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Tornade de Maskinongé le 27 août 1991

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La tornade de Maskinongé du est l’une des plus puissantes tornades à avoir frappé la province de Québec, Canada[2]. De force F3, des vents équivalents de 250 à 330 km/h, elle passe dans la région du lac Saint-Pierre, de Maskinongé (46° 07′ 00″ N, 73° 01′ 00″ O) à Notre-Dame-de-Pierreville (46° 04′ 00,02″ N, 72° 49′ 00,02″ O). Elle cause jusqu'à 17 millions de dollars canadiens de dommages (de 1991) aux véhicules et aux propriétés, la plupart dans la municipalité de Maskinongé, mais aucune perte de vie humaine n'est à déplorer[1]. Cette tornade est l’un de plusieurs événements violents qui se soient produits un peu partout au Québec ce jour-là[2].

Faits en bref Pays, Régions affectées ...
Tornade de Maskinongé
La tornade a complètement renversé le clocher de l'église de la Paroisse Saint-Joseph à Maskinongé
Localisation
Pays
Régions affectées
Coordonnées
Caractéristiques
Type
Échelle de Fujita
F3
Vent maximal
250 à 330 km/h
Largeur du corridor
300 mètres
Longueur du corridor
1,5 km
Date de formation
Date de dissipation
Durée
27 secondes
Conséquences
Nombre de morts
0 (15 blessés)
Coût
17 millions de dollars canadiens (1991)[1]
Géolocalisation sur la carte : Mauricie
(Voir situation sur carte : Mauricie)
Géolocalisation sur la carte : Québec
(Voir situation sur carte : Québec)
Géolocalisation sur la carte : Canada
(Voir situation sur carte : Canada)
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Situation météorologique

Prémices

Le en soirée, un complexe orageux se développe dans le nord-est de l'Ontario. Ces orages se déplacent vers le sud-est pour atteindre la région de l'Abitibi-Témiscamingue en soirée et au cours de la nuit. De la grosse grêle est signalée à Granada (48° 11′ 52″ N, 79° 02′ 31″ O) ainsi qu'à Saint-Vital-de-Clermont (48° 55′ 02″ N, 79° 15′ 01″ O). Des dommages par le vent à Louvicourt (48° 03′ 18″ N, 77° 22′ 08″ O), à 125 km au sud-est de Val-d'Or, sont causés par une tornade de force F1 (120 à 180 km/h)[2].

Durant la nuit, le complexe orageux se développe pour devenir un complexe convectif de méso-échelle (CCM) qui recouvre à l'aube, tout l'ouest et le nord-ouest du Québec. Aux petites heures du matin, les orages associés à ce dernier atteignent la région de Trois-Rivières et poursuivent leur chemin vers l'Estrie. Le développement de ce CCM démontre l’état instable de la masse d’air au matin du . Ces orages ne sont que des prémices à des phénomènes météorologiques beaucoup plus violents encore.

Analyse

Sur la carte de surface de 12 heures TU l’air est saturé et comporte des points de rosée de l'ordre de 20 °C. Un front de forte intensité va de Matagami à Rivière-du-Loup, séparant cette masse d'air d'une autre plus au nord avec des points de rosée à seulement 15 °C. Une faible zone de convergence est également associée à la zone barocline.

À 500 hPa, une circulation zonale de 40 à 50 nœuds de l'ouest comporte de faibles ondulations. Un fort noyau de tourbillon se trouve juste au sud-est de la baie James. Cependant, l'observation du radiosondage de la station de Maniwaki au Québec (WMW) est absente et la présence d'un creux barométrique plus prononcé sur l'ouest du Québec est plausible. À 250 hPa, la circulation est de 60 à 70 nœuds de l'ouest avec un faible creux de la baie James vers l’Abitibi. Les données de WMW sont là aussi rejetés par l’analyse préliminaire ce qui peut signifier un creux plus important sur l'ouest du Québec. On y retrouve un courant-jet à courbure cyclonique avec un maximum de 135 nœuds au nord-est du front chaud, mais son influence serait faible sur le développement de la convection, étant trop loin à l’est.

Diagramme montrant les éléments déclencheurs à 21 h TUC

Le radiosondage de Maniwaki (WMW) est représentatif de la masse d'air au sud-ouest de la zone barocline. La courbe de température n'évolue pas beaucoup entre celle du à 0 h TUC (20 h locale le ) et celle de 12 h TUC (8 h locale le 27). Il est très instable dans les niveaux moyens et la température pour déclencher des orages est de 28 °C. Cependant, il montre une inversion de température à 1,75 km d'altitude servant de couvercle à la convection.

L’hodographe montre un très fort cisaillement vertical du vent dans les premiers 3 kilomètres de l'atmosphère, soit 10,6 × 10−3 s−1 ainsi qu’une forte circulation de l'ouest dans les bas et moyens niveaux de l'atmosphère (entre 1,5 et 2,5 km d'altitude). Cette circulation est grandement conservée durant la journée. Le vent est généralement de même direction dans les niveaux moyens mais tourne vers le nord-ouest en plus haute atmosphère suggérant un apport de températures plus froides à ces hauteurs et donc une déstabilisation accrue.

À 21 h TUC, ces éléments doivent peu changer mais le front doit revenir en arrière dans sa portion sud pour devenir un front chaud entre le lac Saint-Pierre et la ville de Québec. Selon l’approche de Miller pour la détermination de la zone menacée par le temps violent, l'ouest du Québec est sous une zone de faible d’advection de tourbillon à 500 hPa. Celle-ci descend vers le nord du Maine au cours de la journée en passant le long du front chaud. Dans le secteur chaud, un courant-jet de bas niveau rencontre le front à angle droit, amenant l’humidité nécessaire au déclenchement des orages prévus par le téphigramme de WMW. Ces différents éléments se rencontrent au-dessus du Centre-du-Québec en après-midi du .

Déroulement de la journée

Analyse de surface à 21 h TUC. Le front chaud traverse le Québec de la baie James au Maine. Les orages violents sont indiquées par la zone hachurée avec les symboles

Tôt le matin, le ciel couvert après le passage du CCM se dégage lentement dans le secteur chaud, permettant aux températures d'atteindre 30 °C en certains endroits. L'énergie potentielle de convection disponible (EPCD) avec 30 °C comme température et 20 °C comme point de rosée était de 2 990 J/kg. En combinant cela avec le cisaillement des vents avec l’altitude la masse d'air, le potentiel de produire des orages violents devient important. L’indice de soulèvement de - 7 est exceptionnellement important et l’indice Énergie versus Hélicité de 5,4 donne un risque de tornade de forte intensité. Il ne manque donc qu'un élément déclencheur pour amorcer la convection.

Une combinaison de déclencheurs a lieu. Le premier est l’intensification de la zone barocline que l'on peut voir dans l'image de droite. Le second est un réchauffement différentiel marqué, de 5 à 6 °C, entre les régions nuageuses de la ville de Québec et de La Tuque versus les régions dégagées comme les Laurentides et Trois-Rivières. Cette différence est concentrée sur un très petit secteur ce qui engendre une circulation directe entre les régions dégagées et celles nuageuses, créant une forte convergence long de la frontière nuage/non-nuage, similaire à celle d’une brise de mer. Finalement, une ligne d'orages qui se forme en après-midi contribue également à l'intensification de la zone de convergence. L'orage tornadique se développe sur le flanc sud-ouest de cette ligne, soit sur son front de rafales.

Images radar à 20 h 20 TUC. Dans le cercle, une coupe horizontale à 7 km d'altitude (CAPPI) montre les orages approchant du lac Saint-Pierre. En bas, la coupe verticale à travers la plus forte cellule orageuse montre que les intensités de précipitation de 50 mm/h s'étendaient jusqu'à 18 km d'altitude, une hauteur exceptionnelle

À 15 h 25 TUC (11 h 25 locale), une veille météorologique pour les régions centrales du Québec est émise. Elle comprend la région de Trois-Rivières. À 17 h 5 TUC (13 h 5 locale), la veille météorologique est étendue pour les régions de l'est et du nord-est des Laurentides/Lanaudière. Les premières alertes pour des orages violents commencent à 19 h 25 TUC (15 h 25 locale) pour les régions du nord-est des Laurentides/Lanaudière et pour la région de La Tuque.

À 20 h 15 TUC (16 h 15 locale, une mise à jour de l'alerte inclut la région de Trois-Rivières. Cette alerte mentionne une ligne d'orages forts du nord-est de la réserve faunique du Saint-Maurice vers le nord de Shawinigan en passant par le parc national de la Mauricie. On peut voir sur l'image de gauche une sortie des échos du radar météorologique qui montre les fortes intensités des cellules orageuses de cette ligne qui se déplace vers le sud-est. Il est à remarquer dans la coupe verticales des données que les forts taux de précipitations s'étendent jusqu'à 18 km d'altitude et qu'au cœur de l'orage supercellulaire les intensités atteignent 600 mm/h (noir). Une telle intensité est le plus souvent associée avec la présence de grêlons. Ces fortes intensités forment même un surplomb dans la partie droite de la coupe, un des indices d'un orage violent dans la technique de Lemon.

Une heure plus tard, l'alerte est mise à jour et mentionne une ligne d'orages allant de Saint-Michel-des-Saints vers Trois-Rivières. Dans cette alerte, il est fait mention d'autres orages violents qui pourraient se développer ailleurs près de cette ligne, déjà sur son flanc sud à ce moment-Là. Entre 21 h 30 et 21 h 35 TUC (17 h 30 et 17 h 35 locale), la tornade frappe Maskinongé.

Description des dommages

Maskinongé et Notre-Dame-de-Pierreville

À 17 h 30 locale, la cellule atteint la région du lac Saint-Pierre. C’est alors que l’orage cause la tornade de Maskinongé qui a balayé un corridor de 300 mètres de large sur une longueur de 1,5 kilomètre. Elle traverse ensuite le fleuve Saint-Laurent et touche le sol à Notre-Dame-de-Pierreville. La tornade ne cause aucun décès mais 15 personnes sont blessées, dont une seule gravement[3]. Dans ce corridor, les dégâts causés par la tornade sont cependant très importants : pylônes électriques d'Hydro-Québec tordus, 40 maisons complètement détruites, 50 autres édifices endommagés à des degrés divers dont des toits de maisons arrachés, des granges démolies, des pierres tombales renversées, des arbres déracinés, le clocher d'une église démoli, etc.[1],[4].

Dans le village de Maskinongé, qui compte un peu plus de 2 000 habitants, 60 % des bâtiments sont endommagés, les services d'électricité et de téléphone sont interrompus et les résidents sont privés d'eau potable. Les dommages y sont estimés à 13 millions de dollars de 1991. À Notre-Dame-de-Pierreville, elle détruit quelques chalets d'été et cause de légères blessures[3]. De nombreux volontaires se présentent la fin de semaine suivante pour procéder au déblayage des débris et à la reconstruction des édifices[1].

En , le Bureau d'assurance du Canada annonce avoir étudié 987 réclamations à la suite de la tornade dont 495 concernant des logements et des maisons, 259 liées à des bris sur des voitures et 233 à des entreprises et des fermes[1]. Au total les dommages s'élevent à 17 millions de dollars[1]. Le gouvernement du Québec rembourse les frais d'hébergement temporaires des personnes évacuées ainsi que le manque à gagner des entreprises touchées par la tornade[1].

Ailleurs

La cellule orageuse qui a produit cette tornade s’est développée près de Saint-Michel-des-Saints. Le long de sa trajectoire, différents phénomènes violents sont signalés lors de son passage. Au lac Némiscachingue (47° 30′ 35″ N, 74° 26′ 25″ O) dans la région des Laurentides, des observateurs rapportent de la grosse grêle de 4 cm de diamètre et des lisières d'arbres cassés ou couchés par une tornade de force F2 (180 à 250 km/h) entre 15 h et 15 h 30 locale[2]. Ce même orage donne de la pluie abondante dans les régions de Shawinigan (46° 34′ 00″ N, 72° 45′ 00″ O et Trois-Rivières (46° 21′ 00″ N, 72° 33′ 00″ O), puis de la grêle et des rafales violentes dans la région des Bois-Francs en poursuivant sa trajectoire vers le sud-est, dont de légers dommages à Saint-Wenceslas (46° 10′ 00″ N, 72° 20′ 00″ O)[3].

Le même jour d’autres orages donnent de la grosse grêle, des pluies torrentielles sous orage ou des rafales de vent de plus de 90 km/h. Il s’agit entre autres de Saint-Alexis-des-Monts (46° 28′ 00″ N, 73° 08′ 00″ O), entre 17 h et 17 h 30 locale et de Saint-Charles-de-Mandeville (46° 22′ 00″ N, 73° 02′ 00″ O) vers 19 h 30. Finalement, une autre tornade de force F2 est signalée dans la réserve faunique Mastigouche (46° 40′ 00″ N, 73° 30′ 00″ O) après 21 h locale[2].

Références

Bibliographie

Voir aussi

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