Studios Disney de 1937 à 1941
From Wikipedia, the free encyclopedia
Les premiers longs métrages d'animation,
Premier âge d'or
| Début | 1937 |
|---|---|
| Fin | 1941 |
| Studios | Hyperion Avenue, Los Angeles (1925-1941)Walt Disney Studios Burbank (1941-) |
| 1922-1937 | Premières productions |
|---|---|
| 1937-1941 | Premiers longs métrages d'animation |
| 1941-1950 | Première grève, Seconde Guerre mondiale |
| 1950-1973 | Télévision, films et décès de Walt Disney |
| 1973-1988 | Le studio endormi, guerre financière et Touchstone |
| 1989-1995 | Renaissance et Second âge d'or |
| 1995-2005 | Animation de synthèse et suites et Pixar |
| 2006-2018 | Quête des blockbusters |
| 2019-aujourd'hui | Disney+ et 20th Century |
| XXIe siècle | Liste au XXIe siècle |
|---|
L'histoire des Studios Disney de 1937 à 1941, période surnommée le « Premier Âge d'Or », est essentiellement marquée par la sortie de leurs premiers longs métrages d'animation, à commencer par Blanche-Neige et les Sept Nains. Leur production s'étale principalement de 1934 à 1941, date à partir de laquelle le studio connaît un frein à son activité. Le dernier de ces longs métrages, Bambi, sort l'année suivante.
À partir de 1934, Walt Disney envisage la création d'un long métrage en animation, projet qui aboutit en 1937 avec Blanche-Neige et les Sept Nains. Le studio devient alors très important, produisant trois séries de courts métrages et travaillant sur plusieurs projets de longs métrages. Ces projets sont ambitieux tant graphiquement que techniquement, en général artistiquement. Ils aboutissent pour la plupart entre 1940 et 1942 mais leurs racines remontent toutes à la période 1937-1941. Ces films sont parmi les plus connus et reconnus du studio : Pinocchio, Fantasia, Dumbo et Bambi. Ces productions ambitieuses ont nécessité de nombreuses innovations tant techniques qu'artistiques. Le studio a utilisé, développé ou amélioré en interne des techniques comme la couleur avec le procédé Technicolor, la caméra multiplane, les storyboards, l'usage de maquettes pour concevoir les personnages, le Fantasound ou de nombreux effets spéciaux. Pour beaucoup, l'animation est alors devenue un art.
En parallèle, le studio poursuit sa production de courts métrages, lançant des séries centrées sur d'anciens personnages secondaires : Donald Duck débutée en 1937, Dingo (Goofy) débutée en 1939, Pluto débutée en 1937 mais le second film sort en 1940. Cependant, tout cela a nécessité d'importants investissements pour le studio et les revenus n'ont pas compensé les coûts.
La nécessité de faire un long métrage
Depuis 1924, Walt Disney s'est fait un nom dans le monde de l'animation en animant puis en réalisant plusieurs séries de courts métrages d'animations, les Alice Comedies (1924-1927), Oswald le lapin chanceux (1928) puis Mickey Mouse (à partir de 1928) et les Silly Symphonies (à partir de 1929). Mais, comme l'explique Christopher Finch, Disney n'est pas satisfait du succès de ses deux séries de courts métrages Mickey Mouse et Silly Symphonies avant 1934, moment où il éprouve sérieusement l'envie de faire un long métrage[1].
En 1934, Walt Disney décide de se lancer dans un nouveau défi, la production de longs métrages d'animation. Contrairement aux idées reçues, le premier long-métrage d'animation de l'histoire du cinéma n'est pas le film de Disney mais El Apóstol, film muet argentin de 60 minutes réalisé par Quirino Cristiani et produit par Federico Valle en 1917[2]. Cristiani a également réalisé en 1931 Peludópolis, le premier dessin animé sonore en long métrage. Ces deux films argentins ont été réalisés en papiers découpés[2]. Avec la production italienne de 1936, Le Avventure di Pinocchio[3], ce sont donc trois longs métrages d'animation qui précèdent le classique de Disney.
Disney décide alors d'investir sa fortune personnelle pour faire un long métrage d'animation, quitte à mettre en péril l'avenir de son studio. Walt Disney souhaite également développer son entreprise et diversifier ses activités au-delà du succès de ses dessins animés. Son choix est motivé par deux raisons. La première est financière : les courts métrages lui permettent de gagner juste assez d'argent pour en faire d'autres, pas plus[1]. John Grant indique que les coûts de production augmentent mais pas les revenus[4]. À la différence des films avec des vedettes telles que Charlie Chaplin ou Greta Garbo, un court métrage de Mickey Mouse ou comme Les Trois Petits Cochons (1933) ne reçoit qu'une faible part de la recette des exploitants de cinémas (moins de 60 000 USD pour le second[5]). Comme Charlie Chaplin ou Laurel et Hardy avant lui dans les films comiques, il décide de passer au long métrage pour survivre[6] car, en dehors des produits dérivés de Mickey, le studio n'a pas d'autres revenus[5]. Sa seconde motivation est plus artistique. Les courts métrages ne permettent pas d'enrichir les personnages, le scénario ou le réalisme[1]. La durée de 8–9 minutes des courts métrages « l'empêche de s'échapper » pour raconter des histoires plus longues[7]. Comme l'écrit Ted Sears à Isadore Klein en novembre 1933, « nous avons juste fini Le Joueur de flûte de Hamelin (The Pied Piper) et sommes parvenus à la conclusion que nos meilleures valeurs à l'écran sont les petits animaux mignons et que nous n'avons pas été assez loin pour appréhender les humains correctement »[8].
En 1933, Disney envisage de faire un long métrage basé sur Les Aventures d'Alice au pays des merveilles avec des actrices comme Mary Pickford ou Ginger Rogers[9],[10],[11],[12],[13] et dans cette optique achète les droits sur les illustrations de John Tenniel[14],[10],[11]. Robin Allan indique qu'un autre film a été envisagé à l'époque, basé sur Rip Van Winkle de Washington Irving[13]. David Koenig date l'achat de l'année 1931 et explique l'arrêt par la sortie du Alice au pays des merveilles (1933) réalisé par Norman Z. McLeod pour la Paramount[15].
C'est au printemps 1934 que Walt Disney arrête son choix sur ce qui sera son premier long métrage et le premier d'animation hollywoodien, Blanche-Neige et les Sept Nains[16]. Cette œuvre est en revanche le premier long-métrage d'animation au monde à la fois sonore et en couleurs. Disney se sert du procédé Technicolor qu'il a utilisé pour le court métrage Des arbres et des fleurs (1932) de la série Silly Symphonies et en exclusivité jusqu'en 1934[17], ainsi que d'autres technologies comme la caméra multiplane et le rotoscope. Avant la fin de l'été 1934, le projet d'un film de 90 minutes est divulgué[18]. La presse pense que Disney est devenu fou et commence à employer la dénomination de « folie Disney » pour qualifier le futur film[16],[19],[20],[21].
Le studio Walt Disney Productions voit alors son organisation se scinder en deux importants services, celui des courts et celui des longs métrages. En 1935, le studio crée un département « effets spéciaux d'animation » dirigé par Cy Young[22].
Les Silly Symphonies, laboratoire pour le premier long métrage
À partir de 1934 et durant toute l'élaboration du film Blanche-Neige et les sept nains, la série des Silly Symphonies sert de banc d'essais afin d'améliorer les techniques d'animation et ainsi en faire profiter Blanche-Neige et les Sept Nains[23]. C'est ainsi que de nombreux nains et sorcières apparaissent dans les courts métrages du studio durant cette période, comme dans Les Enfants des bois[16]. Des développements et formations sont lancés. Ils permettent d'élever la qualité des studios et de donner au long métrage la qualité voulue par Walt Disney.
Les courts métrages des Silly Symphonies souvent cités comme ayant servi de test sont :
- La Déesse du printemps (The Goddess of Spring, 1934), avec Perséphone pour l'apparence du personnage de Blanche-Neige[24] ;
- Joujoux brisés (Broken Toys, 1935), avec la poupée aveugle pour la délicatesse des mouvements féminins de Blanche-Neige[25] ;
- Le Vieux Moulin (The Old Mill, 1937), pour les effets de profondeur grâce à la caméra multiplane[26].
En parallèle, Disney regroupe de nombreuses œuvres littéraires et des dessins de tous horizons au sein de la Disney Animation Library. Ainsi, durant l'été 1935, un voyage en Europe lui permet d'acheter 350 livres supplémentaires d'auteurs européens, élargissant les sources d'inspiration[27],[28]. Robin Allan donne le détail suivant des livres reçus par la bibliothèque du studio entre le 5 juillet et le 24 septembre 1935 : 149 d'Allemagne, 90 de France, 81 du Royaume-Uni et 15 d'Italie[29].
Plusieurs projets de longs métrages
Alors qu'il n'avait pas encore achevé son premier long métrage et certain de son succès, Walt Disney avait lancé la production d'autres longs métrages basés également sur des classiques de la littérature enfantine[30].
La première production Bambi, était basée sur le livre à succès Bambi, l'histoire d'une vie dans les bois de Felix Salten paru en 1923[30]. La date de démarrage du projet Bambi est incertaine (CF ce paragraphe) mais la plus vraisemblable est qu'en 1933, Sidney Franklin achète les droits d'adaptation de Bambi à Salten et cherche à faire un film en prise de vue réelle[31],[32]. En 1935, ne parvenant pas réellement à adapter l'œuvre sous la forme d'un film en prise de vue réelle, il approche Walt Disney[32]. Disney s'enthousiasme de cette proposition[32]. Mais en raison de problèmes de droits d'adaptation et ou de scénario, ce projet a été devancé[30] par un second, Pinocchio, une histoire à succès de l'écrivain italien Carlo Collodi publiée à la fin du XIXe siècle dont l'adaptation cinématographique, Pinocchio, était sortie au début de l'année 1940, suivie par un autre projet débuté en 1937, le film musical Fantasia, sorti fin 1940.
Le projet Fantasia démarre avec la production du court métrage L'Apprenti sorcier débutée en mai 1937, alors que le succès de Mickey commençait à décliner[33]. Durant le processus de création de ce film, Walt Disney rencontre le chef d'orchestre Leopold Stokowski et lui évoque le projet de court métrage musical[34],[35]. En octobre 1937, Walt écrit qu'il est « tout revigoré par à l'idée de travailler avec Stokowski », qu'il ressent que « les possibilités d'une telle combinaison sont si grandes » et qu'elles « nécessiteront son orchestre complet ainsi qu'une forme de compensation pour Stokowski »[33],[36],[37].
La fin des années 1930 voit l'émergence de nombreux projets. Cette effervescence principalement du côté des longs métrages est une conséquence de la décision de stopper, en réalité de ne pas poursuivre les Silly Symphonies. Le contrat avec RKO entamé en 1937 demande simplement la livraison de 18 courts métrages[38]. Le studio reprend des projets inachevés du début des années 1930 et les mène à terme comme Moth and the Flame (1938) et Au pays des étoiles (1938) qui sont en réalité des projets des années 1930 ou 1934-1935 qui ont subi de nombreux aléas de production[39]. En parallèle, les équipes de scénaristes et le service des licences recherchent des poèmes et autres œuvres pouvant être adaptées[40]. Les trois principales productions entamées mais qui seront repoussées sont Cendrillon, Alice au pays des merveilles et Peter Pan[41].
À l'époque de Blanche-Neige et les Sept Nains (1937) Walt Disney souhaite adapter en long métrage d'animation une légende du XIIe siècle le Roman de Renart dans lequel tous les personnages sont des animaux[42]. Mais du point de vue de Disney, cette histoire pose plusieurs problèmes comme en premier lieu le caractère d'escroc du héros, le projet stagne en phase de conception[43]. Un élément du projet se développe indépendamment et en mai 1941, Disney paye 5 000 USD pour l'adaptation de Chantecler[44] basé sur le personnage éponyme du Roman de Renart. Lors de la production de L'Île au trésor (1950), Disney envisage de produire trois séquences d'animation à partir d'histoires tirées du Roman de Renart et racontées par dans le film par Long John Silver[43]. Walt Disney change ensuite d'avis et L'Île au trésor devient le premier long métrage de Disney sans animation[43]. Ken Anderson continua à travailler sur le projet de Renart avec par exemple des storyboards datés de 1956 ou un scénario de 1960 mettant Renart non pas dans le rôle du héros mais dans celui du méchant[43]. Malgré ce projet abandonné de nombreux éléments ont été repris lors de la conception de Robin des Bois (1973)[43].
Peu avant la sortie de Blanche-Neige et les Sept Nains, Walt Disney envisage de produire un long métrage mêlant animation et prise de vue réelle sur la vie de Hans Christian Andersen avec des séquences présentant ses contes dont La Reine des neiges[45]. En mars 1940, Disney propose à Samuel Goldwyn une coproduction avec le studio de Goldwyn assurant le tournage des scènes en prise de vue réelles et Disney l'animation des contes de fées les plus connus d'Andersen[45] : La Petite Sirène, La Petite Fille aux allumettes, Le Stoïque Soldat de plomb, La Reine des neiges, La Petite Poucette, Le Vilain Petit Canard et Les Habits neufs de l'empereur. Mais le studio rencontre des difficultés pour adapter le conte La Reine des neiges pour le public de l'époque[45]. Disney fut incapable de trouver un moyen de rendre la Reine des neiges plus réelle et abandonna le film[46]. Le projet de coproduction avec Samuel Goldwyn s'arrête à cause des productions militaires que Disney est obligé de faire pour maintenir son studio actif[45]. De son côté, Goldwyn n'a pas abandonné l'idée et produit quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale une comédie musicale biographique sur Andersen, Hans Christian Andersen et la Danseuse (1952), l'animation étant remplacée par des chorégraphies[45]. Le succès de cette comédie musicale récompensée par 6 oscars a pour longtemps mis un terme aux intentions de Disney d'adapter les contes d'Andersen[46].
Depuis le départ en 1934 de Burton Gillett, Ben Sharpsteen a été nommé producteur sur de nombreux films dont la plupart des longs métrages, et Steven Watts lui attribue une part importante dans les différents projets d'évolutions des productions du studio durant les années 1940 mais surtout 1950[47]. David Hall débute en 1939 sur le projet d'Alice[48] et la conception graphique de Peter Pan dont les droits sont aussi négociés cette même année[49].
La production des courts métrages se poursuivait aussi à un rythme effréné avec par exemple 14 films en 1937[NB 1], 18 en 1938[NB 2].
Le studio fait aussi l'acquisition des droits d'adaptation de plusieurs œuvres dont :
- l'adaptation en animation de Peter Pan acheté à Paramount Pictures en 1939 qui s'était vu accordé par le Great Ormond Street Hospital en 1937 les droits d’adaptation cinématographique[50]
- L'Épée dans la pierre de Terence Hanbury White en 1939[51] qui ne sera adapté qu'en 1963 sous le nom Merlin l'Enchanteur.
Productions
Courts métrages d'animation
- Mickey Mouse
- Silly Symphonies, arrêtée en 1939 certains « non officiels » sortent après cette date.
- Donald Duck débutée en 1937
- Donald et Dingo débutée en 1938
- Dingo (Goofy) débutée en 1939
- Pluto débutée en 1937 mais le second film sort en 1940
Longs métrages d'animation
- 1937 : Blanche-Neige et les Sept Nains (Snow White and the Seven Dwarfs), sorti le 21 décembre 1937. D'après le conte des frères Grimm.
- 1940 : Pinocchio (id.), sorti le 7 février 1940. D'après le roman de Carlo Collodi.
- 1940 : Fantasia (Walt Disney's Fantasia), sorti le 13 novembre 1940. Animation sur des musiques de compositeurs tels que Jean-Sébastien Bach, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Paul Dukas et Igor Stravinsky.
- 1941 : Le Dragon récalcitrant (The Reluctant Dragon), sorti le 20 juin 1941. Documentaire mêlant animation et prises de vues réelles sur le thème d'une visite des studios.
- 1941 : Dumbo (id.), sorti le 23 octobre 1941. D'après le roman de Helen Aberson.
- 1942 : Bambi (id.), sorti le 8 août 1942. D'après le roman de Felix Salten.

