement anarchiste, fondé vers le congrès de Saint-Imier en Suisse, en 1872, commence à essaimer en Europe de l'Ouest puis dans le monde[2],[3]. La première organisation où les anarchistes se retrouvent est l'Internationale anti-autoritaire, mais celle-ci disparaît au cours des années 1880[4]. Ceux-ci en viennent alors à développer un nouveau système de relations, le compagnonnage anarchiste, qui leur permet de se rencontrer, se coordonner et d'interagir entre eux[5],[6],[7].

Par ailleurs, si les femmes sont au départ mises à l'écart du mouvement, elles commencent à être intégrées à partir des années 1880, ce qui se manifeste dans la création de groupes féminins, comme le groupe Louise Michel-Marie Ferré à Lyon[8],[7].

Les marchands de vins occupent une place privilégiée au sein du compagnonnage de cette période, leurs commerces servant souvent de lieux de rassemblement - ils sont généralement remarqués comme étant anarchistes ou leur étant favorables[9]. À titre d'exemple, lors de l'affaire de Clichy, le marchand de vins ayant hébergé les compagnons impliqués témoigne en leur défense et accuse la police, selon Le Père Peinard[10].

Soirées de famille

Rapport sur une soirée de famille tenue à Lyon en 1888 (AD du Rhône - 4 M 310 - collections d'Archives anarchistes)

Les soirées de famille voient le jour dans le contexte du compagnonnage[7]. Généralement organisées par un groupe anarchiste local, bien que plusieurs puissent parfois s'associer pour les lancer, il s'agit de réunions soit privées, destinées à ne rassembler que des anarchistes, soit publiques, destinées à un auditoire plus large[7]. Elles sont annoncées dans la presse anarchiste et visées par les autorités[7]. En France, il est fréquent de trouver des informateurs lors de ces rassemblements[7].

Ces événements sont souvent tenus en fin de semaine, comme le dimanche, quand les anarchistes ne travaillent pas[5]. Parfois, les compagnons louent des locaux pour la tenue de la soirée de famille, mais les relations avec certains propriétaires pouvant être tendues, ils disposent aussi de leurs propres lieux de rassemblement, comme le cabaret tenu par le couple Louis Duprat-Louise Pioger au 11 rue Ramey[5],[11].

Les rassemblements étant plus ouverts que le cœur des groupes anarchistes, les partenaires et enfants de compagnons s'y rendent[7]. Les soirées de famille sont aussi des événements de rencontre et de reconnaissance : on y discute, on y présente un nouveau compagnon, on évalue la probité de tel ou tel individu, etc[7]. Elles servent très fréquemment de lieux privilégiés pour les levées de fonds, en particulier pour les partenaires ou enfants d'anarchistes emprisonnés[5],[7]. Ces levées de fonds peuvent prendre des formes différentes, y compris au travers de l'organisation de tombolas[7].

Photographie policière de Louise Pioger par Alphonse Bertillon (fichier anthropométrique des anarchistes, 1894).

En termes de chiffres, il est difficile d'estimer combien de soirées de famille se tiennent dans les années 1880 et 1890, mais elles rassemblent entre une centaine de personnes, pour les plus modestes, à presque un millier pour les plus importantes, en fonction des lieux concernés[7]. De surcroît, le modèle des soirées de famille est développé à une échelle plus importante lors des soupes-conférences du début des années 1890, qui touchent des dizaines de milliers de personnes en région parisienne[5],[12].

Postérité

Références

Bibliographie

Related Articles

Wikiwand AI