Groupe Louise Michel-Marie Ferré
From Wikipedia, the free encyclopedia
Le groupe Louise Michel-Marie Ferré est un groupe anarchiste et féministe fondé à Lyon en 1880 et actif pendant les années 1880. Réunissant une quarantaine de militantes, il s'agit du premier ou d'un des premiers groupes anarchistes féminins de l'histoire. Il occupe une place notable dans l'histoire de l'anarchisme, marquant l'entrée des femmes au sein du mouvement, développant de nombreux points de théorie et se situant parmi les premiers cercles à arborer le drapeau noir.
| Fondation |
1880 |
|---|---|
| Dissolution |
après 1886-1887 |
| Zone d'activité | |
|---|---|
| Objectif | |
| Méthode |
Propagande pacifique, vente de brochures, conférences, publications, propagande par le fait |
| Pays |
| Personnes clés | |
|---|---|
| Idéologie |
Alors que le mouvement anarchiste est en cours de constitution idéologique et commence à se répandre en Europe, les femmes restent écartées et discriminées au sein du mouvement. Cette situation commence à évoluer à la fin des années 1870 lorsque plusieurs anarchistes soutiennent leur inclusion et qu'elles investissent l'anarchisme. Le groupe Louise Michel est fondé en 1880 avec l'idée de rassembler les femmes dans une organisation anarchiste qui leur soit propre et ainsi s'organiser entre elles.
Participant à des conférences, certaines avec Louise Michel, dont elles prennent le nom avant de se renommer en l'honneur de Marie Ferré, elles distribuent de la propagande anarchiste et écrivent dans les journaux de la première période de presse anarchiste lyonnaise. Elles y défendent des positionnements nouveaux au sein du mouvement politique naissant, dont l'intersectionnalité des luttes féministes et anarchistes et l'idée qu'une alliance révolutionnaire de femmes est possible au niveau national et international ; les militantes considèrent désormais les femmes comme un groupe révolutionnaire à part entière et non comme les soutiens d'hommes. Fanny Madignier, une membre notable du groupe, est mise en cause pour l'attentat de l'Assommoir en après avoir fait des remarques incendiaires en soutien aux mineurs des troubles de Montceau-les-Mines. Elle disparaît par la suite et parvient à fuir les autorités françaises.
Selon certains historiens, le groupe parvient à créer un tissu anarchiste féminin en France au moins. De nombreux autres groupes de femmes se créent en parallèle ou par la suite sur son modèle ; il essaime au niveau démographique et marque ainsi un tournant pour la place des femmes au sein du mouvement anarchiste.
Histoire
Contexte

À partir de la fondation du mouvement anarchiste lors du congrès de Saint-Imier en 1872, Lyon et la région lyonnaise de manière générale en deviennent vite un pôle important[5] - ils y forment une Fédération révolutionnaire lyonnaise plus ou moins informelle du fait que les autorités françaises interdisent l'Internationale anti-autoritaire en France et qu'elle est donc semi-clandestine[5],[6]. Leur nombre croit sans interruption dans la ville, si bien qu'elle peut être appelée l'une des « capitales » du mouvement anarchiste à cette période[5].
Par ailleurs, malgré les ouvertures affichées de l'anarchisme, qui prétend s'opposer à toutes formes de domination, sa première décennie est marquée par une présence initiale quasiment exclusivement masculine[7]. Cette situation commence à évoluer à la fin des années 1870, en particulier à Lyon, quand plusieurs femmes - souvent en couple avec des anarchistes mais pas toujours, rejoignent le mouvement[7]. L'orientation d'ouverture aux femmes est officiellement entreprise par plusieurs figures du mouvement ; un manifeste envoyé à Lyon depuis la Suisse fait par exemple mention du fait que « les femmes [doivent s'occuper aussi] de propagande »[8].
La société française en 1880 est une société où les femmes sont discriminées légalement, socialement et culturellement[9].
Groupe Louise Michel-Marie Ferré
En 1880, le groupe Louise Michel est fondé à Lyon[8]. Il réunit plusieurs anarchistes, dont Adélaïde Mitteaux ou Fanny Madignier et sa sœur, Virginie[10],[11],[12],[13]. Le groupe rassemble une quarantaine d'anarchistes d'une trentaine d'années[13]. Son nom est pris en hommage à Louise Michel, encore en vie et de retour d'exil - cette dernière connaît le groupe, leur rend parfois visite et interagit avec certaines des membres du groupe[13].

Le siège de l'organisation se situe au 12 rue des Fantasques à Lyon et elle s'engage dans plusieurs activités, par exemple dans la vente de brochures écrites par Michel dont les profits servent à aider le mouvement ouvrier ou l'organisation de conférences, dont une série menée en 1882 voit Louise Michel intervenir[13]. Les militantes font pleinement partie de la première période de presse anarchiste lyonnaise (1882-1884), intervenant dans de nombreux titres de cette série et y faisant figurer les premiers textes de presse anarchistes de la main de femmes qui ne seraient pas Michel - en tout, elles y publient plus d'une vingtaine de textes[13]. En présentant leur programme dans Le Droit social, un des titres de cette série, elles déclarent, dans une déclaration où ce n'est plus aux femmes de seconder les prolétaires mais l'inverse[13] :
« Notre programme est et a toujours été :
1) Révolution complète dans l’état actuel de la société;
2) Égalité pour tous les travailleurs des deux sexes : relèvement moral et matériel de la femme, son affranchissement complet dans la société future. Pour cela, nous emploierons tous les moyens en notre pouvoir pour arriver au plus vite, avec l’aide des prolétaires, à l’avènement de la révolution sociale. »
En 1882, le groupe change de nom à la demande de Michel, que l'appellation met un peu mal à l'aise, pour se renommer Marie Ferré, du nom d'une autre figure communarde proche des anarchistes récemment décédée[13]. Cette évolution reflète des questions de rapports de force internes qui ne sont pas faciles à évaluer et semblent s'organiser autour du départ de Marie Labouret-Finet en 1882[13]. Plus tard dans la décennie, le groupe reprend le nom de Louise Michel ou associe les deux, sans que les raisons de ces changements ne soient claires non plus[13].

Le , Fanny Madignier représente le groupe et les « mères et sœurs des prolétaires » dans une réunion consacrée aux troubles de Montceau-les-Mines[10]. Les drapeaux noir et rouge sont arborés pendant la réunion[10]. Elle y déclare, avant d'être applaudie par une partie du public de 600 personnes, que[10] :
« L’éclair révolutionnaire qui vient d’éclater à Montceau doit nous affranchir de tous de nos exploiteurs. »
Le mois suivant, l'anarchiste devient la principale suspecte pour l'attentat de l'Assommoir - le premier attentat anarchiste meurtrier de l'histoire de France[10],[11],[12]. Elle parvient à s'enfuir et disparaître, probablement en Suisse[10],[11],[12].
Le groupe poursuit son activité pendant les années suivantes dans la région lyonnaise, au moins jusqu'en 1886-1887[13]. Il est remarqué comme étant d'une « longévité inhabituelle » pour un groupe anarchiste de cette période, ceux-ci ayant tendance à être rapidement interdits[14].
Pensée
Anarchisme et féminisme
Le groupe lie clairement l'anarchisme et le féminisme dans sa pensée[13],[14]. Cette orientation passe tout d'abord par une critique du mouvement anarchiste plus général ; les militantes mettent en exergue les discriminations qu'elles subissent au sein du mouvement et les comparent avec celles subies par les femmes en dehors[13],[14]. Pour autant, elles demeurent anarchistes et souhaitent mener la révolution sociale anarchiste[13],[14]. De cette manière, les militantes adoptent une position marquée par l'intersectionnalité des luttes, mêlant la situation des femmes à la révolution contre l'État et le capitalisme, ces combats devant être menés de manière simultanée[13],[14].
De manière notable, le groupe voit la lutte féministe comme différente de la lutte anticapitaliste ; pour les militantes, il existe une situation précise d'oppression unissant les femmes par delà leurs classes sociales ; puisqu'elles sont discriminées en tant que femmes, elles peuvent s'unir en tant que femmes, devenir anarchistes et mener la révolution ensemble[14].
Internationalisme féministe

Les membres du groupe développent, en se fondant sur le dernier point, une idéologie mêlant le féminisme et l'internationalisme[14]. Étant donné que les femmes de toutes classes forment, en soi, une classe révolutionnaire par le fait qu'elles sont discriminées, elles cherchent à unir les femmes sur un plan international et les rendre révolutionnaires et anarchistes[14]. Selon l'historienne Marie-Pier Tardif, en commençant à effectuer ces liens, les anarchistes semblent vouloir créer un pendant féminin de l'Internationale anti-autoritaire, la principale organisation anarchiste de la période - elles envisagent donc la création de structures anarchistes féminines et l'extension du modèle de leur groupe (non-mixité) à des échelles bien plus importantes[14].
Postérité
Création d'un réseau anarchiste féminin en France
Le groupe Louise Michel-Marie Ferré est crédité par Tardif comme ayant créé un tissu anarchiste féminin en France ; non seulement les interventions du groupe dans les premiers journaux anarchistes en France marquent l'entrée des femmes dans le mouvement anarchiste, mais elles tissent des réseaux importants en France, se mettant en lien avec de nombreux groupes anarchistes féminins émergeants[14]. Selon Tardif, le groupe marque ainsi un avant-après dans la présence des femmes au sein du mouvement anarchiste[14].