Tasnif

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Le taṣnif (تصنیف) est un genre de la musique vocale persane. De la famille de la musique savante, il est la mise en voix d'un poème. Il est cependant considéré comme plus accessible que l'avaz. Sa spécificité par rapport à ce dernier est qu'il est un chant mesuré et non improvisé, mais composé à l'avance.

Il est l'un des genres de la musique persane savante, il est d'ailleurs intégré aux représentations de musique classique, où l'avaz a la place centrale, mais des tasnifs y sont également interprétés[1],[2]. Il peut toutefois aussi être chanté indépendamment[1]. On le classe en général, comme le taraneh, dans la catégorie des chansons zarbi (mesurées, à rythme fixe)[1]. Il est composé dans un dastgah, l'un des ensembles de modes du répertoire classique[1],[3]. Il est, comme l'avaz, la mise en voix d'un poème, qui peut être un poème classique d'un auteur médiéval comme Hafez, Rumi ou Saadi. Mais le texte peut aussi être composé par l'auteur du tasnif. Son rythme est plus lent que celui du chaharmezrab ou du reng, plus dansants[1]. Il comporte en général des couplets et un refrain[1]. On traduit parfois tasnif par « ballade ».

La différence majeure avec l'avaz est qu'il s'agit d'un chant mesuré, tandis que le rythme de l'avaz est libre et laisse une plus grande place à l'improvisation, et une plus grande souplesse pour accorder le chant à la poésie[4]. C'est pourquoi le tasnif a parfois été regardé avec dédain[4]. Ainsi, les tasnifs classiques étaient anonymes, parce que leurs auteurs ne voulaient pas s'abaisser à les signer[5]. On considère souvent qu'un chanteur d'avaz est capable d'interpréter un tasnif, tandis que l'inverse n'est pas forcément vrai, car il faut maîtriser l'art de l'improvisation[1],[4].

Histoire

Le mot تصنیف, d'origine arabe, est introduit en persan au XIVe ou XVe siècle[6]. Il désigne d'abord une composition littéraire, puis une composition musicale associée à un texte poétique[1]. Le genre est attesté dès le XIVe siècle[4].

La dynastie Qajar, de 1794 aux années 1930, est la période classique pour le tasnif[6]. La figure principale est d'abord Ali Akbar Sheyda, qui est l'un des premiers à signer ses compositions[5]. 'Aref Qazvini est le compositeur dominant à l'époque de la révolution constitutionnelle de 1906[5], ensuite Mohammed Ali Amir Jahed et Morteza Ney Davoud[1]. Shayda, 'Aref et Amir Jahed ont pour particularité d'être les auteurs à la fois de leurs textes et de leurs mélodies[7],[1]. Le développement de la radio en Iran, puis le succès de l'émission Golha à partir de 1956, font de la seconde période, des années 1930 à la révolution de 1979, la plus productive. Des chanteurs et chanteuses comme Taj Esfahani, Qamar, Ruh Angiz, Banan, Shadjarian sont les interprètes de tasnifs les plus connus. Le tasnif est perçu comme un genre plus accessible, c'est pourquoi il est plus populaire que l'avaz[8],[9]. Ce dernier, non mesuré, est jugé plus élitiste, tandis que le tasnif est plus entraînant[10]. Mais depuis 1979, on assiste à l'entrée du tasnif dans le domaine de la musique savante. Le genre devient plus académique, le public s'en détourne et lui préfère les taraneh ou la musique pop d'importation[7].

Évolution

L'évolution concerne le lien entre poésie et mélodie.

C'est la perception du tasnif comme un genre léger qui a conduit les compositeurs à en faire un genre savant. Dans sa période classique, le texte du tasnif est soumis aux contraintes de la mélodie. En général, la mélodie est composée d'abord. Un texte lui est adapté dans un second temps. C'est la musique qui a la priorité sur les paroles, de sorte que pour les harmoniser, on n'hésite pas à sacrifier la clarté du texte. Ainsi, les compositeurs se donnent la licence d'ajouter des mots vides, d'allonger des syllabes ou de marquer des césures dans les paroles, même si la compréhension du texte doit en souffrir, pour respecter la ligne mélodique[11]. Les compositeurs modernes ont cherché à faire correspondre la mélodie à la longueur des vers, à mettre en cohérence le rythme des paroles et celui de la mélodie, sans employer d'artifices qui sacrifient le sens du texte. Alors, les vers stéréotypés, rajoutés à des fins de remplissage[12], et les interjections destinées à rallonger la valeur métrique du texte, sont proscrits[13]. Les musicologues cherchent à rationaliser le rapport entre la poésie et la mélodie en théorisant le rapport entre le rythme musical et les règles de la métrique poétique[14].

Mais de ce fait, la mélodie se trouve à son tour soumise aux contraintes imposées par le texte. Cette fois, c'est la liberté de la mélodie qui se trouve réduite[15]. On a tenté de justifier les incohérences entre le texte et la mélodie par le fait que les tasnifs trouvent leur origine dans des chants religieux, dont les paroles ont été remplacées par des textes profanes. Mais cette explication ne convainc pas Sasan Fatemi, qui pense que la priorité donnée à la mélodie constituait un choix esthétique[16]. Les possibilités mélodiques offertes par un même texte se trouvant limitées, il en résulte une uniformisation dans la production des tasnifs, qui devient un genre jugé monotone. Le tasnif perd alors son public, qui se tourne aujourd'hui soit vers les anciens tasnifs, soit vers la musique pop[17].

Thématiques

Les thèmes traités dans le tasnif sont lyriques. Il s'agit principalement d'exprimer le sentiment amoureux[1]. Mais, à l'époque de la révolution constitutionnelle (1906), le tasnif devient le genre privilégié pour exprimer une critique socio-politique. Les paroles sont publiées dans les journaux, et les tasnifs interprétés au Grand Hotel de la rue Laleh-Zar[1]. C'est particulièrement 'Aref qui donne au tasnif cette fonction contestataire à l'époque de la révolution de 1906. Qamar reprend son tasnif Jomhuri République ») dans les années 1920[18]. Cette fonction protestataire est ranimée à l'époque contemporaine par Mohammad Reza Shadjarian, qui reprend Morgh-e sahar, composé à l'époque de la révolution de 1906 par Ney Davoud sur un poème de Mohammad Taghi Bahar[1], pour protester contre la dictature du Shah, mais cette fois dans le contexte du Mouvement vert de 2009. Il compose Zaban-e atash Le langage du feu »), sur un poème de Fereydoun Moshiri, pour exhorter les Bassidjis à cesser la répression[19],[20].

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

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