Swema

religieuse à Zanzibar From Wikipedia, the free encyclopedia

Swema ou Suéma, en religion sœur Marie Antoinette, née vers 1855 en pays yao (à l'actuelle frontière entre le Mozambique et la Tanzanie), baptisée Madeleine dans une mission catholique française à Zanzibar puis morte là en août 1878, est une orpheline victime de la traite négrière dans le sud-ouest de l'océan Indien, devenue novice de la Congrégation du Saint-Esprit. En 1870, le religieux Jean-Joseph Gaume fait publier en France un récit d'esclave censé être une biographie romancée de Swema, afin de faire de la publicité pour la mission et récolter des dons.

Décès
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Activité
Religieuse chrétienneVoir et modifier les données sur Wikidata
Faits en bref Naissance, Décès ...
Swema
Biographie
Naissance
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Ordre religieux
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Biographie romancée

Page de titre d'une traduction en anglais.

Swema naît vers 1855 dans une famille de langue yao, dans la région où passera plus tard la frontière entre Mozambique et Tanzanie. Son père meurt dans un accident de chasse, et Swema, alors âgée de 10 ans ou moins, déménage avec sa mère. Cette dernière s'endette pour acheter deux sacs de sorgo, et son créancier décide de saisir sa fille Swema, qui est ainsi réduite en esclavage. Au bout du compte, la mère est aussi emportée par la caravane, et les deux commencent à marcher vers la côte à l'Est[1]. Au cours de cette marche forcée, Swema arrête de manger, ce qui peut être considéré comme une forme de grève de la faim selon S. E. Duff[2]. Après quelques jours à Kilwa, Swema est embarquée sur un boutre pour le marché aux esclaves de Stone Town sur Unguja dans l'archipel de Zanzibar. Néanmoins, le mauvais état de santé de Swema dissuade les acheteurs, et le marchand choisit de se débarrasser d'elle en la jetant dans une fosse d'ordures, emballée dans une natte de paille[3]. Un Réunionais entend les cris de Swema, la déterre et la confie à la mission catholique de Zanzibar[4].

Selon la partie la plus didactique du récit, les missionnaires catéchisent Swema mais refusent de la baptiser parce qu'elle ne veut pas pardonner à l'esclavagiste qui l'a capturée. Un jour, cet homme, désigné comme « l'Arabe », est hospitalisé par la mission et Swema finit par accepter de le panser. Elle est alors baptisée Madeleine. Elle se prépare à entrer dans les ordres à partir de 1875, et reçoit l'habit de novice à La Réunion en avril 1876. Ayant pris le nom de sœur Marie Antoinette, elle prononce ses premiers vœux en juillet 1876[4]. Elle meurt en août 1878 pour des raisons que les archives ne révèlent pas[5].

Historiographie

Le 26 juillet 1866, Antoine Horner rédige un récit en français qu'il présente comme une traduction d'un témoignage fait par Swema en langue swahilie. Ce texte est adapté pour être « conforme aux conventions littéraires françaises du XIXe siècle ». De plus, l'éditeur, Jean-Joseph Gaume, modifie largement le texte pour le rendre plus dramatique et mieux toucher les émotions des jeunes Françaises de classe moyenne, qui doivent financer les missionnaires[6]. Le livre connaît trois éditions au XIXe siècle, dont la dernière est illustrée, et une traduction en anglais. Des maisons d'édition catholiques continuent de l'éditer au XXIe siècle[7].

L'existence d'une sœur dénommée Madeleine, originellement Suéma, est attestée par plusieurs lettres signées de sa main dans les archives de la congrégation. Toutefois, la véracité du récit écrit par Horner et publié par Gaume n'est pas certaine. Selon Edward Alpers (de), on peut généralement se fier aux informations fournies par Horner. Néanmoins, selon l'historien Paul Kollman, « les archives contiennent aussi des éléments qui remettent significativement en doute l'historicité du récit »[8]. Ainsi, Horner a rédigé cette histoire pour faire partie d'un ensemble de trente nouvelles édifiantes à l'attention des enfants européens. De plus, deux confrères spiritains, dans leur correspondance, tournent en ridicule ce que l'un d'entre eux appelle « le roman » de Horner sur Swema, et sa prétention d'histoire vraie[9]. Selon Paul Kollman, la Swema historique, sœur catholique, n'a probablement été qu'un prête-nom pour l'héroïne de fiction inventée par Horner: « il semble clair que Horner écrivit l'histoire de Suema d'abord comme une œuvre de fiction, afin de servir de support didactique et/ou pour collecter des fonds, puis qu'il lui assigna une personne réelle »[10].

Pédagogie, mémoire et théâtre

À partir de la publication de l'essai de l'historien Edward Alpers (de) en 1983, l'histoire de Swema devient un support pédagogique couramment utilisé pour enseigner l'histoire de l'esclavage en Afrique[11].

À Bagamoyo, Swema est connue comme une figure de l'histoire de l'esclavage, au même titre que Maria Ernestina. En 1999, les étudiants et étudiantes du Bagamoyo Arts and Cultural Institute (en) créent la pièce de théâtre Tears of Fear/Tears of Joy sur la vie de Swema[12]. Ce spectacle donne ensuite lieu à une vidéo. Une autre pièce inspirée de la vie de Swema a aussi été créée à Grenoble[7].

Références

Bibliographie

Voir aussi

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