Trouble du traitement auditif

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Le trouble de traitement auditif (TTA), également appelé trouble de l'audition centrale (TAC) ou trouble de traitement auditif central (TTAC), est un trouble neurodéveloppemental, ou acquis dans certains cas, qui affecte la manière dont le cerveau traite l'information auditive.

Les patients atteints de ce trouble ne présentent le plus souvent aucun défaut de structure ou de fonctionnement de l'oreille interne, moyenne ou externe ; mais ils éprouvent des difficultés à traiter l'information qu'ils entendent, ce qui gêne voire empêche la discrimination, la latéralisation, la localisation et l'identification de sons, en particulier dans un environnement bruyant. Il est supposé que ces troubles sont causés par des dysfonctionnements du système nerveux central.

Les troubles du traitement auditif peuvent être hérités ou acquis. Ils peuvent notamment être provoqués par des troubles neurologiques (traumatisme crânien, épilepsie, lésion corticale des aires auditives, etc.) ou un retard du développement cérébral dans les aires auditives[1]. Cependant, la cause reste inconnue pour la majorité des patients diagnostiqués.

Ce trouble peut également se présenter en comorbidité avec d’autres troubles neurodéveloppementaux tels que le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles du spectre de l’autisme (TSA) ou la Dyslexie-dysorthographie. Il peut affecter les enfants comme les adultes.

Le trouble du traitement auditif a été décrit pour la première fois en 1948 par l’otologiste Samuel J. Kopetzky[2]. L'étiologie et les causes de ce trouble ont quant à elles été décrites par P. F. King en 1954[3]. L’étude de 1954 de Helmer Rudolph Myklebust a permis de suggérer que les difficultés engendrées par le trouble du traitement auditif diffèrent de celles qu'occasionnent les difficultés langagières[4]. Son travail a suscité l’intérêt d’autres chercheurs sur les déficits auditifs acquis à la suite d’une lésion des lobes temporaux et a mené à des recherches supplémentaires sur les bases physiologiques du traitement auditif[5],[6],[7]. Toutefois, les recherches s’intéressant au trouble du traitement auditif ont officiellement débuté à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Une première conférence sur le sujet a été organisée par Robert W. Keith, Ph.D à l’Université de Cincinnati, ce qui a permis d’aviver les recherches centrées sur le trouble du traitement auditif chez l’enfant[8],[9],[10],[11]. L’un des produits de ces recherches sont les tests permettant de diagnostiquer le TTA ainsi que certaines alternatives de traitement comme l'entraînement auditif. Les travaux entrepris à la fin des années 1990 et au début des années 2000 ont servi à affiner les techniques d’évaluation des capacités auditives centrales, au développement de traitement et à mettre en lumière les facteurs de risque du TTA. Les chercheurs ont travaillé à améliorer les tests d’évaluation de l’audition et à utiliser différentes techniques pour définir la fonction auditive tel que la neuroimagerie, l’électroacoustique et l’électrophysiologie[12],[13]. L’utilisation des technologies plus récentes ont permis de développer des programmes informatiques pour l'entraînement auditif[14],[15]. L’intérêt pour le traitement auditif est de plus en plus grand autant dans l'œil du public que dans celui des chercheurs qui poursuivent leurs travaux sur le sujet[16],[17],[18],[19].

Épidémiologie

L'incidence du trouble de traitement auditif (TTA) est un problème majeur de santé publique dans le monde entier. Les estimations suggèrent qu'entre 0,5% et 5% des enfants d'âge scolaire et jusqu'à 7% de la population auraient un trouble de traitement auditif, les estimations ayant été revues à la baisse récemment[20],[21].

Selon les données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 5% de la population mondiale souffre d'une perte auditive sévère ou profonde, ce qui peut être considéré comme un indicateur du taux de TTA[22].

L'âge est un facteur déterminant pour l'incidence du TTA. En effet, le dysfonctionnement du système auditif central est de plus en plus étudié malgré la complexité à isoler les difficultés causées par le trouble de traitement auditif d'une présbyacousies[23]. En effet, près de 25% de la population âgée de plus de 60 ans souffre d'une perte auditive[22], cette proportion atteignant 50% et plus pour les personnes âgées de 75 ans et plus[24]. Il est donc possible que la seule façon de diagnostiquer le TTA chez les personnes âgées consiste à utiliser des méthodes avancées capables de contourner l'entrée cochléaire (c'est-à-dire des méthodes de neuroimagerie).

Causes

Développemental

Le trouble du traitement auditif développemental se caractérise par des difficultés d’écoute présente dès l’enfance et une acuité auditive normale. La cause est souvent inconnue et aucun facteur de risque n’est identifié excepté une histoire familiale de troubles développementaux de communication ou de problèmes reliés. Les difficultés associées au TTA peuvent persister durant l’âge adulte[25].

Une des causes possible est le syndrome de Landau-Kleffner, aussi appelé l’aphasie épileptique acquise. Ce syndrome est caractérisé par une régression du développement, une compréhension du langage sévèrement affectée et une audition périphérique normale[26]. D’autres causes probables du TTA chez les enfants sont un délai de maturation de la myéline[27], des cellules ectopiques (mal placées) dans les aires auditives ou encore une prédisposition génétique[28],[29]. Par exemple, l’épilepsie autosomique dominante, qui est caractérisée par des convulsions affectant le lobe temporal gauche, semble être associée à des difficultés de traitement auditif[30]. Une analyse génétique d’une famille élargie dont plusieurs membres présentaient un trouble du traitement auditif a montré la présence d’un haplotype dans le chromosome 12 aussi associé aux troubles du langage[31].

Le développement de l’audition débute in utero alors que le système auditif central poursuit son développement durant au moins les dix premières années de vie de l’enfant[32]. Un intérêt considérable existe pour la théorie selon laquelle des perturbations durant une période sensible du développement de l’audition pourraient causer des conséquences à long terme[33]. Une étude a montré que la connectivité entre le thalamus et le cortex in vitro était associée à une période sensible et nécessitait la présence d’une molécule adhésive pour permettre la plasticité cérébrale[34]. Cette connectivité thalamocorticale, qui se produit peu de temps après avoir développé la capacité d’entendre, est associée à au moins une période critique pour le traitement auditif[35]. Une recherche animale menée auprès de rats élevés dans un environnement auditif à une seule fréquence de son durant des périodes critiques de développement présentaient une déficience du traitement auditif permanente. Dans une étude sur l’attention des patients présentant un TTA, les enfants avec une oreille bouchée développaient un avantage de l’oreille droite durant les tâches. Cependant, ils n’étaient pas en mesure de moduler cet avantage durant les tâches d’attention dirigée[36].

Acquis

Le trouble du traitement auditif acquis peut être attribuable au vieillissement, à une condition médicale ou à un événement environnemental comme un traumatisme crânien[25]. Tous les dommages ou les dysfonctionnements qui peuvent affecter le système nerveux central et entraîner des difficultés de traitement auditif sont une cause possible du TTA[37],[38]. Pour un aperçu des aspects neurologiques du TTA, veuillez vous référer à l’article de 2002 de T.D. Griffiths « Central Auditory Pathologies »[39].

Génétique

L’hérédité du trouble de traitement auditif réfère au fait que la condition est transmise d’un parent à l’enfant ou si celle-ci se présente chez plusieurs membres d’une même famille. Certaines études ont montré qu’il existait une prévalence plus élevée d’historique familiale de déficience auditive chez les patients présentant un trouble du traitement auditif. Les résultats obtenus dans ces recherches suggèrent que le TTA serait associé à des conditions à transmission autosomique dominante[40],[41],[42]. L’habileté d’écoute et de compréhension de plusieurs messages présentés simultanément serait un trait grandement influencé par les gènes selon certains chercheurs[43]. Les dysfonctionnements du système nerveux peuvent être présents chez plusieurs membres d’une même famille ou le résultat d’une naissance difficile comme plusieurs difficultés d’apprentissage[44]. Le trouble du traitement auditif peut être associé à d’autres conditions ayant une composante de transmission génétique comme plusieurs troubles développementaux[45]. Des traits neurologiques héréditaires associés au TTA pourraient donc être transmis du parent à l’enfant et causer les signes et symptômes de ce trouble[46].

Secondaire

Le trouble du traitement auditif est dit secondaire lorsqu’il survient avec la présence ou est le résultat d’une surdité temporaire ou permanente[25]. En effet, la présence d’une surdité dès la naissance ou encore d’une condition conductive comme l’otite moyenne peut réduire l’entrée sonore et mener à des difficultés de traitement auditif.

Dans les années 1980 et 1990, des études ont été menées pour déterminer le lien entre l’otite moyenne chronique et le trouble du traitement auditif ainsi que les troubles de langage associés. L’otite moyenne avec effusion (présence de liquide derrière le tympan) est une infection très commune durant l’enfance et cause une perte auditive conductive qui varie dans le temps. Il y avait des inquiétudes que la présence de cette surdité temporaire pouvait perturber le développement auditif si elle est présente durant une période sensible[47]. En ce sens, un échantillon d’enfants a été recruté dans un département hospitalier d'otorhinolaryngologie. Ceux-ci présentaient des infections chroniques aux oreilles. Une prévalence plus élevée de difficultés de traitement auditif a été mesurée plus tard dans leur enfance[48]. Toutefois, cette étude comporte un biais d’échantillonnage puisque les enfants avec otites moyennes sont plus susceptibles d’être référés en otorhinolaryngologie s’ils présentent des difficultés développementales. En comparaison, les études épidémiologiques, qui incluent une population entière présentant une problématique d’oreille moyenne, ont trouvé que la prévalence des impacts à long terme de l’otite moyenne sur le développement langagier et le traitement auditif était plus faible[49].

Somatique

Il semblerait que l’anxiété somatique, qui est caractérisée par des symptômes physiques d’anxiété comme des papillons dans le ventre et la bouche pâteuse, ainsi que les situations de stress pourraient être des déterminants de trouble de compréhension de la parole. Il manque cependant d’évidence en ce sens[50],[51].

Diagnostic

Prise en charge

Références

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