Théorème de décomposition de Hahn

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Décomposition de Hahn d'une mesure à densité .

En théorie de la mesure, le théorème de décomposition de Hahn permet de partitionner un espace mesuré en une partie -positive et une partie -négative . Un cadre courant d'application du théorème est celui où est une mesure signée -finie, le cas -fini pouvant être déduit du cas fini. et sont alors uniques à des ensembles -nul près.

Une conséquence de la décomposition de Hahn est la décomposition de Jordan d'une mesure réelle en la différence de deux mesures positives avec et . La décomposition de Jordan est ainsi l'analogue de la décomposition en parties positive et négative d'une fonction. Similairement à la valeur absolue d'une fonction, définit la plus petite mesure telle que pour tout  : on dit que est la variation de .

Théorème de décomposition de Hahn (cas fini)  Si est une mesure signée finie sur , alors il existe une partition telle que est mesurable positif et est mesurable négatif.

Rappelons qu'une partie mesurable est -positive[1] si pour tout mesurable. La définition est similaire pour une partie -négative et -nulle. Une mesure réelle est finie si est une partie bornée de .

Stratégie : construire P par maximisation

Notons une suite de parties mesurables telle que converge vers .

Idée : chercher à définir comme une partie mesurable maximisant[2],[3] , c'est-à-dire de mesure .

En effet, si un tel existe alors

  • est positif : sinon il y aurait avec d'où la contradiction .
  • est négatif : sinon il y aurait avec d'où la contradiction .

Idée : construire une partie de mesure maximale à partir des .

Une difficulté est que contrairement au cas où est une mesure positive, il ne suffit pas de faire (car pour une mesure signée, n'implique pas ). Pour calculer une mesure d'une partie construite à partir d'une suite , il y a tout de même deux formules remarquables (parfois appelées propriétés de continuité monotone) qui restent ici valables

(cc) si est croissante, alors existe et .

(cd) si est décroissante, alors existe et .

Les démonstrations de (cc) et (cd) sont les mêmes que dans le cas où est finie positive.

Méthode 1 : se ramener au cas d'une union croissante

Si nous parvenons à construire une suite croissante avec , alors la formule (cc) donnera que d'où , ce qui permettra de choisir .

Idée : procéder itérativement depuis en se limitant à l'ajout de sous-parties de mesures positives et au retrait de sous-parties de mesures négatives.

Pour concevoir une méthode itérative, il est possible de s'inspirer du cas où partant de deux parties et , on cherche à en déduire telles que et . La contrainte d'inclusion invite à raboter ou à augmenter et la contrainte de mesure invite alors à retirer une partie de mesure négative à ou à ajouter une partie de mesure positive à . Suivant le découpage , nous sommes ainsi encouragés à choisir le redécoupage avec

La méthode précédente se généralise au cas où est remplacé par une suite  : autrement dit, il s'agit dans ce cas de construire et tels que , et pour tout . Pour ce faire, nous introduisons une variable auxiliaire qui a pour vocation à vérifier au sens où sera décroissante et on posera .

Initialement .

Appliquons itérativement le redécoupage aux couples en posant .

Itérations du procédé .

Un examen de montre que le choix de convient car pour tout

  • donc
  • et donc par (cd)

Notons la suite ainsi obtenue.

Pour construire la chaîne escomptée depuis la suite , il suffit d'itérer en partant de . Introduisons les variables auxiliaires où sont stockés les termes à traiter à l'issue de l'itération .

Initialement et ensuite

.

Itérations du procédé .

Un examen de montre que si alors , donc le procédé donne bien ici une suite croissante et vérifiant pour tout .

Méthode 2 : retirer les sous-parties négatives

Afin de construire une suite telle que , nous allons redécouper chaque par rapport aux autres parties afin de retirer des sous-parties à de mesures négatives. En effet, l'approche naïve ne marche pas car les sous-parties de mesures négatives présentes dans les s'accumulent. Étant donné que nous ne connaissons pas a priori et , nous sommes contraints de chercher à retirer ces sous-parties problématiques en travaillant directement à partir de la suite . Par exemple, si est une partie mesurable quelconque, puisque nous nous attendons à ce que s'approche de , le découpage devrait permettre pour de rogner une sous-partie de mesure négative.

Idée : découper de plus en plus finement en se plaçant à l'échelle de la tribu finie engendrée par [4].

La tribu finie engendrée par les parties correspond à la donnée de la plus fine partition possible en intersections de parties .

Fixons et introduisons des variables auxiliaires telles que sera une sous-partie de avec décroissante et , de sorte que l'on posera en vertu de la formule (cd).

Initialisons .

Par récurrence, définissons comme la réunion des parties de mesures positives : est bien décroissante et par additivité de la mesure .

Rognage de parties de mesures négatives alors que le découpage devient de plus en plus fin.

En posant , il reste à montrer que .

Par décroissance de , observons que Considérons . Le signe de à l'échelle de la tribu finie (à laquelle appartiennent les et manipulés) fait que et tous les termes sommés sont négatifs.

est constitué de parties élémentaires disjointes de mesures négatives (une sous-famille de ).

Nous en déduisons que , ce qui montre que puisque en vertu de (cd).

En revenant à l'échelle de (avec ), nous pouvons voir que car les sont constitués de parties élémentaires disjointes de mesures positives (une sous-famille de ).

En passant à la limite, et par (cc) il en résulte que

Méthode 3 : la limite supérieure ensembliste

On s'attend à ce que approche au sens où et donc à ensemble -nul près. L'intersection permet quant à elle de retirer les sous-parties négatives des pour ne garder que .

"Écrémage" des parties négatives au profit des parties positives.

La formule (cd) nous incite à montrer que est un terme d'erreur associé aux parties négatives parasites.

Étant donné que , nous pouvons essayer de contrôler chaque terme .

Le point essentiel consiste à utiliser la maximalité de pour montrer que

D'une part, et donc .

D'autre part, pour tout , d'où .

Quitte à se ramener à une sous-suite de telle que converge suffisamment vite vers , nous pouvons supposer que est sommable. Par l'encadrement précédent, nous en déduisons que ce qui conclut.

Application : le théorème de Radon-Nikodym

Une preuve du théorème de Radon-Nikodym (cas fini positif)

Notes et références

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