Tom The Great Sebastian
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Cet article est une ébauche concernant un musicien jamaïcain.
| Naissance | Jamaïque |
|---|---|
| Décès | Jamaïque |
| Genre musical | Sound system |
| Instruments | DJ, sélecteur |
Tom the Great Sebastian est le nom de scène de Thomas Wong (mort en 1971), quincaillier et opérateur de sound system jamaïcain. Actif à Kingston à partir de 1949, il est considéré comme le pionnier du sound system jamaïcain, le premier à avoir popularisé les soirées dansantes et à avoir constitué un public fidèle dans les dancehalls[1]. Son sound system servit de tremplin à Count Machuki, premier disc-jockey à pratiquer le toasting au microphone[2].
Origines et position sociale
Thomas Wong est le fils d'une mère afro-jamaïcaine et d'un père d'origine chinoise. C’est en 1943, à l’occasion d’un recensement colonial, que les individus d’origine jamaïcaine présentant une double ascendance africaine et chinoise furent recensés pour la première fois. Ils furent alors classés dans une catégorie spécifique désignée sous l’appellation « Chinese Coloured »[3]. À l'instar de nombreux Jamaïcains d'ascendance chinoise de sa génération, il tient une quincaillerie dans le centre de Kingston, à l'angle des rues Charles et Luke[4]. Sa position d'intermédiaire entre la petite bourgeoisie commerçante et les classes populaires du centre-ville lui confère un accès privilégié à la fois au capital nécessaire à l'équipement sonore ainsi qu'au public des dancehalls[5].
Le sound system et le pseudonyme
Wong lance son sound system en 1949[6]. Il l’utilise d’abord comme outil publicitaire pour sa quincaillerie, une pratique alors courante chez les commerçants du centre-ville, qui diffusaient de la musique depuis leurs établissements afin d’attirer la clientèle[4]. Il en fait ensuite une activité indépendante, active sur le circuit des fêtes privées et des dancehalls, aux côtés de sound systems tels que Count Nick et Count Goody[4].
Au début des années 1950, il adopte le pseudonyme de « Tom the Great Sebastian », inspiré du personnage du film Sous le plus grand chapiteau du monde (The Greatest Show on Earth, 1952) de Cecil B. DeMille, projeté au Carib Theatre de Kingston. Le trapéziste surnommé « le Grand Sébastien » y accomplit des numéros spectaculaires devant un public populaire, une image que Wong associe au spectacle itinérant du dancehall[7]. En abandonnant son patronyme chinois au profit de ce nom de scène, il met en spectacle son activité tout en atténuant la visibilité de son origine ethnique[8].
Perfectionnements techniques
Le succès de Wong tient en partie à une innovation décisive dans le domaine de l’amplification de son « sound system ». Il est d'ailleurs le premier à forger cette expression pour désigner sa sono sur le sol jamaïcain. Hedley Jones, vétéran de la Royal Air Force formé en Angleterre aux techniques radar et aux systèmes de sonorisation, dirige une boutique de réparation radio baptisée Bop City, située en face du Jubilee Tile Gardens, principale salle où se produit alors Wong. Il y met au point un amplificateur de type Williamson, d’une puissance de cent watts, capable de restituer et d’accentuer distinctement les fréquences graves, médiums et aiguës, une première en Jamaïque[9].
Un samedi soir, Jones diffuse depuis sa boutique des enregistrements afro-cubains et du jazz à l’aide de cet amplificateur. La clarté et la puissance du son attirent une foule dans la rue. Les danseurs préfèrent rester à l’extérieur plutôt que de payer l’entrée de la soirée organisée par Wong dans la salle voisine. Le lundi suivant, Wong commande un amplificateur aux mêmes caractéristiques. Son sound system connaît dès lors une popularité croissante, notamment lors de ses matinées du vendredi au Silver Slipper Club de Cross Roads[9],[10].
Le répertoire et l'organisation des soirées
Le Jubilee Tile Gardens, à l'angle de Luke Lane et de Charles Street dans le centre de Kingston, est la salle de prédilection de Wong[11]. Il y programme des rythmes afro-cubains — notamment des enregistrements de Pérez Prado —, du swing, du jazz et du rhythm and blues[8]. Sa programmation inclut également du merengue et des airs de swing plus sophistiqués comme « Mockin' Bird Hill » de Russ Morgan, ce qui lui vaut la réputation d'un son davantage « uptown » que le R&B plus brut privilégié par des opérateurs comme Duke Reid[12].
La conception de l'animation développée par Wong est rapportée par Lou Gooden, qui rejoint le sound system en 1957. Wong estimait que le disc-jockey doit conduire le public plutôt que de s'y soumettre[8]. Les soirées sont organisées en trois temps. Wong ouvre lui-même, suivi de son sélecteur Vincent Forbes, dit « Duke Vin the Champion », puis du frère de Wong[8]. Count Machuki (Winston Cooper) est par ailleurs associé au sound system comme premier disc-jockey à prendre la parole au microphone pour commenter et animer les enregistrements[13].
Prince Buster, contemporain de Wong, souligne que son sound system se distinguait par l'absence de violence lors des soirées, fait rare à l'époque des affrontements entre sounds systems. Cette discrétion explique en partie l'oubli relatif dans lequel il est tombé : « Tom the Great Sebastian was the start in Jamaican music and nobody wants to give him credit »[14].
La radio et la postérité
En 1953, Thomas Wong devient le premier opérateur de sound system à animer une émission radiophonique. Intitulée Sebastian Time, celle-ci est diffusée chaque samedi soir pendant quinze minutes sur Radio Jamaica Rediffusion[15]. Au début des années 1960, il se produit également au Bournemouth Beach Club[12].
Au cours des années 1950, son sound system s'impose comme l'un des trois opérateurs dominants du centre-ville de Kingston, grâce à ses sélections originales et à son répertoire qui lui valent régulièrement l'avantage lors des affrontements qui opposent les sounds entre eux[16]. C'est cette concurrence qui le pousse à se produire dans des salles plus huppées, telles que le Silver Slipper Club de Cross Roads[17].
Si son activité de sound system en plein air décline dès le début des années 1950, le modèle d’organisation de ses soirées se diffuse rapidement à Kingston puis dans le reste de la Jamaïque[12]. Wong est ainsi largement considéré comme un pionnier du sound system, ayant contribué à populariser ce type de danse et à fédérer un public important et fidèle au sein du circuit des dancehalls[9].
Thomas Wong meurt en 1971 ; son décès est officiellement attribué à un suicide. Contrairement à certaines affirmations antérieures, des témoignages contemporains, notamment celui de Duke Vin, indiquent que les difficultés qu’il rencontrait relevaient de sa vie personnelle plutôt que de problèmes financiers[12]. Son fils reprend brièvement l’activité avant de mettre un terme à l’entreprise familiale[12].
Références
- ↑ Norman C. Stolzoff, Wake the Town and Tell the People: Dancehall Culture in Jamaica, Durham, Duke University Press, 2000, p. 43–44.
- ↑ Clinton Hutton, « Forging Identity and Community through Aestheticism and Entertainment: The Sound System and the Rise of the DJ », Caribbean Quarterly, vol. 53, n° 4, décembre 2007, p. 20–21.
- ↑ Tao Leigh Goffe, « Bigger than the Sound: The Jamaican Chinese Infrastructures of Reggae », Small Axe, vol. 24, n° 3, novembre 2020, p. 109.
- 1 2 3 Stolzoff, op. cit., p. 43.
- ↑ Timothy Chin, « Notes on Reggae Music, Diaspora Aesthetics, and Chinese Jamaican Transmigrancy: The Case of VP Records », Social and Economic Studies, vol. 55, n° 1–2, 2006, p. 99.
- ↑ (en) Gooden, Reggae Heritage: Jamaica's Music History, Culture & Politic, , 133 p.
- ↑ Goffe, op. cit., p. 111.
- 1 2 3 4 Goffe, op. cit., p. 112.
- 1 2 3 Stolzoff, op. cit., p. 43–44.
- ↑ Sébastien Carayol, « Hedley Jones, père des premiers sound systems », Philharmonie de Paris, 17 mai 2017, en ligne
- ↑ Sébastien Carayol, « Hedley Jones, père des premiers sound systems », Philharmonie de Paris, 17 mai 2017, en ligne.
- 1 2 3 4 5 Goffe, op. cit., p. 113.
- ↑ Hutton, op. cit., p. 20–21.
- ↑ Prince Buster, cité dans Goffe, op. cit., p. 108.
- ↑ (en) Lou Gooden, Reggae Heritage: Jamaica's Music History, Culture & Politic, , p. 134
- ↑ (en) David Howard, Kingston: A Cultural History, Northampton, Interlink Publishing Group, 2005, p. 182–183.
- ↑ Howard, op. cit., p. 183.
Bibliographie
- (en) Norman C. Stolzoff, Wake the Town and Tell the People: Dancehall Culture in Jamaica, Durham, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-2514-5[à vérifier : ISBN invalide])
- (en) Clinton Hutton, « Forging Identity and Community through Aestheticism and Entertainment: The Sound System and the Rise of the DJ », Caribbean Quarterly, vol. 53, no 4, , p. 16–31
- (en) Timothy Chin, « Notes on Reggae Music, Diaspora Aesthetics, and Chinese Jamaican Transmigrancy: The Case of VP Records », Social and Economic Studies, vol. 55, nos 1–2, , p. 92–114
- (en) Tao Leigh Goffe, « Bigger than the Sound: The Jamaican Chinese Infrastructures of Reggae », Small Axe, vol. 24, no 3, , p. 97–127 (DOI 10.1215/07990537-8749806)