Chinois jamaïcains

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Les Chinois de Jamaïque (anglais : Chinese Jamaicans) forment une communauté d'origine chinoise établie en Jamaïque depuis le milieu du XIXe siècle. Représentant environ 0,2 % de la population totale de l'île[1], ils constituent l'un des groupes ethniques les plus anciennement implantés, après les populations afro-jamaïcaines et européennes. Issus en grande majorité de l'ethnie Hakka de la province du Guangdong, dans le sud de la Chine, ils sont arrivés en trois vagues successives : d'abord comme travailleurs sous contrat dans les plantations sucrières (1854-1886), puis comme commerçants et entrepreneurs (1900-1940), enfin depuis les années 1980 comme nouvelle migration économique liée à la mondialisation. La communauté a développé une identité créolisée distincte, tout en maintenant certaines traditions, associations et réseaux propres[2].

Première vague : les travailleurs sous contrat (1854-1886)

La présence chinoise en Jamaïque prend naissance en 1854, dans le contexte de l'émancipation des esclaves de 1838 et du besoin de main-d'œuvre dans les plantations sucrières. Au total, 17 904 travailleurs chinois sont introduits dans l'ensemble des Antilles britanniques entre 1838 et 1866, dont une partie en Jamaïque[3]. Le lobby des planteurs justifie ce recours non pas par l'espoir de remplacer la main-d'œuvre afro-jamaïcaine, mais par la volonté de créer une pression concurrentielle propre à inciter les Noirs libres à reprendre le travail salarié en plantation selon leurs termes[4]. Dans cette logique d'ingénierie sociale coloniale, les travailleurs chinois sont représentés comme des agents modèles du capitalisme, disciplinés, avides de salaires, animés d'un « amour de l'argent », en contraste délibéré avec les anciennes personnes asservies, accusées de fuir l'économie salariale[5].

Deux groupes débarquent cette année-là en Jamaïque. Le premier arrive le 30 juillet 1854 à bord du navire anglais : Epsom, en provenance de Hong Kong ; sur 267 passagers, 224 atteignent l'île, une cinquantaine étant hospitalisés en cours de route. Le second groupe, composé de 197 survivants d'un contingent initialement recruté pour le chantier du chemin de fer de Panama, débarque à Kingston le 1er novembre 1854, à bord du anglais : Vampire. Dix ans plus tard, un troisième groupe de 200 personnes arrive de la Guyane britannique, de Trinidad et de Panama[6].

Le dernier convoi de travailleurs sous contrat arrive en juillet 1884 à bord du anglais : Prinz Alexander, en provenance de Hong Kong via San Francisco et Panama, avec 694 passagers. La majorité est affectée aux plantations des paroisses de Saint-Thomas et de Saint-Mary ; les autres sont envoyés à Portland, Saint-Andrew, Saint-Catherine et Westmoreland[6]. Les conditions de travail se révèlent précaires : les contrats, qui prévoient un salaire de quatre dollars pour une journée de douze heures ainsi que la nourriture, le logement et les soins médicaux, sont fréquemment violés. Face à ces manquements, les travailleurs protestent, ce qui entraîne l'envoi de renforts militaires et la mort d'un ouvrier. Dès 1886, au moins 179 Chinois ont abandonné les domaines auxquels ils avaient été assignés[7]. Les autorités coloniales qualifient ces résistances d'« indiscipline » et les travailleurs de « récalcitrants », « turbulents » et « retors »[6]. En 1891, la population chinoise de l'île ne compte plus que 481 personnes[8].

La grande majorité de ces premiers migrants sont des Hakka, un groupe ethnique du Guangdong dont la tradition migratoire est ancienne. Avant leur départ de Chine, ils n'étaient guère identifiés comme « Chinois » au sens collectif. C'est la diaspora elle-même qui construit cette identité commune[9].

Deuxième vague : les commerçants (1900-1940)

Temple chinois de Kingston, photographie issue des collections numériques de la New York Public Library

Entre 1838 et 1918, 536 310 immigrants entrent dans l'ensemble des Antilles britanniques : 80 % d'Inde, 7,5 % de Madère et 3,5 % de Chine, soit environ 18 000 individus. La Jamaïque reçoit 6,4 % des migrants chinois, loin derrière la Guyane britannique (76 %) et Trinidad (15 %)[10]. Dès la fin des années 1880, les Chinois de la première vague s'étaient entièrement retirés de la vie agricole pour occuper leur nouveau rôle d'intermédiaires commerciaux dans la hiérarchie couleur-classe de la société de plantation antillaise[11]. C'est la seconde vague migratoire, principalement entre 1910 et 1940, qui constitue la base des communautés chinoises modernes des Antilles. La majorité des familles chinoises actuelles descend de ces migrants libres[12].

La croissance rapide d'une population chinoise qui passe de 481 individus en 1891 à 6 886 en 1943, résulte de cette deuxième vague composée principalement de commerçants[8]. Dès la fin du XIXe siècle, les Chinois devenus épiciers font de la Jamaïque une destination attractive : les marchands prospères invitent leurs proches à les rejoindre, leur offrant crédit et formation commerciale[8]. En 1921, 621 immigrants débarquent du anglais : Gorgistan. Tous donnent comme adresse de destination celle d'un commerçant chinois dans l'une des quatorze paroisses de l'île. En 1922 arrivent 497 personnes, et 559 en 1933[8]. Par la fin des années 1930, la communauté sino-jamaïcaine était devenue la deuxième plus grande des Caraïbes, après Cuba[12].

Les autorités coloniales favorisent l'immigration de femmes chinoises afin de réduire les unions de fait entre hommes chinois et femmes jamaïcaines : ces unions ont produit 5 508 individus d'ascendance sino-jamaïcaine recensés en 1943. À partir des années 1920, les épouses et fiancées d'hommes chinois déjà installés forment la majorité des arrivantes[8]. La communauté bénéficie par ailleurs d'un taux de mortalité remarquablement bas — 0,59 pour mille en 1888, contre 2,66 pour mille pour les Indo-Jamaïcains en 1887[8].

Le commerce de détail et l'ascension sociale

Le commerce d'épicerie s'impose rapidement comme secteur dominant de l'activité économique chinoise. Jusqu'au recensement de 1943, près de 64 % des hommes chinois et 50,4 % des femmes chinoises travaillent dans le commerce[8]. La distribution géographique de la communauté évolue sensiblement : entre 1881 et 1921, la proportion de Chinois vivant hors de Kingston et de Saint-Andrew passe à 58,1 %, avant de diminuer avec l'urbanisation croissante[8].

Sur les 6 405 licences commerciales délivrées durant l'année se terminant en mars 1925, les Chinois en détiennent 1 805[13]. Leur réussite s'explique par la qualité du service, des horaires d'ouverture étendus, l'octroi de crédit et des pratiques commerciales souples comme les rabais, connus sous le terme jamaïcain de anglais : brawtas[14]. En 1942, le revenu hebdomadaire moyen des Chinois s'élève à 34,83 shillings, nettement au-dessus de celui des Afro-Jamaïcains (6,16 shillings) et des Indo-Jamaïcains (10,08 shillings), et proche de celui des Syro-libanais (54 shillings)[13].

Le réseau commercial repose sur des liens de parenté et d'origine commune. Des tontines (hui, kui en hakka), systèmes de crédit rotatif hérités de Chine, permettent aux membres d'un même réseau de lignée de se prêter mutuellement des fonds et de faciliter l'installation de nouveaux venus[15]. Cette solidarité interne contribue à un rapport au commerce particulièrement efficace : « les immigrants ne choisissaient pas aléatoirement la Jamaïque comme destination, mais étaient introduits dans le réseau commercial par des contacts préexistants. »[15]

L'ascension sociale accompagne cette réussite économique. Dès les années 1940, des Chinois s'établissent dans les professions libérales et dans la classe moyenne jamaïcaine[16].

Tensions et discriminations

L'installation de la communauté n'est pas exempte de difficultés. Trois séries d'émeutes anti-chinoises marquent l'histoire de la Jamaïque : en juillet 1918, dans les années 1930 et 1938, puis dans les années 1950 et 1960[17].

Les émeutes de juillet 1918 sont les plus importantes de cette histoire. Elles surpassent celles de 1938 et de 1965 par leur étendue géographique et leur durée.[18] Elles éclatent à Ewarton, dans la paroisse de Saint-Catherine, à la suite d'une rumeur selon laquelle un épicier chinois, Fong Sue, aurait assassiné un caporal de police créole. La rumeur se propage rapidement aux paroisses de Saint-Mary, Saint-Ann et Clarendon, entraînant des attaques de commerces chinois dans vingt-neuf localités rurales[19]. Les émeutiers, dont la composition sociale est hétérogène, des ouvriers agricoles, des cultivateurs, mais aussi des constables de district, dirigent leur violence exclusivement contre les biens des épiciers chinois, épargnant les commerces créoles et ceux des autres minorités[20]. Dans la paroisse de Saint-Catherine seule, plus de 452 arrestations sont effectuées et 300 personnes condamnées[21]. Ces émeutes de 1918 visent les Chinois en tant que groupe racial, tandis que les celles de 1938 s'en prennent à eux en tant que membres d'une classe marchande prospère[18].

Le gouverneur Leslie Probyn attribue les événements à la jalousie créole face à la réussite commerciale chinoise.[22] Johnson nuance cette explication officielle. La relation entre épiciers chinois et clientèle créole est davantage symbiose qu'opposition directe, les premiers servant d'intermédiaires entre la paysannerie et les grossistes, et les seconds étant principalement des consommateurs plutôt que des concurrents[23]. Le contexte d'inflation alimentaire liée à la Première Guerre mondiale aggrave les tensions, les Chinois étant perçus comme responsables de la hausse des prix des denrées importées[24].

Lors des troubles sociaux de 1938, certains commerçants chinois sont contraints de fermer boutique[25]. Le Native Defenders' Committee (NDC), organisation défendant les intérêts des commerçants noirs, cherche à boycotter les épiceries chinoises, accusées de monopoliser le commerce de détail au détriment des petits marchands locaux.[26] Ce mouvement représente en partie des Jamaïcains expulsés de Cuba et d'Amérique centrale par la crise sucrière des années 1920 et la Grande Dépression des années 1930.[27]

Les Chinois sont par ailleurs désignés comme boucs émissaires pour des pratiques de jeu, le Peaka Pow et le Drop Pan, et pour une prétendue responsabilité dans l'essor de la consommation d'alcool. La maîtrise de l'anglais et du créole jamaïcain constitue un obstacle supplémentaire. Pour entrer en Jamaïque, les candidats à l'immigration doivent justifier d'une connaissance minimale de l'anglais, mais cette exigence est rarement suffisante pour leur permettre de fonctionner pleinement dans la vie quotidienne[27].

Troisième vague : les nouvelles migrations (depuis les années 1980)

À partir des années 1980, de nouveaux migrants chinois arrivent en Jamaïque, en provenance de la Chine continentale et de Hong Kong. Cette troisième vague survient après l'émigration massive des Chinois jamaïcains établis vers l'Amérique du Nord — Miami, New York et Toronto — dans les années 1970. Bridget Brereton, préfacière de Look Lai 1998, décrit ce mouvement comme résultant à la fois de la mobilité associée à l'éducation et au statut de classe moyenne, et d'une « fuite partiellement défensive face à l'indépendance, au Black Power et au nationalisme de gauche »[28]. Ce départ laissa le Chinatown de Kingston en grande partie abandonné[29]. Les nouveaux venus occupent deux secteurs principaux. Les zones franches d'exportation (anglais : Free Zones), où travaillent principalement des ouvrières d'usine, et le commerce de détail en centre-ville de Kingston[30]. Au plus fort de cette présence, le nombre de travailleurs chinois dans les usines de la zone franche est évalué à quelque quatre mille, bien que les chiffres officiels de permis de travail soient inférieurs[31]. La majorité de ces travailleurs retourne en Chine après quelques années[32].

Vie communautaire et associations

L'Association bienveillante chinoise

La anglais : Chinese Benevolent Association (CBA), désignée en hakka sous le nom de Chung Fah Fuicon, est fondée à la fin des années 1880 et officiellement enregistrée en vertu du anglais : Friendly Society Act de 1890. Ses fonctions initiales sont d'ordre humanitaire et commercial : assistance aux veuves et aux orphelins, entretien du sanatorium, de l'école, du cimetière et de l'hospice chinois, arbitrage des litiges commerciaux entre membres[8]. Elle assume également le rôle d'ambassade officieuse de la Chine en Jamaïque, avant l'ouverture d'un consulat, et garantit l'installation des nouveaux immigrants[33]. Elle publie de manière bihebdomadaire le Chinese Public News (en partie en caractères chinois)[33].

La CBA fonde un sanatorium qui offre des soins gratuits aux patients chinois démunis, entretient le cimetière chinois et organise les cérémonies du Chongyang et du Qingming pour les ancêtres[34]. En 2003, elle compte environ 200 membres actifs et revendique cent cinquante ans d'histoire[35].

L'École publique chinoise

En 1924, des membres de la communauté ouvrent la Sin Min School, qui devient par la suite la Chinese Public School. Son programme transmet la langue et la culture chinoises, tout en incluant des cours d'arithmétique, de peinture, de musique et d'anglais. La CBA prend en charge son administration[34]. En 1952, le curriculum est réorganisé pour satisfaire aux exigences du ministère jamaïcain de l'Éducation, avec un accent désormais mis sur l'anglais. L'école ferme ses portes en 1965 par manque de fonds[34].

La Chee Kong Tong

La Chee Kong Tong (致公堂, connue en anglais sous le nom de Chinese Freemasons), est une société fraternelle dont la branche jamaïcaine est fondée dès 1887. Elle est liée au mouvement Hongmen, dont les membres s'opposaient à la dynastie Qing. Ses activités incluent des assemblées générales semestrielles, des banquets, des cours de langue chinoise pour les générations nées en Jamaïque, une harmonie musicale et des compétitions sportives[36]. En 1931, lors de la guerre sino-japonaise, la Chee Kong Tong collecte mille livres sterling pour l'effort de guerre[37]. Ses dirigeants et ceux de la CBA se confondent fréquemment, les deux associations constituant les deux principaux groupements faîtiers de la communauté[37].

Associations commerciales et presse

Plusieurs associations professionnelles représentent les commerçants chinois auprès des autorités jamaïcaines : la anglais : Jamaica Wholesalers Association (fondée le 15 novembre 1938), la anglais : Chinese Retailers Association (fondée en 1942) et la anglais : Baker's Association[38]. Ces associations négocient avec le gouvernement jamaïcain sur les réglementations affectant le commerce, les horaires d'ouverture et les lois sur les faillites[39].

Quatre publications voient le jour au sein de la communauté : le Chinese Public News (premier journal chinois de Jamaïque, fondé en 1930 par Albert Chang), le Min Chee Weekly (lié à la Chee Kong Tong), le Chung San News (lié à la branche jamaïcaine du Guomindang) et le anglais : Pagoda Magazine (en anglais, fondé en 1940, forum d'expression des Sino-Jamaïcains de la deuxième génération)[40]. Des divergences politiques entre partisans nationalistes et communistes entraînent la cessation du anglais : Chinese Public News et du anglais : Min Chee Weekly en 1956[41].

Identité et créolisation

Un processus graduel

L'identité des Chinois de Jamaïque résulte d'un processus progressif de créolisation, au sens où chaque vague migratoire finit par élaborer sa propre version de la culture locale, distincte à la fois de la culture dominante jamaïcaine et de la culture d'origine[42]. Patrick Bryan souligne que les Chinois « sont entrés dans la Jamaïque créole avec une conscience ethnique très développée »[42]. Trois facteurs principaux ont accompagné ce processus. La perte graduelle de la langue chinoise, la progression des mariages mixtes et l'émergence d'une communauté métissée nombreuse[43].

Sur le plan linguistique, des noms d'origine chinoise sont souvent modifiés dès l'arrivée, par des fonctionnaires incapables de transcrire les sons chinois, au profit de noms à consonance anglaise. Certaines familles abandonnent également leur nom de famille, si bien que des patronymes comme Chang, Chin, Lee ou Ho prolifèrent[44]. Dès la deuxième génération, l'anglais jamaïcain ou le créole devient la langue principale, le hakka n'étant plus conservé que pour la communication intergénérationnelle[45]. Les pratiques religieuses confucéennes et bouddhistes s'effacent progressivement au profit du christianisme, le plus souvent sous forme catholique ou anglicane, bien que certains rites familiaux subsistent[44].

Les catégories identitaires internes

La communauté organise sa propre représentation selon une distinction entre « Chinois purs » (anglais : Pure Chinese) et « Demi-Chinois » (anglais : Half Chinese). Un Pure Chinese est généralement celui dont les deux parents sont d'ascendance chinoise non mêlée ; un Half Chinese peut présenter des traits physiques variés selon le degré de métissage, mais reste souvent intégré à la communauté lorsque son père chinois l'y incorporate activement[46]. Une ligne de partage supplémentaire oppose les anglais : China-born Chinese (CBC) aux anglais : Jamaica-born Chinese (JBC)[46].

Les mariages mixtes, longtemps découragés et parfois sanctionnés par l'ostracisme familial, sont en hausse continue depuis les premières migrations. La rareté des femmes chinoises dans la première vague migratoire contraint de nombreux hommes à former des unions avec des Jamaïcaines d'ascendance africaine[47]. Avec l'élévation du niveau socio-économique de la communauté, c'est désormais la classe sociale davantage que l'appartenance ethnique qui tend à orienter les choix matrimoniaux[29].

Les « Nouveaux Chinois » et la reconfiguration de l'ethnicité

L'arrivée de nouveaux migrants chinois depuis les années 1980 rouvre des questions d'identité au sein de la communauté établie. Yoshiko Shibata désigne les anciens migrants créolisés comme anglais : Old Chinese et les nouveaux venus comme anglais : New Chinese. Les seconds sont perçus par les premiers comme culturellement éloignés ; les anglais : New Chinese considèrent de leur côté les Sino-Jamaïcains créolisés comme trop distants d'une « authenticité » chinoise[48]. Les barrières linguistiques renforcent ces tensions. Les travailleurs récents parlent principalement le mandarin, là où les descendants des premières migrations communiquent en hakka ou en anglais jamaïcain[49]. Pour Shibata, l'hybridité de l'ethnicité chinoise en Jamaïque est désormais « changeante et de plus en plus multiple dans sa diversité et ses interprétations »[50].

Contribution à l'industrie musicale

La position des Sino-Jamaïcains comme commerçants et intermédiaires dans l'économie jamaïcaine les plaça en bonne situation pour contribuer à l'infrastructure économique qui permit l'émergence et le développement du reggae[51]. Timothy Chin relève que leur nombre, disproportionné par rapport à leur part dans la population générale, parmi les propriétaires de sound systems, producteurs de disques, gérants de studios d'enregistrement et distributeurs, atteste du rôle qu'ils jouèrent dans la mise en place des conditions matérielles de la musique jamaïcaine[51].

Thomas Wong, commerçant sino-jamaïcain connu sous le nom de scène « Tom The Great Sebastian », est reconnu comme le pionnier du sound system. Il est considéré comme le premier à populariser les soirées de ce type sur le circuit des dancehalls[52]. Leslie Kong, autre Sino-Jamaïcain, s'imposa comme l'un des premiers producteurs de l'ère ska, enregistrant notamment des artistes tels que Jimmy Cliff et Bob Marley[52]. Byron Lee, musicien et chef d'orchestre, contribua à la diffusion du ska au-delà de ses publics d'origine, en l'emmenant dans les clubs de la bourgeoisie et dans les complexes touristiques, et en participant au premier effort de commercialisation internationale de la musique jamaïcaine à la Foire mondiale de New York en 1964[53].

Pat et Vincent Chin ouvrirent en 1958 le magasin Randy's Records à Kingston, auquel ils adjoignirent le Studio 17, studio d'enregistrement où furent produits Dennis Brown, Gregory Isaacs et Lord Creator[54]. Face aux bouleversements politiques des années 1970 sous le gouvernement de Michael Manley, ils émigrèrent vers New York, où ils fondèrent VP Records, qui devint l'un des principaux distributeurs mondiaux de reggae et de dancehall[55]. Cette trajectoire illustre la mobilité transnationale caractéristique des Sino-Jamaïcains, et la façon dont leurs réseaux familiaux et commerciaux favorisèrent la diffusion mondiale de la musique jamaïcaine[56].

Relations Chine-Jamaïque contemporaines

Depuis les années 2000, la République populaire de Chine approfondit son engagement économique en Jamaïque par des projets d'infrastructure financés sur une base bilatérale : construction d'une autoroute nord-sud, d'un stade à Trelawny (doté d'un budget de 248 millions de dollars), d'un nouveau ministère jamaïcain des Affaires étrangères sur le front de mer de Kingston, et d'un futur bâtiment parlementaire en centre-ville[57]. Ces projets suscitent parfois des critiques : le stade de Trelawny représenterait une charge annuelle évaluée à 50 millions de dollars américains pour les contribuables jamaïcains[57]. La Jamaïque a également conclu un accord de coopération militaire avec la Chine en 2011[58]. La présence de travailleurs venus de Chine pour ces chantiers a par ailleurs alimenté des tensions xénophobes dans une fraction de la population[59].

Personnalités notables

Notes et références

Voir aussi

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