Tin Machine (album)
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Sortie | 22 mai 1989 |
|---|---|
| Enregistré | août 1988 – début 1989 studios Mountain (Montreux) et Compass Point (Nassau) |
| Durée | 56:49 |
| Genre | hard rock |
| Producteur | Tin Machine et Tim Palmer |
| Label | EMI |
| Classement |
3e (Royaume-Uni) 28e (États-Unis) |
Albums de Tin Machine
Singles
- Under the God
Sortie : juin 1989 - Tin Machine / Maggie's Farm
Sortie : septembre 1989 - Prisoner of Love
Sortie : octobre 1989
Tin Machine est le premier album du groupe de rock anglo-américain Tin Machine. Il est sorti en 1989 chez EMI.
Le groupe Tin Machine est formé en 1988 par le chanteur britannique David Bowie avec trois musiciens américains : le guitariste Reeves Gabrels et une section rythmique composée des frères Hunt (batterie) et Tony Sales (basse). Bowie cherche à se réinventer après l'échec artistique et critique de son album de 1987 Never Let Me Down en proposant une musique électrique et agressive influencée par le rock alternatif.
L'album est enregistré en l'espace de quelques mois entre la Suisse et les Bahamas. Accompagnés du guitariste Kevin Armstrong, les membres de Tin Machine enregistrent leurs chansons de manière spontanée, dans les conditions du live, tandis que les paroles écrites par Bowie, qui abordent des sujets d'actualité comme la montée du néonazisme ou la consommation de crack, sont des premiers jets non retravaillés.
À sa sortie, Tin Machine bénéficie d'un accueil favorable dans la presse musicale et se classe no 3 des ventes au Royaume-Uni. Avec le recul, il est considéré comme un virage nécessaire dans la carrière musicale de Bowie, mais dont le contenu n'est pas à la hauteur de ses meilleurs disques.
Contexte

Never Let Me Down, dix-septième album studio de David Bowie, sort le [1]. Il donne lieu à une tournée de promotion mondiale à la mise en scène grandiose, le Glass Spider Tour, qui dure du au [2]. Si la tournée rencontre un succès commercial considérable, l'album connaît des ventes décevantes. La critique comme le public tendent alors à considérer Bowie comme un artiste démodé dont la carrière est dans l'impasse[3]. Le chanteur accueille avec soulagement la fin de la tournée et marque le coup en mettant le feu à l'araignée géante qui était au cœur de son dispositif scénique[4].
À la recherche d'un nouveau souffle musical, Bowie entre en contact en avec le guitariste américain Reeves Gabrels. L'épouse de ce dernier, Sarah, était son attachée de presse pendant le Glass Spider Tour et elle en a profité pour lui donner une cassette de démos enregistrée par son mari[5]. Après quelques répétitions en Suisse, pays d'adoption de Bowie depuis le début de la décennie, leur première collaboration publique a lieu lors d'un concert de charité au Dominion Theatre de Londres le , avec une version de la chanson Look Back in Anger réarrangée de manière agressive et métallique par Gabrels[6].
Enregistrement

De retour en Suisse, Bowie et Gabrels se rendent aux studios Mountain de Montreux pour commencer à travailler sur un album. Le chanteur fait appel au producteur Tim Palmer, connu à l'époque pour avoir travaillé avec des groupes de rock gothique comme The Mission ou Gene Loves Jezebel. Le projet initial, une adaptation de la pièce de théâtre West de Steven Berkoff, est rapidement abandonné[7]. Les premières versions des chansons Heaven's in Here, Bus Stop, Baby Can't Dance et Baby Universal voient le jour durant cette phase[8].
Une nouvelle orientation est trouvée avec le recrutement du bassiste Tony et du batteur Hunt Sales comme section rythmique. Les frères Sales, qui ont déjà collaboré avec Bowie sur l'album d'Iggy Pop Lust for Life en 1977, apportent aux séances d'enregistrement une agressivité chaotique et une musicalité blues et garage[7],[9]. Il faut quelques jours à Gabrels pour s'habituer au franc-parler et à l'humour bravache des Sales : il se souvient par la suite qu'à sa première rencontre avec Hunt Sales, celui-ci portait un T-shirt proclamant « Fuck You, I'm from Texas » et un couteau à la ceinture[7]. Afin de bénéficier d'une position dominante dans le studio, le batteur fait installer son instrument sur une estrade si haute qu'il doit y grimper à l'aide d'une échelle[10]. Les musiciens finissent par développer une relation de travail fructueuse et un deuxième guitariste, Kevin Armstrong, vient compléter la formation[11].

Après une pause de quelques mois, les cinq musiciens reprennent le travail aux studios Compass Point de Nassau, aux Bahamas[12]. L'improvisation et la spontanéité sont les maîtres-mots de ces séances : le groupe se refuse tout overdub et favorise les prises directes, à l'image de I Can't Read qui est enregistrée en direct et en une seule fois[13]. Ces contraintes s'appliquent également aux paroles : les musiciens encouragent Bowie à improviser au micro et à ne pas réécrire ses premiers jets[12].
C'est durant cette période, vers , que Bowie décide que ce nouveau projet ne paraîtra pas sous son seul nom. Il envisage de former un véritable groupe sur le modèle traditionnel des Beatles, avec deux guitaristes, un bassiste et un batteur[14]. Kevin Armstrong est par conséquent relégué au rang de musicien de studio[15], tandis que les quatre autres deviennent membres à part égale d'un groupe baptisé « Tin Machine », d'après la chanson du même nom, sur une idée des frères Sales, qui aiment l'idée d'avoir leur propre indicatif musical, « comme les Monkees[12] ». Tin Machine fait ses débuts sur scène incognito dans un bar de Nassau vers la fin des séances d'enregistrement de l'album, au printemps 1989[16].
Parution et accueil
| Périodique | Note |
|---|---|
| AllMusic[17] | |
| Encyclopedia of Popular Music[18] | |
| Record Mirror[19] | |
| Robert Christgau[20] | B– |
| Rolling Stone[21] |
Tin Machine sort le chez EMI, la maison de disques de Bowie[22]. Pendant la promotion de l'album, ce dernier insiste sur le caractère démocratique de Tin Machine et refuse notamment d'être interviewé seul, ce qu'une partie de la presse considère comme une énième mise en scène de la part du « caméléon » Bowie[12]. Sur la pochette, les quatre membres du groupe apparaissent habillés de la même manière, en costume-cravate noir, Bowie arborant une coupe de cheveux courte et un début de barbe[23]. Chris O'Leary les compare à « un groupe de soutien pour divorcés »[24] et Nicholas Pegg à « une bande d'agents immobiliers insipides[25] ».
Les critiques comparent favorablement Tin Machine aux derniers albums parus sous le nom de Bowie et saluent notamment le niveau d'énergie dont il fait preuve[25]. Il se classe no 3 des ventes au Royaume-Uni à sa sortie derrière The Miracle de Queen et Ten Good Reasons (en) de Jason Donovan[26]. Les trois singles qui en sont tirés tout au long de l'année, Under the God, Tin Machine et Prisoner of Love, se classent dans le bas du hit-parade britannique, atteignant respectivement la 51e, 48e et 77e place[27]. Seule Under the God bénéficie d'un clip dédié, mais un pot-pourri de huit autres chansons de l'album donne lieu à une vidéo de 13 minutes réalisée par Julien Temple[28].
La tournée de promotion de l'album est conçue comme l'exact contraire du Glass Spider Tour. Le Tin Machine Tour ne dure que quelques semaines, du au , avec seulement une douzaine de concerts en Europe et aux États-Unis dans des salles pouvant accueillir 2 000 personnes au maximum[29]. Les setlists ne reprennent aucun des grands succès de la carrière solo de Bowie : elles sont entièrement composées de chansons de Tin Machine (seule Video Crime n'est pas jouée en concert), avec quelques reprises comme Maggie's Farm de Bob Dylan ou Shakin' All Over de Johnny Kidd[30].
Postérité

La bienveillance dont bénéficie Tin Machine à sa sortie ne tarde pas à disparaître, comme en témoigne son traitement par le magazine Q : après avoir figuré dans sa liste des « 50 meilleurs albums de l'année en 1989 », il apparaît en 1996 dans une liste des « 50 albums qui n'auraient jamais dû voir le jour[25] ». Tin Machine se sépare en 1992 après un deuxième album et une deuxième tournée. Bowie retourne à sa carrière solo et décrit avec le recul cette parenthèse comme un retour aux sources nécessaire pour remettre sa carrière sur les rails, une véritable « thérapie créative » selon l'expression de Nicholas Pegg[31].
Les biographes de Bowie se montrent mitigés à l'égard de Tin Machine. Pour Nicholas Pegg, s'il n'est pas aussi mauvais que sa réputation le laisse entendre, il reste « l'une des expériences auditives les moins satisfaisantes de la discographie de Bowie »[31], tandis que Paul Trynka estime qu'il n'est « pas facile à aimer » avec ses morceaux « pompeux, dogmatiques et ennuyeux[32] ». Matthieu Thibault salue la conviction enthousiasmante des musiciens, mais déplore la qualité inégale des compositions et la production « sans artifices » de Tim Palmer[33].
Caractéristiques artistiques
Musique
Après plusieurs albums de pop calibrée pour plaire au plus grand nombre, Bowie opère avec Tin Machine un virage musical net en direction du rock alternatif[34]. Ce genre dominé par les guitares électriques est alors en pleine croissance aux États-Unis avec des groupes comme les Pixies, Dinosaur Jr. ou Sonic Youth, autant de noms que Bowie cite comme ayant influencé Tin Machine[31]. Celui-ci est conçu comme un retour à la forme la plus basique du rock, celle des groupes des années 1960 avec batterie, basse et deux guitares[35]. Ce retour aux sources présage paradoxalement l'explosion du courant grunge au début des années 1990[31]. La guitare de Gabrels et la batterie de Hunt Sales sont les instruments qui dominent la majeure partie des chansons : Nicholas Pegg note qu'elles tendent souvent à dégénérer en improvisations informes ou en duels épuisants entre les deux musiciens[36].
L'album s'ouvre sur Heaven's in Here, un morceau construit autour d'un riff de blues sur lequel Tin Machine sonne par endroits comme les Doors[37]. Sa structure est régulièrement interrompue par les solos improvisés de Reeves Gabrels[38]. Plusieurs chansons sont bâties autour de riffs repris de classiques du rock : celui de Crack City provient de Wild Thing, chanson des Troggs reprise par Jimi Hendrix[39] et celui de Under the God cite la version de I Wish You Would des Yardbirds[40].
D'autres chansons évoquent des influences historiques de Bowie. Run, coécrite avec Kevin Armstrong, rappelle Run Run Run du Velvet Underground[41], tandis que la structure saccadée de Pretty Thing évoque Don't Bring Me Down, un morceau du groupe The Pretty Things que Bowie a repris en 1973 sur l'album Pin Ups[42]. Cette dernière bénéficie de la seule apparition sur le disque d'un autre instrument avec la présence d'une partie d'orgue Hammond interprétée par Armstrong[43]. L'album contient également une reprise de Working Class Hero de John Lennon dont les biographes de Bowie tendent à trouver qu'elle perd l'efficacité de la version acoustique originale[44],[45],[46].
Entre ces morceaux énergiques, Tin Machine propose quelques chansons plus lentes, comme les ballades Prisoner of Love et Amazing. La première bénéficie d'un riff à la Hank Marvin[47], tandis que la seconde est une power ballad à la manière d'Aerosmith[48],[49]. I Can't Read bénéficie elle aussi d'arrangements moins lourds que le reste de l'album. Avec ses couplets menaçants et son refrain d'une sincérité désarmante, elle est souvent considérée comme la meilleure chanson de l'album, y compris par Bowie lui-même qui le réenregistre en 1996 pendant les séances de son album solo Earthling[38],[50],[51].
Paroles
En s'interdisant de retoucher ses premiers jets, Bowie produit pour Tin Machine des textes inhabituels pour lui de par leur caractère polémique et direct, avec beaucoup de jurons : rien que dans Crack City, Bowie chante « piss », « assholes », « buttholes » et « fuckhead », autant de grossièretés qui ne font pas partie de son vocabulaire habituel[39]. Plusieurs chansons s'en prennent directement à des phénomènes de société : la consommation de crack, drogue dérivée de la cocaïne, pour Crack City, la montée du néonazisme pour Under the God ou les films d'horreur (video nasties) pour Video Crime[25].
Certaines paroles font preuve d'un machisme tout aussi inattendu de la part d'un artiste ayant toujours joué sur son ambiguïté de genre[52]. L'allusion dans Pretty Thing aux violences conjugales qu'aurait commises l'acteur Sean Penn sur son épouse, la chanteuse Madonna, en constitue l'exemple le plus visible[42]. Nicholas Pegg y voit l'influence de l'humour potache des frères Sales[25].
Les ballades Prisoner of Love et Amazing sont dédiées à la fiancée de Bowie, Melissa Hurley, une jeune danseuse dont il a fait la connaissance pendant le Glass Spider Tour. La première la supplie de garder son innocence le plus longtemps possible, tandis que la seconde, malgré son optimisme général, trahit son inquiétude de voir leur relation s'achever, ce qui se produit effectivement en 1990[53]. I Can't Read propose également des paroles plus introspectives qui reflètent l'insécurité artistique de Bowie[50].
Fiche technique
Chansons
| No | Titre | Auteur | Durée |
|---|---|---|---|
| 1. | Heaven's in Here | David Bowie | 6:01 |
| 2. | Tin Machine | David Bowie, Reeves Gabrels, Hunt Sales, Tony Sales | 3:34 |
| 3. | Prisoner of Love | David Bowie, Reeves Gabrels, Hunt Sales, Tony Sales | 4:50 |
| 4. | Crack City | David Bowie | 4:36 |
| 5. | I Can't Read | David Bowie, Reeves Gabrels | 4:54 |
| 6. | Under the God | David Bowie | 4:06 |
| 7. | Amazing | David Bowie, Reeves Gabrels | 3:06 |
| 8. | Working Class Hero | John Lennon | 4:38 |
| 9. | Bus Stop | David Bowie, Reeves Gabrels | 1:41 |
| 10. | Pretty Thing | David Bowie | 4:39 |
| 11. | Video Crime | David Bowie, Hunt Sales, Tony Sales | 3:52 |
| 12. | Run | Kevin Armstrong, David Bowie | 2:08 |
| 13. | Sacrifice Yourself | David Bowie, Hunt Sales, Tony Sales | 2:08 |
| 14. | Baby Can Dance | David Bowie | 4:57 |
Run et Sacrifice Yourself sont absents de la version 33 tours[54].
La réédition parue chez Virgin Records en 1995 inclut une chanson supplémentaire, une version country de Bus Stop enregistrée en concert à La Cigale de Paris le et d'abord parue en face B du single Tin Machine / Maggie's Farm en .
| Piste bonus de la réédition de 1995 | |||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| No | Titre | Auteur | Durée | ||||||
| 15. | Bus Stop (version country en concert) | David Bowie, Reeves Gabrels | 1:53 | ||||||
Interprètes
- David Bowie : chant, guitare rythmique
- Reeves Gabrels : guitare solo
- Tony Sales : basse, chœurs
- Hunt Sales : batterie, chœurs
- Kevin Armstrong : guitare rythmique, orgue Hammond B-3 sur Pretty Thing[43]
Équipe de production
- Tin Machine : production, mixage
- Tim Palmer : production, mixage
- Justin Shirley-Smith : ingénieur du son
- David Richards : ingénieur du son
- Roger Gorman : direction artistique
- Masayoshi Sukita : photographie
Classements et certifications
| Pays (classement) | Meilleure position |
|---|---|
| 13 | |
| 42 | |
| 19 | |
| 28 | |
| 9 | |
| 14 | |
| 24 | |
| 3 | |
| 9 |
| Pays | Certification | Date | Ventes certifiées |
|---|---|---|---|
| 100 000 |