Triangle rouge

insigne de diverses significations, notamment marquage dans les camps de concentration nazis pour les déportés et prisonniers politiques From Wikipedia, the free encyclopedia

Le triangle rouge est un symbole portant diverses significations ou revendications, politiques ou sociales.

Symbole des revendications ouvrières de la journée de 8 heures au XIXe siècle, marque associée aux prisonniers politiques des camps de concentration nazis puis, dans les années 1990, symbole de la résistance au fascisme ou de mouvements antifascistes, il est utilisé à partir de 2023 par les soutiens au peuple palestinien de la bande de Gaza à l'occasion la guerre à Gaza.

Revendication ouvrière

Publicité du savon des « Trois 8 » (pour 8 heures de travail, 8 heures de loisir et 8 heures de sommeil).

En à Paris, lors de la réunion de l'Internationale ouvrière, l'association des travailleurs rassemblant des partis socialistes et ouvriers européens, décide que l’année suivante, les travailleurs manifesteront le 1er Mai pour revendiquer la journée de huit heures[1]. Le triangle de cuir rouge est adopté le à Paris au cours des luttes ouvrières pour que le manifestant puisse se distinguer de l'homme de la rue[2]. L'insigne symbolise la revendication ouvrière de la journée de huit heures de travail maximum, ce qui réservait 8 heures de sommeil et 8 heures de loisir. L'inscription « 1er Mai, 8 heures de travail » était cousue sur le triangle pour la manifestation[3].

À la suite de l’immense succès de la mobilisation du  en Belgique, 150 000 ouvriers sont en grève , il est décidé peu après de faire de cette date une journée mondiale d’actions, c'est la création de la journée internationale des travailleurs[1]. La journée de huit heures est obtenue en 1919 en France et en 1921 en Belgique[1].

Camps de concentration nazis

Chemise rayée avec un triangle rouge et la lettre F.
Chemise de déporté du docteur Joseph Brau.

Le triangle rouge est utilisé à partir de 1937/1938 par le Troisième Reich[4] dans le système de marquage des prisonniers et déportés dans les camps de concentration nazis pour distinguer les prisonniers politiques[5].

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le régime nazi enferme, déporte ou extermine les opposants politiques directs ainsi que certains types d'individus qui refusent ou ne correspondent pas à leurs « valeurs ». Pour les différencier, les gestionnaires des camps nazis font porter des signes distinctifs sous forme de triangles pour catégoriser les types de détenus : rouges pour les prisonniers politiques, verts pour les « criminels », noirs pour les « asociaux », pourpres pour les Témoins de Jéhovah et membres hostiles du clergé, bleus pour les émigrants allemands rapatriés et les apatrides, bruns pour les Tsiganes et roses pour les homosexuels mâles[4]. Les juifs pouvaient porter n'importe lequel de ces triangles en outre d'un triangle jaune de manière à former une étoile de David[6].

Système de classification des détenus dans les camps de concentration nazis.

Dans ce système, le triangle rouge était la marque des individus considérés comme ennemis politiques par le Troisième Reich. La classification dans cette catégorie était souvent basée sur des critères assez vagues, dans la mesure où les détenus provenaient de différents pays, de milieux sociaux variés et avaient des orientations politiques diverses, souvent sans aucun lien avec une quelconque activité antifasciste[7] : communistes, résistants, intellectuels, objecteurs de conscience

Pour les détenus organisés selon leur affiliation politique, le triangle rouge aidait à préserver leur identité d'avant le camp et à promouvoir la solidarité au sein du groupe[8]. Cependant, dans l'environnement brutal des camps, les prisonniers porteurs dudit triangle mais sans affiliation politique, ou refusant de coopérer avec les groupes organisés, pouvaient se trouver ostracisés[8].

Dans certains cas, le triangle rouge pouvait être surchargé par la première lettre du pays d'origine (en allemand) du déporté : par exemple le « F » correspondait à la France (Frankreich) et le « S » à Espagne (Spanien).

Antifascisme

En souvenir des déportés politiques victimes du fascisme qui portaient le triangle rouge, les militants antifascistes se sont approprié ce symbole pour en faire celui de la résistance aux idées d'extrême droite, notamment en Belgique et en France. Il est arboré par des membres et des militants d'organisations anti-racistes, antifascistes et de partis politiques de diverses tendances[9].

Le triangle rouge est adopté dans les années 1990 comme logo du réseau Ras l'front[10], une organisation qui a pour vocation de créer et de stimuler un « mouvement de résistance et de vigilance » contre le fascisme. Ce symbole est aussi utilisé comme symbole de lutte contre le racisme dans le domaine du sport, il a été utilisé par l'association Stop Racism In Sport dans la campagne Stand up against racism in sport ! en Belgique[11],[12]. Toujours en Belgique, une épinglette représentant le triangle de tissu nazi est produite et distribuée largement par l'ASBL « Les Territoires de la Mémoire »[13], l'association expliquant que c'est aujourd'hui « un symbole de résistance aux idées qui menace nos libertés fondamentales »[10].

Depuis la campagne pour l'élection présidentielle française de 2017, Jean-Luc Mélenchon, ensuite imité par de nombreux membres de son parti, porte le triangle rouge, qui lui a été offert par un syndicaliste de la Fédération générale du travail de Belgique[14],[15]. Il s'en explique dès 2011[16].

Guerre à Gaza

Drapeau palestinien.

En , le triangle rouge inversé apparaît dans des vidéos par des Brigades Izz al-Din al-Qassam, la branche militaire du Hamas, où sont identifiées cibles militaires israéliennes[17]. Il est depuis lors utilisé dans de nombreuses publications propalestiniennes sur les réseaux sociaux, dans des caricatures, sur des pancartes, des graffitis et lors de manifestations, repris comme un symbole de la résistance palestinienne, particulièrement sur les campus universitaires[17]. Ce triangle rouge rappelle d’autres symboles historiques de la cause palestinienne : celui du drapeau palestinien — où il représente le rôle de la dynastie hachémite lors de la révolte arabe de 1916-1918 et symbolise le sang des martyrs de la cause palestinienne[18] — ou encore le V du lance-pierre utilisé par les jeunes Palestiniens pour contrer l'armée israélienne lors de la première intifada[19],[17].

Quand, en , l'essayiste Raphaël Enthoven décrie sur le réseau social X ce symbole comme un soutien au Hamas[20], plusieurs commentateurs en soulignent la portée antifasciste de longue date, malgré sa reprise comme marque de soutien aux milices palestiniennes de la bande de Gaza[21].

Divers

«Le Triangle rouge» est le titre d'une nouvelle de Fernand Noat (1863-1968), nom de plume d'André Fanton, à la frontière du récit colonial et du fantastique, parue dans le Journal des Voyages en 1902. Il y est question d'une secte fictive, les Boxeurs du Triangle rouge, confrérie fanatique vouée à un culte sanglant rendu à une entité monstrueuse souterraine. Le récit se déroule en Chine du Nord, pendant la révolte des Boxeurs, dans une zone militaire française. La secte est dirigée par des bonzes qui portent un triangle rouge sur le front, signe visible de leur appartenance et de leur dévouement total[22],[23].

Notes et références

Liens externes

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