Table de Jugurtha

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Table de Jugurtha
Vue de la Table de Jugurtha.
Vue de la Table de Jugurtha.
Géographie
Altitude 1 271 m
Massif Dorsale tunisienne (Atlas)
Coordonnées 35° 44′ 33″ nord, 8° 23′ 14″ est
Administration
Pays Drapeau de la Tunisie Tunisie
Gouvernorat Le Kef
Municipalité Kalaat Senan
Géologie
Roches Calcaire
Type Mesa
Géolocalisation sur la carte : Tunisie
(Voir situation sur carte : Tunisie)
Table de Jugurtha

La Table de Jugurtha (arabe : مائدة يوغرطة) est une montagne du Nord-Ouest de la Tunisie, sur le territoire de la municipalité de Kalaat Senan (gouvernorat du Kef), constituée d'une mesa s'élevant à 600 mètres au-dessus de la plaine environnante, culminant à 1 271 mètres d'altitude et s'étendant sur plus de 80 hectares. Son classement sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco est proposé par le ministère tunisien des Affaires culturelles en 2017[1].

Détail des falaises de la Table de Jugurtha.

Assez proche de la frontière tuniso-algérienne, ce rocher domine par sa masse et par son altitude (1 271 m) les hautes terres environnantes[2]. Ses falaises calcaires décrivent un relief montagneux d'une forme quasi ovale de quatre kilomètres de pourtour couvrant une superficie de 80 hectares. On y accède uniquement par le nord où un talus réduit l’aplomb de moitié. À partir de là, on utilise pour monter un escalier de 136 marches défendu par une tour peu avant son sommet avant de déboucher directement sur la mesa appelée menaa (refuge)[2].

C’est un immense plateau de pierre sans végétation. On y trouve une mosquée placée sous la protection de Sidi Abdel Jaoued. Cette mosquée abrite dans sa cour le tombeau de Brahim Ben Bou Aziz, ancien caïd des Hanencha[3], deux de ses nièces avaient épousé des membres des deux familles qui convoitaient le pouvoir à Tunis, les Husseinites et les Pachias. Une avait épousé Ali II Bey, l'autre Younes Bey, fils ainé d'Ali Ier Pacha.

Un peu plus loin, des citernes creusées dans le sol pierreux ont permis d’assurer le ravitaillement en eau des habitants. Au nombre d’une dizaine, leur largeur varie entre trois et quatre mètres[3].

Recouverte d’une lourde dalle calcaire de cinquante mètres d’épaisseur, la Table de Jugurtha est soumise à un lent processus d’érosion accentué par les périodes d’enneigement. Cette érosion dégrade la roche et y crée des fractures provoquant le décollement d’importants blocs de calcaire[1].

Histoire

Le site présente toujours des vestiges d’occupation humaine de différentes époques, principalement médiévaux[2]. On y trouve des indices d'une cité primitive[Quand ?] avec des restes d'habitations, des greniers, des fortifications et des cavités creusées dans la roche pour retenir, jadis, les eaux pluviales[réf. nécessaire].

Des escargotières, des dolmens, des haouanet, des stèles libyques et des vestiges de structures dont l'origine pourrait être protohistorique sont présents. Ils traduisent des pratiques cultuelles et culturelles par un ancien groupe humain[1].

Selon des études menées par des missions archéologiques franco-tunisiennes, reprenant les hypothèses d'André Berthier sur la géographie de l'Afrique du nord antique, la Table de Jugurtha correspondrait au récit de Salluste décrivant le champ de bataille qui a opposé le royaume numide aux Romains en 107 av. J.-C.[4]. Cette interprétation en plus d’être hypothétique, est basée sur une localisation faussée de Cirta, rejetée par l'ensemble du monde académique[5]. D'autres sites ont été proposés pour la localisation de la forteresse de Jugurtha, notamment le djebel Mahseur à la frontière algéro-marocaine[6], ou encore la forteresse mérinide de Tazouda dans la province de Taza[7].

Durant le Moyen Âge, le site sert tantôt de forteresse pour contrôler la région, tantôt de refuge pour les populations indigènes, dans le cadre des luttes pour le contrôle de l'Ifriqiya. La région environnante et ses plaines connaissent de nombreuses batailles entre envahisseurs, rebelles et maîtres du pays, sans que l'articulation entre la plaine de Bulla et la Table de Jugurtha soit claire sur le plan stratégique et militaire[8].

En 533, la plaine voisine de Bulla sert ainsi de refuge au dernier roi vandale Gélimer pourchassé par les Byzantins[8]. Trois ans plus tard, elle sert de lieu de regroupement de l’armée rebelle de Stotzas qui s’oppose au patrice Solomon [8]. En 686, à nouveau, les tribus berbères trouvent refuge dans la plaine voisine de Mermagenna après la mort du roi Koceïla[9].

Pendant le Xe siècle et le XIe siècle, la plaine est un refuge pour les premiers Fatimides puis pour les Zirides. En 1283, l’émir hafside de Béjaïa, Abû Faris, y est tué par l’usurpateur Ibn Abi-Umara pendant que les survivants de la bataille trouvent refuge sur la montagne[2]. En 1352, l’émir hafside Abû Ishâq Ibrâhîm al-Mustansir y est vaincu par des rebelles[10].

En 1644, Hammouda Pacha Bey vainc le cheikh des Hanencha, qui disposaient d'un refuge sur le plateau[9]. En 1694, Hussein ben Ali, soupçonné de trahison par les Mouradites, s’y réfugie avant de devenir maître de la régence de Tunis[9].

Au XVIIIe siècle, la Table aurait servi de refuge au brigand Senane, d’où le nom de la ville actuelle de Kalaat Senan (« fort de Senan »)[11]. Au XXe siècle, les Français y établissent une mine, désormais abandonnée[12].

En , le ministère tunisien des Affaires culturelles entame les premières démarches pour inscrire la Table de Jugurtha sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco[13],[1]. Le dossier de candidature est officiellement remis le au siège parisien de l’organisme par le ministre Mohamed Zine El Abidine. Le projet d’ouverture d’un musée consacré au site dans l’enceinte de l’ancien palais présidentiel de Habib Bourguiba est annoncé. Il est également prévu de fournir dans l'année qui suit un second dossier axé sur la valorisation et l’aménagement du lieu[14].

Toponymie

Notes et références

Liens externes

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