Triangle noir

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Marquage nazi pour les prisonniers qui étaient considérés comme « socialement inadaptés ».
Le triangle noir dans le contexte des autres marquages dans le système concentrationnaire nazi.

Le triangle noir était, dans l’univers concentrationnaire nazi, le symbole utilisé pour marquer les prisonniers des camps qui étaient considérés par ce régime comme « socialement inadaptés » (asozial en allemand) et « paresseux » (arbeitsscheu). Dans le système de valeurs du IIIe Reich, la notion d'« asocialité » désignait les personnes des couches sociales inférieures considérées comme incapables de s'intégrer à la « communauté du peuple » et d'y apporter une contribution. Concrètement, cette catégorie désignait les individus considérés comme « parasitaires » : les nomades, les personnes en situations de handicap psychique ou physique, les sans-abris, les chômeurs, les alcooliques, les femmes lesbiennes, les travestis, les prostituées, et en particulier, les Roms et les Sintés[1],[2],[3].

Dans la vision du monde développée par les penseurs nazis, les notions d'État et de société civile acquièrent une connotation biologique et médicale. Dans le contexte de l'essor du mouvement völkisch, le peuple (Volk) allemand est conçu comme une entité biologique plutôt que politique, et désigne une communauté organique déterminée par la nature, plutôt qu'une société composée d'individus indépendants et autonomes[4].

La communauté nationale est ainsi définie comme un corps social dont il faut purifier les éléments "nuisibles" et « parasites », susceptibles de provoquer la dégénérescence de la race aryenne. Associant darwinisme social et hygiénisme, les chercheurs en expertise raciale du Reich, institutionnalisés à partir de 1936 autour du Centre de recherche sur l'hygiène raciale (Rassenhygienische Forschungstelle ou RHF), ont développé le concept d'« hygiène publique », ou « hygiène du peuple » (volkshygienischen), à partir duquel certaines catégories de la population ont été classées comme « indésirables » ou comme « racailles asociales ». Il s'agissait de Tziganes, de mendiants, vagabonds, chômeurs, prostituées et proxénètes, d'alcooliques, et de personnes avec des handicaps mentaux.

Dans le cas des Roms et des Sinté, la catégorie « asocial » recouvrait un sens racial : les Tziganes étaient perçus comme des étrangers, voire comme des Juifs[5], métissés avec les plus basses couches de la société. Reprenant les accusations de criminalité adressées à l'encontre des populations roms depuis plusieurs siècles, les Nazis firent basculer l'ensemble des Tsiganes dans la catégorie de « criminels irrécupérables », telle que définie par les lois de Nuremberg[6]. Cette classification servit de phase préliminaire à l'identification et au recensement des Roms par les chercheurs du RHF, à l'internement puis à la destruction de la population rom d'Europe[7].

Le terme « asocial » était utilisé conjointement avec l'appellation « étranger à la communauté » (Gemeinschaftsfremde). Une loi contre les « étrangers à la communauté », contre les groupes sociaux marginalisés était prévue et en préparation, mais a été interrompu par la défaite de l'Allemagne nazie en 1945[8].

L'idée que des femmes lesbiennes aient été systématiquement persécutées parce qu'elles étaient asociales est contestée par les historiens[9],[10],[11],[12].

Usage au sein du système concentrationnaire

Selon le décret fondamental du pour la « lutte préventive contre la délinquance », quiconque « met[ait] en danger la collectivité par son comportement asocial sans être un criminel professionnel ou d'habitude » pouvait être envoyé en camp de concentration dans le cadre d'une « détention préventive ». par la police criminelle[13]. Des vagues d'arrestation survinrent au printemps et à l'été 1938, dans le cadre de la campagne « Arbeitsscheu Reich ». Plus de 10 000 Juifs, Roms et Sinti et « asociaux de sang allemand » ont été déportés vers des camps de concentration, dont 6 000 au camp de concentration de Sachsenhausen en juillet 1938. Les détenus étaient marqués par un triangle noir. Avant la guerre, les « asociaux » représentaient le plus grand groupe de victimes dans les camps de concentration[14].

Les personnes désignées comme étant asociales étaient déportés vers les camps de concentration[15]. Parmi les « asociaux », seuls les Roms et les Sinté furent déportés vers des camps d'extermination. À Auschwitz, ils portaient le triangle noir accompagné d'un Z (pour Zigeuner, "Tzigane"). En décembre 1942, Himmler ordonna la déportation de tous les Roms et Sinti du Reich vers Auschwitz, achevant ainsi la mise en œuvre d'un processus de persécutions visant l'extinction des Roms allemands[7]. En raison de sa forte densité, le camp tzigane d'Auschwitz connaissait le taux de mortalité le plus élevé de tous les camps du complexe d'Auschwitz[16]. Sur 23 000 déportés, au moins 19 000 y meurent[17]. Au total, 75 % des Roms allemands et plus de la moitié des Roms d'Autriche furent tués par le régime national-socialiste[18].

Dans d'autres camps, les Roms et les Sinté portaient un triangle marron[19].

Réappropriations communautaires

Notes et références

Voir aussi

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